‹ Défense de Dantzig en 1813. Journal de siège. Journal personnel et notes du général de division de Campredon, commandant le génie du 10e corps. Lettres diverses. Annotés et publiésChapitre 35 sur 47 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

P.'ndanl le Blocus et le siège de Dantzig, depuis le 15 janvier jusqu'au 27 novembre 1813; de môme que sur les travaux et la marche de l'ennemi.

C'est le la janvier 1813 que les communications de la place avec les contrées environnantes ont commencé à être interrompues par les premiers partis de cavalerie. Voici quelle était la situation des fortifications de la place à cette époque.

Le corps de place, du côté des six fronts tournés vers les hauteurs, était en assez bon état; mais sur tout le reste du pourtour, bordé par l'Inondation ou par la Vistule, il était extrêmement faible : les parapets, la fausse braie, dans la majeure partie de cette étendue, étaient déformés et d'un facile accès ; un seul rang de vieilles palissades, dégradées en beaucoup d'endroits, était le seul obstacle contre une attaque de \'ive force que des fossés profondément gelés rendaient d'autant plus facile qu'il n'existe point de chemin couvert sur les quatorze fronts défendus par les eaux ; à peine y reste-t-il quelques vestiges de places d'armes rentrantes qu'on ne distingue presque pas lorsque les eaux de l'Inondation sont très élevées.

Le fort Desaix, qui couvre la porte de Lang-garten, pouvait déjà servir utilement, quoique manquant encore d'une pièce essentielle, savoir de sa demi-lune dont on n'avait pu entreprendre la construction.

La grande et la petite tête du pont du Holm (à droite et à gauche de l'entrée ducanal de navigation) avaient leurs

fortilications en assez bon état, mais exigeaient encore bien des travaux, et surtout des locaux blindés pour les troupes et les magasins; il n'y en avait encore aucun. Sur les sept ouvrages avancés autour des tètes de pont, trois seulement étaient à peu près terminés, les autres étaient restés ou imparfaits ou à peine ébauchés.

Le fort du Hagelsberg avait son réduit, revêtu en maçonnerie, assez avancé, mais la demi-lune était à peine ébauchée; ses chemins couverts, ses blockhaus de places d'armes rentrantes, ses communications blindées avec les ouvrages extérieurs, tout cela n'était qu'entrepris et très imparfait, en sorte que les dehors de ce fort n'étaient pas à l'abri d'un coup de main.

Le front d'Oliva, qui prolonge la seconde enceinte j usqu'à la Vistule, était d'une faiblesse extrême, et la majeure partie de ses parapets et chemins couverts en très mauvais état. 11 en était de môme du front de Neugarten qui lie le Hagelsberg avec le Bischofsberget qui, par l'état de dégradation et la mauvaise disposition de ses ouvrages, laissait les plus vives inquiétudes dans le cas d'une attaque de vive force.

Le fort de Bischofsberg avait déjà la plupart des masses de ses ouvrages assez bien formées; mais les palissademens étaient très incomplets; presque tous les blockhaus et les communications manquaient, le chemin couvert était encore imparfait, l'avant-chemin couvert à peine ébauché, et tout le terrain en avant du fort était encombré de maisons ainsi que de plusieurs édifices considérables d'une destruction difficile. On ne pouvait pas considérer ce fort comme à l'abri d'insulte.

La forteresse de Weichselmiinde et ses immenses dépendances (c'est-à-dire la tête du pont de Montebello, le camp retranché de Parhwasser et les ouvages de l'Ile de la Platte) avaient été extrêmement négligées pendant les années précédentes, et il serait trop long d'exposer le détail de tout ce qui manquait dans cette partio. Il suffit de

RAPPORT SUR LES TRAVAUX DU GENIE S7o

dire que l'ensemble de tous ces ouvrages était d'un extrême degré de faiblesse, et, à l'exception du petit fort carré revêtu en maçonnerie qui lui sert de réduit, rien de tout le reste n'était réellement à l'abri d'un coup de main.

