‹ Défense de la liberté de l'Eglise (volume 2)Chapitre 33 sur 39 · TRES DESTINÉS AU CULTE · texte numérisé non relu

TRES DESTINÉS AU CULTE

Puis, descendant dans les secrets de notre vie intérieure , interrogeant nos consciences , ne respectant guère même celle de nos enfants, non plus que celle de leurs pères, on ajoute avec une légèreté de langage qui va mal à la gravité des choses; avec ce je ne sais quoi d'insouciant et de dégagé qui révèle si peu de maturité dans l'examen, si peu de vérité dans les renseignements, et môme, je ne puis le taire, si peu de sérieux dans la pensée, on ajoute : Aujourd'hui, et abusivement, les petits séminaires élèvent une quantité de jeunes gens qui se destinent à toute autre chose que le sacerdoce.... Il y a une quantité de jeunes gens qu'on introduit et reçoit volontairement dans les petits séminaires, sachant qu'en réalité ils se destinent à faire des officiers d'infanterie et île marine.

Du reste, le nombre des certificats faussement livrés par les pères est cinq ou six fois plus nombreux que celui des vocations manquées...

Il faut avouer, comme je le disais tout à l'heure, qu'il est difficile de descendre plus hardiment dans les consciences, et de décider avec plus de témérité les faits

les plus délicats et les plus graves; c'est prétendre aussi avoir dans le secret de nos maisons des intelligences bien avancées : malheureusement pour nos adversaires, tout cela est faux.

Mais ce que je sens le besoin de dire avant tout, c'est que jamais on ne fit descendre aux termes d'une discussion si étrange,' une vocation sacrée, une vocation essentiellement née d'une inspiration divine!

N'importe, quelle que soit la délicatesse des choses que l'on nous condamne à dire, provoqués, nous devons répondre.

Entrons donc dans cette discussion nouvelle, et ne reculons devant aucun détail, si pénible qu'il soit.

Et d'abord, il faut qu'on nous le dise une bonne fois, qu'entend-on par ces enfants destinés à la prêtrise î quel est ce langage? que signifie-t-il ? Veut-on désigner par là des victimes vouées au sacrifice? serait-ce des âmes livrées, vendues, malgré elles, au sacerdoce ? Que veut-on dire? Ici, ou jamais, c'est le lieu de s'expliquer.

Destinés ! Et par qui destinés, et pourquoi ? Par leurs parents et par leur pauvreté, sans doute ? — Il est vrai, autrefois, lorsque l'Église était opulente, on voyait les riches destiner aussi leurs enfants à l'état ecclésiastique : il y avait là de brillantes espérances. Aujourd'hui, tout est changé : on a dépouillé l'Église. Nous ne nous en plaignons pas : désormais les riches qui viennent à elle, y viennent avec un libre et généreux dévoûment. Estce là le motif des efforts qu'on fait pour les empêcher de se dévouer à l'Église et de venir à nous?

Quoi qu'il en soit, il y a plus pauvre que l'Église. On trouve à peu près du pain à manger à son service; il

LA SIMPLE VERITE si R CETTE <»l ESTION. 487

est souvent détrempé de larmes et de sueurs ; mais là cependant naît encore un péril.

Certes, nous aimerions ici à nous taire ; mais on nous force à parler, et la honte des détails dans lesquels je vais entrer retombe sur ceux qui les provoquent.

Il y a donc malheureusement des enfants pauvres, et les lois sous lesquelles nous vivons ne permettent pas qu'il y en ait beaucoup d'autres; il y a donc des enfants pauvres, à qui leurs parents montrent dans l'Église le pain qu'ils ne peuvent leur donner, et qui, pousses par eux, viennent frapper à la porte de nos petits séminaires!

Et l'Église, contrainte par vos lois, et d'ailleurs impuissante à lire du premier abord au fond des cœurs, empêchée par vous de recevoir des enfants libres, reçoit ces enfants contraints, ces enfants, comme vous le dites, destinés a la prêtrise : elle essaye de les élever jusqu'à elle, et trop souvent n'y peut réussir !

Voilà la vérité, dont on nous arrache l'aveu : voilà ces enfants destinés à la prêtrise, selon l'expression de nos adversaires : de jeunes créatures vouées aujourd'hui à l'état ecclésiastique par la malheureuse pauvreté de leurs parents, comme ils l'étaient autrefois par l'ambitieuse opulence de leurs familles ; mais toujours par les inspirations de la cupidité.

