DEFENSE DE DAN171G
suivante, du 2 au 3, avec des forces considérables, seulement sur le plateau de Stoizenberg, et parvint à s'y maintenir. Il recommença sa première parallèle, dont on n'a plus essayé de le déloger; mais qui, au lieu d'embrasser les fronts de Bischofsberg, formait une ligne convexe vers la place, et se retirait sur la droite et sur la gauche, pour éviter, d'une part, l'action des feux des lunettes en avant de Hagelsberg et, de l'autre, celle des feux des batteries Frioul.
Dès ce moment, nous pûmes juger avec assez de probabilité les projets de l'assiégeant, qui jusqu'alors avaient paru douteux. Au commencement de septembre, qui doit être regardé comme l'époque de celui du siège, son intention paraissait être de diriger une attaque régulière sur les fronts d'Oliva, entre la Vistule et les hauteurs de Zigankenberg. 11 avait formé de ce côté deux parallèles avec plusieurs communications en zigzags, et établi un grand nombre de batteries; mais on doit croire que les obstacles qu'il craignait de rencontrer, soit de la part du nouveau camp retranché (qui se trouvait en face de lui et auquel nous ajoutions chaque jour un degré de force), soit des feux de revers et d'écharpe des ouvrages du Holm, dont quelques-uns prenaient à dos ses batteries, le déterminèrent à ne plus donner suite à celte attaque. En effet, après une canonnade de près d'un mois et un bombardement de quelques jours, il diminua tout à coup son feu de ce côté et sembla porter ses vues sur le faubourg d'Ohra qu'il lui fallait absolument enlever, s'il voulait parvenir à cheminer vers le Bischofsberg, par le plateau de Stoizenberg. On a vu plus haut que, dès le -10 octobre, il attaqua avec des forces considérables les avant-postes d'Ohra qui avaient été défendus longtems avec la plus grande vigueur et qu'on ne pouvait plus conserver, sans des sacrifices disproportionnés avec l'importance de ces avantpostes, et nous nous décidâmes alors à nous retirer dans les rolranchemens de ce faubourg que nos troupes défen-
RAPPORT SUR LES TRAVAUX DU GExNIE 289
dirent pied à pied, pendant quarante jours, de la manière la plus glorieuse.
Le bombardement, que l'ennemi avait commencé le lo octoLrj, se soutint avec violence jusqu'à la fin du mois, principalement du côté d'Ohra. J'ai dit tout à l'heure que dans la nuit du 1" au 2 novembre, où il vint à bout d'incendier le quartier le plus précieux de la ville, il avait ouvert sa première parallèle, sur le plateau de Stolzenberg, et qu'en ayant été chassé le lendemain, il s'y établit la nuit suivante (du 2 au 3) avec des forces considérables.
Nous dûmes croire dès lors que l'assiégeant, qui, pendant deux mûis d'attaque, avait été tenu à une si grande distance, malgré un très grand développement de tranchée, soutenu p.ir le feu le plus vif et sans relâche de 80 à 100 bouches à feu, ne voulait plus se contenter de brûler la ville par ses bombes, ses obus et ses boulets rouges dont il a lancé une très grande quantité, et que son projet était de diriger une attaque régulière vers le fort de Bischofsberg. Mais pour le faire avec succès, il ne pouvait se dispenser, : préalable, d'enlever le faubourg d'Ohra et les trois rentes de Frioul qui le couvraient du côté des hauteurs. ( .es trois ouvrages, élevés à la hâte sous le feu de l'ennemi , et dont il avait tenté vainement l'attaque de vive force dans la nuit du 1" au 2 novembre, étaient déjà abîmés depuis 20 jours par un feu continuel d'artillerie et par une pluie de bombes, de même que les retranchemens de l'intérieur du faubourg que l'ennemi plongeait et entourait par de nombreuses batteries, tant du côté des hauteurs que de cîlui de l'Inondation. Dans une pareille situation, on ne pouvait pas espérer de conserver longtems ce faubourg, jusqu'alors si vaillamment défendu. Cependant, contre toute attente, le courage inébranlable de nos troupes, la vigacur du feu de notre artillerie et l'habileté avec laquelle o\ saisissait les moyens de prendre de flanc, d'écharpc, qielquefois même d'enlilade, les positions de l'ennemi, nous maintinrent encore vingt autres jours dans ce fau-