Le fort Napoléon et la redoute d'Hautpoul, qui, conjointement avec le Holm, assurent la communication de Weichselmûndeavec Dantzig, étaient encore dans un état d'imperfection; il n'existait aucun local blindé, mais seulement quelques baraques provisoires.

Le fort Lacoste était très avancé, mais exigeait encore bien du travail, surtout pour ses logemens blindés et ses blockaus défensifs.

Tel était l'état de la place de Dantzig à l'époque du commencement du blocus, au milieu de ce cruel hiver qui avait anéanti ses plus puissans moyens de défense.

La Vistule, la Radaune, la Mottlau, tout le front de l'Inondation n'offraient qu'une plaine de glace, pouvant porter partout les pièces du plus gros calibre; des neiges glacées encombraient tellement tous les chemins couverts qu'on pouvait aisément les franchir.

Dans une situation pareille, nous devions d'abord nous mettre en garde contre des attaques de vive force, qu'un ennemi entreprenant aurait pu tenter avec d'autant plus d'espoir de succès, que la garnison, composée à la vérité, dans l'origine, de plus de 30 mille hommes, fut bientôt mise, par d'affreuses maladies, dans un état si triste qu'à peine pouvait-elle suffire au service des postes dans une place d'une si vaste étendue, laquelle exigeait, dans de si fâcheuses circonstances, la surveillance la plus exacte sur tous les points. Ce service était d'autant plus pénible qu'on n'avait pas eu le tems de prendre les mesures nécessaires pour mettre tous les hommes de garde à l'abri des rigueurs de la saison. Dans moins d'un mois, plus de la moitié de cette garnison était dans les hôpitaux, et sur le reste beaucoup d'hommes languissans et découragés. Il est résulté de ces malheurs que la garnisou n'a pu four-

nir habituellement presqu'aucun secours pour les travaux de fortification, et ce n'a été que vers les derniers mois du blocus au'on a pu en obtenir quelques faibles détachemens, qu'on était même obligé de ménager, vu les fatigues extrêmes du service.

Les premiers soins, dès le commencement de janvier, se portèrent sur la rupture des glaces et le désencombrement des neiges sur tous les points, opération d'une difficulté énorme, surtout par un froid de plus de vingt degrés, et après que la glace avait eu le tems de se former jusqu'à une profondeur de plusieurs pieds. Ce pénible travail fut suivi jour et nuit avec une opiniâtreté incroyable qui surmonta tous les obstacles. Mais il fallut la renouveler plusieurs fois, la glace se formant de nouveau. On parvint enfin, non seulement à ouvrir une large cunette dans tous les fossés de la place et des forts, mais encore à débarrasser entièrement la Vistule, depuis son embouchure jusqu'au delà du fort Lacoste, c'est-à-dire sur un développement de plus de cinq mille toises, résultat que personne n'osait espérer.

Pendant ce tems, on suivait avec une activité sans relâche, et également de nuit comme de jour, les travaux nécessaires sur presque tous les points de la place. Il fallait fendre la terre avec la hache, môme après l'avoir fait échauffer longtems en la couvrant de bois allumés. Cette assiduité était indispensable, puisque nous étions menacés de voir un siège régulier commencer, dès le milieu de mars, c'est-à-dire deux mois après le commencement du blocus.