Eh bien ! nous ne voulons pas plus de ces mercenaires-là que des autres! j'insiste sur ce mot. Car ils seraient dans l'Église mercenaires au même titre que ceux qui les ont précédés! Les uns, il est vrai, étaient nobles, les autres sont roturiers; et je souhaite que le jour du péril trouve ces derniers aussi fidèles que leurs nobles devanciers le furent dans les temps orageux de. noire révolution.

Quoi qu'il en soit, les directeurs des petits séminaires n'ont rien de plus important à faire que d'éloigner ceux qui se destinent ou que l'on destine si résolument à la prêtrise : pour dire la vérité, je ne suis, moi, jamais à l'aise qu'avec ceux qui ne se prédestinent pas a l'état ecclésiastique, et qui sont prêts à s'y dévouer, si Dieu leur inspire ce dévoûment sublime.

Et puisqu'après m'avoir forcé à vous révéler sur nos enfants de tristes secrets que vous auriez dû toujours ignorer, on nous force encore, par les étranges dénonciations et les attaques dont nous sommes l'objet, à révéler notre conduite avec eux et avec leurs parents, et jusqu'à nos sentiments les plus intimes ; je le ferai sans crainte, dussé-je parler un langage auquel les hommes politiques de ce temps sont peu accoutumés, mais que plusieurs toutefois, je veux le penser, ne sont pas indignes d'entendre : ■

Pour nous donc, quand nous recevons ces enfants, riches ou pauvres, dans nos petits séminaires, nous les laissons tous libres; nous n'en prédestinons aucun à l'état ecclésiastique ; nous respectons ces jeunes âmes; nous les élevons dans l'amour de Dieu et de leurs parents; dans la piété et dans l'innocence, dans le respect de l'autorité, dans l'oubli profond de toutes les agitations politiques; puis nous leur révélons de temps à autre les grandeurs du sacerdoce, et aussi ses périls ; nous leur déclarons que, pour porter le caractère sacerdotal, c'est-à-dire pour se dévouer tous les jours de la vie, il faut être né grand ou le devenir. Nous leur répétons souvent que des cœurs vulgaires, des caractères faibles, des esprits abattus, une éducation commune n'y suffiraient pas; qu'aujourd'hui

LA SIM PL i : v i;: i! i t 1 ■': SUR c e t t (•: q d e stion. m

surtout les peuples demandent nuire cliose à leurs prêtres, et avec raison.

Nous leur déclarons que, s'il en est parmi eux dont le cœur ne soit pas assez ferme, ils doivent s'arrêter au seuil du sanctuaire. Il es! d'ailleurs une gloire réservée a tous; si tous ne sont pas appelés au dévoûment de l'apostolat qui prêche, qui combat, qui se sacrifie, tous sont appelés à exercer au milieu du monde le noble apostolat des vertus chrétiennes, et à en perpétuer dans leurs familles la consolation et l'exemple.

Ces eboses n'ont point été comprises par les hommes que je combats en ce moment: et je ne m'en étonne pas; je regrette seulement (pie, sans les comprendre, ils se soient crus fondés à en parler avec une si étonnante assurance. Mais nous, à qui elles sont familières, nous qui y dévouons chaque jour tout ce que nous avons d'intelligence et de cœur, nous concevons sans peine que ceux qui se présentent dans les petits séminaires pour y recevoir cette forte et sainte éducation , n'arrivent pas tous au sacerdoce ; nous concevons que les uns manquent le but par défaut de courage, et les autres parce que Dieu leur réserve d'autres destinées. Et il n'\ a rien là qui doive ni attrister, ni surprendre.

La première éducation est le temps de l'examen et de l'épreuve : c'est alors que, sous l'influence d'une direction profondément chrétienne, le germe de la vocation sacerdotale, si Dieu l'a véritablement déposé dans le cœur, peut se développer.

Mais cette vocation sublime, c'est Dieu, et non l'éducation qui la donne L'éducation seulement doit étudier les vues de la Providence, ne les prévenir jamais, et ne les aider même qu'avec discrétion et avec respect si

les vocations sacerdotales se rencontrent plus fréquentes dans les petits séminaires, c'est d'abord parce que la Providence les y amène ; c'est aussi parce que l'éducation les y éclaire : mais elle peut, mais elle doit y éclairer aussi des vocations différentes.

Qu'avais-je donc à faire, que faisais-je donc moi, par exemple, supérieur du petit séminaire de Paris, pour acquitter ce que je devais à la confiance de Mgr l'Archevêque, à ces enfants, à leurs familles, et aux espérances de l'Église ?

Que faisais-je lorsque les pères de famille venaient me présenter leurs enfants ?