bourg d'Ohra, que la garnison de Dantzig peut se flatter ^ d'avoir rendu à jamais célèbre. Enfin, dans la nuit du 21 au ■ 22, on se décida à l'abandonner, et cène futqu'apiôs avoir forcé l'ennemi à cheminer contre les trois redoutes . de Frioul, comme devant une place de guerre, après qu'il il les eut embrassées par plusieurs parallèles liées par di- « verses communications, et qu'il les eut écrasées pendant i quarante jours et autant de nuits par un feu dontil est dif- '[ licile de se faire une idée : vers les derniers jours, 12 mor- j tiers placés à moins de 100 toises étaient constamment | dirigés contre ces trois ouvrages, qui n'étaient plus que ^ des amas informes de terre. L'ennemi avait poussé ses < cheminemens jusqu'au pied de leurs faces, pouvait d'un i! moment à l'autre déboucher de ses immenses places Jj d'armes , se jeter en un clin d'œil, de tous côtés, sur les l redoutes et sur les retranchcmens de l'intérieur, avec des j forces décuples de celles qui se trouvaient dans le fau- | bourg et même leur couper la retraite sur la place, dont | elles étaient à plusieurs centaines de toises. j
Une plus longue résistance n'aurait rien ajouté àladurée j de la défense générale, et aurait compromis des troupes ] précieuses à conserver. j
L'occupation du faubourg d'Ohra a procuré d'abord à • l'ennemi la faculté d'achever de prolonger la droite de sa première parallèle, qu'il avait été obligé, en quelque sorte, de refuser; d'embrasser de ce côté les fronts du Bischofsberg, de manière à saisir les prolongemens de quelquesunes de ses faces, et d'inquiéter les fronts de la porte de Pélershagen et de l'écluse de l'Inondation ; mais cela ne suffisait point encore, car, comme je l'ai dit plus haut, l'occupation des hauteurs en avant du Hagelsberg, au moyen du nouveau camp retranché, l'avait obligé à refuser la gaucho de cette même parallèle ; les feux de notre artillerie, sur les hauteurs du Hagelsberg, le tourmentaient beaucoup sur sa gauche et auraient pris en flanc tous les cheminemens qu'il aurait voulu faire de ce côté.
Il paraît doaccertaia que la prise du camp retraaché était encore un préliminaire indispensable aux approches que l'assiégeant aurait voulu faire vers le Bischofsberg. 11 tenta en effet quelques attaques sur ce camp. Dans la nuit du \S au 19, il essaya d'escalader la redoute Gudin,qui forme l'extrême droite de la ligne, et la nuit suivante celle de Fiszer, placée dans l'allée de Langfuhr; mais ces attaques furent repoussées facilement. La force de tous les ouvrages du camp retranché et la bravoure éprouvée des troupes qui les défendaient devaient faire juger, après l'épreuve d'Ohra, que l'attaque de ce camp retranché aurait coûté beaucoup à l'ennemi. Aussi n'a-t-il fait contre lui aucune attaque sérieuse et, depuis le commencement de novembre jusqu'au 27, il s'est contenté d'hérisser d'artillerie toute sa parallèle sur le plateau de Stolzenberg, et il prenait même la précaution de palissader ses batteries. Peu de jours après l'abandon d'Ohra, il était parvenu à placerjusqu'à cent pièces d'artillerie sur cette seule parallèle ou les batteries en arrière d'elles, et il faisait sans relâche un feu soutenu contre le Bischofsberg qu'il inondait surtout de bombes et d'obus, sans être jamais parvenu à ralentir la vivacité du feu de la place, qui lui a causé une perte considérable; mais ce sont surtout nos feux de flanc, tant lies batteries flottantes de l'Inondation que du Hagelsberg
des nouveaux ouvrages en avant, qui lui ont fait le plus !'• mal; et l'impossibilité oii il paraissait être de les éteindre semblait avoir paralysé sa marche, puisque jusqu'à l'époque du 27 novembre où le feu a cessé, il n'avait point fait encore un pas au delà de sa première parallèle dont la gauche, encore éloignée, n'avait presque aucune action sur le Bischofsberg.
