‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 6 sur 75 · I. — NÉCESSITÉ ET SPÉCIALITÉ DES PETITS SÊMmAIRBS · texte numérisé non relu

I. — NÉCESSITÉ ET SPÉCIALITÉ DES PETITS SÊMmAIRBS

Si plusieurs de vos assertions, dont je vais remettre le texte sous vos yeux une seconde fois, étaient fondées. Monsieur le Duc, la conclusion qu'il y aurait à en tirer immédiatement serait la complète inutilité des petits séminaires. A quoi bon en effet ces établissements, si, dans plusieurs diocèses, le recrutement du sacerdoce s'opère en très-grande partie parmi les élèves des collèges

royatAX etcommunatuD^ si dans d'autres les élèoes des petits séminaires fréquentent les coui^s des collèges , si enfin i7 y a desdiocèses dans lesq^iels les évêques ont jugé inutile d'ouvrir un petit séminaire^ trouvant toutes les facilités désirables dans les institutions privées et dans les collèges?

Ou je me trompe, ou un logicien intrépide allant jusqu'au bout de sa pensée, déclarerait que les petits séminaires ne sont guère dans l'Église qu'une superflnité dont on peut tolérer, mais non soutenir et fortifier l'existence.

Vous n'éles pas allé jusque-là, Monsieur le Duc, et, permettez-moi de vous le dire, vous n'aviez peut-être pas assez solidement établi vos prémisses pour leur demander de si rigoureuses conséquences.

Que devient en effet l'autorité de ces affirmations, s'il est vrai qu'il y a à peine en France un seul diocèse qui n'ait pas de petit séminaire *; que dans un seul, les élèves du petit séminaire suivent les cours du collège; enfin, s'il est vrai que, dans aucun des quatre-vingts diocèses de France, le recrutement du sacerdoce ne s'opère en très-grande partie parmi les élèves des collèges royaux et communaux?

Cinq diocèses vont ici vous répondre pour tous les antres. A Paris, sur plusieurs milliers d'élèves des collèges, pensions, maisons particulières, il n'y en a pas trois psfr an qui arrivent du collège au grand séminaire.

La proportion est la même dans presque tous les dé-

* Pons, au diocèse de La Rochelle, a toujours élé et est encore un véritable petit séminaire.

âB SECONDE LETTRK

parlements. On m'écrit de Meaax : Notre collège n'a pas donné an seul prêtre, ni même an seal sujet pour le grand séminaire. On m'écrit de Versailles : Depuis dix ans, et peut-être depuis vingt, nous n'avons ancun prêtre qui ait été élève interne du collège royal de Versailles. Monseigneur révoque de Grenoble nous apprend que depuis trente ans le collège royal de Grenoble «n'a pas fourni six prêtres à son diocèse. Monseigneur l'évêque de Chartres nous attesie que toutes les maisons universitaires de son diocèse réunies ne lui ont pas donné un prêtre en dix ans; et s'il a renoncé pendant quelques années à avoir un petit séminaire proprement dit, ce n'est pas, comme vous le pensez , Monsieur le Duc, parce qu'il trouvait toutes les facilités désirables dans les institutions privées et dans les collèges, mais parce qu'il ne voulait pas subir le régime des ordonnances de 1828.

Les faits, vous le voyez, viennent contredire euxmêmes des affirmalions qu'un travail nécessairement précipité ne vous a pas donné le temps de vérifier; mais cette réponse trop facile ne me dispense pas d'aller au fond môme des choses, et d'établir, sur des preuves que je crois irrécusables, la nécessité et la spécialité des petits séminaires.

Les petits séminaires sont des écoles spéciales, des écoles nécessaires au sacerdoce. Les lois que TÉgUse a portées pour leur établissement , les règles qu'elle a tracées à ce sujet, le fait même de leur existence dès les premiers siècles du christianisme, prouvent invinciblement qu'elle les a toujours jugés indispensables.

Cette nécessité des petits séminaires est d'ailleurs fondée sur la nature des choses : il suffit d'examiner

A M. LE mJC BC BROGLIE. 59

combien il importe de former de bonne heare les jeenes gens aux habitodes ecdësiastiques ; de les préaenrer , dès le premier ôge , des dangers du monde et du scandale des mœurs publiques, d'étudier et de cultiver en eux le germe de vocation qu'ils peuvent avoir reçu de Dieu, de les appliquer <»nfin à des études spéciales et en rapport avec les fonctions sacrées qu'ils doivent remplir un jour, pour comprendre aussitôt que l'Église, en établissant ces écoles, en réglant tout ce qui constitue leur existence , en les entourant de toute sa sollicitude, n'a fait que céder à un impérieux besoin, qu'obéir au devoir qui lui est imposé de former ellemême et de perpétuer son sacerdoce.

Mais leur existence avait précédé les lois ellesmêmes; les lois ne sont venues que pour forliûer ou relever des institutions déjà en vigueur : il est facile de s'en convaincre en consultant les monumcnls de l'iiisloire ecclésiastique.

En effet, dès les premiers temps, des écoles cléricales florissaient à Alexandrie, à Rome, à Hipponc, et dans toutes les parties du monde catholi(iuc : saint Léon le suppose lorsqu'il ordonne aux éveques d'Afrique que ceux-lA seuls soient promus au sacerdoce, qui auront passé leur vie entière, dès leurs premières années , dans les exercices de la discipline ecclésiastique \

Après les troubles des premiers siècles, dit le savant pape Benoît XIV, et lorsque la tranquillité fut rétablie,

' Voici les propres paroles de saint l.éon le Graii J, pape (y siècle) : • Nr>D promoveodi Bunt ,... nisi illi quorum omnisstas a puerilibus

« exordiis usqiie ad provectiorcs annos per disciplina? ecclosiasUcœ sti-

« peodia cucurrissct. »

(îO SECONDE LETTRE

on s'empressa d'ériger les séminaires épiscopaax, dans lesquels , sous les yeux de Tévêque , les plus jeunes clercs devaient être élevés et instruits jusqu'à ce qu'ils eussent atteint l'âge de recevoir les ordres sacrés ; et d'après le 55* canon du concile de Nicée, il est ordonné aux chorévêques d'élever des clercs et de les distribuer dans les églises, et de veiller à ce qu'ils soient instruits. Aux siècles suivants , il est moins question des séminaires épiscopaux, parce que, dit encore Benoit XIV, on érigea des collèges de clercs dans rintérieur des monastères.

Je sais, Monsieur le Duc, qu'il s'est élevé à cet égard de récentes contestations : je ne viens pas faire ici sur ce point une dissertation savante , je me borne à quelques citations décisives ^ ; mais si la nécessité et la

' J'ai déjà cité saint Léon et Benoit XIV. Les souverains pontifes ne sont pas seuls à élever la voix ; les conciles parlent à leur tour.

< Nous ordonnons, dit le concile de Tolède (5G5), que les enfants « destinés à la cléricature soient instruits, dès leurs premières années, M dans la maison de l'église, sous l'œil de l'évéque, et par le chef

« qu'il désignera À primis infanfiœ annis in domo ccclesiae, sub

• episcopali prssentia, a prœposito sibi debeant erudiri. i*

Le concile de Valson( Vaseuse) [529], allait plus loin encore, et ordonnait que la maison de chaque prêtre devint en quelque sorte un séminaire, et il attestait que c'était l'usage universel en Italie.

