R LIMMAGULÉE CONCEPTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE
Nos TRÈS-GHERS FRÈRES,
II y a sous nos yeux un fait incontestable, fait public, nanifeste, éclatant, qui suppose à lui seul nécessairenent et résume toute l'ancienne tradition.
Ce fait, attesté de la manière la i)lus solennelle par :ous les Évéques catholiques, témoins de la foi de leurs >eaples, et que le Vicaire de Jésus-Christ a tous conmltés, c'est la croyance universelle des fidèles et du dergé, dans toutes les églises du monde, au privilège de l'Immaculée Conception.
Partout, en effet, où l'Évangile de Jésus-Christ est sinnoncé, partout où règne la foi à l'adorable Trinité, à l'Incarnation du Fils de Dieu et à la divine Maternité de la Vierge, partout aussi la pure et Immaculée Conception de la Mère du Sauveur et son exemption de toute tache du péché originel % sont enseignées par les pas-
* Le dogme du péché originel, bien que mystérieux, n'a rien qui soît contraire à la raison ; et^ ici, comme dans tous les dogmes chrétiens, ce qui Importe airant tout, c'est de bien connaître l'enseignement de l'£i^toe, et de ne pas s'en faire de fuusses idées.
n y a dans tout péché deux choses, l'acte et Vétat. Vacte du péché,
226 SUR L'IMMACULËE GONGEPTION.
teurs, affirmées, défendues dans les écoles, chaotées dans les temples, crues et vénérées par tout le peuple chrétien.
c'est l'action passagère par laquelle on transgresse la loi de Diea; Wtaf, c'est la situation, la manière d'être de l'àme, qui suit l'acte do péehét et qui subsiste après que cet acte est passé; c'est la tache du péehédm l'àme; c'est l'àme souillée, dégradée, devenue mauvalae et ennemie de Dieu par l'efTet du péché.
Le dogme du péché originel ne consiste pat & croire que nooiayoai posé nous-mêmes l'acte du péché; car, comment l'auriontHMWi |i avant que d'être ? Cet acte fut le fait de noe premlera parents. Eo non lu péché originel, c'est celte triste et mystérieuse communicaUoo, pv laquelle Yétat du péché, dans lequel Adam se trouva par sa faute, naa est transmis. Adam, devenu pécheur, engendre une race semblable i lui, et nous naissons tous flétris, dégradés, mauvais comme notre pén, pécheurs enfin, selon la forte expression de saint Paul, et enfoMts ii colère.
Mais, pour comprendre ce que c'est que celte souillure, cette dégnfction, ce mal de l'àme, en un mol cet état de péché que nous apportav en naissant, 11 faut considérer que Dieu avait créé le premier hooMK dans la sainteté, orné delà grâce sanctifiante. et embelli detouskiàw surnaturels qui étaient les glorieux appendices de la justice origlodk. C'est ce que les Saintes Écritures nous apprennent, quand elles doosrprésentent Dieu s'appliquant à imprimer dans l'&me de rbomine les traits de sa divine ressemblance, c'est-à-dire sa connaissance cl M amour, ad imaginem Dei creavit illum ; l'établissant dans cette pvfaite rectilude où la chair était soumise à l'esprit, et l'esprit soumiii Dieu ; (ecit homincm rectum ; le remplissant d'intelligence, etdeccsens supérieur par lequel l'Homme pénètre et goûte les choses divines, if«w implevit cor illorum... et creavit Hlis scienliam sfnritus ; lui meUUi en mains, comme au roi de la créalion, l'empire sur toute la nature, «f dominarelur eis , et le faisant cnfhi si beau et si grand, qu'il était presque l'égal des anges, minuisti eum paulo minus ab Angelis,
L'homme, dans ccl état, ne connaissait ni l'ignorance, contre laqocOs il nous faut lutter par de si pénibles efforts, pour n'en sortir juml' qu'imparfaitement ; ni ces honteux mouvements d'une chair rebclkt qui préviennent la volonté et font pousser à l'esprit de si doolooNV^ gémissements; ni toutes ces innombrables misères qui affligent nott* corps et ne font quasi plus de la vie humaine qu'une perpétuelle inaUdie; ni cette terrible loi de la mort, à laquelle nul ne peut échappa
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On le peot dire : Tunivers catholique tout entier roit de cœur et professe de bouche que Marie a été ODçoe sans péché.
eputo qu'elle est entrée dans le monde avec le péché. L'homme était Jnl, il était heureux, Il était immortel, et il le fût demeuré toujours^ Il était toujours resté innocent.