Au milieu de ces pénibles travaux, un fléau d'une autre espèce vint porter au comble nos embarras et nos inquiétudes; un dégel subit et, à la suite, une énorme débâcle de glaces survinrent dès les derniers jours de février. Une crue considérable des eaux de la Vistule, dont il n'y avait pas d'exemple depuis près d'un demi-siècle, rendit ce fléau encore plus destructeur; la Vistule déborda sur ses deux

rives, ses digues furent rompues en plusieurs endroits; des écluses furent détruites, d'immenses dégâts s'aperçurent bientôt dans presque tous les points de la place et des forts; une grande quantité de palissades furent emportées, renversées ou ébranlées; les masses de nos ouvrages furent entamées en beaucoup d'endroits , et des forts entiers, particulièrement le fort Napoléon, étaient menacés d'une destruction totale par d'immenses courans d'eau qui s'étaient formés dans la plaine d'Heybude : ce qui nous alarma le plus, ce fut la destruction d'un des deux grands batardeaux qui soutiennent l'Inondation; l'autre était également menacé et ne fut sauvé que par des efforts extraordinaires ; il fallut aussi des peines infinies pour rétablir promptement un batardeau provisoire à la place de celui qui avait été détruit; sans cela notre Inondation ne pouvait être soutenue, et la place se trouvait presque sans défense sur la moitié de son pourtour, surtout à raison de l'état de dégradation où ces accidens l'avaient mise.

Je n'entrerai point dans le détail des pénibles et nombreux travaux qui furent entrepris pour réparer les suites d'un si grand désastre ou pour en prévenir de plus fâcheuses : nos efforts furent assez heureux pour conserver la place et les forts dans leur intégrité; mais les moyens considérables qu'il fallut employer pour cela consommèrent une grande partie de ceux dont nous pouvions disposer, et retardèrent conséquemment les ouvrages entrepris sur une foule de points. Néanmoins, dès la fin d'avril l'ensemble de la place se trouvait, à la rigueur, en état de soutenir un siège régulier, quoique bien éloigné du point où nous désirions la mettre, et manquant encore de beaucoup d'objets nécessaires pour qu'on pût faire une très vigoureuse résistance. Favorisés ensuite par la belle f^aison, nos travaux prirent une grande activité, les ouvrages se perfectionnèrent à vue d'oeil, et voici le tableau abrégé de l'état où se trouvent la place et les forts de Dantzig, à l'époque actuelle du 27 novembre.

Avant de faire cet exposé, il est nécessaire de parler d'un nouveau débordement de la Vistule qui a eu lieu le 7 septembre. A la suite d'une crue extraordinaire, le bassin de l'Inondation s'est rempli tout à coup d'un immense volume d'eau. Il s'est établi dans les fossés un courant rapide qui a endommagé de nouveau les fronts bas, emporté totalement le batardeau provisoire construit dans le mois de mars précédent, et dégradé fortement l'autre batardeau. Des portes d'écluses ont été enlevées, des ponts détruits, des portions considérables de contrescarpes renversées; en sorte que les eaux de l'Inondation ont eu plusieurs issues pour s'écouler, ce qui faisait craindre de nouveau l'anéantissement de cette inondation si essentielle à la défense de la place. Mais comme les eaux se sont soutenues constamment à une assez bonne hauteur, nous sommes fondés à croire que d'après des coupures considérables qui ont été faites aux digues de la Vistule, en j dessus et assez loin de la place (coupures que l'ennemi a j probablement ordonnées, du moins en partie, dans le '\ dessein de nous nuire), une portion des eaux de la Vistule ^ s'écoule actuellement par le bassin de l'Inondation, ce qui | a rendu inutile la reconstruction du batardeau. Mais le ,;^ dommage occasionné par cet accident a été presqu'aussi *. considérable que celui de l'hiver dernier, et nous a aussi i^ enlevé une grande partie de nos moyens pour y porter ï remède. |

Je reviens à l'exposé de la situation actuelle des fortifi- • cations de Dantzig. i

Le corps de la place est en bon état. Sur les fronts du .: côté des eaux, on a terminé les réparations des parties f endommagées par le dernier débordement et on a placé îj un second rang de fortes palissades sur tous ces mômes | fronts qui sont au nombre de quatorze. <

Le Bischofsberg est dans un état très respectable, ayant ;; partout quatre rangs de palissades, deux dans le chemin | couvert et deux dans le fossé, tous ses ouvrages extérieurs '^

bien terminés, ses communications blindées partout, les places d'armes rentrantes réunies chacune d'un blockhaus, les saillantes, de tambours en charpente ; tout le terrain en avant bien nettoyé et toutes les maisons rasées.