• Placuit ut omnes presbyteri qui sunt in parochiis constituti, se- » cundum consuetudinem quam per totam Italiam satis saluhriter •« teneri cognovimus^ juniores lectores secum in domo recipiant^ el •( erudire contendant, »

Nous devions au moins rappeler ces anciens monuments, parce que plusieurs écrivains ont avancé que ce soin spécial de l'enfance cléricale était postérieur au concile de Trente. Cet immortel concile n'a fait, sur ce point, que confirmer tous les décrets des conciles précédents. Voici ses paroles :

•I II n'est pas possible que les jeunes gens, sans une protection de-

A M. LK DUC DK BROGLIE. Gl

spécialité des pelils séminaires étaient encore Tobjet d'ane conleslalion que Tignorance seule pourrait excuser, je m'engagerais à prouver ce que j'avance par tous les monuments de l'histoire ecclésiastique.

Au reste. Monsieur le Duc, nous ne sommes pas seuls à penser ainsi sur la nécessité d'écoles spéciales au sacerdoce; et voici comment un homme d'État*, auquel une communauté intime de sentiments et d'idées vous unit depuis longtemps , démontrait pour notre époque la nécessité et la spécialité des écoles ecclésiastiques :

« A d'autres époques , quand les croyances religieufl ses étaient très-générales et très-puissantes , quand « les raisons mondaines d'entrer dans la carrière ecc clésiastique étaient puissantes aussi , quand cette a carrière ouvrait la voie à la fortune, au pouvoir, aux « honneurs , je comprends parfaitement que Ton n'eût « aucun besoin d'écoles ecclésiastiques préparatoires ; « je comprends parfaitement que le clergé se recrutât 0 naturellement, sufOsamment, dans les écoles publi- « ques au milieu de Véducation commune ^ et qu'alors « en effet , sous de telles conditions sociales , il valût « beaucoup mieux et pour la société et pour le clergé

« Dieu trèà-puiésante et toule paiticulière, se perfectionnent et peraé-

■ vèrent dans la discipline ecclésiastique ^ s'ils n'ont pas été formés à « la piété et à la religion dès leur tendre jeunesse , avant que les

• habitudes des vices les possèdent entièrement ; le saint concile ordonne < que toutes les églises cathédrales, métropolitaines et autres supé-

• rieures à celles cl, chacune selon la mesure de ses facultés et l eten-

■ duc de «on diocèse, seront tenues et obligées de nourrir et élever dans

• U piété et d'instruire dans la profession et discipline ecclésiastique, « un certain nombre d'enfants de leur ville et diocèse, ou de leur pro-

■ \ince. a

' M. Guliot.

u lui-même que les écoles publiques fussent les écoles « ecclésiasliques préparatoires, et que Bossuet fût élevé « à côté du grand Gondé.

« J'entends cela à merveille , je le répète , dans un « état de société où les croyances religieuses étaient (( générales et puissantes , où la carrière ecclésiastique « était une carrière brillante qui attirait un grand uom- (( bre d*aspirants.

(( Mais aujourd'hui. Messieurs ^ regardez autour de « vous, il n*y a rien, absolument rien de semblable. « D'une part, l'empire des croyances religieuses s'est (( prodigieusement affaibli; d'autre part, les motifs (f mondains, les motifs de fortune et de pouvoir qui attt tiraient autrefois tant d'hommes dans la carrière « ecclésiastique, ces motifs n'existent plus; en sorte (c que ni les considérations morales, ni les considéra- « tions mondaines qui autrefois recrutaient naturellea ment et facilement le clergé , ne se rencontrent plus (( dans la société actuelle.

« Cependant, Messieurs, l'empire des croyances reli- « gieuses n'est pas moins nécessaire aujourd'hui qu'à tt d'autres époques; je n'hésiterai pas même à dire « qu'il est plus nécessaire que jamais : nécessaire (t pour rétablir, non-seulement dans la société , mais « dans les âmes, l'ordre et la paijr qui sont si profon- (c dément altérés...

« Il est donc pour celte société-ci du plus grand iutéu rêt, et d'un intérêt plus grand que jamais, s'il est « possible, d'entretenir avec soin, de propager l'empire « des croyances religieuses; et si l'établissement des « écoles secondaires ecclésiasliques préparatoires est « reconnu nécessaire au recrutement du clergé , à la

A M. LE DUC DE BROGLlIi:. 63

tt propagation des croyances et de Tinfluence re- « ligieuses , je dis que ces écoles, quand bien même « elles auraient été à d'autres époques une institution « peu nécessaire , seraient aujourd'hui d'une nécessité « pressante ; qu'il y a là une institution que non-seule- I ment il faiU laisser naître d'elle-même, mais à laa quelle la société et les pouvoirs publics doivent prêter « leur appui.

a £b bien! je suis convaincu, pour mon compte, que « le clergé a besoin: aujourd'hui de ce moyen de recru- 6 tement ; qoe ce recrutement,, autrefois naturel, facile, « puisqu'il s'opéraità la faveur de l'empire des croyances a religieuses, et aussi des séductions mondaines atlaa chëcs à la carrière ecclésiastique ,',ne s'opérant plus « aujourd'hui de la même manière, avec la niéme facia lité, la même certitude, il est nécessaire que des d iQstittttieiis particulières, organisées dans ce bot, a viennent suppléer 5 Tabsencc des anciens moyens de a recrutement du clergé.

« Je maintiens donc en principe comme bonne, utile, « nécessaire à la société actuelle, et d'une très-heureuse tt influence , l'existence des écoles secondaires ecclé- « siastiques. »

Ces hautes considéralions. Monsieur le Duc, si justes à certains égards, et trop sévères aussi sous d'autres rapports, ne vous semblent-elles pas la réponse la plus péremptoire à ceux qui ont parlé et qui parlent encore aujourd'iiui, de placer les écoles ecclésiastiques sous l'empire de ce qu'ils appellent le droit commun ? Qu'il me soit permis , toutefois, d'exposer les raisons pratiques et décisives par lesquelles U importe de ne pas laisser un doute sur la nécessité et la spécialité des petits

séminaires , et de montrer jusqu'à quel point et dans quel sens ils sont des écoles spéciales et nécessaires au sacerdoce.

Sans contredit, Monsieur le Duc, il est des principes simples et certains qui sont le fondement de toute bonne éducation , et qu'on suivra toujours, tant qu'on s'en tiendra aux leçons de l'expérience et aux lumières d'une saine philosophie. Mais quoique ces principes soient invariables , et que toute manière d'élever la jeunesse qui s'en éloigne soit nécessairement vicieuse, il n'en est pas moins vrai qu'il faut élever chacun pour l'état auquel il est appelé, et lui donner de bonne heure des goûts, des inclinations, des habitudes qui lui en rendent un jour les devoirs faciles à remplir.

Je le sais , Monsieur le Duc, il y a un grand mot dont on essaye de faire un étrange abus contre nous; je l'ai déjà prononcé : Vous n'êtes pas, nous dit-on, dans te droit commun.

J'aurais bien des choses à dire sur ce point, bien des questions à faire. Et d'abord, qu'est-ce que le droit commun dont on parle, et auquel on veut nous soumettre? Est-il bien fixé, bien défini? Ne donne-t-on pas ce nom depuis quarante années à un monopole intolérable ? Mais laissons ces choses.

De bonne foi peut-on dire que les petits séminaires sont dans l'exception, le privilège, et placés en dehors du droit commun, parce qu'ils ont nécessairement une spécialité aussi bien que les écoles de marine, que les écoles militaires , que les écoles industrielles et commerciales ?