Mais le péché sunrint, et, par le péché, Adam perdit pour lui et pour » enflants la grâce et la justice originelle, principe de ce saint et bien* eoieux état. Dieu pouvait ôter Justement à l'homme rebelle ce don su- Unie et surnaturel; et comme, d'ailleurs, ce don était gratuit, et que iea ne le doit à personne, il en pouvait du même coup priver toute ia Mtérlté d'Adam sans nulle injustice : de même qu'un monarque bienitatDt, outragé par la révolte d'un ingrat sujet, lui retire tous les hondont il l'avait comblé, et en déshérite ainsi par avance toute sa
Tel est l'état où, depuis ce triste péché de notre premier père, nous enona tous à la vie, dégradés, appauvris, dépouillés misérablement do elte grâce, de cette Justice originelle qui faisait la sainteté, la noblesse, I tnmaturelle beauté de l'.^mc humaine, et relevait au-dessus d'elioléoie Jusqu'à Dieu. Et, avec la gnAce et la Justice originelle, nous avons trdaen même temps, et par suite, tout ce qui reposait sur ce fonde- Mot : la rectitude et l'équilibre de nos puissances, l'intégrité et l'imlortalité de nos corps, la félicité de la vie présente et le droit à la biencareuse vision de Dieu dans l'éternité. Dans ce grand renversement, nfln, toute notre nature a été profondément blessée, secundum corpus t ofttmam tu dcterius commutatum, comme s'exprime le saint concile tt Trente.
Et cet état n'est pas seulement un clat misérable, c'est un véritable tatde péché; parce qu'il est une suite et un effet du péché; parce oll prive notre àme de la vie surnaturelle de la grâce, pour laquelle De était faite, et la constitue dans un état de mort spirituelle ; parce u^ nous rend contraires à Dieu et ses ennemis, en renversant ses eiseiDS sur notre nature, et en allumant dans nos cœurs toutes ces nlheareuses concupiscences qui conspirent sans cesse contre Dieu ; t cnûn parce qu'il nous fait esclaves du démon par ces mêmes conopltcences, qui sont en nous quelque chose de son venin, et lui nrent comme d'un charme pour nous séduire et nous assujettir à son mpire.
VoUA ce que c'est que le péché originel dans nos âmes. On le voit, ce ni en fait l'essence, et en quoi il consiste formellement, c'est le dé-
Hais l'Église de Jésus-Christ, N. T. -G. F., n'est-ce pas la maison du Dieu vivant, dans laquelle II n'y anra jamais d'idole debout et d'erreur honorée? n'est-ce pas
pouUlement de la gr&ce sanctifiante et de la josUce oiigiiiellc^et 8a pluB fâcheuse suite, c'est cette Ignominieuse rébellion de la ehiir contre l'esprit, el de Tesprit contre Dieu, que nous appelons li ooinipiscence, que saint Paul appelle du nom de péché, parce qu'elle est une suite du péché et qu'elle y porte, et qui est la cause principale et robscurcissement de notre raison, aussi bien que de tous les déurdrei de notre vie.
On sait en quels termes éloquents Bossuet déplondt cette proM corruption de notre nature, qu'il nous faut bien, bon gré, mal gré, reconnaître :
« Mes Frères bien-aimés, écoutes le narré de ma maladie ; vous trooverez sans doute que vous avez à pou près les mêmes infirmités. C'eitli maladie de la nature. Blessé dans toutes les facultés de mon âme, époisê de forces par de si profondes blessures, je ne fais que de vains efforts. Al-je jamais pris une généreuse résolution que TeiTet n'ait bientôt démentie ? Ai-je jamais eu une bonne pensée qui n'ait été contrariée pir quelque mauvais désir ? Ai-je jamais commencé une action vertneeie où le péché ne se soit comme jeté à la traverse ? 11 s'y mêle pre^ae toujours certaines complaisances qui viennent de ramour-propre,(t tant d'autres péchés inconnus qui se cachent dans les replis de i^ conscience, qui est un abîme sans fond, impénétrable à moi-méoie. H est vrai, je sens à mon avis quelque chose en moi-même qui voadnit s'élever à Dieu : mais je sens aussitAl comme un poids de cupidités o^ posées qui m'entraînent cl me captivent; et, si je ne suis secouni,cette partie impuissante, qui semblait vouloir se porter au bien, ne peut rieD fnire pour ma délivrance ; cite écrit seulement ma condamnatioc.Qo*^ jVnten<Js quelquefois discourir des mystères du royaume de Di<^> ^ sens mon âme comme échauiïée ; Il me semble que je ferai menei)lf>i je ne me propose que de grands desseins. Faut-il faire le premier pa* de rcxéculion? 1^ moindre souffle du diable éteint cotte flammeemoK et volage, qui ne prend pas à sa matière, mais qui court légèreflMit par-dessus. Quoi plus? Je suis malade à rcxtrémité, et ne sempoio^ de n^al. Réduit aux abois, je veux faire comme si j'étais en booK santé. Je ne sais pas même déplorer ma mit^ère, ni implorer le secoo»
' Priiratio originalis justitie, pcr qaam Toluutas subdebatur Dec, et fattSVf in peccato originali. (S. Thom., I, H, q. 82, art. S.)
