‹ Défense de la liberté de l'Eglise (volume 2)Chapitre 16 sur 39 · YLNTS DANS LA QUESTION · texte numérisé non relu

YLNTS DANS LA QUESTION

Il est temps maintenant de résumer tous ces faits, d'en tirer la conséquence qui en résulte manifestement et de la proclamer. Je le répète, il n'y a rien qui jette une plus vive lumière sur toute cette controverse.

Je ne sais ni le lieu , ni le jour, ni l'heure où les passions universitaires se sont rencontrées et concertées : mais il est impossible de comparer le projet de 1836 et la discussion qui l'a suivi, avec les deux projets de 18'il et lS.'i't, sans reconnaître qu'il y a eu évidemment, dans l'intervalle , conspiration de l'Université pour conserver son monopole, c'est-à-dire (qu'elle se l'avoue ou ne se l'avoue pas), pour effacer la promesse delà Charte, déchirer l'art. 69, et anéantir la liberté d'enseignement. Oui, conspiration, je le redis, et conspiration flagrante : la conspiration d'un corps puissant qui ne veut pas se dessaisir, qui se déclare l'État, cherche à entraîner l'État dans sa querelle, s'aveugle sur les moyens, sacrifie tout à sa conservation, et, comme M. Thiers lui-même le révèle, se défend avec ténacité, avec cohésion; parla réalise exactement la pensée du fondateur, et , selon une expression qui appartient encore au célèbre rapporteur, ne veut pas être dépouillé. Une telle conspiration ne s'avoue pas au public; tout au plus s'avoue-t-elle à elle-même.

La pensée du fondateur, exactement réalisée, c'est, on lésait, le monopole absolu, exclusif. Un tel but, pour être atteint, ne doit pas être proclamé : les promisses i, I-'

delà Charte le condamnent même à se revêtir du nom et des formes d'une liberté trompeuse; et longtemps, en effet, un art infini de tactique a été employé pour donner le change aux esprits étonnés, pour masquer l'Université , détourner l'attention , et distraire le bon sens public.

Mais la plus profonde habileté ne pouvait toujours enchaîner un tel secret. Il se révéla donc augrand jour, d'abord par de visibles alternatives de ruse et de violence , puis par des faits éclatants, simultanés; et les universitaires trahirent enfin leur concert manifeste de défense et d'attaque, par l'ensemble et l'éclat des hostilités.

Alors parurent les apologies successives de l'Université , destinées à effacer les impressions funestes de la discussion de 1837, et à étouffer, sous le bruit d'une clameur concertée, l'écho des voix puissantes, des voix nombreuses, et quelquefois trop vives, qui s'étaient élevées contre elle : apologies dans les rapports présentés au roi sur l'instruction secondaire; apologies dans l'exposé des motifs qui accompagnait les projets de loi; apologies du haut des tribunes législatives, et qui allèrent jusqu'à déclarer que l'Université était absolument irréprochable; enfin, apologies dans les chaires de l'enseignement public.

Je n'indique ici que les apologies descendues, par les organes universitaires, des hauteurs officielles du gouvernement. Je ne parle point des journaux, par lesquels l'Université redisait, dans un langage passionné, au public étourdi de ses cris , ce qu'elle proclamait ailleurs d'un ton plus solennel et plus grave devant lepays légal.

Dl. 1. \ PACIFIC M KiN RELIGIEI SE. IVJ

Puis bientôt <ii'u\ mois (l'une grave portée ïuivni choisis pour exercer sur les esprits la plus étrange fascination : on mil donc en avanl V intérêt des élu les littéraire8 , '-t l'irrtérêl encore plus élevé d'une éducation mationmls. \u Dom d a oiveaa des éludes, dont il ne fallait pas permettre L'abaissement, on inventa l'accumulation des grades : des grades furent dona exigés-, si Dombreux , si élevés , que loul établissement d'instruction doii tomber sous leur exigence, et que le professoral universitaire Lui-même n'est plus possible.

Puis, au nom de V éducation nationale, le cierge* l'ut déclaré suspect, et les congrégations religieuses hostiles. L'un, disait-on, n'inspirera jamais pour nos inslitulions que l'indifférence; les autres, que la haine. Cette suspicion d'indignité, au temps où nous vivons, parut suffire contre eux.

Tel était le plan stratégique de l'Université ; plan, nous l'avons dit, d'abord timide et mitigé , quand elle engagea la campagne, mais qui s'étendit , se féconda au delà même de ses vues, à mesure que s'échauffait sou ardeur. Le temps des apologies dura peu; il embarrassa il II Diversité. Elle prit l'offensive. 11 lui tardait de quitter le terrain apologétique* où elle se sentait mal à l'aise, et de se jeter résolument dans le camp ennemi pour transporter là les désastres de la guerre.

C'était une résolution désespérée, mais hardie ; aussi l 'irritation fut-elle vive, et les attaques simultanées sur toute la ligne,

Tous les journaux universitaires éclatèrent le même jour : je ne dirai pas ici leurs noms divers, ils sont connus. Il y a longtemps déjà que M. de Gormeuin en a fait la remarque : et' sont les professeurs t les lettrés , les

savants, qui ont la rédaction des journaux, des manifestes, des notes secrètes, des pamphlets

Le signal fut donné en plein Collège de France, par deux professeurs devenus célèbres, MM. Quinet et Mlchelet; un troisième, M. Libri, les appuya de toute la violence d'une altaque directe contre le clergé.

On attaqua directement aussi les petits séminaires, afin d'obliger le clergé à se replier sur ce point, et à battre en retraite. Sous le prétexte faux de la faiblesse de leurs études, on parla de soumettre les petits séminaires aux grades universitaires ; on chercha à avilir leur professorat, et à décrier des hommes aussi capables que dévoués : calomnieuses erreurs, réfutées par les faits , et dont il n'est pas même resté la calomnie.

