L'effectif était de
20.578 officiers, sous-officiers, et soldats. 404 employés militaires recevant les vivres. 811 prisonniers de guerre recevant les vivres. 21.793 hommes et 2.302 chevaux, non compris ceux des officiers d'état-major pour lesquels il fallait 713 rations dont 332 étaient fournies en nature, et 361 étaient remboursées.
(D'Anjou.)
partie, il y sera suppléé par de l'eau-de-vie, de la bière ou tout autre boisson convenue.
10" Les fournitures pour le ravitaillement de Dantzig, en conformité de l'article 5 de l'armistice, seront faites à compter du jour de la notification de l'armistice, c'est-à-dire à dater du 10 juin (30 mai, style russe) inclusivement, sauf à rappeler de la date même de l'armistice d'après la décision de la commission des deux grandes armées.
Signé : duc de Wurtemberg, — comte Rapp.
Le 18 juin, M. Planât part pour le quartier général russe et en repart le 19 pour le grand quartier-général. — Je lui ai remis mes lettres.
Il emportait tous les rapports du Gouverneur et des différentes armes ainsi que les lettres suivantes :
Le général comte Rapp à l'Empereur.
17 juin 1813.
Sire,
M. Planât m'a remis la lettre dont Votre Majesté m'a honoré, c'est un des plus beaux jours de ma vie que celui où j'ai reçu, après cinq mois de blocus et
sachant la ligne de vos opérations à 180 lieues de Dantzig, des nouvelles aussi satisfaisantes de Votre Majesté.
Je n'ai jamais eu d'inquiétude, je m'en reposais sur le génie et sur cette force d'âme dont Votre Majesté a donné des preuves si éclatantes et j'étais certain qu'elle réparerait bientôt tous les désastres de l'hiver passé.
L'ennemi a souvent cherché à nous persuader de mauvaises nouvelles et surtout relativement à l'Autriche, mais je savais à quoi m'en tenir et les réponses que je lui ai faites en difTérentes occasions prouveront à Votre Majesté que nous ne croyons pas facilement aux contes de M. Kotzebue. Votre Majesté lira avec intérêt les rapports que j'ai l'honneur de lui adresser, ainsi qu'au major général, des affaires qui.ont eu lieu dans les environs de Dantzig et elle remarquera sans doute que l'ennemi n'a jamais pu me faire abandonner les positions que j'occupais au commencement du blocus, positions dans lesquelles M. Planât nous a trouvés.
Si les affreuses maladies, espèce d'épidémie, qui ont régné ici et qui m'ont souvent arraché des larmes de sang n'avaient pas causé tant de ravages parmi mes troupes, il y avait un moment où j'aurais pu aller à Kœnigsberg et revenir par Thorn, car l'esprit de cette garnison monte à un tel point que l'on peut regarder chaque soldat comme un brave distingué.
A l'aflaire du 5 mars, j'ai battu, avec 5 000 hommes,
20 000 Russes, parmi lesquels il n'y avait- pas un i
homme de milice et je leur ai enlevé du canon et ;
fait beaucoup de prisonniers. J'avais alors 18 000 j
malades, tant aux hôpitaux qu'aux infirmeries et à |
la chambre, le reste gardait la ville et les forts •
extérieurs. i
L'affaire du 24 mars a eu lieu avec 4 000 hommes ;
contre 8000 Russes. Ce n'est enfin que depuis le :
17 avril que la santé de nos soldats s'est améliorée. ,
Il a fallu, pour obtenir ce résultat, beaucoup de ]
patience, beaucoup de soins et malheureusement, ;■
ici comme partout ailleurs, on n'a pas été secondé j
par nos administrations
Pendant mon absence à l'armée les magasins ont été laissés dans l'état de dénûment le plus absolu. On avait consommé en grande partie la viande salée au milieu de l'abondance. Les magasins à fourrage contenaient, à mon arrivée une douzaine de quintaux et, à l'exception du pain, aucun service n'était assuré ; les hôpitaux, autrefois bien tenus, étaient dans un état affreux. J'avais instruit M. le comte Daru de cet état de choses, j'avais même envoyé à cet effet le général Lepin à Kœnigsbergî mais on me fit dire qu'il n'y avait aucune apparence que je fusse assiégé, ni bloqué
Enfin, après la débâcle de Kœnigsberg, on n'a plus pensé à Pillau, ni à Dantzig et on a envoyé
l'ordonnateur avec des ordonnances . pour
2 400 000 francs afin d'approvisionner ma place, au
lieu de faire vider, pendant le séjour à Kœnigsberg, les immenses magasins de cette ville et surtout ceux d'Elbing qu'il était facile d'évacuer et qui contenaient des vins, eau-de-vie, rhum, riz, farines, médicamens et tant d'autres objets précieux qui sont tombés entre les mains des Cosaques. J'ai vu depuis des personnes qui voulaient se charger de ces évacuations, mais on a perdu le tems à marchander avec eux et, pour une différence peut-être de 50 000 francs on a laissé perdre des sommes immenses.