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la coIoDDeet le fondement de la vérité, qui ne saurait jamais porter le mensonge^? d*oCi il suit que, dès qu'une doctrine est reçue universellement dans toute rÉglise, c'est assez pour qu'on puisse prononcer avec certitude qu'elle est vraie, et qu'elle dérive de la révélation divine et de l'enseignement primitif ^
Ces deux grands faits, N. T.-C. F. , celui de la croyance universelle de l'Église, qui est sous vos yeux, et celui de l'antique et perpétuelle tradition, que nous venons d'étudier ensemble, sont donc tous deux dans un admirable accord, et l'un n'est que la conséquence, la lumière et le magnifique couronnement de l'autre.
Et tant s'en faut, N. T.-C. F., que ces anciennes et
du Lll>érateur ; faible Pt a'ticr tout puseniblc , impussant et prciomptueu\! « Malheureux liuinme que je ëuis! qui me délivrera de ce « corps de intirt? »
« Les philoiiophefi charlatans, semblables ù ces dangereux empiriques, charment et endorment le mal pour un temps, et, pendant cette fausse tranquillité, in.>(pirent un secret venin dans la plaie. Ils me font la vertu si belle et si ai^ée, Ils la dorent de telle sorte par leurs artiflcieuses intentions, que je m'imagine souvent ({ue je puisse être vertueux de moimême; au lieu de me montrer ma servitude et mon impuissance! Ah! soperlie philosophie, n'est-ce pas assez que je sols faible, sans me rendre encore de plus en plus orgueilleux ! » ' E'clesla Dci vi\i, rolumna et flrmamentum veritatis. (S. Puul.) • Ici se présente à faire une ob>ervat.on capitale, pour le discernement des vraies et saines doctrines dans les matières de la Religion : 11 ne peut pes arriver que l'Autorité doctrinale, par uni' décision solennelle, établi.-sc l'erreur parmi les lidnies ; mais il ne peut pas arriver davantage que IVrreur s'y intn»diii»e furlivemenl, insensiblement, comme dVlle-même, au point d'être jamais rt(;ue en fait par toute rÉglise. L'Autorité dottrinale n'a été instituée par le Fils de Dieu que pour maintenir les enfants de l'I-klise dans la vérité, ut non circumferatnur ointti vcnlo doctriniv ; niais il ne srait pas moins conlrain* au dessein de Dieu que rÉgiise |iût tomber peu à peu dans Terreur, que fti elle y était tout à coup précipitée par ses guides.
ikO SUR L'IMMACULÉE CONCEPTION.
fameuses disputes scolastiqaes sur Tlmmacalée Conception, qui ne commencèrent qu'au moyen âge, aient ici de quoi nous embarrasser : au contraire, le fait même de cette controverse, quand on l'étudié de près et attentivement, prouve que la doctrine de l'Immacnlée Conception, à l'époque où les disputes s'élevèrent, était déjà, comme nous venons de le voir d'ailleurs, en pleine et ancienne possession.
Cette belle doctrine, en effet, ne nous apparaît jamais, parmi les discussions du moyen âge, comme l'assertion nouvelle, hasardée, d'un particulier, de quelque dévot, de quelque panégyriste exalté de Marie. Non : c'est une doctrine ferme, grave, établie, qui occupe, dès les premiers jours du débat, les plus grands et les plus sérieux esprits, et qui est en même temps populaire, comme toutes les grandes doctrines catholiques; car, ici comme en tant d'autres controverses que ces siècles, fertiles en disputes scolastiques, virent agiter, les fidèles, eux, ne disputaient pas, ils s'étonnaient seulement qu'on disputât.
Aussi faudrait-il n'avoir guère le sens bistoriqoc chrétien, pour ne pas reconnaître, du premier eoap d'œiJ, que ce ne sont pas ici les caractères d'une doctrine nouvelle qui se produit, mais ceux d'une doctrine ancienne qui se maintient et se défend. Dès l'origioede la dispute, tout ce que je vois de docteurs, d'écoles, d'ordres religieux, d'académies, d'universités, parmi les défenseurs de l'Immaculée Conception,suppose nécessairement la croyance antérieure et la tradition; et il ne résulte enfln de la discussion elle-même qu'une chose, que tout le monde sait, c'est que la vérité de l'Immaculée Conception n'éLnit pas encore définie à celte époque;
qu'il était libre d'en disputer : et, s'il m*est permis de l'ajouter, Tod n'y pouvait manquer, dans un temps où le goût des disputes était si vif.
