‹ Défense de l'enseignement des écoles catholiquesChapitre 49 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

LES DÉLIBÉRATIONS PARLEiMENTAIRES DE NOS CHAMBRES

Cette quatrième preuve ne me paraît pas moins concluante que les précédentes. Cette même doctrine a été proclamée en plein parlement, par un ministre du Roi, comme un dogme de la religion de l'Etat. La révolution de 1830 n'a pu ni changer, ni modifier les dogmes de la religion catholique. Cette nouvelle Charte, en nous promettant une plus grande mesure de liberté, n'a pas excepté de cette garantie la hberté de religion, la liberté de conscience. Le ministre, qui parlait ainsi au nom de la couronne et de son roi, à qui le pouvoir de régner et de gouverner n'était pas contesté, le ministre s'exprimait

ainsi en présence de Benjamin Constant, Casimir Périer, du ijénéral Foy, auxquels je pourrais ajouter plusieurs des auteurs et des fondateurs de la nouvelle Charte qui nous gouverne. A la vérité, ce ministre était un évéque; mais le prélat, en disant ces choses, fut écouté a\ec tant d'intérêt par rassemblée, et par les membres de l'opposition que je viens de citer, que le même C.tsimirPérier le favorisa de celte honorable acclamation : Five Mgr. cVHermopoUsy vive sa loUrance! Or, ce discours, que je cite ici textuellement, n'est rien moins qu'un résumé précis et substantiel de la doctrine que je viens de développer dans ce livre. Elle y est exprimée avec cette netteté, cette clarté et tout à la fois cette noblesse et cette di^ijUité qu'on admire dans les discours relig^ieux ou parlementaires de cet orateur si célèbre.

(( Messieurs,

» Depuis l'ouverture de la session, quelques plaintes se sont élevées dans cette Chambre au sujet du clergé. Des observations ont été faites sur son état présent dans notre nouveau système politique. Des vœux ont été exprimés pour l'amélioration de son sort et pour sa plus complète organisation.

)) Ces plaintes, ces observations et ces vœux n'ont pas été renfermés dans cette enceinte ,• ils ont été naturellement portés dans la France entière par la voie ordinaire des feuilles publiques ; et peut-être il n'est pas indifférent

à sou repos que tous ces objols soient discutés avec quelque maturité, appréciés et réduits à leur juste valeur.

» Je me propose aujourd'hui de donner des éclaircissements sur ces matières, et je me plais à les donner devant vous, Messieurs, qui avez sincèrement à cœur les vrais intérêts de la religion et de votre patrie, et qui, appelés à balancer ici les destinées de la France , devez attacher tant de prix à ce qui peut affermir la paix domestique et civile, calmer les esprits agités, et les guérir enfin, s'il est possible, de je ne sais quelle indéfinissable maladie qui semble les travailler en ce moment.

» Les reproches qu'on croit pouvoir faire au clergé se réduisent à deux principaux. On l'accuse d'abord d'un esprit très-persévérant de domination, qui tend à tout envahir, et à soumettn', comme on le dit, le temporel au spirituel. On l'accuse encore d'un esprit d'ullramontanisme, d'un penchant très-vif pour des opinions étrangères, et peu conciliables avec les libertés de l'Eglise Gallicane. Double accusation, Messieurs, que j'examinerai successivement.

» Je sens très-bien que, par la nature des choses que j'ai à traiter, surtout dans le temps où nous sommes, ma position est très-délicate. Probablement la Chambre le sent comme moi; peut-être même est-il des personnes qui ont déjà conçu d'avance des inquiétudes sur ce que je vais dire ; mais qu'elles se rassurent. Sans dissimuler ma pensée, je ne dirai rien qui ne doive être dit ; je ne sais si je m'abuse, mais j'ose me croire aussi incapable d'exagération que de pusillanimité. Sans doute il serait témé-

raire de chercher des questions difficiles; mais elles sont quelquefois inévitables, et quand elles se présentenl , il faut avoir le courage de s'y engager. Je puis dire même qu'elles ne sont pas sans attrait, par cela seul qu'elles ne sont pas sans péril : c'est un comhat ; et j'ai assez souvent éprouvé qu'il n'était pas impossible d'en sortir heureusement, en mettant de la franchise dans la pensée^ et de la mesure dans l'expression. Ces armes ont toujours été les nôtres, et c'est avec elles que je vais aborder le premier reproche fait au clergé : celui d'un esprit de domination et d'envahissement,

» Il ne s'agit pas de s'arrêter à de vagues allégations, qui, une fois jetées dans le public, vont en se grossissant à mesure qu'elles s'éloignent de leur origine, et finissent trop souvent par dominer le vulgaire, et même par égarer les sages. Les preuves de cet esprit d'envahissement et de domination^ il faut les chercher, ou dans les doctrines professées par le clergé sur son autorité spirituelle, qu'il s'exagère et qu'il porte au delà de toutes les bornes, ou bien dans des menées secrètes longtemps inconnues, mais qui, enfin dévoilées, ont paru au grand jour, et manifesté cet esprit dominateur qu'on lui reproche, ou bien dans des faits éclatants dont il soit impossible de nier l'existence.