Malheureusement le major-général était malade. Son Altesse est la seule personne qui n'avait pas perdu la tète dans cette retraite et qui a rendu les plus grands services à Votre Majesté. Je répète ce que j'ai entendu dire par tous les militaires.
Tout ce que j'ai l'honneur de dire à Votre Majesté sur l'administration est exact, je ne veux faire de tort, ni de mal à personne, mais je dois la vérité à Votre Majesté, puisque le succès de ses opérations en dépend.
J'ai distribué les décorations d'officiers et de chevaliers que Votre Majesté a accordées au 10* corps. Cette faveur a produit un grand effet, les récompenses se sont données avec la plus scrupuleuse équité. Ne serait-ce pas trop demander à Votre Majesté d'accorder encore le même nombre, tant en croix d'officiers qu'en légionnaires et dix croix d'officiers ou chevaliers de la Réunion? Il y a encore bien des militaires à récompenser et, quoique j'aye
eu en général à me plaindre de l'administration, je dois dire que quelques-uns d'entr'eux méritent des récompenses, et particulièrement les officiers de santé dont le zèle et le dévouement ont le plus puissamment contribué à sauver le reste de la garnison. Au reste je ne distribuerais les nouvelles décorations que j'ai demandées à Votre Majesté qu'au cas où la paix me paraîtrait assurée et, dans le cas contraire, je réserverais ces récompenses pour en faire part aux braves qui se distingueraient le plus. Car, ainsi que Votre Majesté l'a pensé, il serait bien avantageux au bien de son service, dans une garnison composée de tant de nations différentes, que celui qu'elle a honoré de sa confiance fût autorisé à récompenser des hommes animés d'un tel esprit de bravoure et de dévouement. Ce serait le moyen de doubler mes forces.
J'ai continué à faire suivre les plans de Votre Majesté, depuis le moment où il a été possible de reprendre les travaux. Votre Majesté trouverait la place dans un bel état de défense. J'ai fort à me louer du général de Gampredon et du colonel de Richement, dont les talens égalent l'expérience.
J'ai eu pendant la saison des glaces, des momens bien inquiétans, l'ennemi ayant souvent menacé de chercher à pénétrer dans Dantzig ; le froid a duré si longtems cette année que le côté faible de la place nous a fait passer bien des nuits dont les fatigues ont augmenté le nombre de nos malades.
Tous nos efforts pour rompre la glace ne pro-
duisant pas grand résultat, ce n'était qu'avec beaucoup d'hommes qu'on pouvait arrêter l'ennemi. Les habitans étaient si persuadés que les Russes tenteraient alors un assaut qu'une grande partie d'entre eux ont abandonné la place et quittaient en masse les quartiers menacés, qui sont restés tous inhabités jusqu'au printems.
Les soldats des 30% 33^ et 34^ divisions souffraient tant du froid que j'avais peine à rassembler 1 000 hommes de ces trois divisions. La division du général Grandjean faisait seule tout mon espoir parce qu'elle soutenait mieux le froid et que ses hommes étaient bien plus formés.