L'étude attentive de toute cette controverse et de son histoire prouve clairement que ce qui était véritablement nouveau alors, c'était Topinion contraire au privilège de Marie : on le voit par les vives et éclatantes réclamations que cette opinion excita contre elle dés le début. Quant à la doctrine de l'Immaculée Conception, elle se soutient par la force naturelle de sa possession, par ses racines dans tout le passé, par sa profonde inhérence, si je puis ainsi parler, dans le sentiment catholique; et elle finit par triompher, et demeure seule maîtresse du terrain, sans même qu'il ait été besoin de décision : preuve évidente, pour quiconque a le sens des choses de rÉglise, que la nouveauté était dans Topinion opposée, et l'ancienneté, la tradition, la véritt^, dans la doctrine que celte opinion venait combattre.
Quant à saint Bernard et aux chanoines de Lyon, que je trouve à l'origine du débat, il est évident qu'il y eut, dans ce célèbre différend, deux malentendus :
Le saint Docteur crut d'abord que la fête en l'honneur de la Conception de Marie était une nouveauté; mais c'était là, de sa part, une erreur historique manifeste : la fête de la Conception se célébrait dès le cinquième siècle, ou au plus tard dès le septième, dans l'Église grecque : elle existait en Espagne plusieurs siècles avant saint Bernard; et saint Anselme l'avait fait célébrer depuis longtemps en Normandie et en Angleterre.
Quant au fond, saint Bernard ne combattit pas la doctrine de l'Immaculée Conception, telle que l'Église vient de la définir, mais les excès d'une dévotion exagérée. n. 46
242 SUR L IMMACUL&E CO^G€PTI0N.
dont on voit les traces dans les écrits de quelques écriyains ecclésiastiques.
Plusieurs confondaient le premier moment de la formation du corps de la Vierge avec celui de l'avéoement de Tàme : saiot Bernard se refuse k mettre la grAce,ie Saint-Esprit^ là où peut se trouver la coucupîsceaoe. Poussé par son Eèle, il reprend sévèrement les ckinoines de Lyon de ce qu'ils voulaient établir une Hk nouvelle sans consulter Rome, et de ce qu'ils outn* geaient la louange de Marie : sa lettre ne dit point autre chose. Dans la rapidité de cette lettre, il n'expliqua pas avec précision le malentendu, sur lequel, par là uéffle, on continua à disputera
' An dicitur ante sancta esse qoam esse ; siquidem non ent antequam condperetarf an forte sanciliUs «e ipsi conception! lmml9coR,it aimul «anclificala fuertt etoonceptaf Nekociinidaiii adiDittinrti».Qii* modo enlm sanctitat absfue Spiritu sanctUIcante? AutSanctoSpiritii societas cum peccato fuit ? aut certe peccatum quomodo non fuil, ubi libido non defuit? nisi forte quls dicat âeBpirltD Sancto cam et non de viro conceptam fiiisée ; sed id hactenus imodituni «st..« Restât, ut post conceptionem in utero jamexistens saEictiQcaUonein accefiJ^e txtdalur. (Epist. S. Bern. ad Lugdun. Canon.)
On le volt, ce que saint Bernard rejette avec raison, c'est que Marie ait été conçue du Saint-Esprit ; et, s'il dit qv^elle n*a pas été sanctilée au moment de sa conception, mais après, c'est que par conception, ii entendait l'instant delà première formation du corps, au lieu que,daDS la doctrine de rimmacul(^e Conception, telle que l'Église la tient et l'a définie, c'est le moment de la création de Vàme et de son union stm le corps, c'est l'avëncmenl de la personne, si je puis ainsi parier, ((u'«d envisage. Voilà, encore une fois, ce que l'Église entend, ce que nou8d^ vons entendre avec elle ; car il est manifeste que la giàce, la sainteté, la justice originelle, tous ces privilèges admirables delanatare Innoeente, sont des dons esscntieUement spiritueii : ce que ie coq» en peut recevoir ne lui vient que par l'ùme ou à cause d'elle ; il faut donc, de touie nécessité, un sujet spirituel pour recevoir ces dons ; et, de méoieqn^i comme principe de la grâce sublime d'Adam, nous assignons l'instant où Dieu aouffla sur le limon dont son corps ^ait i^élci, poar y ïaïf^
Quoi qu'il en soit, ce qui prouTe bien que la doctrine de llmmacuiée Go&ception était la vraie, Tancienne doctrine, c'est que cette doctrine demeura : la fête établieà Lyon subsista pareillement; d'autres ^lises l'adoptèrent, et bientôt nous la voyons partout célébrée. Et cependant saint Bernard n'était pas, on le sait, un obscur particulier, qu'il eût été tout simple de n'écouter pas, s'il se fût réellement agi d'une nouveauté.
