‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 61 sur 75 · PIE IX · texte numérisé non relu

PIE IX

Vous voyez, N. T. -G. F., quel est le doux et saint objet qui occupait dans son exil, et qui occupe encore aujourd'hui la grande âme du Vicaire de Jésus-Christ Ce privilège glorieux, unique, incomparable, mais en même temps si naturel et si simple dans la Mère de Dieu; ce privilège, si conforme aux révélations des Saintes Écritures, transmis d'âge en âge par la tradition, attesté par les fêles et la liturgie catholique, établi par l'enseignement des théologiens et des pasteurs, est de fait, vous le savez, la pieuse et universelle croyance de l'Église ; et une croyance si chère à tous les cœurs, qu'on peut dire avec vérité que, si l'Immaculée Conception de

nevolentiîP lest cm accipite Aposlollcam Bcnedîctionem , quam « Imo corde profcctam vobis Ipsls, Venerabllcs Fratres, cunctlsquc Oericis, Lalcisquc fiilclibus vigilanllîB vcslra» coinralssis, amanlisslmc l«nperlirniir.

Djjluni Cajclir, die 2* fcbruarii, anno 18*9, Pontificatus Noslri aono tertio.

Plus PP. IX.

SUR L'IMMACULÉE CONCEPTION. Zn

Marie n'était pas un dogme de foi, lesûdôles en avaient lait depuis longtemps un dogme d*amour. Eli bien ! N. T.-C. P., c'est ce grand et beau privilège de notre Mère, qu'il est aujourd'hui question de définir comme doctrine de VÊgiise catholique : et notre saint et bienaimé Pontife Pie IX se demande s'il n'est pas temps enfin de donner aux enfants de Marie la consolation de voir décerner par VÊgiise et le Saint-Siège apostolique^ à cette Vierge très-sainte^ ce titre glorieux que la piété générale des fidèles désire si ardemment entendre attribuera cette même Vierge par le jugement solennel de l'Église et du Saint-Siège,

Le Saint-Père a donc voulu que les Évéques missent en prières le peuple fidèle sur toute la surface de la terre, afin d'attirer les lumières d'en haut et de préparer la décision qui conviendra le mieux à la gloire de Dieu, à Vhonneurde la bienheureuse Vierge et àVutilite de VÊgiise.

Sa Sainteté demande en même temps aux Évèques de lui faire connaître de quelle dévotion le clergé et k peuple fidèle sont animés envers la Conception de VlmmcLculée Vierge ; quels vœux ils forment pour que cette croyance soit définie par le Saint-Siège apostolique ; et enfin ce que les Évéques pensent et désirent eux-mêmes sur cet important sujet.

C'est de tout notre cœur, N. T.-C. F., c'est avec la plus douce et la plus sensible consolation, que nous obéissons aux désirs du Souverain-Pontife, en venant vous demander à tous les prières qu'il réclame de votre piété. Vous nous avez prévenu, il est vrai; vous avez depuis longtemps, nous n'en doutons pas, accompli, autant qu'il était en vous, le vœu du Saint-Père, en of-

frant au Seigneur vos prières et vos bonnes œufresaoi intentions de Sa Sainteté. Mais il ne suffit pas que chacun de vous ait prié par un mouvement spontané et dans les exercices de sa dévotion particulière; il ânt, maintenant, que nous nous unissions tous ensemble pour offrir à Dieu, avec cette sainte unanimité qui touche son cœur, des prières publiques et des suppiica^ tions solennelles.

Nous élèverons donc nos mains et nos cœurs vers le ciel, pour prier l'Esprit de vérité de faire luire sur le Père commun, sur le Docteur universel de tous les fidèles, les rayons de la lumière divine, afin qu'il paisse décider avec sagesse ce qui sera le plus convenable pour la gloire de DieUy pour l'honneur de la bienheureuse Vierge^ et pour Futilité de l'Église»

Quant aux renseignements que le Saint-Père noos demande, N. T. -G. F., sur la dévotion dont vous êtes animés envers la Conception de la Vierge Immaculée et sur le désir que vous auriez de voir le Saint-Siège apostolique rendre un décret sur ce sujet, nous avons déjà pris et nous continuerons à prendre les informations dont nous pourrions avoir besoin pour répondre sur ce point avec une entière certitude. Mais déjà nous éproavons le besoin , et nous avons la consolation de voas dire qu'il nous serait impossible de douter, ni de la dévotion des pieux ûdèles de ce diocèse envers la Très- Sainte Mère de Dieu, ni de leur pleine adhésion à la croyance de la Conception Immaculée. Et comment, en effet, pourrions-nous avoir le moindre doute à cet égard, lorsque nous savons que ce diocèse fut no des premiers qui demandèrent et qui obtinrent du Saint- Siège la permission d'exprimer solennellement leur foi

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à rimmacQlée Conception dans la préface de la messe de cette fête; lorsque, de plus, nous voyons dans ce même diocèse tant de pieuses confréries érigées en rhonneur de Marie, et sous le titre même de l'Immaculée Conception ; lorsqu'enfin les rapports que nous recevons des diverses paroisses du diocèse nous attestent que toutes les fêtes de la Sainte Viei^e, celles même qui ne sont pas publiquement solennisées, y sont singulièrement chères aux fidèles; que la fêle de Tlmmaculée Conception en particulier y est célébrée avec une dévotion toute spéciale, et que, ce jour-là, un grand nombre d'âmes pieuses s'approchent avec un saint empressement et un pieux concours de la table eucharistique, eomme aux plus grandes fêles de l'année ?

