‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 16 sur 75 · IV. — LE CLERGÉ n'a POINT CALOMNIÉ L'UNIVERSITÉ. — IL · texte numérisé non relu

IV. — LE CLERGÉ n'a POINT CALOMNIÉ L'UNIVERSITÉ. — IL

n'a fait que Répéter pour sa défense les plaintes universelles.

Mais ce n'est pas tout : a Vous avez, nous dît-on, dé- (( versé sur une grande institution du sein de laquelle (( est sortie toute la France actuelle, l'injure et la diffac( mation... Il y a quarante ans que l'Université existe, (( et il n*y a qu'un an qu'on la dénonce avec cette véhé- « mence*. »

^ Rapport de M. Thiers.

Voilà sans contredit le tort le plus grave qu'on nous impute : je vais répondre avec simplicité.

Il est yrai , nous ne croyons pas l'Université sans reproche.

Je ne sache guère que M. Cousin qui ait entrepris la tâche aventureuse de louer TUniversité sans réserve , elde la proclamer sous tous les rapports irréprochable *.

Mon dessein n'est pas de le suivre sur ce terrain : je ne veux point attaquer ruhiversité , dont il s'est chargé de célébrer si solennellement les louanges.

Il faut avouer toutefois que le langage de ces intrépides apologies est si provoquant ; les éloges donnés à l'Université renferment des insinuations si malveillantes contre nous ; les affirmations vont si loin ; les faits sont si étranges , les raisons si singulières , les preuves à Tappui si inattendues , et par suite la réfutation si facile et si puissante , qu'on a quelque mérite à s'abstenir

Mais nous ne saurions enfin nous taire entièrement : on ne nous le permet pas, et l'on rend le silence impossible ici , môme à la réserve la plus circonspecte. Il y a ici pour nous un droit et un devoir de légitime défense. Redirai cependant le moins possible, et je me bornerai démontrer, par des autorités incontestées, par des ateui sortis de toutes les bouches, qu'il n'y a guère que S. Cousin au monde pour qui l'Université soit sans reproche.

On verra qu'elle a été attaquée par des adversaires pris dans d'autres rangs que ceux du clergé , et avec

' A la Chambre des pairs.

beaucoup plus de force que nous ne ravons fait, que nous n'aurions jamais pu le faire : et ici, je m'engage encore à ne citer que les témoignages les plus graYCs, les noms les plus honorables, les grands maîtres eux-mêmes et les plus hauts dignitaires de l'Université.

Je laisserai de côté les opinions extrêmes : je n'invoquerai que le témoignage des hommes sans passion qui comptent dans les affaires, et dont la voix est une autorité, parce que leur modération est une force et leur parole une lumière.

Je commence :

M. Dubois, vice-président du Conseil royal de Tins-truction publique, directeur de l'École Normale, disait à la Chambre des députés, le 18 mai 1836 :

Dans l'École Normale, tout paraît organisé à merveille pour rinslruclion. En général, c'est en France notre mé-. rite ; mais il est une autre partie des devoirs de l'enseignement sur laquelle nos écoles de tous les degrés laissent beaucoup à désirer. Uéducation^ jadis tout à fait et exclusivement religieuse, œuvre de la famille et du culte, semble aujourd'hui s'effacer devant la science. Quelques traditions vagues, souvent contradictoires, demeurent à peine dans les esprits, et nous voyons;V ne sais quelle déplorable indifférence de l'avenir moral des hommes et de leur destinée se répandre là même où le soin et le souci profond de cet avenir doit être le premier et le plus saint devoir.

On sait ce que M. Dubois avait écrit Aé\k précédem* ment:

Le principe du monopole frappe tour à tour tous les partis...Rien de stable, rien de grand ne peut se tenter, disons plus, rien de moral; car aucune conviction libre ne peut vivre dans un corps comme celui de V Université^ sans cesse

OB LA PàCiFICATION RELIGIEUSE. 315

exposé à démentir le lendemain ce qu'elle professait la veille. Il y a longtemps que, pour la première fois, et les premiers, avec suite, méthode et fidélité, nous avons rùclwoiè contre le monopole, destructeur de toute croyance et de toute instruction *.

Qu'on le remarque bieo : ce ne sont pas les avocats da clergé qoi ont écrit ces choses, et je ne sache pas que rieD de plus grave ait jamais été dit contre TUniver* site par ses plos ardents adversaires.