Quand l'Université réclame pour elle-même nonseulement l'exception et le privilège, mais le monopole.

et qu'elle livre en ce moment les derniers combals pour le conserver, comment peut-on de bonne foi nous accuser de vouloir échapper au droit commun par le privilège, nous qui ne réclamons, au nom de la nécessité et de la spécialité de nos écoles, que le droit commun à toutes les écoles spéciales de préparer leurs sujets aux carrières diverses qui les attendent?

Les petits séminaires sont dans les attributions du ministère de la justice et des cultes ; les écoles dont je viens de parler sont dans les attributions du ministère de la guerre, de la marine, de ragricultnre el du commerce : peut-on dire que toutes ces écoles sont dans le privilège, et qu'elles demeurent en dehors du droit commun parce qu'elles ne dépendent pas de TUniversité ?

Il y a ici, Monsieur le Duc, une déplorable méprise, c'est le moins que je puisse dire. Encore si le monopole universitaire était le droit commun dans l'ordre et la justice, je concevrais peut-être le reproche ! Mais n'estil pas évident d'ailleurs, puisque toutes les carrières spéciales et publiques ont leurs écoles spéciales, que la spécialité h laquelle on donne le nom odieux d'exception et de privilège n'est plus ici que la liberté dans l'ordre, la spécialité des vocations el des fonctions diverses dans l'harmonie sociale?

Nous ne refuserions pas le droit commun, si le droit commun devenait jamais et devait demeurer une Jiberté sincère, qui nous permît de conserver la spécialité essentielle à nos petits séminaires.

Mais si le droit commun, quel qu'il soit, compromet la nature et le but des écoles ecclésiastiques, votre haute impartialité doit comprendre que nous ne pou-

Yons l'accepter. Si ce droit commun donne à Tautorité laïque une action intime sur le gouvernement spirituel des petits séminaires et sur Tëducation ecclésiastique de leurs élèves ; si dos règlements religieux , si nos règlements disciplinaires et nos exercices de piété, si nos programmes d'examen, nos livres d'étude et nos auteurs classiques doivent nous être imposés par des hommes étrangers à tout ce qui constitue la vie et la direction intime de l'éducation ecclésiastique; si des livres et des auteurs condamnés par l'Église peuvent être placés de force dans les mains de nos élèves, comme ils l'ont été et le sont encore ailleurs ; en un mot, Monsieur le Duc, s'il est question, comme je le lis dans un rapport célèbre présenté ù la Chambre des députés, de donner au gouvernement action sur Véducation du clergé ; si c'est VÊtat qui doit régir et gouverner les petits séminaires^ nommer les directeurs^ supérieurs et professeurs; s'il est question, contrairement à la pensée de M. Guizot, de jeter nos élèves dans les écoles publiques et dans Véducation commune^ et de faire faire à la jeunesse ecclésiastique et à la jeunesse laïque les mêmes études^ sous la même loi et aux mêmes conditions ; s'il est question de donner à V Université une action plus ou moins directe sur Véducation du clergé, de soumettre les petits séminaires au régime de VUniversitéy comme avait fait le législateur de 1809 ; si c'est là, de près ou de loin, directement ou indirectement, le droit commun auquel on veut nous soumettre, nous le repoussons, parce qu'en anéantissant la spécialité des petits séminaires, il porterait un coup mortel à l'éducation sacerdotale, et par suite, ruinerait infailliblement le sacerdoce en France.

Je le sais, nous avons des études communes avec les écoles uniTersitaires. Mais qu'on ne s'y trompe pas : sî nous étudions, comme d'autres, les langues et les littératures grecque et latine, ce n'est pas seulement parce qu'elles sont les plus belles langues que l'homme ait jamais parlées, les archives immortelles des plus magnifiques créations de l'esprit humain, ni parce que chacune d'elles a été, à son tour, le lien universel des peuples et le langage de la plus haute civilisation : nous les étudions surtout parce qu'elles sont pour nous deux langues nécessaires, deux langues saintes. Ce sont les langues de l'Église catholique, de l'Église grecque, de l'Église latine. Notre liturgie, nos canons, tous nos Pères, tous nos conciles, nos livres saints euxmêmes, sont écrits dans ces langues. L'existence de la société laïque ne lient pas à l'étude du grec et du latin : la société spirituelle, l'Église, ne peut s'en passer. La divine providence a confié à ces langues le sacré dépôt de nos traditions : elle a fait de l'une d'elles surtout l'organe permanent du Catholicisme : c'est dans cette langue éternelle qu'il prononce ses oracles , qu'il a toujours parlé et qu'il parle encore à tous ses enfants dispersés sur la surface du globe.

Vous faites faire la philosophie en français ; nous ne vous en blâmons pas. Le latin, nous le reconnaissons, vous est moins nécessaire qu'A nous, et vous pourriez le négliger avec moins de périls; mais si la philosophie s'enseignait, chez nous comme chez vous, en langue vulgaire, ou si nos élèves, selon vos exigences, devaient la faire dans vos maisons, voici ce qui en adviendrait infailliblement :

Ces jeunes gens perdraient l'habitude de la langue ec-

clésiastique, qui ne serait bientôt plus pour eux qu'un idiome presque étranger ^ La désuétude et par suite le dégoût de la langue amèneraient Téloignement de l'état : naturellement les jeunes gens se porteraient plutôt vers une carrière dont les études ne leur offriraient pas de pareilles difficultés, et ainsi se perdraient les vocations. Il n'y aurait qu'un moyen d'éviter ces graves inconvénients ; mais ce serait par un inconvénient plus grave encore, par une véritable impossibilité. La théologie serait condamnée à s'enseigner en français, et à renoncer à sa langue propre, par la difiicullé qu'auraient les élèves à la parler et même à la comprendre : et de là les saints Pères négligés, les conciles ignorés, les décrets des souverains pontifes et toutes les lois de l'Église à peu près inconnus, tous les plus grands théologiens, tous les monuments les plus savants de la discipline et de l'histoire ecclésiastiques laissés dans l'oubli, la science catholique tout entière abaissée.

Sans doute ces conséquences n'ont pas été prévues ni voulues par ceux qui invoquent contre nous le droit cammun et attaquent la spécialité de nos écoles : il est difûcile, même avec la conscience la plus droite, de parler juste sur des choses auxquelles on est nécessairement étranger. Et je le dis sans reproche : il est trèsprobable que si je voulais parler des affaires de la guerre et de la marine, avec la meilleure foi du monde

' C'est ce que nous éprouvons pour le petit nombre d'aspirants qui arrivent dans les grands séminaires, après avoir fait leur philosophie dans un établissement universitaire : on est très-souvent obligé do la leur faire reprendre en latin : plusieurs reculent devant cette nécessité.

A M. LE DUC DE tiROGLIE. CD

el les intentions les plus pures, il ra'arriverait inévitablement de tomber dans des erreurs et des imprévoyances, comme celles que je viens d'indiquer. Cette observation, dont la nécessité se fera sentir plusieurs fois encore dans le cours de cet écrit, m'associe au regret que M. le baron de Fréville exprimait dernièrement à la tribune de la Chambre des Pairs, lorsqu'il disait :

« N'aurait-on pas eu l'espérance de prévenir, au « moins en grande partie, tant de débats sur lesquels 0 nous gémissons, si, au lieu de concentrer la prépara- 0 tion du projet de loi dans l'intérieur du ministère de tt l'instruction publique, on avait suivi une marche que « l'on a adoptée souvent et avec succès dans des occa- « sions importantes, si l'on avait confié ce grand oua vrage à une commission où le clergé, la magistrature 0 et l'administration nient été représentés aussi bien « que l'Université. »

Je continue. Monsieur le Duc, à vous démontrer la spécialité de nos petits séminaires. Sans doute elle n'est pas de la môme nature que celle des écoles commerciales et industrielles : elle n'est pas seulement une spécialité littéraire, elle est aussi, elle est surtout une spécialité religieuse et morale; et devenant ainsi plus importante et plus haute, elle n'en est que plus réelle el plus profonde. Ici, Monsieur le Duc, je sens le besoin de remonter à des principes supérieurs , à des considérations générales qu'il est nécessaire de ne pas perdre de vue, parce qu'ils dominent toute la question.