Le fortduHagelsberg présente aussi un aspect imposant; lénorme relief des ouvrages de ce fort, particulièrement de la demi-lune, a occasionné un travail immense, surtout pour les revêtemens en charpente de cette demi-lune.

Le front de Neugarlen, entre le HagelsbergetleBischofsberg, a été renforcé.

Celui d'Oliva a reçu des améliorations, mais ce qui rassure- le plus sur ce point, c'est le camp retranché fait en avant du Hagelsberg et qui, se prolongeant par sa droite jusqu'à la Yistule, forme une première ligne en avant du front d'Oliva. Je vais donner quelques détails sur ce camp retranché.

A peu près à l'époque du premier armistice, c'est-à-dire vers le commencement de juin dernier, on avait songé à prolonger les moyens de la défense de la place, en établissant quelques nouveaux ouvrages avancés sur les hauteurs qui dominent de près le Hagelsberg et qui sont aussi favorables aux approches de l'ennemi. On avait commencé à y construire quelques lunettes qui furent interrompues pendant la durée de l'armistice ; mais les circonstances permirent d'en reprendre les travaux dès la fin de juillet. Ces ouvrages avaient plusieurs buts d'utilité, car outre qu'ils devaient retarder la marche de l'assiégeant sur ce front de la place, ils tenaient plus éloigné le bombardement que l'ennemi pourrait tenter (et l'événement l'a prouvé), de plus, ils procuraient une saillie très favorable pour prendre des revers avantageux contre les cheminemens de l'ennemi sur le Stolzenberg (ce qui s'est encore vérifié, comme on le verra plus loin).

Ces lunettes, au nombre de trois, ayant parfaitement rtiussi, et l'ennemi nous donnant le tems de pousser plus loin les avantages de ce travail, on a imaginé de prolonger

cette ligne sur sa droite, par quatre autres redoutes couronnant des mamelons jusque près , de la grande allée * d'Oliva, et finalement, l'ennemi nous ayant menacés d'une i attaque vers le front d'Oliva, on a construit encore deux | fortes redoutes dans la plaine en prolongement de la \ même ligne, qui s'étend ainsi jusqu'à la Vistule. Ce camp | retranché, dont les parties se soutiennent très bien l'une 1 et l'autre, est appuyé en arrière par deux camps de bara- i ques qui peuvent contenir 4 à 500 hommes. L'effet de J cette disposition a été de tenir, dans cette partie, l'ennemi j, éloigné d'environ 900 toises de la place. J

On a exécuté des travaux immenses à Weichselmûnde 1

et ses dépendances. Le fort Carré, l'enceinte pentagonale |

qui l'entoure et les ouvrages extérieurs de cette enceinte, '

le fort de Montebello et ses dehors , le camp retranché |

de Fahrwasser et les ouvrages de la PJatte : tout cela a été |

très amélioré et mis en bon état de défense. Une foule de J

locaux blindés ont mis en sûreté les hommes et les muni- |

tions , en sorte que l'on n'a presque rien perdu dans les \

énormes canonnades et les bombardemens que Weichsel- %

mûnde a soufferts à plusieurs reprises, pendant la pre- |

mière moitié de septembre. Jusqu'à présent, tout a été -j

conservé dans cet ensemble d'ouvrages, malgré sa grande j

étendue et l'état de faiblesse où il s'est trouvé pendant ]

longtems. j

La redoute d'Hautpoul a été perfectionnée. On a aussi ^ mis en bon état et palissade la longue demi-canonnière qui lie la redoute, d'un côté avec Weichselmûnde, de l'autre avec le fort Napoléon.