M.; Dubois ajoutait, en parlant de la liberté d'enseignement :

Voilà le droit et Tétat naturel de la question dans les gouvernements libres ; voilà ce que la Charte a consacré le jour où elle a proclamé la liberté des religions, la liberté de la presse cl la liberté de rinstruction ; voilà ce que TUûiversité contrarie et détruit, sans mémo être consacrée par une loi.

M. Cousin, dont le dévoûment à TUniversilé a été poussé si loin, s'est vu condamné lui-même à des aveux vraiment extraordinaires dans sa bouche : j'en ai rapporté quelques-uns dans les lettres que j'ai eu l'honneur d'adresser à M. le duc de Broglie; il disait encore, dans son rapport sur Tétat de l'instruction publique en Allemagne, en attaquant le système de l'Université française:

Si cette éducation est si bonne, on devrait en voir les fruits

* On remarquera que le livre qui a excité le plus vivement les récriabwUons univertitalres, n'a pas d'autre titre ni d*autre sens que les Paroles mêmes de IL Dubois.

ne DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE.

C'est M. Cousin qui nous a appris :

Que les collèges reconnus et classés comme des collèges incomplets forment plus de la moitié de nos établissements publics d'instruction secondaire. Dans quel état sont-ils f Je n'aurais pas le courage de le dire.,.

Le mal que font ces tristes écoles est incalculable... Il est impossible ici de ne pas considérer comme la plaie de Tinstruction publique ces ombres de collèges qui couvrent la France... Il n'y a guère plu^ d'une vingtaine de collèges communaux qui fassent exception.

Dans un rapport officiel fait en 1838, le ministre de rinstruction publique se*plaignait :

Que les études ne sont plus pour les professeurs.... (lu'uue profession ; qu'elles cessent d'exister à l'état de science; qu'ils ne font point de travaux philologiques, point de recherches nouvelles ; que le désir de s'enrichir par les répétitions voue leur enseignement à une froide routine.

M. Saint-Marc Girardin est aussi membre du Conseil royal de l'Instruction publique : eh bien! dans son liyre sur rinstruction intermédiaire et son état dans le midi de l'Allemagne, il avoue :

Qu'en France la science de l'éducation n'est guère une science ; c'est un objet d'administration plutôt qu'un objet (rétude.

Aussi il s'écrie avec un sentiment de profonde amertume qui juslifle la douleur et le langage de nos évoques :

Nous ne faisons pas plus des citoyens que des dévots dans nos collèges! Que faisons-nous donc? Nous instruisons.

nous n'élevons pas; nous cultivons et développons l'esprit, ' mis non le cœur.

Je le demande , M. Saint-Marc Girardin pouvait-il eoDtredire plus fortement ce que M. Thiers affirme, que dans les collèges on s'adresse à Vesprit comme au cœur des enfants *? et le vœu exprimé' dans le rapport, qu'il faut faire de bons chrétiens, m^is aussi de bons citoyens, poavait-il être plus mal accompli ?

G*est après ces étranges et accablants aveux qu'un député libéral, M. Corne, tirant une conclusion que ooQs n'avons jamais tirée nous-mêmes, s'écriait :

La conséquence immédiate, c'est qu'il faut, 'au plus tôt, renvoyer les vingt mille jeunes gens élevés dans les collèges de l'Université; c'est qu'il faut fermer ces pensionnats incapables de donner l'éducation.

Certes nous n'avons jamais parlé des établissements nniversitaires avec une pareille sévérité.

On sait l'opinion arrêtée de M. Ducbâtel, aujourd'hui ministre de l'intérieur :

Donnez au Gouvernement le monopole de renseignement, disait-il ; vous attribuerez à une partie de la société le ïlroit de faire triompher ses opinions par la force et d'opprimer les opinions contraires....

Toute bonne loi sur renseignement devrait commencer parce premier article : L'enseignement est libre.

Affranchir renseignement, c'est le seul moyen ds lui rendre la vie^ de le relever de rabaissement où l'a jeté la ï^rvilude.

Voilà donc le langage de l'Université elle-même, de

' Pag. TO de son rapport. ' Pag. 74.

ses grands maîtres, de ses conseillers les plus intimes^ de ses plus célèbres professeurs, de ses amis les plus dévoués.

