SECONDE LETTRE A M. LE DUC DE DROGLIE
Pour moi, je vous l'avoue, j'avais commencé cette discussion avec un sentiment très-pénible. Tous mes vœux sont pour la pacification religieuse : je la voyais s'éloigner ; je sentais mes efforts bien faibles pour prévenir de redoutables malentendus. J'achève avec plus d'espoir; mon esprit se rassure : plus j'étudie notre cause, plus elle me paraît bonne : Dieu et le temps lui seront favorables.
Quant à vous, Monsieur le Duc, je l'espère, vous ne refuserez pas votre bienveillance à l'humble adversaire qui s'est cru obligé de vous contredire et de vous combattre une seconde fois. Il trouvera sans doute auprès de vous, comme il a trouvé à ses propres yeux, une convenable excuse dans ce souvenir d'un ancien : Justum est bellum quibus necessarium et pia arma '.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération,
Monsieur le Duc,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
L'abbé DUPANLOUP.
Avant de publier cet écrit, j'ai adressé à Monseigneur l'Archevêque la lettre suivante :
Monseigneur,
Chargé par vous de la direction du petit séminaire de Paris, j'ai cru accomplir un des devoirs que m'avait impo-
1 Tite-Live, liv. iv.
ses votre bienveillante sollicitude pour un établissement qui vous est si cher, en défendant dans un premier écrit 1rs écoles ecclésiastiques Bt l'honneur de leurs études. Vous avez bien voulu me permettre de prendre part,àvotre suite, à L'importante di >cussion qui occupe justemenl tous les esprits, et vous avez daigné encourager mon travail, après l'avoir éclairé de vus conseils.
Je vims soumettre aujourd'hui, Monseigneur, à vos lu-
mièresel a votre liante appréciati quelques observations
nouvelles que j'aurai l'honneur, si vous le trouvez bon, (l'adresser à M. le due de Broglie, sur plusieurs points de son rapport qui touchent de près aux intérêts des petits séminaires, à leur existence même.
Vous savez, Monseigneur, combien, en toutes choses, votre approbation m'est précieuse : dans une circonstance aussi grave, elle esl pour moi d'un plus grand prix encore.
Daignez agréer, Monseigneur, l'hommage du plus humble et du plus dévoué respect,
F. Dupanloup, V.G. de P.
Paris, i*1 1« mai 1844.
Réponse de Monseigneur l'Archevêque.
J'approuve sans restriction, mon cher ami, votre lettre à M. le due de Broglie. On ne pouvait mieux établir que vous ne l'avez faitla nécessité de conserver aux petits séminaires leur destination spéciale. Vous détruisez, d'une manière non moins péremptoire, l'autorité morale qu'on a essayé de donner aux ordonnances de 1828 ; vous démontrez enfin combien il serait funeste d'insérer, dans la nouvelle loi, des dispositions oppressives arrachées au roi Charles \ par les exigences de la politique.
Espérons que le jour de la justice luira enfin pour nos petits séminaires, et qu'on cessera de traiter comme suspectes l'instruction et l'éducation les plus propres à inspirer une entière confiance.
Recevez la nouvelle assurance de mon affectueux attachement,
f Denis, Archevêque de Paris.