Au temps môme où saint Bernard écrivait cette lettre, devenue fameuse, le pieux Adam de Saint-Victor composait, pour l'église de Paris des proses où il chantait en ces termes la gloire de la Vierge immaculée :
0 Salut, Mère du Verbe; fleur qui sors des épines, € sans avoir toi-même d'épines ; fleur, gloire du buisson « — Le buisson , c'est nous; l'épine du péché nous a « tous ensanglantés ; toi, 6 Marie, tu ne connais pas ti d'épines * ! »
En ces mêmes temps, Pierre de Celles, disciple et partisan de saint Bernard, répondait lui-môme h Nicolas, moine de Saint-Alban en Angleterre : « Vous louex la t Vierge, et je la loue comme vous ; vous la dites sainte,
une âme vivante, de même aussi le commencement de la grâce, i^us sublinie encore, dont ia bienheureuse Vierge fut ornée, se doit mettre au moment où sa sainte &nic reçut l'existence. Cette âme, la plus noble que le ciel et la terre eussent jamais vue, fut créée dans un état et dans im ordre de grâce incomparables, et, en animant le corps préparé pour la recevoir, elle y fit rejaillir, en la manière dont le corps en est capable, quelque chose de la sainteté dont elle était remplie.
* Flos, spinell gloria.
Nos spinetum, nos peceali Spina sumus cruentatl, Sed tu spinœ nescia.
(In Assumptione B, M, F. apud Clichtoveum,)
u et moi pareillement je la dis sainte;... vous souteoer c( qu'elle est exemple de tout pêche, je le soatieDS de « même. Cherchez, recherchez en toute manière tout « ce qui peut établir la gloire et le respect de Matie: (f je suis avec tous, je pense comme vous ; mais si, doo « content de la monnaie reçue, vous prétendez eu tact briquer une autre (une fête nouvelle) que le Siège de « de Pierre n'ait point approuvée, ce Siège auquel il « appartient d'approuver ou d'improuver l'ordre de (( l'Église universelle, là seulement je m'arrête, et ne « veux pas passer les bornes posées ^ »
Dans toute cette ardente controverse, encore qd€ fois, ce fut donc la confusion, le malentendu qui devint l'occasion, et fit le fond principal des disputes. Et c'est ce qui explique comment, parmi les théologiens qui semblaient contraires à l'Immaculée Conception, les plus célèbres hésitaient si fort, et avaient si peu d'assurance en leurs assertions, qu'on les peut citer, en effet, en divers sens.
Je crois même pouvoir affirmer que la question bien posée, et entendue comme elle devait l'être, n'a guère jamais eu de contradicteur sérieux ou persévérant dans l'Église.
En effet, quand on a bien compris que, dans la doctrine de l'Immaculée Conception telle que l'Église l'enseigne, il n'est pas question des parents de Marie, mais
* Virginem laudas, et ego laudo. Prœdicas sanctain, et ego. EitoU^ super choroB Angelorum, et ego. Dicis immunem ab omni pcccato, ^^ ego... Versa et reversa in quolibet statu venerationis et glorificatiooiSi tecum vado, tccum sentio. Si vero extra communia monetx fonnam i^ fabricare aliam, quam non approbaverit Sedcs Pétri, cujus est appio* hare vei improbare ordioem univer^alis tcclesisp, pcdem sisto et tenoi' nos constitutos non transgredior.