Que les premières impressions. Monsieur le Duc, soient les plus profondes et les plus durables, c'est une vérité que personne n'a jamais contestée, mais dont on ne sait pas toujours tirer les conséquences pratiques.

De là naît une loi , trop sévère peut-être aujourd'hui pour les mœurs publiques, une loi de sagesse et de circonspection imposée à quiconque s'approche de Tenfance et lui doit des leçons et des exemples.

Telle est, en effet, la marche de la nature ; veuillez le bien considérer, Monsieur le Duc, et que les hommes graves qui vont bientôt prononcer sur des intérêts si hauts et si sacrés, ne dédaignent pas d'y réfléchir : dès qu'un enfant commence à connaître et à sentir, son esprit et son cœur ont besoin d'un aliment qui les nourrisse, et cet aliment quelconque se change en sa substance. Les idées, les images, les affections qui occupent ses premières années, forment en partie la trempe de son caractère, et, pour ainsi dire, le fond de son âme. Tandis que ses sens et son imagination sont pleins de ce qu'il voit, de ce qu'il entend et de ce qu'il observe, se forme en silence pour lui la règle des mœurs et le mobile des actions : sa vie, sa moralité, le plus souvent sa vocation, se décident.

Donc, choisir avec une sévère discrétion les objets qui les premiers frapperont ses regards, fixeront son attention , et sur lesquels s'exercera la sensibilité de son cœur : voilà ce que devrait être l'éducation de la jeunesse , et voilà, je le dis sans amertume , ce que depuis longtemps elle n'est plus parmi nous. Je ne viens ici accuser personne : je ne viens point surtout faire le procès à l'Université; mes accusations portent plus haut, et plus loin qu'elle, et lui serviraient peut-être d'excuse.

Monsieur le Duc, je n'ai aucun droit pour juger mon pays et mon siècle, mais j'ai entendu retentir dans nos grandes assemblées des avertissements solennels aux-

quels j'ai dû prêter une oreille attentive comme tous l'ont fait, et je ne suis qu'un faible écho de ce que M. Royer-Collard ne craignait pas de proclamer il y a bieu peu d'années encore: « Le mal est grand, Mes- « sieurs ; je le sais, je le déplore avec vous... oui, Mes- 0 sieurs, le mal est grand, il est inOni ; loin de moi de u triompher à le décrire ! Mais est-il d'hier ? Il y a, a Messieurs, une grande école d'immoralité ouverte de- 0 puis cinquante ans , dont les enseignements retentisa sent aujourd'hui dans le monde entier... Cette école, tt ce sont les événements qui se sont accomplis presque c sansrelâchesousnos'yeux. Lerespectestéteint,dit-onI « Rien ne m'afflige, ne m'attriste davantage... Qu'a-t-on a respecté depuis cinquante ans ? Les croyances sont u détruites! Mais elles se sont détruites, elles se sont « battues en ruine les unes les autres. Cette épreuve est « trop forte pour l'humanité, elle y succombe. »

Oui, le respect est éteint parmi nouSy et rien n'en souffre peut-être plus que l'éducation de la jeunesse. Après de si graves paroles, je crois avoir le droit de le dire, on s'est depuis trop longtemps exercé à tout mépriser , à tout profaner , pour qu'on respecte encore l'enfance. Trop souvent l'enfant ne trouve plus de sûreté là même où il vient recevoir les leçons de la vérité et de la vertu : la forte discipline universitaire à laquelle je ne refuse pas de rendre hommage, ne suffit pas à le protéger; un poison mortel, pénétrant Tiqforluné sans qu'il le sente, va trop souvent détruire dans son cœur le germe même de la vertu I Ainsi s'altèrent les dons de la nature ; et ce qu'elle fit propre aux grandes choses dégénère par l'éducation, et ne peut plus s'y élever qu'avec effort.

Dans l'état de nos mœurs, il serait à souhaiter pour Tenfance, Monsieur le Duc, qu'on pût faire avec ses facultés naissantes un pacte qui suspendit leurs progrès et les retînt oisives aussi longtemps qu'elles ne pourraient se développer sans danger. Des âmes toutes neuves, non exercées et vides de tout, sont bien moins éloignées de la sagesse que celles qui ont recueilli et qui portent en elles des semences perûdes. Aussi lorsque nous recevons des enfants dont les premières années se sont passées loin des regards et des soins de la religion, le plus souvent nous sommes condamnés à déplorer rinsuffisance de nos efforts pour combattre et détruire les vicieuses impressions du début de leur vie; et nous sommes réduits à nous applaudir comme d'un succès entier lorsque nous parvenons à guérir le mal déjà fait.

S'il était une nation dont l'esprit général fût porté à ce qui est bon et honnête, sans doute les mœurs publiques seraient alors une trop bonne école pour en éloigner la jeunesse : mais en attendant des jours plus heureux, nous ne consentirons jamais; à voir l'enfance sur laquelle repose l'avenir du sacerdoce et toutes les espérances de l'Église, écartée des asiles où il y a encore du respect, où se perpétuent encore les bons exemples et les bonnes maximes ; où peuvent se former encore des âmes grandes et vertueuses par goût, par inclination, par une sorte d'heureuse nécessité, parce que les préjugés communs, ailleurs si redoutables, là conspirent tous en faveur de la vertu, parce que rien n'affaiblit leur action et ne balance leur autorité t

Oui, Monsieur le Duc, la religion réclame dès l'âge le plus tendre ceux qui seront un jour ses minis-

A M. LE DUC DE BROGLIE. n

1res, et c'est avec raison que la société les lui confie.

L'éducation qui prépare à un état grand et sublinie, et qui doit former des hommes plus dévoués et par conséquent plus parfaits, n'est-elle pas sans contredit la plus difficile de toutes? Il faut donc la commencer de bonne heure; autrement l'œuvre serait impossible. Croyez-en notre expérience : il faut que les premiers regards de ces enfants, destinés à de si saintes et si grandes choses, se reposent au sanctuaire avant d'avoir TU le scandale des mœurs du siècle. Il faut que la religion épie le premier éveil de leur raison naissante pour l'éclairer. Il faut qu'elle les prépare de longue main à ses grandeurs, et aussi aux épreuves de leur avenir et aux périls de leur sacerdoce.

On l'a dit: pour porter le caractère sacerdotal, c'està-dire pour se dévouer tous les jours de la vie, il faut être né grand ou le devenir : des cœurs vulgaires, des caractères faibles, des esprits abattus, une éducation commune n'y surfiraient pas ; aujourd'hui surtout, les peuples demandent autre chose à leurs prêtres, et avec raison.