Oui , N. T.-C. F., nous pourrons rendre au Père commun des fidèles un bon et consolant témoignage sur la dévotion du diocèse d'Orléans envers la Très - Sainte Vierge ; nous pourrons lui attester le pieux et inébranlable attachement de vos esprits et de vos cœurs pour tous les privilèges que le sentiment commun de l'Église reconnaît à cette incomparable Reine du ciel ; et spécialement pour le privilège de son Immaculée Conception : pour cette belle et sainte doctrine , pour cette touchante et glorieuse croyance, que la piété éclairée par la foi admet aussi facilement, aussi heureusement qu'un œil sain donne entrée à la pure lumière du jour.

Et quant à nous, N, T.-C. F., comment pourrionsnous ne pas saisir cette précieuse occasion, pour consigner dans ces pages et pour faire entendre du haut de toutes les chaires de ce grand diocèse la publique et solennelle protestation de notre dévotion envers Marie, et

la haute profession que nous avons toujours faite et qné nous aimons à renouveler ici, de croire du fond de notre âme à toutes les grâces, à tous les dons, à toutes les prérogatives de la sainte Mère de Dieu, et surtout au privilège incomparable et si cher à son cœur, de sa très-pure et très-immaculée Conception.

Nous aussi, N. T. -C. P., s'il nous était permis Remprunter les paroles de notre saint Pape, nous pourrions dire que, de bonne heure , nous n'avons eu rien plus à cœur que d'honorer la bienheureuse Vierge Marie du divoûment le plus intime de notre cœur. Cette chère dévotion nous fut inspirée dès l'enfance par les pieux et fervents catéchistes auxquels nous dûmes les premières leçons de la foi et de la vertu, et l'incomparable bienfait d'une éducation chrétienne. Notre amour pour Marie s'accrut encore plus tard dans cette sainte et illustre maison de Saint-Sulpice dont Fénelon mourant écrivait à Louis XIV : Je ne connais rien de plus apo^ tolique et de plus vénérable ; et dont le mômeÏFéneloo disait ailleurs que la solide piété pour le saint-sacrement et pour la Sainte Vierge était son véritable héritage.

C'est là surtout, c'est dans ce pieux asile que nous avons appris à connaître, à aimer et à servir plus parfaitement la Très-Sainte Vierge; c'est là aussi qu'il noûs a été donné de commencer à la faire connaître, aimer et servir par la jeunesse. Et si plus tard la miséricorde infinie de Dieu a bien voulu se servir de notre indignité pour lui gagner quelques âmes, nous proclamons qu'a* près Dieu, c'est à Marie que nous en sommes redevable. Oui, s'il nous est permis de le dire, dans la sainte et laborieuse pèche des âmes, le nom de Marie fut toujours le plus fort comme le plus doux hameçon qol

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oas servit pour attirer, prendre, retenir et reprendre icore au besoin les pauvres pécheurs.

Est-il besoin de vous dire après cela, N. T.-G. F., que 3US croyons de toute la certitude de noire esprit, que ras adhérons du fond de nos entrailles à la doctrine 3 rimmaculée Conception de la Très -Sainte Vierge ? Oui, nous Qroyons que Marie a été conçue sans la iche du péché originel, et. Dieu aidant notre faiblesse, ous donnerions avec joie notre vie pour attester celte ainte vérité.

Tels sont nos sentiments : telle est notre croyance, . T.-C. F., et ce sera pour nous une bien grande con- >lation que d'en déposer, en votre nom et au nôtre, i témoignage aux pieds du Saint-Père, Que nous reste-t-il en finissant, N. T.-C. F., sinon de ous exhorter à entrer de plus en plus dans Tesprit et ans les vues de notre pieux Pontife en retrempant et Q renouvelant vos âmes dans cette douce, dans cetle ainte, dans cette bienheureuse dévotion envers iMarie, ont lui-même, au milieu de tant de graves et douloueoses préoccupations, nous donne et donne à l'Église ntière, depuis son avènement au souverain Pontificat, iQ si haut et si touchant exemple. Marie est votre mère tous, jN. T.-C. F., et elle a pour vous, pour vous tous, n vrai cœur de mère. Nous ne vous dirons pas : Soyez es enfants, vous ne pouvez pas ne pas Tétre : vous êtes par cela même que vous êtes chrétiens; mais lous vous dirons d'avoir pour cette bonne et auguste lëre de vrais cœurs d'enfants. Oui, chrétiens, memires et frères de Jésus-Christ , et par cela même enmia de Marie, respectez tous, aimez tous, servez tous Dire Mère qui est dans les cieux : invoquez-la souventi