Si c'étaient des pauvres, ma sollicitude pour eux était plus vive et plus profonde que pour les autres : en les recevant au petit séminaire, je leur disais : Mes enfants, soyez au large; Dieu est grand. Ici, nulle gêne : ne soyez prêtres que si Dieu le veut. Vos parents ne sont peut-être pas riches. N'en ayez point pour vous d'inquiétude; n'étudiez que la volonté de Dieu, et s'il ne vous destine point à son sacerdoce, nous ne vous abandonnerons pas.

Les enfants me comprenaient vite : leur cœur d'abord entendait le nôtre, les parents pas sitôt. Ils me répétaient souvent encore : Nous le destinons à l'état ecclésiastique. Je ne les brusquais point; je souriais et je leur répondais : Non, c'est Dieu seul qui destine à ce grand et sublime étal. En cela, comme en toute autre chose, il n'y a que lui qui sache l'avenir et qui en décide ; pour vous, je ne vous demande qu'une chose : si Dieu le fait, ne vous y opposez pas au jour où il le fera ; et d'ici là, priez pour votre enfant.

Si c'étaient des riches, Dieu me faisait aussi la grAce

de n'oublier jamais en face d'eux la délicatesse de mes devoirs : lorsqu'un père chrétien nie présentait son fils, lorsque sa pieuse mère venait en secret me confier qu'elle avait oiïert ce cher enfant au Seigneur, qu'elle serait mille fois heureuse si une vocation sainte couronnait un jour le vœu qu'elle avait formé dans son cœur, je lui disais : Vous avez déjà prié, priez encore ; Celui-là seul qui vous a inspiré cette sainte espérance peut la réaliser. Pour moi, je partagerai avec zèle, vous n'en pouvez douter, mais aussi avec une profonde réserve, les désirs de votre cœur ; laissons Dieu faire son œuvre, et attendons en silence qu'il lui plaise de révéler lui-même à votre enfant ses desseins sur lui.

Et cependant j'étudiais avec tendresse tous ces enfants si chers, si précieux ; je les observais avec sollicitude, j'examinais de près la trempe de leur caractère, les inclinations de leur cœur. J'observais surtout, avec les développements successifs de l'âge, les diverses transformations morales de leur ame ; je laissais ainsi les années les plus heureuses de leur vie s'écouler innocemment dans la paix de Dieu et sous les douces influences d'une éducation qu'il inspirait : je ne les pressais jamais; je les attendais.

Puis venait le jour, où, de concert avec des parents chrétiens et des enfants vertueux, je décidais.

Quand la volonté de la Providence était manifeste, riches ou pauvres, je leur disais : Demandez la bénédiction de votre père et de votre mère, et entrez au sanctuaire avec confiance. La bénédiction du Dieu qui

vous appelle ne vous manquera pas Quand je ne

reconnaissais pas à des signes certains la vocation de Dieu, alors, sans hésiter, riches ou pauvres, je les élui-

gnais : je repoussais même les plus grands noms, et sans prétendre nie faire une gloire du plus étrange des reproches, quand je trouvais en eux, avec la piété magnanime des preux, l'étincelle de la valeur, je les envoyais à l'armée d'Afrique, où ils se battaient bravement pour leur pays.

Et s'il y eut jamais un étonnement légitime, c'est le nôtre, quand nous avons vu que notre respect pour ces jeunes âmes devenait un reproche pour nous auprès de certains hommes politiques, et leur vertueuse délicatesse un péril pour leur avenir social; car, enfin, il y avait au moins ici un résultat commun et nécessaire, résultat utile à tous, quels que fussent les desseins de Dieu sur chacun, utile au pays, utile aux familles : c'était de former en ceux qui ne sont pas appelés au sacerdoce , des jeunes gens sincèrement chrétiens : et n'est-il pas manifeste que l'irréflexion et la légèreté irréligieuse peuvent seules ne pas apprécier convenablement un tel avantage ?