Mais après les maîtres, écoutons les disciples : ils ne tiennent pas sur elle un langage moins sévère.

Je ne citerai pas ici Topinion de M. le comte de Montalembcrt, bien que la généreuse loyauté de son caractère et la puissance de ses convictions donnent un poids irrécusable pour tous à ses souvenirs personnels.

Mais qu'on lise et qu'on médite ces paroles d'un protestant, élève aussi de rUiiiversité, M. Agénor de Gasparin :

Le jeune homme qui arrive ù Paris i>our se livrer à des études sérieuses, est forcément repoussévers le scepticisme... Dans les collèges universitaires, la religion, et surtout la nôtre, joue un si petit rôle î Vinstruction y est païenne^ et Véducation nulle. L'éducation religieuse, elle n'existo réellement pas dans les collèges....

Certes, il y a loin de là à cette instruction religieuse que M. Cousin dit être si soigneusement donnée dans les collèges laïques soit de l'État, soit des particuliers.

M. de Gasparin ajoute :

Qui n'éprouve le besoin de rompre enfin avec ce régime d'orgueil, de jalousie, de souffrances mauvaises et de jouissances empoisonnées, de rivalités sans compassion et do triomphes sans humilité, qui ruinent au sein de tant de jeunes Ames le peu de principes évangéliques (jue Tins- Iruction religieuse y a déposés. Celle éducation a été la mienne; je l'ai reçue dans les conditions les plus favorables. Point de collège qui fût supérieur pour la sagesse de sa direction, de sa discipline, pour la régularité de l'inslrûc-

tjoo religieuse protestante, à celui où j'ai été élevé. Dans ce collège, aucun élève qui ail conservé avec sa famille des relations plus suivies, plus excellentes, plus propres à le soutenir ; aucun qui ait eu plus h se louer des professeurs, des maîtres d'études ; aucun qui ait plus constamment obtenu et même mérité (c'est une déclaration que je fais aujourd'hui sans le moindre orgueil, on peut m'en croire), me réputation de bon sujet.

Or,;e me souviens avec terreur de ce que j'étais au sortir de cette éducation nationale. Je me souviens de ce prêtaient tous ceux de mes camarades avec lesquels j'avais des relations. Étions-nous do bien excellents citoyens? Je Vignore; mais assurément nous n'étions pas des chrétiens ; nous n'avions pas même les plus faibles commencements de la foi et de la vie évangélique.

Peut on s'étonner que des évêques catholiques aient conçu et exprimé des alarmes, quand on volt celles d'un prolestant sincère aller jusqu'à la terreur, au souvenir de l'éducation qu'il a reçue de TUniversité î

L'Université elle-même, dans un rapport qui fut présenté an roi et au pays, et qui a gardé toute l'autorité d'une apologie ofûcielle, fait un aveu bien remarquable et qui sufflrait seul à convaincre les plus incrédules, et à justifier aussi toutes les réclamations de nos évoques et des pères de famille.

L'Université déclare :

Qu'à l'égard de l'éducation, dans les meilleurs collèges, lesefforts môme les plus éclairés elles plus soutenus n'ont qu'une puissance bornée : (jue ce n'est pas le collège, mais la famille qui commence l'éducation, que c'est la société qui Tachéve.

Malgré ce qu'il a d*habile, certes ce langage trahit un

mal profond : car enfin qu'est-ce à dire? La famille commence Vèducaiion , la société l'achève : mais cependant où se fait-elle et qui est-ce qui la fait?

Pendant les dix années où Tenfant est au collège , où toutes ses facultés morales et religieuses doivent se développer , où la grande œuvre de l'éducation doit se faire (de 10 à 20 ans), là, vous l'avouez, même dans vos meilleurs collèges^ les efforts les plus éclairés et les plus soutenus n'ont qu'une puissance bornée.

L'effroyable lacune de ces dix années est ici trop manifestement découverte : il était impossible pourtant de la mieux dissimuler dans une phrase mieux faite. On voit en effet réducation qui commence, puis Véducation qui s'achève : on la croit faite , elle ne l'a pas été : elle ne pouvait pas l'être, même dans les meilleurs collèges! Ainsi disparaît dans un jeu de paroles , dans une subtilité de langage, ce qu'il y a de plus important au monde, l'éducation !

Et qui s'étonnera de tout cela lorsque les professeurs de runivcrsilé sont condamnés à négliger le moyen le plus puissant de l'éducation, la Religion?