Inspirer l'amour d'une viç sérieuse et appliquée, avec laquelle s'allient un jour la sainteté des mœurs et la fidélité aux devoirs les plus graves ; exciter le goût des lettres sacrées, et l'ardeur pour ces belles et saintes connaissances qui furent toujours un des plus nobles apanages de l'Église; cultiver et diriger les passions dans le temps favorable, de façon qu'elles se laissent maîtriser, et que, loin d'être jamais un obstacle au bien, elles deviennent l'instrument utile d'un zèle sûr et éclairé ; former à ce savoir-vivre qui consiste à se contraindre soi-même, sans contraindre les autres, et qui

éblouit moins par les belles manières, qu'il n'édifie par les vertus et la simplicité : en un mot, sous les auspices d'une discipline également douce et ferme, constituer et maintenir de fortes études, en môme temps que des mœurs pures, une docilité généreuse, une foi éclairée et une piété fervente : tel est le but, tels sont les moyens, telle est l'œuvre de l'éducation ecclésiastique, telle est la spécialité des petits séminaires.

Et je ne puis m'empécher, Monsieur le Duc, de le demander ici en passant, n'est-ce pas là une belle œuvre î Pourquoi donc ne pourrions-nous pas nous y dévouer librement ? N'est-ce pas là rendre un noble service à notre pays? N'est-ce pas travailler à résoudre, pour notre part, le grand problème de l'éducation publique? N'est-ce pas dignement acquitter notre dette envers l'Église et envers la patrie ?

Oui, et j'ai eu occasion de le proclamer, c'est plus, c'est mieux encore : grâce à l'heureux mouvement des esprits inclinés à des rapprochements depuis longtemps désirables, par le besoin de s'enlendre et de s'entr'aider, et peut-être aussi par une force supérieure et divine, c'est travailler à renouer la noble et antique alliance, indignement rompue au dernier siècle, entre la foi et les lettres, entre la religion et les sciences, entre la vertu et les arts, et par conséquent entre la France et son sacerdoce, entre l'Église et la patrie I

Car, il reste à faire ici une observation d'une grave importance dans la pratique. On comprend sans peine (et l'expérience des grands comme des petits séminaires le démontre d'ailleurs), que tous ceux qui se présentent dans ces pieuses maisons pour y recevoir cette forte et sainte éducation, n'arrivent pas tous au sacerdoce : les

OQS manquent le but par défaut de fldélité et de cou* rage; les autres, parce que Dieu leur réserve d'autres destinées. Et il n'y a rien ici qui doive attrister ni surprendre. La première éducation est le temps de Teiamen et de l'épreuve : c'est alors que, sous l'influence d'one direction profondément chrétienne, le germe de la vocation sacerdotale, si Dieu Ta véritablement déposé dans le cœur, peut se développer.

Cette vocation sublime, c'est Dieu, et non Téducation qai la donne : l'éducation seulement étudie les vues de la Providence, ne les prévient jamais, et ne les aide même qu'avec discrétion et avec respect. Si les vocations sacerdotales se rencontrent plus fréquentes dans les petits séminaires, c'est d'abord, sans doute, parce que la Providence les y amène ; c'est aussi parce que l'éducation les y éclaire : mais elle peut, mais elle doit y éclairer aussi des vocations différentes.

Et s'il y a ici un étonnement légitime, c'est le nôtre. Monsieur le Duc, quand nous voyons que notre respect pour ces jeunes âmes devient un reproche pour nous, et leur vertueuse délicatesse un péril pour leur avenir social; car, enûn, il y a au moins ici un résultat commun et nécessaire, résultat utile à tous, quels que soient les] desseins de Dieu sur chacun, utile au pays, utile aux familles, c'est de former en ceux qui ne sont pas appelés au sacerdoce, des enfants sincèrement chrétiens.

Tous, sans doute (cela n'est pas possible), n'arrivent pas à l'apostolat du sacerdoce, à cet apostolat qui prêche, qui combat, qui se dévoue, qui se sacriûe ; mais tous, si une véritable oppression n'y vient pas mettre obstacle, sont appelés à exercer parmi leurs concitoyens le noble

apostolat des vertas chrétiennes, et à en perpétuer dans leurs familles la consolation et l'exemple.

Monsieur le Duc, le plus grand malbeur, comme le plus grand crime des peuples, après qu'ils se sont dépravés, c'est de redouter le remède qui peut guérir leurs maux. Élever chrétiennement la jeunesse, ce n'est pas moins travailler à la prospérité de TÉtat qu'à celle de l'Église. Une éducation sérieusement chrétienne doit être aujourd'hui, vous le comprenez mieux que personne, j'en suis sûr» le premier intérêt de quiconque aime son pays. Car, s'il est vrai, comme Ta dit Montesquieu, et comme nous l'avons éprouvé nous-mêmes, que plus d'États périssent parce qu'on a violé les mœurs que parce qu'on a violé les lois, les législateurs aux mains desquels reposent les destinées des peuples, pourraientils repousser les institutions sociales et religieuses, qui peuvent seules réparer les mœurs publiques et les maiùtenir?

Oui, Monsieur le Duc, et je suis heureux de le dire à un homme dont je respecte les vertus et dont j'honore le caractère ; je suis heureux de vous le dire, parce que je suis certain de trouver dans votre âme le plus noble écho de mes faibles paroles : oui, le temps est venu de préparer pour l'avenir une génération nouvelle, digne des grandes choses que l'avenir semble nous réserver ; une génération forle et dévouée, intelligente et capable, qui comprenne les besoins et la marche des agitations humaines, et ne s'en montre pas plus effrayée qu'il ne convient à ceux à qui les lumières de la foi doivent donner quelque chose de la sagesse et de la patience de Dieu ; à ceux qui peuvent trouver dans l'histoire de leurs pères et dans les souvenirs de la France les

secrets de la Providence et les espérances de l'avenir.

Que les petits séminaires et les maisons d'éducation chrétienne répondent à la grandeur de leur vocation et à la confiance du pays, et ils nous donneront des prêtres et des chrétiens comme il nous en faut ; de ces hommes qui, aux jours mauvais, se dévouent à la société en péril , et qui, dans les temps plus paisibles, dont la bonté divine semble nous ménager l'heureuse sécurité, seront les amis les plus éclairés de la paix et de Tordre public, les plus habiles soutiens des lois prolectrices pour tous ; de ces hommes enfin dont les peuples inspirés par le profond besoin de se régénérer attaident et invoquent le secours.

Quant aux jeunes lévites, qui sont aujourd'hui l'espérance et la consolation de l'Église de France, ils deviendront an jour sa force et sa gloire, et lui rendront peutêtre ses docteurs, ses évangélistes et tous ces prêtres vénérables dont la science était si profonde, les lèvres si éloquentes, la vertu si pure, et que la mort ou le malheur des temps lui a cruellement ravis !

Monsieur le Duc, permettez-moi une dernière pensée : c'était autrefois par la force d'une éducation mâle et vigoureuse que, dans les anciennes républiques, s'inspirait le vif amour de la patrie, qui de chaque citoyen faisait un héros. Aussi, quand ils s'immolaient pour leur pays, ils semblaient encore moins obéir aux lumières de la raison qui commandait un sacrifice, qu'à une noble passion du cœur qui voulait se satisfaire.