SUP L'IMMACULÉK CONCEPTION. 245
de Marie elle-même; qu'on ne songe pas à prétendre que Marie soit née d'une mère \iergo, et ait été conçue du Saint-Esprit dans un sein virginal ; en un mot, qu'il ne s'agit pas du limon d'Adam, des éléments terrestres du corps de Marie avant que l'âme y fût unie, et que la personne de la Vierge existât; mais que c'est de l'âme, principalement, qu'il est question, de l'âme enrichie de tous les dons sublimes du Saint-Esprit en sa création, et portant toutes ces richesses de grâce avec elle dans le moment où elle vint animer le corps pour former la personne de Marie; quand, dis-je, on a compris la (îoc- Irine de l'Immaculée Conception en ce sens, qui est le seul vrai, l'on s'aperçoit facilement alors que la plupart des difficultés et des disputes n'avaient d'autre fondement qu'un faux supposé K
' En réponse à une autre objection tirée de certaines expressions de» Pères mal comprises, nous nous bornerons à cit^r le passage suivant du R. P. Perrone :
« Patres interdumvel ipsamChristi carnein vocavere carnem pecca/ï ratione propngationis, quani progenitoribus peccatoribus est sortitus ? Exemple locupletissimo sint S. Ili'arius Pictaviensis, et S. Proclus. S. Hilarius quidem dum lib. I, de Trinit., n i3, de Cbristo scripserit : CARNEH FECCAT! reccpUt ut Assuiupiione carnis nostrœ delicta donaret^ dum ejus fit parliceps assumptione, non crimine. (Opp. édit. Constant, tom. H, col. Il, quem in locumCf. notam erudili éditons, Cf. pariter ejusdem editoris prsfat. § 1, n. 60 et &l , pag. xvn ; ubi inter estera in rem nostram proferl simiiem pbrasim ex Tertulliano bb. ]t de carne CbrisU, n. IG, scribente : Defendimus autem non carnem peccati evacuatam esse in Christo^sed peccatum carnis; non materianit sed naturam; non substantiam sed culpam.) S. vero Proclus ConstantinopolitanuB, Orat, VI, n. 14, vocat corpus Christi : corpus peccati ; sic enim Christum B. Yirginem alloquentem Inducit : Nisi in peccati constitutus sim CORPORE eoque tanquam mottuus in novo recliner monumenfo, etc. (In Bibl. Galland., tom. IX, pag. 642.) Quinimo S. Gregorius Nazianz.» Orat.Ll, n. 18, asserere non dubllavit, a Verbo assumptamesse carnem damnatam. (Opp. S. Gregor. Nazianz., edit. Paris, 1630, tom. I, p. 742,
Aussi, peu à peu, la vraie doctrine s'éleva, dans I< écoles mômes, au-dessus des discussions, à dater surtout de répoque où saint Bonaventure, cette grand( lumière de Tordre Sérapbique , affirma positif emen*^.^! rimmaculée Conception, qu'il avait d'abord sembi^> ,Mé méconnaître; indiqua la juste et nécessaire distinction^ ^^g que nous avons tout à Tbeure rappelée, et répondit à 1 ^^Da grande objection des théologiens opposés, en déclaracr^^Bit que Marie eût contracté la tacbe originelle, inhérente := i^ notre nature décbue, si elle n'avait été préservée et r^K^acbetée par une grâce spéciale. Voici les paroles de saint docteur : a Notre-Dame, dit- il dans un sermon si « la Vierge,fut pleine de la race prévenante en sa sai « tification, grâce préservative de la souillure et de « coulpe originelle, qu'elle eût contractée par la « lion de la nature, si elle n'en avait été préservée fc la grâce toute spéciale qui la prévint. Car il n'y « jamais eu d'exempt du pécbé originel que le seul « de la Vierge, et la Vierge sa mère elle-même ; ilf^^nt a croire, en effet, que, par un nouveau genre desanc^^tî- (( âcation, le Saint-Esprit, dans le principe même d< « conception de Marie, la rrxheta et la préserva, « grâce singulière, du pécbé originel, qu'elle n'< « point, mais que, sans cette grâce, elle aurait eu *.
quem inlocum CLcommentar, Elis cretensis, ihid,, tom. Il, coL 17" ^ Nemo tamen^ qui vecors plane non sit, affinnabil ob efusmodi \ip^^ tionem hosce Patres existlmasse, CbrUtum peccatum coniraxisse ^^^ gioale; sic nemo prudens obeasdeni locutiones dUerit allegaloa Pad^ censuifise, B. Virginem vere originaleoi labem incariiaae. »
' Domina noetra fuit plena graUa prœvenitiito in sut saocUflcati^if^' gratia scilicet prœservaîiva contra fcBdilatem originaiU cuipœ, quain contraxisset ex corruptione naturs, nisi spc ciali gratia prsTer/'; praaervataque fui^set. Solus enim Filius Virginia fuit ab origiBili calpi
SUR L'IMMACULÉR CONCEPTION. J47
Saint Anselme, le grand archevêque de Cantorbëry, primat de cette tle célèbre dont le nom fait depuis longtemps tressaillir de douleur, et aujourd'hui d*espérance, tous les cœurs catholiques, saint Anselme, après avoir paru lui-même hésiter sur la question, Tavait aussi affirmativement décidée, en faisant célébrer la fête de la Conception de la Vierge, et en posant le grand principe qui domine ici et éclaire toute la question :
Dans lldéc, en effet, qu'on se doit former de la bienheureuse Marie, saint Anselme ne veut pas qu'on s'arrête à un degré de pureté moindre que celui qui est le plus grand après la pureté de Dieu même : « La pureté de « Marie, dit-il, a dû être si excellente, qu'au-dessous « de Dieu, on ne puisse pas en concevoir de plus parce faite. » Et il en donne cette profonde raison, bien digne d'un si sage et si grand esprit : « Les convenances, » — remarquez : c'est des convenances divines qu'il s'agit, — « les convenances exigeaient la plus excellente u pureté possible en une Vierge qui devait, au vrai «f sens du mot, avoir, avec le Père céleste, un seul et ce même commun fils; que le Verbe divin avait choisie <« pour en faire substantiellement sa mère; et en la- « quelle le Saint-Esprit voulait que, par son opération, «c fût conçu et naquît celui de qui lui-même procède ^ éternellement ^ » Je le demande, quel est l'esprit si
tminunis, et ipsa Mater ejus VIrgo. Credcndum est enim, quod novo Banctincationis génère, in ejus coneeptionis primordio Spiritus Sanctus eam a peccato originali (non quod infuit, sed quod infuisset] rcdemit, ^Ique singulari gratia prieservavit.