En achevant cette pénible réponse, il me sera permis de dire à ceux qui l'ont provoquée, qu'ils m'ont fait une cruelle violence; car enfin, puisque nous en sommes venus jusque-là, je leur dirai tout : Ils m'ont forcé à lever des voiles sacrés, à ouvrir devant eux les portes du sanctuaire, à leur révéler les secrets de la vertu qui s'y cache et les vœux des familles chrétiennes qui viennent y abriter leurs enfants, et ils n'en avaient pas le droit !— Le nombre des élèves qui nous est fixé est-il dépassé, oui ou non ? Respectez ces limites, sévères déjà jusqu'à l'injustice, et nefaitespas sortir de nos bouches l'aveu de ce qu'il y a de plus intime entre Dieu, nos enfants, leurs parents et nous : ne nous arrachez pas

des détails sur lesquels c'esi pour nous un devoir d'être quelquefois réservés, même avec les familles ! Respectez des cœurs sincères : respectez des enfants pauvres,

mais désintéressés, mais généreux, mais nobles de cœur, et qui, s'ils connaissaient les discussions auxquelles vous nous condamnez, craindraient peut-être

désormais de paraître suspects à nos yeux : Ah! voila ce que j'ai plus de peine à vous pardonner.

Et quant aux enfants, qui sont riches, il est vrai, mais dignes aussi de respect, puisqu'en se destinant au sacerdoce, ils n'ont manifestement aujourd'hui d'autre ambition que de servir avec humilité et courage l'Église de Jésus-Christ; sachez aussi les respecter el ne cherchez plus, par d'indignes soupçons, à les éloigner de nous !

Mais non, il n'en sera pas ainsi, et grâces à Dieu vous n'aurez pas cette puissance, ni sur nos enfants, ni sur nous : ces chers enfants liront toujours dans notre cœur, dans nos regards, notre affection pour eux et la confiance qu'ils nous doivent : il me fallait cet espoir pour me décider à subir la violence qui m'a été laite, et accepter le combat sur le triste terrain où nos adversaires l'ont porté !

Abandonnons donc, il est temps, une telle discussion.

Aussi bien, il ne me reste plus que quelques mots à ajouter sur le fond des choses. Je veux les dire toutefois, afin de ne rien laisser sans réponse.

Le nombre des vocations qui se démentent est très- ]>eu élevé qnand on ne viole pas /" toi, dit-on.

Eh bien! ici encore on se trompe entièrement: le nombre des vocations qui se démentent est assez élevé, cela est et doit être, en tout temps et en tout lieu : cela

49i DES PETITS SÉMINAIRES (1847).

est essentiellement dans la nature des choses. J'ai déjà cité des paroles de M. Saint-Marc Girardin; en voici d'autres du même orateur non moins concluantes : Aujourd'hui, dans les petits séminaires, sur dix élèves vous avez deux prêtres ; il est impossible que cela soit autrement.

Et je répète que ce sont vos lois elles-mêmes et les contraintes qu'elles imposent à nos enfants, qui multiplient parmi eux le nombre des; vocations qui se démentent.

Oui, les moyens qui feront manquer un grand nombre de vocations sont précisément ceux que nos adversaires invoquent pour les rendre immanquables: c'est d'imposer aux jeunes gens toutes les contraintes qui sont accumulées dans les ordonnances odieuses de 1828; c'est de les contraindre à prendre bon gré mal gré l'habit ecclésiastique à quatorze ans ; c'est, en refusant de les admettre au baccalauréat, de les obliger à renoncer à toutes les carrières sociales ; et surtout c'est de les forcer, par je ne sais quelle prédestination humaine, à la prêtrise. Voilà, sachez-le bien, ce qui éloigne les vocations généreuses, et étouffe beaucoup de vocations ordinaires.

Mais je suis étonné de voir qu'on soit si intolérant envers nous, lorsqu'on se montre si libéral et si facile à l'égard des collèges et de l'aisance religieuse qui doit y régner ; à ce point que, pour réfuter définitivement nos adversaires, et clore toute discussion, je n'ai qu'à les opposer à eux-mêmes, et à mettre le mot de petit séminaire partout où on a mis collège dans un célèbre rapport :

« Si on en juge par les lois du cœur humain, on peut « être amené à la conclusion qui nous semble la véri-

<( table: si le petit séminaire a été pour l'enfant un lien

« où sa vocation (Mait respectée, mais pas imposée, il « n'a rien dans le cœur qui ressemble à la révolte, si « au contraire le petit séminaire a été autre, s'il a eu « quelque chose de contraint, il inspire la licence après (i une contrainte trop dure.

« Des excitations plus directes, plus constantes, « réussiraient-elles à faire des cœurs plus fervents et <( des vocations pins nombreuses? Nous ne le croyons « pas. Quant à nous, nous croyons que le cœur de « l'homme libre est plus tourné vers Dieu que le cœur <( de l'homme contraint. »

Et ici, qu'il me soit permis de m'adressera ceux qui nous combattent et de leur demander: Que répondrezvous à ces paroles qui sont les vôtres? Expliquez-nous comment, si doux et si indulgents, quand il s'agit des collèges, vous devenez tout à coup si durs, presque sans pitié, quand il est question des petits séminaires? Laissez-moi vous le dire sans amertume : c'est que trop souvent vous n'êtes que des politiques, et l'humanité ne vous touche pas assez; vous voulez gouverner le monde, et alors vous n'y regardez pas de si près. Tuut vous est instrument de pouvoir, moyen parlementaire et pâture d'ambition I Les âmes de nos enfants se sont rencontrées sur votre route : vous vous en Tics saisis! l'occasion était trop belle pour n'en pas profiter!