Votre Majesté trouvera ici une belle artillerie bien attelée, une cavalerie bien montée et méprisant souverainement les Cosaques. Il a fallu bien des soins et des sorties aussi heureuses que celles que nous avons faites pour conserver cette cavalerie et cette artillerie dans un si bon état et avec un pareil esprit.
J'ai établi depuis deux mois une commission d'approvisionnemens de dix-huit personnes prises parmi les chefs de toutes les armes et dans tous les services, à la tète de laquelle j'ai placé le général Heudelet. Cette commission nous a rendu de grands services et je me serais fort bien trouvé de l'avoir établie plus tôt. Mais j'ai tardé à prendre ce parti sachant combien cela contrarierait les chefs de l'administration. J'ai ici 386 hommes de la garde impériale, qui étaient presque tous gelés; 200 sont
parfaitement rétablis. La majeure partie est de la vieille garde et fournira de beaux pelotons. J'en ai un soin particulier et je les regarde comme une excellente réserve.
Le major général me parle dans une de ses lettres de conserver Dantzig jusqu'au mois de mai * prochain en cas d'événemens inattendus. Il ne faut pas compter sur une défense aussi longue. Il faudrait nous renforcer de 15 000 hommes et avoir pour un mois de vivres de plus. Sans un secours d'hommes, la place ne serait plus tenable l'hiver prochain, caria garnison est composée aujourd'hui de 21 000 hommes et il n'y en a que 12 000 de disponibles. Je perds encore au delà de 1 100 hommes chaque mois.
Un emprunt forcé que j'ai levé sur le commerce de Dantzig nous a été d'un grand secours ; cet emprunt est fixé à 3 000 000 dont 1 700 000 fr. seulement sont rentrés. Sans ce moyen, le payement de la solde était arrêté et si Votre Majesté ne nous assure de nouveaux fonds, nous nous retrouverons dans le même embarras avant un mois. *
Les dépenses ont été cependant réduites autant 'j qu'une économie bien entendue l'a permis. Par .. exemple, on ne paye que la solde, déduction faite j des masses, et, quant aux différents services, on | prend les matières par réquisition payable au dé- | blocus. On ne paye donc que la main-d'œuvre. :
1. Thiers parle d'un ordre de l'Empereur prescrivant à Rapp de ne rendre Dantzig que sur un mol de sa main. Notre lettre t| semble contredire cette assertion.
Je dois beaucoup d'éloges au général baron de Bazancourt, commandant de la Légion d'honneur, auquel j'ai confié le commandement supérieur de la place. Cet officier général a commandé en mon absence pendant les sorties avec une activité remarquable. Votre Majesté connaît cet officier général très distingué dont je ne puis dire assez de bien.
Je . suis, avec le plus profond respect. Sire, De Votre Majesté Impériale et Royale, le plus humble et le plus fidèle sujet,
Rapp.
Le général comte Rapp au Major général.
yO- Corps.
Dantzig, le 17 juin 1813.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de m'adresser par le capitaine Planât; j'ai versé des larmes de plaisir en voj^ant votre signature, Monseigneur, car le journal de Berlin m'avait annoncé votre mort depuis trois mois. Votre Altesse jugera combien, après cinq mois de blocus, entouré d'ennemis qui ne nous faisaient savoir que de mauvaises nouvelles, je dois apprécier un souvenir aussi aimable que celui de Votre Altesse.
Je suis heureux. Monseigneur, de vous savoir ajprès de l'Empereur, c'est un grand point de con-
solation et de tranquillité pour ceux qui connais-^ sent aussi bien que moi votre attachement à notre! souverain. 1
Je désire que l'Empereur trouve que j'ai fait mondevoir à Dantzig; je tâcherai toujours de justifierla haute marque de confiance de Sa Majesté, et je] prie Votre Altesse de mettre au pied du trône l'ex-] pression de ma reconnaissance pour ce que l'Em-] pereur vient de faire pour moi en m'envoyant soni grand Ordre de l'Union. \è
J'ai l'honneur d'être,
Monseigneur,
De Votre Altesse Le dévoué serviteur
Rapp.
Le général comte Rapp au Major général.