Eh bien ! nous aussi, nous voudrions que, par la haute influence d'une éducation sainte, nos élèves trouvassent, à l'ombre du sanctuaire qui protège leur jeu-

nesse, le secret et le germe des fortes vertus : et un jour, lorsqu'ils se dévoueront aux besoins et au service de tous, lorsqu'ils s'immoleront, eux aussi, pour leur pays et pour leurs frères, j'ose le promettre, ils le feront sans doute, comme des prêtres fidèles, pour obéir aux lumières de la conscience qui commande le devoir, mais aussi ils le feront, comme des prêtres généreux, pour obéir, sans effort et sans faste, à cette noble et évangélique passion des grands cœurs, à qui les dévoûments sont un besoin et les sacrifices une joie !

Voilà, Monsieur le Duc, ce que j'avais à vous dire sur la nécessité et la spécialité des petits séminaires.

IL — Des ordonnances de 1828.

11 résulterait de votre rapport. Monsieur le Duc, que le zèle du roi Charles X pour les intérêts de la religion, que la piété d'un ministère éclairé, que l'autorité de M. l'archevêque de Paris et de M. l'évêque de Beauvais, que l'unanimité enfin de la commission couvrent de leur grave responsabilité les ordonnances de 1828.

Il vous semblera peut-être étonnant que je me hasarde à toucher un sujet aussi délicat, lorsque la Chambre des Pairs, par un vote récent, a paru sanctionner ces ordonnances en adoptant une de leurs plus graves dispositions.

Il vous semblera étonnant que je vienne, comme à plaisir, jeter le défi à l'opinion publique. Mais il me sera permis de le redire, après tant d'autres: l'opinion, boussole capricieuse et infidèle, est sujette à bien des afTolemenls; elle se trompe et trompe souvent ceux qui se laissent entraîner par elle, et il y a toujours près-

criptioD contre ses arrêts au nom de la justice et de la Térité.

J'ajouterai que vous avez essayé vous-même de placer les ordonoances de 1828 sous une responsabilité plus haute : vous affirmez qu'elles sont sorties librement de la conscience du roi Charles X et de celles des chrétiens sincères qui siégeaient alors dans ses conseils ; vous voulez leur donner par là une autorité morale qu'on ne puisse leur contester. C'est celle-là môme que je leur conteste, Monsieur le Duc ; et si je prouve que ni Charles X, ni les hommes honorables qui siégeaient dans les conseils de sa couronne, n'ont agi spontanément dans la rédaction et la signature des ordonnances, je n'aurai plus dès lors à compter avec ce que je respecte le plus au monde, avec des consciences d'bommes de bien, et il me sera loisible d'en appeler de l'opinion de la veille à celle du lendemain, de l'opinion exaltée à l'opinion calme et réfléchie.

La Chambre des Pairs a entendu M. le comte Portalis, avec l'autorité de son caractère, de sa position et de ses souvenirs, protester que ni lui ni ses collègues n'avaient fait violence à la conscience de Charles X. Certes, je n'ai jamais eu aucun doute à cet égard : s'il y a eu violence, cène sont pas les minisires qui l'ont faite; mais je ne crains pas de manquer au respect que je professe pour eux en disant qu'ils l'ont subie comme le monarque ; ils ont cédé, comme lui, à la triste exigence des temps.

Vous ne récuserez pas, Monsieur le Duc, le témoignage que j'invoque ici à l'appui de celle assorlion. Le nom de M. l'évêque d'IIermopolis est un de ceux qui commandent le respecta tous les partis, et cette loyauté

qui le caractérisait^ cette véracité qui ne Vabandonnait jamaiSj ont reçu de iM. Portalis un hommage solennel auquel la noble Chambre s'est associée tout entière. Voici les faits , tels que ce vénérable prélat les expose dans un Mémoire tout entier de sa main et récemment publié *.

Permettez-moi de vous le dire, Monsieur le Duc, ces faits, dans leur simplicité, répondent péremptoirement à chacune des affirmations de votre rapport.

Les ordonnances, dites-vous, ont été le fruit de mûres réflexions. Or les premières paroles de M. TÉvéque d'Hermopolis au roi furent celles-ci : « Sire^ on ne s'est pas donné le temps de réfléchir, n Ces ordonnances, d'après votre rapport , auraient été librement consenties par tous, et je lis dans le Mémoire : « On dirait que « les ministres étaient comme dans un état d'oppression « quand ils ont rédigé l'ordonnance, et qu'elle a été ar- « radiée par la violejice. »

Vous semblez présenter ces mesures comme inspirées par un zèle éclairé pour les intérêts de la religion; M. d'Hermopolîs vous répond : « Il semble qu'elles a aient été conçues dans un esprit de défiance et de « haine contre l'épiscopat et la religion catholique, tant « dans chacune de ses dispositions l'ordonnance est « dure, humiliante, et pleine, dans son ensemble, de « précautions et d'entraves contre les évêques. »

Après ces paroles , Monsieur le Duc , qui suffisent à elles seules pour bien caractériser la vraie situation des hommes et des choses à cette époque, M. l'évêque

* Le titre de ce mémoire est : Récit abrégé de ce que j'ai rfi( et fait au sujet des ordonnances de 1828.

d'Hermopoiis ajoutait : « Si du moins, Sire, cette nou- « velle concession devait être la dernière, si elle devait « apaiser pour toujoui*s les fureurs d'un parti ! »

Ou je me trompe, Monsieur le Duc, ou ce langage dans la bouche d'un homme aussi grave et aussi modéré que M. Frayssinous, justiCe pleinement ce que j'avais Thonneur de vous dire, que la violence des opinions et les réactions impérieuses des partis imposaient alors une contrainte morale aux caractères les plus honorables et aux esprits les plus indépcndanis.

Aussi le vertueux prélat concluait-il tout naturellement par celle dernière parole : « Sire, je l'avoue, pour « rien au monde je ne voudrais conlre-signer une patt reille ordonnance. »

Sans doute, et M. le comte Porlalis Ta éloqucmmenl proclamé, on ne pourrait prétendre, sans insulter à la mémoire du roi Charles X, que la concession de 1 200 000 fr. de bourses en faveur des petits séminaires ait été le prix des entraves qu'on leur faisait subir, mais du moins dans cette concession la piété du roi trouvait une sorte d'adoucissement aux rigueurs dont on les frappait.

El il n'en est pas moins vrai que le roi disait : « Si la dotation ne passait pas, l'ordonnance serait caduque ; » à quoi M. d'Hermopolis répondit que « l'ordonnance « pourrait bien rester avec tout ce qu'elle a de fâcheux, « sans présenter l'espèce de compensation dont il « s'agit.» Vous savez. Monsieur le Duc, si l'événement a jostilié celte prévision.

Je n'ai pas tout dit sur cette contrainte morale dont je vous parlais tout à l'heure, et dont voici un autre et bien étrange témoignage :

Dans la rédactioD primitive de rordODnance, il y avait un article où Ton allait jusqu'à exiger « que les élèves (( parvenus à un certain âge et après deux ans de sé- « jour dans l'école, fussent tonsurés. »

Ainsi la tonsure était imposée à ces enfants comme condition impérieuse de leur séjour dans le religieux asile qui avait accueilli et protégé leurs premières années.

Ne fallait-il pas tout l'aveuglement de l'esprit de parti pour fermer les yeux sur cette odieuse violence dont on menaçait un si jeune âge?

Le ridicule devait le disputer à l'odieux, si M. l'évoque d'Hermopolis n'était intervenu, et l'on allait si loin , la terreur des jésuites était si grande, que, craignant d'en rencontrer partout , on voulait soumettre à l'approbation nominative du roi tous les maîtres et professeurs des petits séminaires quels qu'ils fussent, tous, jusqu'au plus humble des surveillants.