Ce dernier fort a reçu beaucoup d'améliorations; on l'a pourvu d'excellens blockhaus suffisants pour la garnison et tous ses approvisionnemons.

Le fort Lacoste a été mis en très bon état; il a tous les blockhaus défensifs ou servant de logemens qui lui sont nécessaires. Les deux inondations successives l'avaient fuit beaucoup souffrir, mais tout a été réparé.

On a procuré au fort Desaix les abris blindés dont il avait besoin, de même qu'à la lunette Colbert.

Tel est le tableau de la défense de Dantzig. Je vais maintenant exposer la marche des travaux de l'ennemi.

Jusqu'à l'époque de l'armistice, on ne lui a vu reconstruire presqu'aucun ouvrage, si ce n'est quelques épaulemens de batteries très éloignés de la place et qui étaient plutôt défensifs qu'offensifs. Vers le milieu de juillet, cest-à-dire plus d'un mois après la notification de l'armistice , les difficultés survenues avec l'ennemi relativement à la fourniture de vivres, ayant engagé M. le Gouverneur à recommencer les hostilités, nous reprîmes, d'après son ordre, les travaux commencés en avant du Hagelsberg. L'ennemi, de son coté, entama, dès le 18 juillet, une chaîne de sept à huit redoutes, depuis les hauteurs en avant dOhra jusque près de celles de Langfuhr, et passant devant Schônfeld, Wonnberg et Pitzkendorf. A la même époque, il paraît que les Russes commencèrent à recevoir de la grosse artillerie et à préparer des approvisionnemens de fascines et gabions , qui sont devenus immenses par la suite et dont on voyait souvent passer de nombreux transports. La grosse artillerie s'est accrue par degrés et, à l'époque du 24 août, où les hostilités ont décidément recommencé , par suite de la dénonciation de l'armistice, il avait déjà probablement une assez bonne quantité d'obusiers, de gros canons et de mortiers.

11 est à remarquer que les difficultés qui survinrent vers le milieu de juillet avaient été levées au bout de sept à huit jours et, dans cet intervalle, comme on avait encore l'espoir d'un rapprochement, les hostilités ne furent presque rien. Néanmoins, après que l'armistice eut été de nouveau maintenu, on continua les travaux de part et d'autre. L'ennemi fit peu de chose jusque vers la fin d'août; mais nous poussâmes avec vivacité la construction de nos lunettes en avant du Hagelsberg, et nous construisîmes d'autres ouvrages du côté d'ûhra.

Je vais les faire connaître avec quelque détail. |

Il est bon d'observer préalablement que le long faubourg |

qui s'étend jusqu'à H ou 1.200 toises en avant de la porte I

de Petershagen est composé de trois parties qui se tou- |

chent : la première, qui se nomme Altschottland , a eu la i

portion la plus voisine de la place détruite par les Prus- :'

siens lors du siège de 1807; la seconde est Stadtgebieth i

et la troisième proprement Ohra; mais, pour abréger, j'ai j

désigné cet ensemble sous le nom d'Ohra et je continuerai |

de même. ^

Les avantages immenses que nous procurait la posses- i

sion des dehors de la place, à raison des fourrages, des '

vivres et de l'éloignement où se trouvait l'ennemi pour ■

un bombardement, avaient décidé à conserver autant que ■

possible les villages de Laogfuhr, Schidlitz et Ohra; on y J

parvint par une suite de combats glorieux et au moyen de j

plusieurs postes fortifiés ; en sorte que nous avons pu nous i

maintenir dans tous les trois jusqu'à la fin d'août, époque < à laquelle l'ennemi a commencé à agir avec plus de vigueur

pour chercher à nous resserrer. :

Nous avions crénelé et entouré de palissades deux maisons ;