17 juin. i
Mon Prince, '
J'ai reçu la lettre que Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de m'écrirede Neumark, le 5 juin. M. Planât m'a également remis la collection du i Moniteur renfermant le détail des batailles décisi- j ves gagnées par l'Empereur sur les armées combi- \ nées. Ces heureuses nouvelles ont produit sur la garnison le meilleur eff'et. Elle a vu que je ne l'avais pas flattée d'un vain espoir et la patience et le
L'ARMISTICE lOS
irage dont elle a fait preuve ont trouvé la ré- .i[)ense qu'elle devait attendre.
L'armistice m'a également été remis et j'écris particulièrement à Votre Altesse pour cet objet. Je ne dois pas lui dissimuler que cette suspension d'armes, dans l'état où étaient les choses, ne soit plus défavorable qu'avantageuse à la garnison, car les maladies occasionnent encore une perte de plus de 1 100 hommes par mois, d'où il résulte qu'au !"■ août nous serons affaiblis de 1 700 hommes. Nos vivres en outre se consommeront et, si le duc de Wurtemberg ne montre pas une meilleure volonté que jusqu'ici, nous ne ferons guère d'économies sur ce que nous aurions pu mettre à part dessubsistances qu'il doit nous faire fournir.
Mon état ne m'inquiéterait pas jusqu'à la fin d'octobre *. Mais, passé cette époque, ma position deviendra pénible, car nous manquerons de bras pour défendre l'immense développement donné aux fortifications et nous n'aurons pas plus à espérer de ressources du dedans que du dehors
Nos ressources s'épuisent et c'est en vain que l'en compterait sur celles que pourrait fournir l'expulsion des habitans. En effet. Monseigneur, il ne faut, pour se convaincre de cette vérité, que se rappeler qu'il y a 2 ans l'Empereur fit requérir 600 000 quintaux de grains. Il ne resta à cette époque que
i. Toutes les pr.''vi3ion3 du général Rapp se réalisèrent m.ilht' motiquernent-
iOa DEFENSE JJE DANTZIG
20 000 quintaux pour la subsistance des habitans. Depuis ce raon:ient, ceux-ci ont vécu avec cette portion.
J'ai déjà donné des ordres pour la construction d'ouvrages destinés à défendre la trouée de la Mottlau, point très faible lorsque les rivières sont gelées.
Je fais travailler à tout ce qui peut assurer nos communications, mais je répète qu'il faut des défenseurs.
Votre Altesse ne doit pas douter que, si cela de L venait nécessaire, je ne fisse pour me maintenir^ dans un point quelconque de Dantzig tout ce que| l'honneur et mon dévouement pourraient me sug- | gérer. |
J'ai été obligé d'avoir recours à un emprunt forcé k avec les formes les plus rigoureuses contre ceux | qui prétendaient ne pas concourir à la défense com- 1. mune 1
Une maison de commerce étrangère a offert de | faire ici les fonds moyennant que le payeur lui as- 1 surât le paiement à Paris. Ce serait un grand point | de tranquillité. Mais je préférerais que des fonds | nous fussent envoyés ; car il peut arriver telle cir- 1 constance qui arrêterait, dès le 2"^«mois,le paiement | promis |
Je dois ajouter qu'il est dû à beaucoup d'officiers | plus de 11 mois de solde, et qu'une partie de ceux qui i sont entrés à Dantzig y sont venus ayant tout perdu ^ dans la retraite. Ces officiers sont dans le besoin, i
L'ARMISTICE iO?
d'autant plus que leur solde est insuffisante dans une place où tout est excessivement cher.
Les craintes du général Rapp, au sujet de la mauvaise volonté apportée au ravitaillement, ne se réalisèrent que trop tôt. Les tracasseries furent sans nombre. Soit calcul, soit difficulté réelle de se procurer des vivres, le général russe s'arrangea pour ralentir le plus possible la livraison et finit, sous un prétexte spécieux, par cesser d'en fournir.
Pendant les négociations, les rapports des deux armées étaient des plus cordiaux.