Dans cet état de choses, on peut dire que la marche de l'assiégeant était extrêmement retardée. Son attaque sur le Bischofsberg n'était parvenue qu'à la r^ parallèle déjà établie depuis 23 jours et dont il n'avait encore osé déboucher. L'énorme feu dont il avait inondé le Bischofsberg,
n'avait occasionné que de légers dommages, constamment réparés à mesure qu'ils avaient lieu ; toutes les palissades brisées étaient de suite replacées. Le terrain que l'ennemi devait parcourir dans les cheminemens ultérieurs lui était extrêmement défavorable, parce qu'il se présentait en pente vers la place et se trouvait par conséquent exposé à ses feux plongeans ; ce terrain était d'ailleurs couvert en grande partie de décombres et de démolitions, qui auraient rendu meurtrier le feu de notre artillerie, et les travaux de l'ennemi extrêmement pénibles; enfin, l'approche de la saison des glaces (qui est déjà arrivée), puisqu'au moment actuel les fossés commencent à être pris, rendaient ces mômes travaux presque impossibles.
Il ne restait donc à l'ennemi que l'espérance de tirer parti des avantages que les glaces pourraient lui donner du côté des nombreux fronts de la place de Dantzig, qui sont couverts par les eaux, et d'essayer de profiter de la supériorité numérique de ses troupes pour tenter, pendant l'hiver, sur ces mêmes fronts, des attaques de vive force. Mais tout avait été préparé de longue main pour s'opposer à de pareilles attaques ; les quatorze fronts de l'Inondation et de la Vistule avaient été munis d'un double palissadement, môme triple et quadruple dans les endroits les plus exposés. Trois mille haches à glace et un nombre suffisant de crocs étaient prêts, de même que les nacelles destinées à circuler dans les fossés et à empêcher les eaux de se geler de nouveau; des pontons crénelés, munis chacun d'un fourneau pour les rendre habitables dans cette rigoureuse saison, étaient déjà distribués le long de sa contrescarpe, derrière chaque place d'armes rentrante, pour faire l'olfice des blockhaus. Une artillerie nombreuse était disposée pour armer tous ces fronts et les défendre avec la vigueur qu'elle avait déployée sur ceux du côté de terre.
Que manquait-il donc à la place de Dantzig pour pouvoir se défendre tout le reste de l'hiver ? Des vivres et unegar-
nison suffisamment nombreuse. îl n'entre point dans l'objet do ce rapport d'exposer les malheurs qui nous ont privés de ces moyens indispensables.
Il n'en est pas moins très honorable pour cette garnison d'avoir constamment tenu l'ennemi à une grande distance d'une place devant laquelle il a déployé, de bonne heure, des moyens immenses en tous genres. Le développement total de ses tranchées est de 10 à 12.000 toises; la plupart de ses batteries étaient fermées et palissadées comme des redoutes. loO à 160 bouches à feu, dans les derniers tems, étaient constamment en activité; sans compter une immensité de fusées incendiaires dont il serait difficile de dire le nombre. On évalue à 200.000 coups de toute espèce le feu qu'il a fait contre Dantzig, et à 30 mille celui contre Weischselmûnde et le camp retranché de Farhwasser.
On peut aussi se féliciter des événemens du blocus, pondant les sept mois qui ont précédé le siège, puisqu'on a tenu l'ennemi éloigné jusqu'à une lieue au moyen de sorties vigoureuses et de divers postes fortifiés. Ce qui nous n donné l'avantage de suppléer au défaut de beaucoup de parties d'approvisionnement en vivres et de préparer en . int de la place les travaux défensifs qui ont tant retardé marche de l'ennemi pendant le siège.
ii ne m'appartient pas de payer à chaque arme de la gardon le tribut d'éloges qu'elle mérite: c'est une tâche agréa- I le et facile à remplir pour Monsieur le Gouverneur, mais je crois devoir faire mention, avec quelque détail, des officiers et des troupes du génie.
Monsieur le colonel deRichemont, directeur des fortifications, a développé des talens très distingués, des qualités précieuses et un zèle infatigable qui lui ont concilié l'estime et l'attachement de toute la garnison. Chargé, à Dantzig, de la direction des travaux du génie depuis plus de t:'ois ans, on peut dire qu'il est en quelque sorte le créateur des ouvrages qui ont porté àun si haut degré la force de cette place, laquelle se trouvait hors d'état de dé-
fense au commencement du blocus, ces ouvrages n'ayant j
pu encore être achevés. '\
Il a été parfaitement secondé par le chef de bataillon ^ Richaud, sous-directeur, que nous avons eu le malheur de \ perdre le ■lo novembre : il a eu la tête emportée d'un 1 boulet de canon à l'une des batteries Frioul , au moment l où il observait les travaux de l'ennemi. Son rare mérite ■ et les services qu'il avait rendus l'ont fait vivement regretter, i
Le chef de bataillon Goll a déployé beaucoup d'activité, |
de talens et de zèle dans les travaux de Weichselmiindc et !