» Faut-il d'abord parler de nos doctrines P Mais les doctrines que nous professons ne sont pas nouvelles ; ce n'est pas nous qui les avons inventées ; nous les avons reçues comme un héritage précieux, pour les transmettre à ceux qui viendront après nous. Nos doctrines sont celles

de Bossuet et de Fleury, de l'ancien clergé de France, si renommé dans le monde entier par ses hautes lumières ; de l'antique Sorbonne, cette école de théologie la plus célèbre de l'univers ; je pourrais dire encore de tout ce que la magistrature française a eu d'hommes plus vénérables par la science et la gravité des mœurs : tels que les Talon, les Domat, les d'Aguesseau. Ces doctrines, les voici dans toute leur pureté :

» Au sein de toute nation catholique il existe deux autorités : l'une spirituelle, établie de Dieu même pour régler les choses de la religion ; l'autre temporelle, qui entre également dans les vues et les desseins de la Providence, pour la conservation des sociétés humaines, et qui est établie pour régler les choses civiles et politiques. A la première appartient, par l'institution divine, le droit de statuer sur la foi^ sur la règle des mœurs, sur l'administration des sacrements, sur la discipline qui se rapporte aux choses saintes et au bien spirituel des peuples. A la seconde appartient le droit de régler ce qui regarde les personnes et les propriétés, les droits civils et politiques des citoyens.

» Non, messieurs, ce n'est ni aux peuples, ni aux magistrats, ni aux princes, qu'il a été dit : « Allez, enseignez toutes les nations; » c'est au collège apostolique, dont saint Pierre était le chef; c'est à leurs successeurs, je veux dire au corps des premiers pasteurs, aux évêques unis à leur chef, le souverain pontife, que ces immortelles paroles ont été adressées. Mais il n'a pas été dit non plus, par le Sauveur du monde, aux pontifes de la loi nouvelle :

K Allez, g^ouvernez la terre ; les princes et les rois ne sont que vos lieutenants. Si leur autorité compromet le sort de la religion qui vous est confiée, déclarez-les déchus de leur couronne. )) Ce langage n'est pas celui des livres saints. Nous avons appris de l'Evangile à rendre à César ce qui est à César, et de saint Paul à respecter les puissances établies, et à observer les lois, non-seulement par crainte, mais encore par conscience.

» 11 est vrai, d'un côté, le magistrat, le prince, comme le peuple, sont soumis à l'Eglise, dans les choses spirituelles ; mais aussi, d'un autre côté, le pontife, le prêtre, le lévite, comme le simple fidèle, sont soumis à l'Etat, dans les choses civiles ; et c'est ainsi qu'on doit entendre la maxime : l'Eglise est dans l'Etat.

» D'après l'institution divine, le pontife ne prononce aucune peine dans l'ordre temporel, comme le magistrat n'en inflige aucune dans l'ordre spirituel ; et le pontife n'a pas plus de droit de déposséder le magistrat, que le magistrat d'excommunier le ponlife. .

» Que disons-nous encore? Nous disons qu'aucune forme de gouvernement u'a été donnée par Jésus-Christ aux divers peuples de la terre ; que si le fond de la puissance vient de Dieu, la forme vient des hommes. La forme des gouvernements varie selon les mœurs, les usages, les besoins et le génie des peuples. Que l'autorité soit dans la main d'un seul ou de plusieurs, ou bien qu'elle réside dans un roi et un parlement unis ensemble, le fond en reste toujours le même. L'autorité suprême emporte le droit de commander d'une part, et de l'autre l'obligation

d'obéir en conscience. Cette autorité, ainsi entendue, entre sans doute dans les desseins de la Providence pour l'harmonie du monde moral, comme la gravitation entre dans les desseins de Dieu pour l'harmonie du monde visible. Mais enfin toutes ces choses peuvent subir des variations, et le propre de l'Evangile est de l'adapter à toutes les formes de gouvernement qu'il trouve établies. Il a sanctifié les étals populaires comme les monarchies.

» Avant le xvi'^ siècle toutes les républiques de la Suisse professaient la religion catholique: et aujourd'hui encore les petits cantons, les peuples peut-être les plus heureux et les plus libres de la terre, sont en même temps catholiques et républicains.

» S'il n'existait qu'une seule puissance, la spirituelle dominant le temporel, alors on pourrait dire qu'on vit sous une espèce de théocratie. S'il n'existait parmi nous qu'une seule puissance, la temporelle dominant le temporel, la France ne professerait plus la religion catholique, qui est pourtant celle de trente millions de Français; car la pierre fondamentale de l'édifice, le centre d'unité, est le Pontife romain, qui est le chef de l'Eglise entière et de l'épiscopat. Ainsi, messieurs, que les deux autorités restent toujours unies pour le bonheur commun des peuples, et de la France en particulier ; et c'est cette alliance véritablement sainte qui conservera toujours et la monarchie et la religion de saint Louis. »

Comment se fait-il que des assertions, qui passaient alors pour des vérités incontestables, des vérités si inébraidables, que notre parlement lui-même, devant qui

elles étaient proclamées , croyait y reconnaître notre Charte et le plus pur esprit de notre droit public, soient devenues depuis quatorze ou quinze ans des contrevérités, ou tout au moins des idées vieilles, retardataires, en arrière des progrès du siècle ?

La conclusion placée à la fin de la partie historique peut être rappelée à la suite de cette discussion dogmatique : j'invite le lecteur à la relire.

ns.

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