* Decebat ut iiiius hominis [Christi] conceptio de matre puris&ima Qeret. Nempe decens erat, ut ea pnritate, qua major sub Dco nequit in* tèllfgl, Vtrgo Illa niteret, cui Deus Pater unicum Filium suum quem de corde suo sequalem sibi genitum (anquam seipsum dliigebat, ita dare
na
SIR L'IMMACULÉE C *iEPT10!!.
Aussi, peu à peu, la vrai' '«« P"»!*»- «^J^^^fJ écolos mômes, au-dcssu. •''Cté possible après cette A tout de l'époque où r •«« ««^U^ «^-^^ anges voutoii lumière de l'ordre P^^elé , la souiUurc où lous te rimmaculée Cod' , passions de notre nature prenueni
méconnallre ; i' , . , , . ., .
nous avr ''" Pï'ssagc de samt Anselme avail-il vive-
grande Ob' **^ ''"^^P"^ ^^ ''*"8® '^^ ''^*'°'*^' '^^ °" '^^ »ii.i,j ^^'o' Thomas lui-même ce que nous disions
QUv Hoir /^
Ira >/*c"^® d® saint fioDavcutare. Vous en jugcrw
. . y; passages de ce prince de In théologie, que nous
\uii mettre sous vos veux, de mot à mot :
C La Vierge, dit-il en son vui* opuscule, reçut une si
f grande plénitude de grâce, qu*elie se trouva rappro-
c cliée le plus possible de Fauteur de la grâce S
£t ailleurs : « Le souverain ouvrier, voulant montrer « toute la perfection de son art, ût un miroir plus brii- « lanl que la brillante lumière, plus pur que les purs u séraphins, tellement qu'après la pureté de Dieti.ilnf u se peut imaginer de pureté plus grande : je parle dtlo « personne de la très-glorieuse Vierge ^ »
Et, expliquant encore plus clairement sa pensée, au i'^ livre des Sentences : a La pureté, dit-il, se comprend
disponcbaty ut naturaliter esset iinos idemquc comrounis Dei PalrUrt Virgiiiig fUius : it quam ipse Filius substaiitialitcr f«cere situ malrem elii;eliat; t't de qua Spirilus Sanctus vulebal, et operatiirus crut, ut t'onclfiorcturet nasccretur llle dequo ipsc proce<lel>at.
' Vtrgo tantam obttnuit gratiïeplcnitodinem, ut esset .Vuctori craliï propinquissima. Opusc. Vlïï.
* Fecit 8UU1I11U8 artifex, in oetensionem plcniorem artis sua*, s^icculum unuin clarissimo clarius, seraphim tertius, ut purtus inltiligi non pofsot, \\m I)cu8 cssct : pi'rjrofiam, scilicet, gloriosUtima Vir^iiiù. Opusr. VI.
ff parla ndgalion da contraire (c'est-à-dire du péché), a C'est pourquoi on peut trouver une créature si pure, a qu'il ne puisse y avoir rien de plus pur parmi toutes « les choses créées, à savoir, si aucune contagion du tt péché ne s'y rencontre : telle est la pureté de la bienci heureuse Vierge, qui fut exempte de tout péché ori- :c ginel et actuel ^ »
Ces passages sont d'une telle clarté, que, si Ton rouve autre chose dans les écrits du môme saint Doceur, il faut dire manifestement, ou que ce grand lomme a varié dans ses sentiments, ce qui prouverait |a'il ne croyait pas pouvoir avec assurance rejeter une loctrine si considérable, quoique non définie à cette spoque ; ou bien, ce qui me parait plus vraisemblable, jue, distinguant entre la dette du péché originel et le Déché même, il aurait pensé que la Vierge était sou- Bîse naturellement à la dette du péché, ce qui est vrai, nais qu'elle avait été prtiservée du péché même par grâce.
Encore une fois, plus je lis, plus je médite tout ce jue l'on peut opposer de plus sérieux parmi les pièces 3e cette grande controverse, et plus j'y aperçois clairecnent tous les caractères d'un malentendu, et d'une vive mais simple dispute sur une doctrine non encore définie par l'Église.