Qu'est-ce (juc TUnivorsité ? se demande M. Jules Simon, professeur suppléant de M. Cousin à la Sorbonne. C'est rÉtat enseignant. Nous n'avons pas une religion d'État en France ; on peut le regretter, mais c'est un fait ; nous n'avons pas non plus la liberté d'enseignement : l'État enseigne seul. 11 n'y a pas de religion d'État : les professeurs ne peuvent donc ni enseigner^ ni attaquer aucune religion.

Jt^ défie de répondn^ îi cela autre chose qu'un sophisme.

M. Jules Simon a raison : la logique est pour lui, et M. Thiers aussi ; car n'est-ce pas ce qu'il a voulu dire

DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE. 32i

ao fond lai-méme daDS celte phrase si singulière de soo rapport :

Dans les collèges royaux.... les enfants sont traitas cofflDie des hommes capahles.... de sentir les nobles procédés. Les maîtres respectent dans l'enfant la liberté de conscience comme dans l'homme lui-même.

Ainsi les hommes faits , les maîtres , ont à cet égard ooe liberté absolue : ils la laissent à leurs élëTes : ils la respectent profondément dans ces jeunes âmes, c'est-àdire qu'ils demeurent à cet égard dans une respectueuse indifiérence et dans un silence absolu ; si la conséquence est éTidente, il faut reconnaître que l'aveu est étrange :

N'est-ce pas ainsi, demandait un honorable député on <W7, qu'on arrive à former des hommes engourdis dans «•tte apathique indifférence à l'égard des convictions relipeuses et morales, qui est le mal de notre époque, (jue rieu n'émeut plus, si ce n'est l'amour du lucre ; (juo rien nv rnolto plus, pas même la vénalité des consciences?

Le concert sur ce sujet devait être unanime : les hommes politiques de toutes les opinions, de toutes les noances , s'accordent avec les maîtres et les disciples de ITniversité , pour élever contre elle et contre son monopole une voix sévère et des accusations si graves que je ne me permettrais pas d'en formuler de semblables.

M. Ledru-RoUin s'écrie, à l'extrême gauche de la Chambre :

Y a-t-il une souffrance plus grande pour l'individu que l'oppression de sa conscience, que la déportation de ses fils

Itn DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE.

dans les écoles ciu'il regarde comme des lieux de per tion\ que cette conscription de Tenfance traînée viole ment dans un camp ennemi et pour servir Tennemi?

M. Janvier, placé aujourd'hui dans les rangs cens valeurs, disait il y a longtemps :

L'Université est sur notre sol un débris sans étai ; en t <iue monopole, la Charte du 7 août Ta mise en pièces.

M. Persil , au moment où il venait de poursuivre sa qualité de procureur-général, Vécole libre devant Cour des pairs, exprimait en ces termes un seul semblable :

Nous n'avons pas besoin de dire que quand nous in (luons le monopole universitaire, nous nous appuyons d* législation expirante, dont nous hâtons de tous nos vc la prompte abrogation.

. M. Dupin atné, défendant TUniversité, 8*est pU vivement qu'on eût osé attaquer une institution toa sur les lois. Soutenant ainsi la valeur des actes par '. quels l'Empereur a établi le monopole, M. Dupin a s doute oublié la consultation qu'il donna le 30 avril 18 et où il prouva si énergiquement Tillégalité etl'incoo lutionnalité des décrets de 1808 et de 1811 ?

Dans celle consultation , M. Dupin , après avoir . l'examen des divers chefs d'illégalité de ces dëcr< termine par ces mots accablants :

Certes on ne craint pas de se tromper, en disant qu

' Un peu plus et M. Ledni-Rollin employait ici le mot det 8a li>Tcs, tant reproché à Mgrrévéque de.Belley : des chaires di\ tilence»

curps ainsi constitué (le conseil royal), avec des pouvoirs aussi exorbitants, c'est un tribunal extraordinaire qui eût dil tomber devant la Charte, comme les tribunaux de douane, les cours spéciales, etc.

\l. ChamboUe disait, dans la séance du 15 juin 1843 :

11 est des vérités morales qu'il est nécessaire de répandre dûDs les collèges. Qui est-c^ qui en est chargé? Je vois bien le texte delà loi, mais un texte stérile. Vous connaissez tous ces élèves de nos collèges : vous les avez interrogés, je les ai interrogés aussi. Eh bien! quand on leur adresse certaines questions, ils savent dpein^ ce qu'on veut ieur dire.