20 juin. — Les généraux Borosdyn et Gerebtzof Tiennent dîner chez le Gouverneur, qui les reçoit avec beaucoup de distinction.
29 juin. — Le général Borosdyn dine de nouveau chez le Gouverneur.
3 juillet. — Conférence entre les deux généraux en chef en avant de Stries. — Je reçois M. de Bibikoff.
8 juillet. —Jeudi, les généraux Gerebtzof et Konlebakin viennent dîner chez At. le Gouverneur. Ils emmènent avec eux trois baskirs qui après le dîner font de la musique et tirent de l'arc dans le jardin.
9 juillet. —'Je Yâis ûiner chez Monsieur et Madame deBibikoflf et les invite pour dimanche chez le 'jouverneur.
Le dimanche, M. de Bibikoff vient dans la place, >a femme arrive plus tard; réception brillante.
44 juillet. — Le Gouverneur reçoit une lettre de M. le duc de Wurtemberg qui lui annonce que son
général en chef, Monsieur Barclay de Tolly, lui a ordonné de suspendre la livraison des approvisionnemens à la garnison.
Cette lettre est datée du 12 juillet.
Lettre du duc Wurtemberg au Gouremeur.
De mon quartier général, le 12 (!«') juillet 1813, à une heure du matin. (Style russe.)
« Un courrier, qui vient de m'arriver du quartiergénéral, m'apporte l'ordre de suspendre les fournitures qui ont été faites, jusqu'ici, à la garnison de Dantzig. Le corps de volontaires qui se trouvait sous les ordres du major prussien Lutzow, ayant été attaqué pendant la durée de l'armistice, sans le moindre motif, on m'annonce que c'est la raison qui a causé cette détermination, qui doit avoir son cours jusqu'au moment où cette affaire sera réglée défi» nitivement.
« En communiquant à Votre Excellence les ordres que j'ai reçus, je la préviens en même tems que cette affaire, qui sera bientôt réglée, ne change cependant point les autres articles de la trêve qui doit subsister dans toute sa teneur.
« J'ai l'honneur, etc..
« Signé: Alexandre, duc de Wurtemberg, « général de cavalerie ».
L'ÂRUlSTlCE i09
Le Gouverneur se plaint et réclame au moins la livraison des approvisionnemens jusqu'au 13. Elle est refusée. Le Gouverneur écrit, le 16, qu'il regarde l'armistice comme violé par les Russes et que les hostilités recommenceront le 20, six jours après la notification de M. le duc de Wurtemberg du 14.
Les difficultés soulevées, les lenteurs voulues qui avaient précédé la lettre du duc, les singularités qui entourèrent son arrivée (elle était datée de l'avant-veille, or, il fallait deux heures pour porter une dépèche du quartier général à nos lignes) firent supposer au Gouverneur que l'affaire delà légion de Lutzow, corps de partisans ne comptant pas comme troupes régulières, n'était qu'un prétexte.
Réponse du GouTemenr an duc de Wurtemberg.
Monsieur le Duc,
a Depuis les arrangemens convenus entre nous par suite de l'armistice, j'ai vu, avec beaucoup de peine, que V. A. R. ne les remplissait pas avec l'exactitude qu'exigent de pareilles conventions. J'ai aperçu, dans le retard de toutes les livraisons, une guerre sourde, qui détruisait, par le fait, l'esprit de l'armistice. Malgré mes continuelles réclamations, on a laissé arriérer une grande partie des fournitures; vous n'avez pas même acquitté le courant; et c'est dans cet état de choses que je recois aujourd'hui, 14, la lettre de V. A., en date du 12 (l") juillet, qui me prévient qu'elle a ordre de sus-
110 DÉFENSE DE DANTZICi
pendre les fournitures. Cette cessation a effectivement lieu depuis 4 jours, c'est-à-dire depuis le 10, et comme notre correspondance peut nous parvenir en deux heures, je ne cacherai point à V. A. avec quels sentimens je dois apprécier la différence de la date et de l'arrivée de votre dépêche.