Il fallut que M. Frayssinous fit sentir au roi la singulière exagération de ces exigences, pour qu'elles fussent supprimées.

Et comme le prélat ajoutait que les adversaires des petits séminaires et des jésuites se réjouiraient d'autant plus de ces mesures qu'ils pouvaient croire que le roi n'était pas sans estime et sans quelque affection pour cet ordre, Charles X reprit : Je ne puis dire ni que je les aime, ni que je ne les aime pas

Veuillez peser enfin , Monsieur le Duc , les dernières paroles laissées pour ainsi dire comme adieux au monarque par son vénérable interlocuteur : <c Je répondis « que la question du ministère, de sa position , de ses « embarras, ne me regardait pas; que, pour mettre

A M. LE DUC DE BROGLlË. 83

a toute sincérité dans mes discours, je devais dire que a le roi était juge de ce que pouvait commander le bien « de l'État ; que des choses d'ailleurs très -fâcheuses et « dTun très-mauvais effet pouvaient ôlre excusées par 0 la nécessité d'éviter de plus grands maux; que c'était a là une question de haute politique qu'il ne m'appara tenait pas de décider. Je me souviens qu'une fois je « tenais déjà le bouton de la porte du cabinet du roi « pour me retirer, lorsque je me retournai pour dire : « Sire, qu'il me soit permis de le répéter: Cette mesure « me paraît si fâcheuse que la nécessité seule peut Vex- « cuser, n

Dois-je ajouter que M. d'Hermopolis crut devoir répéter ce qu'il avait déjà dit, qu'il n'eût à aucun prix apposé sa signature à ces ordonnances?

Et le jour môme où elles furent publiées dans le Moniteur. Monsieur le Dauphin ayant dit à la cour que les consciences devaient être tranquilles, et en ayant donné pour raison décisive que M- l'évêque d'Hermopolis n'aurait pas refusé de les contre-signer : « Pardon, Monseigneur, répondit le prélat, foi d'honnête homme, je n'aurais pas signé, n

Plus loin, je lis dans votre rapport que l'ordonnance du 16 juin 1828 a été rendue sur la proposition d'un prélat dont la mémoire est chère à tous les gens de bien, M. l'évêque de Beauvais,

Eh bien! encore ici, je suis obligé de le dire ; les faits se sont passés d'une tout autre manière : ces mesures ont été si peu prises sur la proposition de M. l'évoque de Beauvais, que M, le comte Portalis en avait fait la condition de son entrée au ministère, deux mois avant que M. Feutrier ne fût nommé ministre ; iM. Portalis fut

nomme minisire de la justice le 5 janvier, et M. Feutrîer ne reçut le portefeuille des affaires ecclésiastiques que le 3 mars; et non-seulement M. Feutrier ne les a pas proposées, mais je crois pouvoir affirmer avec certitude qu'il les a contre- signées malgré lui.

M. révoque d'Hermopolis nous attesie formellement que révéque de Beauvais offrit en plein conseil sa démission , plutôt que de contre-signer les ordonnances ; voici son récit :

a M. révéque de Beauvais s'explique devant le roi, (( en plein conseil , refuse de contre-signer et donne sa « démission. La discussion est trës-vlve. Les ministres « sont déconcertés de la résolution de M. Tévéque de (( Beauvais , à laquelle ils ne s'attendaient pas , et dé- (( clarent au roi que , si leur collègue se retire, ils sont a obligés de se retirer eux-mêmes.

(( On conçoit aisément que le roi dut se trouver dans « le plus étrange embarras, persuadé que, dans les a circonstances, il ne pouvait sans danger changer son « ministère.

(( Le 11 , Sa Majesté m'envoie un message : je me (( rends à Saint- Gloud. La première chose qu'il me dit « est celle-ci : « Voyez, l'évéque, dans quelle situation ce diabolique je me trouve... L'évéque de Beauvais ne (( veut plus contre-signer, et les ministres m'ont offert, a en conséquence, leurs portefeuilles » ,

« Je pris la parole pour dire : « Sire, je conçois toutes « les répugnances de l'évéque de Beauvais. Au reste , « le roi sait bien que je ne lui ai pas conseillé la me- « sure.

«—Cela est vrai, dit le roi; mais vous m'avez dit que, (( si je la jugeais nécessaire , on n'avait pas le droit de

« la condamner. — Oui , Sire , mais c'est là une chose a dont je ne snis pas juge. »

Je ne puis m'empécber d'admirer ici , et vous admirerez avec moi , Monsieur le Duc , l'indépendance respectueuse du langage de ce saint évêque , qui s'incline deyant l'autorité royale, après avoir fermement énoncé sa pensée et ses yœux, refuse de faire un pas de plus et déclare qu'il n'a pas le droit d'imposer au roi ses vues politiques comme règle de conscience, et le reconnaît pour juge dans les choses de son ressort , en qualité de chef suprême de l'État.

0 Le roi croyait , continue M. d'Hermopolis , que Té- « îëque de Beauvais resterait inébranlable dans sa ré- (c solution de se retirer.

« Mais celui-ci , ajoute M. d'Hermopolis, croît devoir u se sacrifier pour ce qu'il regarde comme le service du Q roi, et s'exposer à tout ce qui est arrivé et qu'il pré- « coyait tris-bien. »

C'est l'historien de U. Frayasinous qui nous apprend, d'après les documents les plus authentiques , comment s'accomplit ce sacrifice, et Charles X voyant dans le re- 0 fus de révêque de Beauvais la dissolution même de tt soif ministère, et sentant vivement la position critique a des hommes et des choses, quitta son fauteuils et, a allant vers M. Feutrier, lui prit les maius avec beau- « coup d'émotion , et les larmes aux yeux : Évêque de a Beauvais^ dit-il, voules-vous donc m' abandonner? — tt Non, Sire, répondit le prélat, touché de si hautes instt tances; mais je ne puis signer un acte qui répugne à « la conscience de M. d'Hermopolis. n

' Vie de Jf. Frayuinout, pag. 643, 641.

On finit par proposer un moyen terme qui fut ainsi formulé : « Le garde des sceaux devait signer Tordon - (( nance qui supprimait les huit établissements dirigés « par les jésuites, et qui imposait aux directeurs et « professeurs des maisons d'éducation l'obligation « d'affirmer qu'ils n'appartenaient à aucune congréga- <( tion religieuse non légalement établie en France ; le (( ministre des affaires ecclésiastiques devait signer c( seulement l'ordonnance qui, en limitant le nombre ({ des élèves rfes petits séminaires, etc., créait dans ces c( établissements huit mille demi-bourses , à 150 francs u chacune.

« Ce moyen terme, qui divisait la responsabilité , fil « illusion à M. Feutiier. )>

Et tous, comme révêque d'Hermopol.is le raconte, ne savaient qu'invoquer cette dernière ressource des positions désespérées : Salus populi suprema lex esto.

C'est donc au milieu des perplexités les plus cruelles et de ce que je ne crains -plus maintenant de nommer de véritables tortures morales , qu'un roi et un évéqne se crurent condamnés à céder dans cette grande et mémorable circonstance, et léguèrent aux dépositaires futurs du pouvoir le triste exemple de concessions arrachées à la faiblesse : concessions funestes qui n'ont jamais sauvé et ne sauveront jamais les États.

Vous dites encore , Monsieur le Duc, que les ordonnances ont été préparées par une commission à la tète de laquelle se trouvait placé M. de Quélen, et vous ajoutez que cette commission, divisée sur un seul point particulier, a été unanime sur la nécessité de toutes les dispositions que vous venez de rappeler.