Quand je me demande qui est chargé de cet enseignement moral et religieux dans ces collèges, je m'inquiète encore, car je ne sais pas qui est chargé de donner cet enseignement, excepté Vaumônier qui y fait de temps en temps une apparition.

Et sur ce dernier reproche, M. de Gasparin était d'accord avec M. Chambolle, lorsqu'il se plaignait :

Que la religion était reléguée à son heure, comme Tuno ^ le plus souvent comme la dernière des leçons ;

Lorsqu'il disait :

Que r Évangile était relégué à une place tellement infime^ qu'il peut rarement contrebalancer Vinfluence de ces détectables doctrines si bien adaptées à nos penchants naturels.

Certes, ou je me trompe, ou après de tels témoignages, M. Cousin devra reconnaître que /e^*coJ%e5 royaux iiont loin d'être irréprochables y et M. Thiers avouera que

c'est une chose qui n'est ni déraisonnable ni dénuée de preuTes que d'avancer :

Que la moralité n'est pas suffisamment soignée dans les établissements laïques, publics ou particuliers.

Non, cela n'est ni aussi faux, ni aussi incontesté qu'il veut bien le dire : et, je le répèle à dessein, ce que je viens de citer, ce ne sont pas les avocats du clergé qui l'ont écrit : ce sont les avocats eux-mêmes de l'Université : ce sont ses maîtres, ses amis, ses disciples.

Et comme , dans une matière si importante, je ne veux négliger aucune autorité, j'irai jusqu'à recueillir le témoignage de deux journaux dont je n'aurais pas reproduit les paroles, si l'Université n'avait pas trouvé en eux, depuis un an, ses plus ardents défenseurs.

Le National, au mois de septembre i8(i2, écrivait :

L'éducation que donne TUniversité est impie, immorale, incohérente.

Nous renonçons à tracer ici le sombre tableau (jui est malheureusement sous nos regards : mais que nos lecteurs songent un instant à ce que le régime où nous vivons a fait d'une grande partie de la jeunesse française, et ils pourront trop aisément suppléer à ce (juo nous taisons...

L'éducation première, dont l'Université est responsable, a fait place chez nous à une école d'égoïsme et de corruption prématurée.

Est-ce donc là ce qui est parmi nous renseignement secondaire? faut-il le croire, et que deviendraient certaines apologies en présence de ces accusations ?

Le Journal des Débats, le 6 novembre 18^2 et les jours suivants, ne s'exprimait pas avec moins de force

SQr la philosophie et sur l'enseignement supérieur de l'Université :

L'école éclectique, pour l'appeler par son nom, est aujourd'hui maîtresse et maîtresse absolue des générations acrtuelles. Elle occupe toutes les chaires de renseignement: elle en a fermé la carrière à toutes les écoles rivales, elle s^est fait la part du lion, elle a tout pris pour elle : ce qui est assez politique, mais ce qui est un peu moins philosophique. Le public a donc le droit de demander compte à cette école du pouvoir absolu qu'elle a pris, et que nous ne lui contestons pas d'ailleurs : elle a beaucoup fait pour elle, nous le savons; mais quVtrelle fait pour le siècle, qu'at-elle fait pour la société ? Où sont ses œuvres, ses monuments, les vertus qu'elle a semées, les grands caractères cpi'elle a formés, les institutions qu'elle anime de son souffle? Il est malheureusement plus facile de s'adresser ces <Iiiestions que d'y répondre.

Certes, on voit que ce journal, champion si dévoué

^elTniversité, ne ménageait pas alors son enseigne-

Yioent philosophique, et ne craignait pas, dès 1842, de

onner à la philosophie ce signe de méfiance que la

hambre des pairs lui a donné en iSkti et que M. Thiers

^5S8aye en vain de lui épargner aujourd'hui.

Quant à l'instruction primaire, dont l'Universilé est sussi responsable, je me bornerai à une seule citation : M. Lorain, longtemps professeur de l'Université, récemment proviseur d'un collège de Paris, aujourd'hui recteur de l'Académie de Lyon, s'exprime ainsi dans son tableau de l'instruction primaire en France, à la fin de 1833, ouvrage composé sur les rapports des 190 inspecteurs chargés de visiter, cette année-là, les écoles de France :

22e^ DE LA PACIFICATION RELIGIEUSE.