« Les conditions d'un armistice, M. le Duc, lient également les deux parties; et, dès que l'une d'elles se permet d'en annuler une des clauses principales et des plus essentielles, l'armistice est dès lors rompu, et elle se met en état de guerre contre l'autre; et c'est ainsi que je considère dès à présent la déclaration que vous me faites. Quoique V. A. m'annonce que les autres articles de la trêve subsisteront, elle sentira que je ne puis recevoir de pareilles modifications que par les ordres de mon I souverain. Il ne me reste donc plus qu'à la prier de me faire savoir si les six jours, qui doivent précéder la reprise des hostilités, courront du 12 à 1 heure du matin, ou du 14 à midi.
« Je dois lui déclarer au surplus que je la rends responsable de la rupture d'un armistice conclu entre nos souverains, et que je ne puis entendre à aucune explication évasive qu'après la réception de tous les vivres qui me sont dus. »
« Signé : Comte Rapp *. »
1. Les citations suivantes des lettres du général Rapp et du duc do AVurtcmbcrg sont empruntées à la Relation du capitaine d'Artois.
15 juillet. — Le duc répond que ce n'est pas à l'armée de blocus qu'il faut attribuer les entraves apportées au ravitaillement delaplace. «Au reste ce n'est qu'à mon souverain, l'auguste empereur Alexandre que je dois rendre compte de mes actions. »
Il déclare qu'il rend le général Rapp responsable de la détermination qu'il va prendre, qui peut empêcher les puissances de s'accorder. « Si malgré mes observations dont, au reste, j'ai pris acte devant mes généraux comraandans de corps, vo us ne jugi-ez pas à propos, Monsieur le Général, d'attendre patiemment que l'affaire de la légion de Lutzow,qui a causé la suspension momentanée du ravitaillement de Dantzig (dont les arrérages, au reste, ne sont que suspendus) et des autres forteresses, soit réglée à l'amiable, je vous prouverais que mes braves Russes ne craignent les menaces de personne et qu'ils sont prêts à verser leur sang pour la cause de tous les souverains et de tous les peuples. »
Monsieur le Gouverneur prévient le duc de Wurtemberg que, puisqu'il ne répond pas à sa demande relative à la reprise des hostilités, il lui fait savoir que, le refus de continuer le ravitaillement ne pouvant être interprété que comme une rupture, les hostilités reprendront le 20, à midi.
« Je dois cette détermination à la France et à l'honneur de mon corps d'armée. Je prie V. A. R. de ne pas considérer comme une menace l'obligation où je me suis trouvé d'interpréter la viola-
H2 DEFENSE DE DAiNTZIG
tion d'uQ des articles du traité comme une déclaration formelle qui annule l'armistice. Je connais les braves troupes russes que j'ai souvent combattues, et je sais qu'elles sont dignes d'être opfjosées aux iiôtr<>s.
« Ma lettre serait finie, Monseigneur, si je n'étais dans l'obligation de faire remarquer à V. A. R., relativement à quelques expressions de sa lettre du 15, que je ne dois également compte qu'à mon souverain de mes déterminations. Que quant à ce ^ que V. A. appelle la cause de tous les souverains l et de tous les peuples, ces phrases sont bien extra- l ordinaires dans la lettre d'un prince qui sait, mieux -, que personne, que l'empereur Alexandre, son sou- i verain, a été engagé pendant cinq ans dans notre] alliance, contre le despotisme d'une puissance mari- \ time qui voudrait avoir le continent pour tributaire, j et que son auguste frère, le roi de Wurtemberg, a été ' depuis longtems l'un des plus fermes soutiens de j cette même cause. » |
Le duc de Wurtemberg renouvelle ses observa- ; lions au sujet de la responsabilité que prend le \ général Rapp et ajoute : |
€ Pour ce qui concerne mon frère;, le roi de Wur- j temberg, que V. Exe. appelle un des plus fermes ; soutiens de la cause qu'elle défend, je puis assurer j à V. Exe. qu'un général en chef russe ne se croit \ point inférieur en aucune manière à un roi de la j confédération, puisqu'il ne dépend que de l'empe- i
reur Alexandre de m'élever à cette dignité, s'il le juge à propos, et alors je serai roi comme un autre. J'y mettrai cependant une petite condition, c'est que ce ne soit point aux dépens d'aucune puissance ni de personne, »
16 juillet. — Le général Rapp offre une dernière fois ce qu'il a déjà offert par l'intermédiaire du général Heudelet: que le duc de ^Vurtemberg livre, avant le 20 juillet, les vivres dus jusqu'au jour où le duc a reçu l'ordre de cesser le ravitaillement. "
« C'est le seul moyen d'arrangement provisoire que je vois; et, en faisant à Y. A. cette proposition qui n'est pas nouvelle, je désire lui prouver que je n'ai pas la prétention de lui forcer la main, mais que je me borne à lui demander l'exécution de la parole qu'elle m'a fait donner à plusieurs reprises par MM. ses généraux et autres officiers. »
Le duc de AVurtemberg envoie un aide de camp pour engager le Gouverneur à ne pas reprendre les hostilités.