de ses dépendances. Il y a fait, en peu de tems. des tra- ^
vaux immenses et a mis cette forteresse dans l'état le plus '
respectable. Sa conduite a été extrêmement distinguée ;
lors des attaques violentes de laflotille ennemie, pendant ]
le mois de septembre. j
Le chef de bataillon Michaud, chargé const-imment, de- j
puis le commencement du blocus, du service du génie au :<
Bischofsberg et à Ohra , a montré une grande capacité et ;;
un zèle infatigable dans un poste que les circonstances ont \
rendu très pénible, surtout pendant les trois derniers mois, '
et l'on peut dire qu'il a rendu d'importans services. ■;
Je dois rendre la même justice, au chef de bataillon 'j
Ménissier, chargé, depuis la môme époque, du Hagelsberg ;;
et des nouvelles redoutes avancées. Sa conduite est aussi i
digne des plus grands éloges sous tous les rapports. ;
Le chef de bataillon Chaigneau a dirigé avec beaucoup j de succès les nombreux travaux du corps de place et, pendant quelque tems, des forts Desaix et Lacoste, travaux que les inondations des mois de mars et septembre ont
rendus excessivement difficiles et pénibles. C'est en grande i partie à son zèle et à ses talens que l'on doit la conservation ou la restauration de beaucoup d'ouvrages.
On doit aussi beaucoup d'éloges au chef de bataillon Rernardi, qui conduisait les travaux du fort Napoléon.
M. le chef de bataillon Répécaud, chargé des ouvrages
du Holm et des nouvelles redoutes dans la plaine , en avant des fronts d'Oliva, a développé des talens distingués et une activité rare. Il a aussi obtenu des témoignages très flatteurs de la satisfaction de M. le Gouverneur pour le zèle qu'il a montré dans plusieurs violens incendies, où il a fortement contribué par son dévouement à la conservation de plusieurs établissemens précieux pour la défense, particulièrement des moulins à manège, qui étaient menacés d'une destruction prochaine.
Les chefs de bataillon Parnajeon et Girardin, revenus très malades de la campagne de 1812, n'ont pu se livrer, aussitôt que les autres officiers supérieurs du génie, aux travaux de la défense ; mais, dès que leur santé a été rétablie, on les a employés très utilement, et M. Parnajeon a été surtout à même de rendre des services essentiels pour la conservation des forts Desaix et Lacoste, lors du déborbemenl de la Vistule, au mois de septembre.
Vingt-quatre capitaines ou lieutenans de l'état-major (dont quatre du royaume d'Italie) ont secondé les officiers supérieurs avec un zèle digne des plus grands éloges. On peut dire qu'ils n'ont presque pas eu de repos pendant dix mois et demi que les travaux ont été poussés sans la moindre relâche, la nuit comme le jour. Quoique la conduite de tous ait été très honorable, quelques-uns d'entre eux ont eu des occasions particulières de faire preuve de leur dévouement; j'en rendrai par la suite des comptes détaillés, en faisant mention de mes deux aides de camp dont j'ai été extrêmement satisfait.
Les troupes du génie se composaient d'une compagnie de mineurs , d'une de sapeurs français et d'une de sapeurs polonais, d'un dépôt d'environ oO officiers et soldats isolés et de plusieurs gardes du génie , formant ensemble un total d'environ 400 hommes; leur conduite a été parfaite, et dans les longs et pénibles travaux qu'elles ont eu à supporter, ainsi que dans les nombreux incendies où elles ont rendu d'éminens services, ces troupes ont montré l'exemple
d'un f ournge et d'une constance à toute épreuve. Les officiers méritent surtout beaucoup d'éloges.
Un bataillon de 5 à 600 prisonniers espagnols a été d'une extrême utilité pour les travaux. M. le Gouverneur en a témoigné plusieurs fois sa satisfaction au commandant, le chef de bataillon Saint-Jean de Pointis, officier très remarquable, qui, secondé par le zèle de ses officiers, a maintenu constamment le meilleur ordre et un aussi bon esprit qu'on pouvait l'espérer dans cette troupe difficile à conduire.
Danlzig, le 3 décembre 1813.
Le général de division du génie y Campuf.don.