à droite et à gauche de l'entrée de Langfuhr. Ces maisons \

étaient soutenues par un bon poste fortifié à 200 toises en \

arrière, placé à la maison Kabrun; de plus, les issues du ^

village avaient été toutes fermées par des palissades et ^

des barrières. |

La position du village de Schidlitz n'avait pas permis i

l'emploi de postes fortifiés. Dans cette partie, la disposition |

du terrain était telle qu'il aurait fallu occuper trop de ^

points et à une grande distance de la place, et nous avions |

cru que l'ennemi ne chercherait pas à s'y établir tant que |

nous occuperions les hauteurs du Zigankenberg et du |

Stolzenberg qui la commandent à droite et à gauche ; et en |

effet ce n'est que vers la fin d'octobre qu'il a attaqué sérieu- |

sèment ce village, lorsque ses progrès sur ces deux hau- ^ leurs lui ont permis de le faire avec succès. Jusqu'à cette

époque, de simples postes ont suffi pour sa conservation. On avait jugé beaucoup plus important de porter les soins à la défense du faubourg d'Ohra qui, sur sa droite, est immédiatement dominé par une suite de contre-forts liés au plateau de Stolzenberg et dont l'occupation aurait favorisé beaucoup les approches de l'ennemi vers le Bischofsberg, ainsi que les établissemens qu'il aurait pu faire pour bombarder la ville de plus près. Pendant les six premiers mois du blocus, on a occupé en entier le faubourg jusqu'aux dernières maisons ; mais comme on ne pouvait pas espérer de s'y maintenir constamment, on avait préparé en arrière, au débouché du vallon qui se prolonge depuis Schônfeld, un poste fortifié au moyen de deux maisons crénelées et d'une longue palissade qui couvrait entièrement la partie du faubourg à droite de la Radaune; de plus, on tenait en avant, sur les hauteurs, deux postes couverts d'une simple levée de terre et connus sous les noms de poste de l'Étoile (c'était le plus avancé) et de poste du Capitaine,

L'ennemi ayant attaqué souvent ces deux postes, ainsi que la tête du faubourg, à gauche de la Radaune, du côté de l'Inondation, on se détermina, vers la fin d'août, à prolonger celui qu'on avait déjà fortifié, au moyen d'une coupure bien retranchée, qui sellait avec l'Inondation. Cette position, armée de quelques pièces d'artillerie, a résisté jusqu'à la fin d'octobre à tous les efforts de l'ennemi, qui a fait des pertes considérables dans ses attaques multipliées ; mais on avait préparé, à deux ou trois cents toises en arrière, un retranchement très respectable dont il sera parlé plus en détail, et qui a tenu l'ennemi longtems en échec dans cette partie. Ces deux lignes de retranchemens étaient soutenues par deux fortes batteries, fermées à la gorge par une palissade, liées entre elles par un chemin couvert, et qu'on avait nommées les batteries du Frioul. Elles étaient situées sur la sommité du contrefort qui se trouve environ à 300 toises du Bischofsberg. Cet ouvrage a été entrepris le 20 juillet; il avait en avant de lui une forte redoute, aussi

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palissadéeet fermée à la gorge, qu'on appelait l'Avancée de Frioui, et qui était un très bon appui pour la droite du second retranchement (ou 2« coupure) d'Ohra, dont la gauche allait s'appuyer à l'Inondation et se trouvait flanquée par les parties avancées de la place, ainsi que par trois batteries flottantes établies sur la Mottlau. Telles sont les dispositions prises successivement pour fortifier le faubourg d'Ohra. Je vais maintenant indiquer la marche des travaux de l'ennemi depuis la reprise des hostilités.

C'est le 24 août qu'elles ont recommencé et, dès le 29, l'ennemi attaqua en force le village de Langfuhr, dont il fut vigoureusement repoussé, après une affaire très longue et qui lui coûta beaucoup de monde. Le 2 septembre, il revint à la charge avec de plus grands moyens et s'empara de ce village. Mais les deux maisons crénelées à l'entrée tinrent ferme toute la nuit, et on crut devoir les lui abandonner dans la matinée, conservant cependant le poste de Kabrun où nous restâmes encore quinze jours. Les troupes qui occupaient ces maisons crénelées se défendirent avec un courage héroïque et firent perdre beaucoup de monde à l'ennemi.