Monsieur le Gouverneur lui répond :
« Dès le commencement, j'ai vu, par les belles phrases de Monsieur le duc, qu'il n'agissait pas avec loyauté. J'ai eu affaire aux Turcs que vous appelez des barbares, j'ai trouvé chez eux plus de franchise.
«; Dites au Prince que nous sommes ici 15 généraux qui avons chacun 20 campagnes sur le corps et que nous ne sommes pas gens à être traités ainsi.
H4 DÉFENSE DE DANTZIG i
« Nous sommes ici et nous serons encore ce que| nous avons été à Austerlitz, à Eylau, à Friedland, i à Moscou. »
Nos travaux extérieurs recommencent le 16 au' soir.
20 juillet. — En effet, le20juillet, à midi, six coups de canon annoncent la reprise des hostilités.
Uneheure avant ce moment, M. le Gouverneur se promène avec tout son état-major et ses généraux devant les nouveaux ouvrages de l'ennemi. Ces ouvrages avaient été entrepris le dimanche 18 juillet et à peu près terminés le 20. L'ennemi y avait employé beaucoup de monde.
21 juillet. — Le 21 et le 22, il n'y a eu que quelques coups de fusil de tirés (de notre part seulement) aux avant-postes.
Le 20, à 9 heures du soir, nous avons commencé les deux nouveaux ouvrages à la droite d'Alt- Schottland en avant du Bischofsberg.
23 juillet. — Vers 3 heures après midi, un aide ! de camp du Prince vient annoncer sa volonté de continuer la fourniture des vivres à la garnison, et une conférence à ce sujet a Heu, à 7 heures du soir, entre les généraux Borosdyn et Heudelet. On convient que cette livraison reprendra dès le lendemain au soir, 24, ou au plus tard le 25 au matin.
25 juillet. — Le dimanche, 25, cette fourniture ne commence point encore, les Russes font une salve d'artillerie pour célébrer, disent-ils, des avantages obtenus par les Anglais en Espagne.
Le Gouverneur fait aussi tirer 50 coups de canon, pour célébrer les victoires de Lutzen et de Bautzen.
26 juillet. —La livraison des vivres par l'ennemi commence le 26, continue les trois jours suivants et se prolonge ensuite.
Le duc de Wurtemberg parvint à ne livrer qu'une faible partie de ce qu'il devait de par la convention.
2 août. — Un officier russe arrive portant des dépêches du quartier-général impérial, parmi lesquelles se trouve l'annonce officielle de la prolongation de l'armistice, qui ne peut pas être dénoncé avant le 10 août, ni rompu avant le 16 du même mois.
Le général Baclielu est nommé divisionnaire.
Le colonel Farine est fait brigadier, ainsi que l'adjudant-commandant d'Héricourt.
Le général Heudelet, grand officier de la Légion.
Le général Rapp, grand-cordon de l'Union.
Le général Detrès, chevalier de la Couronne de fer.
Les généraux Lepin, Husson, Breïssan, commandans de la Légion d'honneur.
Le général comte Rapp au Major général.
Dantzig, 4 août 1813.