Des petits séminaires, on passa aux grands; et on peut se rappeler ici, en nous épargnant la peine de le redire , quel bourbier on fit de l'enseignement théologique : l'amphithéâtre de la morale soi-disant ecclésiastique fut ouvert aux yeux d'un public stupéfait; notre rôle y présentait toutes les extrémités de l'infamie; le faux et l'absurde n'y étaient surpassés ([ne par la hideuse énormité du scandale.

Il faut le dire à l'honneur de notre siècle, le scandale qu'on cherchait n'a point été obtenu : c'était trop fort. La conscience publique a fait justice de cette lâcheté impie, de cette incroyable bassesse, qui, spéculant sur ce qu'il y a de plus ignoble dans la curiosité humaine, prétendait défendre l'Université par de pareils moyens,

Les choses arrivées à ce point, on démasqua une dernière batterie , le Vollairianisme! Ce mort célèbre ressuscita ! M. Cousin le premier l'invoque à l'Académie; M. Thiers le prophétise ; le Journal des Débats le

proclame, M. Michelef le personnifie. \\ec cel esprit Un el Bagace qui le caractérise, M.Thiersavaitdit (dans

un des bureaux de la Chambre) : S'il vienl un nouveau Voltaire, je souhaite qu'il ait autant de bon sens que le premier.

Voltaire! s'écrie le Journal des Débats, désonnais c'est notre épée, c'est notre bouclier ! Et, se prêtant à ce double personnage de génie et de héros, repondant à Ja fois à M. Thiers et au Journal des Débats, M. Michelet paraît sur la scène!

Mais ce n'est pas tout: quoique considérable, tout cela ne suffisait pas à l'Université ; il fallait quelque chose de plus décisif encore; il fallait un signe de ralliement; il fallait un cri de guerre; il fallait un mot qui eût la puissanco mystérieuse de remplacer, aux yeux des indifférents el des tièdes, la liberté et la justice; aux yeux de la multitude, la vérité et le bon sens : ce mot fut trouvé.

M. le comte Beugnot nous a révélé ce secret.

Vous mus rappelé:., Messieurs, la croisade que nous finies alors contre les jésuites ; je ne sais si nies souvenirs me trompent, niais il me semble qu'en 1828, nous poursuivions tout autre chose que les jésuites. Je rappellerai aux personnes qui étaient alors dans l'opposition, que si les jésuites nous avaient manqué, nous aurions trouvé d'autres motifs pour justifier el affermir notre opposition, parce qu'elle ètail en effel légitime el nationale.

aujourd'hui que veut-on dire par jésuites? Prétend-on indiquer les 206 jésuites qui, au dire de quelques écrivains, existenl en France? Non, Messieurs : par jésuites on entend la concurrence au monopole de Université. J'admire l'Université : elle a choisi le mot le plus propre à échauffer

les esprits, à les irriter, à les enflammer pour sa cause. C'est un trait d'habileté sublime. Mais enfin souvenonsnous de ce qu'il y a au fond de tout cela : c'est l'Université qui s'est fort ingénieusement rappelé 1828 en 1844.

Et avant que M. Beugnot s'exprimât ainsi, déjà la voix de la vérité s'était fait entendre sur ce point, et les organes de l'opinion publique avaient proclamé que la peur des jésuites n'avait été qu'une comédie.

Enfin, à la date du U janvier 1839, le Journal des Débats écrivait encore :

Est-ce bien sérieusement que l'on redoute aujourd'hui les empiétements religieux et le retour de la domination ecclésiastique? Quoi! nous sommes les disciples du siècle qui a donné Voltaire au monde, et nous craignons les jésuites !

Nous sommes les héritiers d'une révolution qui a brisé la domination politique et civile du clergé, et nous craignons les jésuites!

- Nous vivons dans un pays où la liberté de la presse met le pouvoir ecclésiastique à la merci du premier Luther venu qui sait tenir une plume, et nom craignons les jésuites !

Nous vivons dans un siècle où l'incrédulité et le scepticisme coulent à pleins bords, et mus craignons les jésuites !

Nous sommes catholiques à peine, catholiques de nom, catholiques sans foi, sans pratiquer, et l'on nous crie que nous allons tomber sous le joug des congrégations ultramontaines !

En vérité, regardons-nous mieux nous-mêmes et sachons mieux qui nous sommes ; croyons à la luire, à la vertu de ces libertés dont nous sommes si fiers. Grands philosophes que nous sommes, croyons au. moins à nôtre philosophie. Non, le danger n'est pas où le signalent nos imaginations

ccupées. Vous calomniez le siècle par vos alarmes el vos clameurs pusillanimes.

Voilà où l'on en était alors: le bon sens public voyait clair sur un état de société <>ù certes tout n'est pas fait pour réjouir un prêtre catholique, maison du moins lou! est fait pour rassurer le siècle contre les 'erreurs imaginaires d'un passé qui n'est plus. On avait la bonne foi d'avouer que cette peur était un piège usé, un jeu misérable, une comédie honteuse, à laquelle il fallait renoncer désormais de surprendre la loyauté française.

C'est assez : nous achèverons ici celle histoire des résistances du monopole universitaire; aussi bien il ne s'agit pas en ce moment de le combattre. Je signale seulement les causes et l'esprit de la lulle dans ceux qui se sont faits les adversaires de l'Église : on le sait, leur arme la plus puissante est la stupide frayeur qu'inspire le nom de jésuite. — Toute leur raison est là : c'est le dernier mot de leur habileté : c'est le grand eïïorl de leur esprit. Il y a heureusement quelque chose en ce monde de plus fort à la longue que tout cela : c'est le bon sens.

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