Dès qu'il se vit maître de Langfuhr, il établit, dans la nuit, une parallèle à la hauteur des deux maisons crénelées, laquelle se trouvait ainsi à 1100 toises de la porte d'Oliva. Il construisit, les jours suivans, plusieurs batteries dans cette parallèle qui s'étendait assez loin sur la gauche et sur la droite, jusqu'aux premières hauteurs.

En même tems il commença plusieurs batteries sur les hauteurs qui s'étendaient vers sa droite en prolongement de cette première parallèle ; il les arma successivement de plusieurs pièces de 24 ; mais comme elles étaient à 1500 toises du Hagelsberg, elles faisaient même peu d'effet sur les nouvelles redoutes en avant de ce fort, qui avaient déjà beaucoup de consistance. Les ouvrages à droite de ces redoutes avançaient rapidement. La batterie Montbrun était déjà armée et produisait un très bon effet, mais la

RAPPOUT SUR LKS TRAVAUX DU GÉNIE £85

totalité du camp retranché, armé de plus de 25 pièces d'artillerie, ne fut entièrement terminée que vers la fin d'octobre.

Les 2,3,4 et Kî septembre, la flottille ennemie, qui avait près de 200 voiles de toute espèce, fit un feu terrible sur le camp retranché de Farhwasser, la Platte, et Weichselmunde, mais sans nul effet; la journée du 16 fut surtout remarquable. L'ennemi lança, sans exagération, 18 mille boulets, bombes, boulets creux, obus, bombes incendiaires ou fusées à la congrève. Nous n'eûmes pas trois hommes de tués. Aucun de nos bâtimens de guerre ne fut endommagé.-Quelques dégradations aux parapets étaient déjà réparées dans la nuit, et 2 ou 300 palissades brisées furent replacées sur-le-champ. Le projet de l'ennemi était bien certainement de donner l'assautau camp retranché de Farhwasser, s'il était parvenu à détruire nos batteries au moyen de l'énorme feu de sa flottille, ainsi qu'il s'en était flatté. Ses colonnes d'infanterie étaient déjà à portée, prêtes à marcher, mais l'artillerie du camp retranché les tint toujours en respect et, depuis ce temps, l'ennemi renonça à toutes tentatives sur ce point.

Le 17 septembre, il s'établit dans le poste de Kabrun que nous avions abandonné, et, le lendemain, à la maison de Bethier et à Schellmiihle. 11 forma sur-le-champ une seconde parallèle à 900 toises de la place et y établit en quelques jours plusieurs batteries. Il prolongea aussi celte parallèle sur sa droite, jusqu'aux hauteurs; de notre côté, nous avions préparé une batterie sur la rive droite de la Vistule, en face de l'embouchure du canal de Schellmiihle, et une autre se construisait plus loin, sur la même rive, près du moulin d'épuisement; ces batteries, réunies à celles du camp retranché et des ouvrages avancés de la place, entretinrent, pendant 7 à 8 jours, un combat avantageux d'artillerie avec celles de l'ennemi qui finit par être réduit au silence, et il parut n'avoir plus aucune intention de cheminer de ce côté.

286 OEFENSE DE DANTZIG

Mais, vers le commencement d'octobre, il menaça particulièrement le côté d'Olira oii, liant ses anciennes redoutes par une espèce de parallèle, à 12 ou 1300 toises de la place, il poussa en avant les communications, et fit l'honneur à la tête d'Ohra de cheminer en règle contre elle par un très grand développement de tranchées.