Monseigneur ,
Un grand nombre d'officiers et sous-officiers étant resté sans emploi dans la place de Dantzig, par suite des morts et de diverses incorporations qui
ont eu lieu, ainsi que par l'impossibilité de renvoyer à leurs corps respectifs ceux réfugiés dans la place et retenus par l'état de blocus, M. le Gouverneur Général (sic) en a formé un régiment de deux bataillons sous la dénomination de régiment du roi de Rome : sa force est de 675 hommes. Chaque bataillon est commandé par un colonel expérimenté, et se compose de quatre compagnies d'élite commandées par des chefs de bataillon ; l'organisation ainsi graduelle présente un régiment d'officiers et de sous-offlciers devenant soldats et formant une réserve pour, en cas d'attaque , être placée dans les points les plus importans de la place. Tous les officiers faisant partie de ce corps montrent le plus grand désir de se rendre utiles et de se distinguer dans les rangs où je les ai placés.
J'ai placé à sa tête comme colonel le général Bazancourt, dont les longs et bons services connus de l'Empereur, le dévouement sans bornes à la personne de S. M. et l'attachement à tous ses devoirs, méritent la plus grande confiance et les plus justes éloges, et il fallait être un tel chef pour conduire un tel corps.
Je suis avec respect , mon Prince,
De Votre Altesse Sérénissime, Le très humble et très obéissant serviteur, Rapp.
46 août, —L'ennemi a fourni, pour la dernière
L'ARMI>TICE H7
fois, des vivres à la garnison ; il a donné entr autres ce jour-là douze mille livres de viande.
i8 août. — he surlendemain, le prince Wolkonski a écrit à M. le Gouverneur pour lui annoncer que les hostilités devaient recommencer. Il a été convenu et arrêté que, devant Dantzig, elles ne reprendraient que le 24, à midi.
Le Prince de Wolkonski au comte Rapp.
« Jonkau, le 18 (6) août 18J3.
« Monsieur le Comte,
« S. A. R., le duc Alexandre de Wurtemberg, « vient d'être averti , par un ordre de la grande « armée, que l'armistice est rompu * et quf^ les « hostilités doivent recommencer, ce dont il m'a « chargé de vous faire part.
« Je suis, etc.
« Prince de Wolkonski, t Lieutenant général. >
Réponse du Gouverneur au prince de Wolkonski. Dantzig, le 18 août 1813.
Je reçois la lettre que Y. Exe. m'a fait l'honneur de m'écrire pour m'in former que S. A. R. le duc de Wurtemberg vient de recevoir la nouvelle que l'armistice est rompu ; cette communication m'est agréable en ce que l'état des choses était défavo-
i. Les hostilités recommencèrent sur l'Oder, le 16 août.
rable aux troupes du 10« corps, et que la non-exé-j cution des articles de l'armistice relatifs au ravK taillement de la place de Dantzig occasionnait des^ rapports désagréables entre nous. ]
Je prie V. Ex. de me faire savoir si S. A. R. lô^ duc de Wurtemberg désire commencer dès demain^ les hostilités, ou si, conformément à l'armistice, on| doit attendre six jours'; il m'importe de connaître, à| cet égard, ses instructions le plus tôt possible. ]
Dans le cas où S. A. penserait que le traité d'ar-] mistice obligerait à attendre six jours pour com-^ mencer les hostilités, je la prie de m'indiquer le^ jour et l'heure auxquels la trêve devra finir. ^
J'ai l'honneur, etc. l
Comte Rapp. ;
Sur l'ordre précis de l'Empereur, le gouverneur fait| sortir, avant le commencement des hostilités, les bouches i inutiles de la place. a
GRANDE-ARMÉE ARRÊTÉ f
10° Corps 'ï
N» 52. Dantzig, 19 août 1813. ?
Le Général, Aide de camp de l'Empereur, Gomman-'| dant en chef, Gouverneur Général, ^
Considérant qu'il existe dans la place un grandj nombre d'individus qui ne sont pas approvisionnés ; et dont le séjour plus longtems prolongé ne peut'j que nuire aux habitans qui ont des droits à resterai dans la ville en les privant d'une partie de leurs ressources.