Je crois bien qu'elles vous échapperont, ces âmes si chères, et que vous n'êtes pas assez puissants pour les ravir à l'Église et à leurs familles. Non, vous n'y réussirez pas !

Mais mon opinion à cet égard vous est probablement,

et avec raison, assez indifférente : je n'insiste point. Toutefois, puisque je me suis hasardé à dire un mot politique, j'oserai, en finissant, vous signaler ce que j'appelle une faute sociale immense , et qui est la conséquence nécessaire de toute cette législation sans lumière sur les petits séminaires; et pour le faire plus sûrement , j'invoquerai encore le témoignage d'un homme que j'aime à citer dans celte grave discussion.

Voici en quels termes M. Saint-Marc Girardin appréciait le péril que vous faites courir h la société en même temps qu'à l'Église, lorsque vous éloignez du sacerdoce les classes aisées et n'y attirez que les classes pauvres. A la fin de cette aride controverse, l'esprit se reposera avec satisfaction sur ces hautes considérations exprimées dans un noble langage :

«... . Ce seraient surtout les enfants des classes in- « fèrieures et grossières qui entreraient dans les petits « séminaires, et par suite dans l'Église: nouveau dan- « ger pour l'Église, qui ne doit recruter ses ministres ni « trop haut ni trop bas. Pas trop haut, parce que lesen- « fants élevés dans les habitudes de la richesse s'accom- « moclent mal de la simplicité de la vie sacerdotale ; « point trop bas, parce qu'alors ils n'ont ni le ton ni les « manières d'hommes bien élevés, et que, sans vouloir « mettre la politesse au-dessus de la vertu, l'Église, « pour avoir sur le monde l'influence qui lui appartient, « a besoin que la vertu de ses ministres ne soit ni gros- « sière ni sauvage. »

M. Saint-Marc Girardin ajoutait: « Depuis vingt ans, « l'Église s'est plutôt recrutée dans les classes inférieures « que dans la bourgeoisie, et c'a été un mal pour la

« bourgeoisie, pour l'Eglise, pour lu société elle- <( même!

« Les prêtres élégants et vicieux du dix-huitième « siècle ont perdu la religion ; la sincère piété de notre « clergé a commencé à la relever : il lui faut de la sim- « plicitè sans rudesse et sans intolérance. Ça été un mal « aussi pour la bourgeoisie. Quand la bourgeoisie dé- « série le clergé, quand elle abandonne aux classes in- « férieures la profession ecclésiastique, elle doit com- « prendre qu'elle rouet le dépôt de la force morale en « d'autres mains. Une bourgeoisie qui, par vanité d'es- « prit fort, dédaignerait le sacerdoce, et qui, par sybari- « Usine, fuirait le métier des armes, ne pourrait pas « longtemps conserver le pouvoir politique. C'a été un « mal enfin pour la civilisation : an curé instruit, tolé- « rant, poli, civilise peu a peu ses paroissiens ; Us font « effort pour se rapprocher de lui, et ses idées, ses « sentiments deviennent un but que chacun cherche a « atteindre. »

M. le comle Portalis a tenu à la Chambre des pairs le même langage que M. Saint-Marc Girardin à la Chambre (1rs députés :

<( A la tendance peu favorable du siècle vers les vocations ecclésiastiques, faut-il ajouter une nouvelle défaveur, un nouvel obstacle? faut-il ainsi décourager les familles aisées et pieuses <pd auraient le désir île vouer leurs enfants au sacerdoce ? convient-il de priver l'État et l'Église du bien d'avoir des prêtres doues de l'avantage inappréciable d'une première éducation si diffi ile à suppléer parla seconde? Mon, cous ne le vomirez pas; car vous renonceriez a un bien certain < l qui n'entraîne aucun inconvéni ntsèrieux, pour le maintien d

absolue, qu'une exception fondée en raison et en droit confirme et corrobore. »

Voilà , je suis heureux de le dire , voilà le langage élevé que devraient toujours tenir les hommes politiques, quand ils traitent les affaires de l'Église.

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