Et cependant le rapport de la commission, signé

par M. de Quélen et adresse an roi Charles X, diffère essentiellement des ordonnances sur des points fondamentaux.

Je les indique :

1* La limitation du nombre des élèves de chaque école, fixée dans l'ordonnance, sans qu'il en soit question dans le rapport.

2"* La limitation du nombre des élèves pris d'ensemble, fixée de même dans l'ordonnance, sans qu'il en soit question dans le rapport

3» La nécessité de l'approbalion du roi pour le choix des supérieurs ou directeurs, imposée par l'ordonnance, absente du rapport.

U"" L'établissement des écoles primaires ecclésiastiques, demandé dans le rapport, refusé par l'ordonoance.

5" La faculté pour les curés d'instruire dans les sciences les enfants de leurs paroissiens, demandée dans le rapport, refusée par l'ordonnance.

6' Enfin, l'affirmation par écrit de n'appartenir à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France, exigée par l'ordonnance, absente du rapport.

Ce sont là, je croîs, Monsieur le Duc, des différences assez profondes pour m'autorisera dire que les ordonnances de 4828 ne sont pas l'ouvrage d'une commission présidée par un illustre et courageux pontife.

Je suis étonné que ces différences aient échappé à une observation aussi attentive que la vôtre.

Aussi M. de Quélen crut-il, après la publication des ordonnances, devoir repousser énergiquement la responsabilité que TOUS semblez appeler sur lui, et je suis

heureux aujourd'hui de défendre auprès de vous sa mémoire.

Sans doute, M. de Quélen et la majorité de la commission avaient compris que la malheur des temps leur imposait certaines concessions, afin de conjurer Torage, de prévenir la ruine des établissements menacés, et d'obtenir le juste respect des droits les plus essentiels de rÉglise.

Mais quand les ordonnances parurent, quand M. de Quélen eut reconnu que tout ce qu'il avait essayé de sauver était sacrifié, on sait quelles furent ses réclamations et ses plaintes, et comment elles s'unirent aux douleurs de l'épiscopat pour dire au roi :

(( Sire,

(( Le temps ne calme pas la douleur que les évêques (( de votre royaume ont éprouvée à l'occasion des « ordonnances du 16 juin; au contraire, ils sentent « qu'elle devient plus vive et plus profonde à mesure « qu'ils voient s'approcher le terme fatal de leur exé- (( cution... »

Du reste, si l'épiscopat se montra profondément attristé des ordonnances de 1828, personne n'en parut guère satisfait.

« Jamais, on doit l'avouer, dit M. Rendu dans un ou- « vrage récent * , l'attente publique n'avait été plus <( tristement déçue... Toutes les opinions se récrièrent, « comme dédaignées ou ofiensées. »

* De Vinstrtictwn secondaire, et spécialement des écoles secondaires eulésiastiques {i^h7), pag. 134.

A M. LE DtC DE BROGLIE. 89

Je me souviens encore d'avoir entendu le noble et loyal comte de la Ferronays, à Rome, reporter sa mémoire sar les choses de cette époque. Jetant un regard en arrière sur les grandes circonstances de sa vie politique, il jugeait les événements avec la sérénité d'un esprit élevé et indépendant de toutes les préoccupations, et me racontait une foule d'intéressants détails qui me prouvaient combien ceux qui agirent alors étaient peu libres dans leur action. Je ne veux point les redire ici; je ne citerai de ces conversations qu'un seul trait, qui confirme les paroles de l'honorable membre du conseil royal de l'instruction publique. Le jour de la publication de ces fameuses ordoimances du 46 juin, M. de la Ferronays rencontra Benjamin Constant chez le président de la Chambre: «Eh bien I étes-vous enfin content? lui dit-il. — Non, répondit Benjamin Constant; ce n'est point là ce que nous voulions : nous voulions la liberté d'enseignement. — Vous avez cependant les jésuites de moins. — Peu nous importe, ce n'est pas là ce que nous demandions. »

On voit quelle était à cette époque la pensée de l'opposition, de ses membres les plus éminents.

Et n'est-ce pas ce qu'est venu naguère si loyalement attester à la tribune de la Chambre des Pairs, M. le comte Ucognot?

« Je ne sais si mes souvenirs me trompent, mais il « me semble qu'en 1828 nous poursuivions tout autre « chose que les jésuites... Et si ma mémoire est bonne, « je rappellerai aux personnes qui étaient alors dans « l'opposition, que si les jésuites nous avaient manqué, « nous aurions trouvé d'autres motifs pour justifier et « affermir notre opposition... »

Monsieur le Duc, vous afOrmez que la commission, divisée sur un seul point, a été unanime sur la nécessité de toutes les dispositions que vous venez de rappeler. Or, parmi ces dispositions, je lis à la page 76 de votre rapport : « Aucune école secondaire ecclésiastique ne doit a admettre d'externes. »

Permettez-moi de vous dire que la commission a été unanime pour exprimer le vœu que les écoles ecclésiastiques établies dans les communes où il n'y aurait pas de collège de TUniversité, pourraient recevoir comme externes les enfants des personnes domiciliées dans la commune.

Vous ajoutez, Monsieur le Duc, qu'à Tâge de quatorze ans, et après deux années de séjour, les pensionoairea sont tenus de porter Thabit ecclésiastique.

Celait là une de ces concessions qu'on croyait devoir faire, pour ôter le moindre prétexte à des aecusatiotis malheureuses.

Mais, dans la pensée exprimée par la commission, cette obligation devait être restreinte aux écoles des villes où il se trouvait un collège. Oui, j'en ai la conviction, et mon respect pour les membres honorables de cette commission ne me permet pas d'en douter : ils espéraient que la transaction qu'ils proposaient préparerait la pacification politique et religieuse, en sorte que celte obligation deviendrait chose simple et facile dans des lieux et des temps paisibles ; et ils ne pouvaient se décider à prévoir que l'Église de France serait condamnée à subir des époques où cette obligation deviendrait tellement intolérable, qu'elle serait forcée d'en dispenser ses ministres eux-mêmes, à plus forte raison des enfants de quatorze ans.

Quoi qu'il en soit, Monsieur le Duc, il est évident que la commission ne consentait pas à une prescription générale et absolue sous ce rapport.

Vous affirmez, enfin, que la commission a été unanime sur les deux dispositions fondamentales dont j'ai déjà parié : 1" sur la limitation du nombre des élèves de chaque école ; 2" sur le nombre total des élèves j)ris d'ensemble^ et qui ne doit pas excéder 20 000.

Eb bien ! Monsieur le Duc, le rapport de la commission n'en dit pas un mot ; et toutes ses propositions relatives, soit à l'aulorisalion des 53 écoles ecclésialiques non encore autorisées, soit à la fondation de nouvelles écoles primaires ecclésiastiques dans les villes métropolitaines ^ auprès des églises métropolitaines et paroissiales, et dans les villes diocésaines, auprès des églises cathédrales, indiquent manifestement que la commission avait formé le vœu que le nombre des élèves ecclésiastiques fût augmenté, bien loin d'être diminué.

Voilà, Monsieur le Duc, ce que j'avais à dire pour démontrer que le zèle du roi Charles X, que la piété d'un ministère éclairé, que Tautorité de plusieurs prélats dont le nom est demeuré cher à l'Église, que l'una- Dimité, enûn, de la commission, ne couvrent pas de leur grave responsabilité les ordonnances de 1828.

Page 1