Dès le 5 octobre, on aperçut, dans le jardin de la maison Kabrun, une batterie de mortiers qui commença à tirer le 8 du même mois. L'ennemi lança pendant plusieurs jours beaucoup de bombes, boulets rouges, fusées et toute espèce d'incendiaires. Mais c'était particulièrement du côté d'Ohra qu'il préparait ses plus grands moyens dans ce genre. Pour les établir avec succès, il fallait qu'il s'emparât des hauteurs qui dominaient la tête de ce village, et oii nous tenions encore les petits-postes de l'Étoile et du Capitaine ; c'est ce qu'il tenta de la manière suivante.

Le 10 octobre, à 7 heures du soir, il commença un grand feu d'artillerie sur sa gauche, c'est-à-dire du côté de Langfuhr, dirigé principalement sur le front d'Oliva, ce qui incendia le couvent des Dominicains où était l'hôpital des prisonniers russes. Pendant ce tems, vers 9 heures, faisant des démonstrations sur toute sa ligne, il attaqua vivement les postes de l'Étoile et du Capitaine qui furent obligés de se replier. Quelques heures après, nos réserves arrivèrent et reprirent ces deux postes, en faisant éprouver à l'ennemi une très grande perte. Mais comme le lendemain il se présenta de nouveau avec des forces considérables, »n ne jugea pas à propos de sacrifier trop de monde pour leur conservation, et ils furent évacués. Nous nous retirâmes dans la première coupure en nous maintenant néanmoins dans quelques maisons en avant. C'est dans cette nuit que l'ennemi a commencé à préparer ses batteries incendiaires de ce côté, les appuyant par une seconde et même par une troisième parallèle, ainsi que par des redoutes fermées en palissades. Dès le 15, il avait sur toute sa ligne au moins 80 pièces et environ 13 à 14 mortiers; et depuis

cette époque, il n'a cessé de nous tirer toute espèce d'incendiaires et surtout une grande quantité de boulets rouges. Avec ces moyens, il ne pouvait pas manquer de brûler une partie de la ville, malgré toutes les précautions prises, lesquelles ne devaient pas avoir un succès complet, vu le manque presqu'absolu de locaux voûtés et blindés, le genre de construction des maisons et la quantité immense de magasins de toute espèce et de chantiers de bois qui remplissent la ville de Dantzig.

La nuit du i^'^ au 2 novembre fut la plus fâcheuse pour les incendies, qu'un vent impétueux favorisait. L'ennemi en profita pour attaquer à la fois la seconde coupure d'Ohra la première avait dû être abandonnée), le plateau de Stolaberg et les postes avancés de Schidlitz, oîi depuis 7 à, jours nous avions cherché à renforcer par une redoute principal de ces postes (dit le poste du chef de batail- ■ n); il vint à bout de s'emparer de cette redoute qui n'était L3 encore achevée. On la reprit le lendemain matin. Sur j? plateau de Stolzenberg. l'ennemi, après avoir repoussé nos postes, entama une première parallèle à environ 450 toises de Bischofsberg. Le plateau fut repris également le lendemain matin, et les travaux de l'ennemi entièrement rasés dans la journée. Du côté d'Ohra, l'affaire fut encore plus brillante pour nous : l'ennemi avait déjà poussé les jours précédens un cheminement en zigzags jusqu'à environ 80 toises de la petite redoute que nous avions nommée l'Avancée de Frioul, et qui formait la droite de notre seconde coupure ou retranchement d'Ohra. Il déboucha dans la nuit de cette tranchée et se jeta dans les fossés de la redoute. Parvenu à ébranler quelques palissades, il pénétra dans l'ouvrage et finit par s'en emparer. Un instant après, une compagnie de nos volontaires s'y précipite par la même ouverture, tue ou fait prisonnier tout ce qui s'y trouve et ramène l'ofiicier russe qui commandait ce dé- '..achement. Voyant ses tentatives infructueuses en attaquant sur divers points à la fois, il se présenta la nuit

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