Des Pyrénées aux Ardennes, du Calvados aux montagnes de risère, sans en excepter môme la banlieue de la capitale, les inspecteurs n'ont poussé qu'un cri de détresse.

La misère des instituteurs égale leur ignorance, et le mépris public mérité souvent par leur ignominie. C'est un spectacle immonde ! et le cœur se soulève à la lecture de ce chaos de tous les métiers, de ce répertoire de tous les vices, de ce catalogue de toutes les infirmités humaines. Depuis l'instituteur qui se fait remplacer par sa femme, pendant c^u'il va chasser dans la plaine, jusqu'à Tassassiu que l'inspecteur cherche en vain dans son école, parce qu'il vient d'être conduit dans les prisons voisines, combien de degrés dans le crime ! Depuis l'usurier condamné par le conseil municipal juscju'au forçat libéré, depuis l'instituteur payé par la commune pour sonner les cloches pendant l'orage, jusqu'à l'instituteur, prêtre de l'Église française, combien de ministères différents !

M. Lorain rapporte ensuite quelques dialogues entre rinspecteur et les instituteurs primaires.

u Monsieur, dit un inspecteur, en entrant dans quelques écoles, où en êtes -vous de Tinstruction morale et religieuse? — R. Je n'enseigne pas a*i> bctises-là,ï> — Ailleurs (département de la Manche), une école mutuelle se promène avec l'instituteur dans la ville, tambour en tôte, et chantant la Marseillaise, qu'elle interrompt, en passant devant le presbytère, pour crier a tue-téte : « A bas les jésuites! à bas les calotinsî » S'il en était ainsi par toute la France, et qu'on vînt à nous demander : Le clergé français est-il favorable à l'instruction primaire? nous nliésiterions pas à répondre (ju'il ne faut pas compter sur son appui. El cependant, sans l'appui du clergé, il faut désespérer du sort de linstruction primaire dans les campagnes.

DE LA PACIFICATION RKLIGIKUSE. 2îT

El qaant à ce qo'il y a de plus délicat et de plus essentiel dans la moralité des enfants, par respect j'aurais Toula me taire. Maïs malgré les répugnances profondes qoe j'éprouve, la confiance incroyable des apologistes de rUnîversilé et Tétrangelé de leurs assertions me font Tiolence et me contraignent à mettre sous leurs yeui un document que je voudrais laisser enseveli. Peut-ôtre pourra-t-îl troubler un funeste optimisme et faire au moins excuser les alarmes des évoques et des pures de famille.

Voici ce que M. Lallcmand, professeur de la faculté de Médecine de Montpellier, et, à ce titre, investi de la confiance de TUniversilé qui Ta nommé, révèle sur ce point si grave comme le résultat de ses observations les plus attentives :

Si j'en juge par ma propre observation, sur dix jeunes gens adonnés au vice, dont la santi* s'est altérée immédiatement ou consécutivcMUoiit, on peut en compter neuf (pii se sont perdus au collège ou dans un pensionnat. I/(Mifanl y trouve en arrivant un foyer de contagion ([ui s'étiMid bientôt ivi^\\h lui : car le mal y est établi d'une manière endémique, et se transmet sans interruption des anciens au\ nouveaux venus. Si quelipies individus écbappent d'abord à ces insinuations perfides, leur temjis vient un i)eu plus lard. Je n'entrerai dans aucun détail, quoi([ue j'aie reçu des révélations bien multipliées, bien circonstanciées.

Comment pourrais-je reproduire ce que ces malades osaient u peine me confier en téte-ii-léle, et pressés par Tinlérêt puissant de leur conservation? D'après tout ce qui m'est revenu des sources les plus directes et les plus variées, je ne crains pas d'affirmer que nulle part on ne se procure aussi facilement de mauvais livres ; que nulle part ils ne circulent avec plus d'impudence et de sécurité ; que

la cause du mal n'est pas seulement dans les élèves, mais encore dans les domestiques et les surveillants ; que les abus ne se bornent pas toujours au vice que nous désignions tout à l'heure ; qu'ils ne se propagent pas seulement par l'exemple et la séduction, mais qu'ils s'imposent même quelquefois par la menace et la violence.

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