233 ENCYCLIQUE DE PIE IX (fB49)

ayez recours h elle dans tous vos besoins ; soyez fidèles aux pratiques de sa dévotion ; propagez son culte dans vos familles, autour de vous et au loin, si vous le pouvez ; ornez ses sanctuaires et ses autels ; célébrez ses fêtes ; enrôlez-vous dans ses confréries ; enfin imitez ses vertus, afin de pouvoir être reconnus pour enfants de Marie, aux traits et à la ressemblance de votre mère. Nous vous disons ces choses à tous, N. T.-C. F., nous les disons aux justes, nous les disons aussi, nous les disons surtout aux pécheurs, dont Marie est le refuge.

Oui, qui que vous soyez, bons et mauvais, justes et pécheurs, vous qui avez besoin d'être conservés en grâce, et vous qui avez besoin d*être ramenés et convertis , allez tous à cette Mère de grâce et de miséricorde; mettez toute votre espérance en Marie; car, pour emprunter le tendre et admirable langage d'an des plus grands serviteurs de la Sainte Vierge, saint Bernard : « Pourquoi, N. T.-C. F., pourquoi noire « pauvre et fragile nature craindrait-elle de s'appro- « cher de Marie? En elle il n'y a rien d'austère, et qui (( puisse inspirer la crainte ; elle est toute douceur et « suavité. Ouvrez l'Évangile, lisez attentivement tonte (( la suite de l'Histoire sacrée ; si vous y trouvez un « seul endroit où vous puissiez remarquer en Marie « quelque chose de dur, ou une parole de sévérité et <t de reproche, ou le moindre signe d'indignation J'f (( consens, mettez alors en doute si elle est bonne, et (( n'osez point approcher d'elle. Mais si vous la voyez, « au contraire, toujours pleine de tendresse et de com* a passion, toujours miséricordieuse et douce, alors « rendez grâces à Dieu, dont la bonté vous a donné

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une telle médiatrice, en laquelle il n'est rien qui puisse inspirer la plas légère déûance.

a Marie se fait toute à tous ; sa très-abondante cba« rilé la rend également secourable aux sages et aux insensés ; elle ouvre à tous le sein de sa maternelle miséricorde, afin que tous puissent y puiser selon leurs besoins : le captif sa délivrance ; le malade sa gaérison ; TafQigé sa consolation ; le pécheur son pardon ; le juste Taccroissement de sa grâce. Que dis-je? l'ange même trouve en elle sa joie ; la Trinité sa gloire, et le Verbe son humanité ; en sorte qu'il D*est rien qui ne ressente la bienfaisante chaleur de ce soleil.

« 0 Mère bénie ! continuerons-nous avec le môme saint Bernard, qui pourra mesurer la longueur el la largeur, la hauteur et la profondeur de votre miséricorde ! car sa longueur s'étend jusqu'au dernier jour du monde ; jusque-là, vous ne cesserez point de secourir ceux qui vous invoqueront. Sa largeur va jusqu'aux confins de la terre, laquelle est pleine des miséricordes de la Mère aussi bien que de celles du Fils. Sa sublimité monte jusqu'au ciel dont vous avez été la restauratrice ; et sa profondeur est descendue jusqu'au fond de l'abtmc de nos ténèbres, où vous avez apporté la rédemption à ceux qui gémissaient dans les ombres de la mort. Par vous le ciel se remplit de ceux qui devaient remplir l'enfer. Les ruines de la céleste Jérusalem sont réparées, et la vie perdue est rendue aux malheureux qui soupiraient après elle. Votre très -bénigne et très -puissante charité n'est pas moins efficace à nous secourir que tendre à compatir à nos maux, également riche et abondante

234 ENCYCLIQUE DE PIE IX (ia49), etc.

« en ses sentiments et en ses effets. Donc, que nos

« âmes épuisées de soif courent à cette vive fontaine

ce qui leur est ouverte I que noire misère aille se perdre

(( dans cet océan de miséricorde I Après quoi, ô très-

(( douce Vierge, ayant fait de notre part ce que nous

« devions, il ne restera plus rien à faire, sinon que

« vous manifestiez au monde à quel point vous avez

« trouvé grâce aux yeux de Dieu, en obtenant, par

« vos prières : aux coupables, la réconciliation ; aoi

« malades, le remède ; aux faibles, la force ; à ceux qui

a pleurent, la consolation ; à ceux qui sont en danger,

« le secours et la délivrance. »

Donné à Orléans, etc.

f Félix , Évéque d'OHëani

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