Mais, chose bien digne d'être ici remarquée par les esprits pratiques, tandis que certains théologiens dou-
* Puritas intrnditur per recefsum a contrario, cl ideo polest aPquid
creatum repcriri, quonihil purius esse possit in rcbus crcaliSySi nulla
conlagionc peccali infcctum sit, el talis fuit purilas B. Virgini.s quœ a
peccalo originali cl actuali immunls fuit. In Lib I Sent. Distinct. ^1,
q. l,art. 3.
taient, formaient des objections, distinguaient et s'escrimaient en subtiles disputes sur le glorieux priYilége de Marie, le peuple catholique leur répondait simplement en célébrant la fête de la Conception, en chanlaot la Vierge Immaculée, en honorant toujours dayaotage la Mère de Dieu; et quand je dis ici le peuple, j'entends par là, avec les fidèles, les premiers pasteurs euimémes, sans lesquels les fêles ne s'instituent ni ne se propagent point dans l'Église. C'était le soleil conlinuant sa marche et montant de plus en plus sur Tborizon, tandis que, pour et contre, on argumentait et ob disputait sur son mouvement !
La même fête, dès cette époque, s'établissait chez les Bénédictins, chez les Célestins, les Cisterciens, les Carmes, les Trinitaires, et dans celte innombrable et illustre famille de saint François, qui, dès son origine, eut, ainsi que l'Église, la gloire de couvrir le monde de ses enfants : c'est ainsi que les ordres religieux manifestaient avec éclat leur croyance.
Les académies, les écoles savantes, se déclarèrent avec non moins de zèle : le privilège de Marie Immaculée trouva les plus doctes et les plus ardents défenseurs dans les universités de Cologne, de Mayence, d'Alcala, de Saragosse, de Compostelle, de Grenade, de Tolède, ainsi que dans les académies d'Allemagne, d'Italie, de Belgique, d'Espagne, de Portugal. Mais je suis ici particulièrement heureux de pouvoir nomater, à la gloire de notre patrie, l'antique Sorbonne, qui obligeait, comme on le sait, tous ses docteurs à soutenir la croyance de l'Immaculée Conception, et à hquelle Bossuet donnait cette louange : « Savante corn* « pagnie, cette piété pour la Vierge, celte tendre diéfO*
R tioo que vous avez pour la Mère, à la considération R du Fils, est peut-être l'un des plus beaux héritages oc que vous ayez reçus de vos pères * I »
L'assemblée de Bâle, que nous ne citons pas ici comme un concile, mais où se voit du moins le sentiment si ferme des Évoques et des docteurs qui la composaient, s'exprime sur Tlmmaculée Conception en des termes tels qu'ils approchent le plus près possible d'une définition de Foi.
« Nous, après avoir attentivement examiné les auto- « rîtes et les raisons produites de part et d'autre, etc., « définissons et déclarons que la doctrine affirmant que o la glorieuse Vierge Marie, mère de Dieu, n'a jamais « été souillée du péché originel, mais en a toujours été « exempte, aussi bien que de tout péché actuel, par « une grâce spéciale de Dieu, est une doctrine pieuse, €f conforme au culte ecclésiastique, à la Foi, à la droite « raison et à l'Écriture , et qu'elle doit en conséquence m être approuvée, embrassée et retenue par tous les
' Univers! tertio congrcgalî, post mullam, graveni et maturam deliiMntionem, In ejus pilssima» doctrinae, quîc benedictissimam Del Matreoj, ab originali peccato, Dci singulari dono, fuisse prsservatamafllrmat ; quamque jampridem veram credidimus et credimus, deFensioncm «t propugnationem speciali sacramenlo conjuravimus, nosquc devovimas statuentes : ut nemo deinceps sacro huic nostro Collegi(» adscritetur, iii§i de ejus religiosse doctrin», assertorem, strenuumque propogoatorem sempcr, pro viribus, futurum, simili juramento proflteatur. ({uod si quis ex nostris, quod absit, ad hostes Virginis transfuga, contraria assertionis.quam fa1«am, impiam eterroneam judicamus, Fpreta, non nostra tantum, sed Synodi et Eccleslo;, quœ procul dubio summa cal, auctoritate, patrocinium quacunique ratione, assumere ausus fuelit; hune honoribus nostris privatum et exauctoratum a nobis et conaorUonostro velut ethnlcam et publicanum, procul abjiciendum dcccrniBUif. Deefêt, Vnifoen. Farit.
26Î SLR L'IMMACULÉE CONCEPTION.
« catholiques .. ; voulons qu'il soit à Tavenir inlcrdilà « quiconque d'enseigner ou de prêcher le contraire. »
Parmi toutes ces controverses scolastiques dontooos venons de faire mention, et où Tardeur élait si vive que souvent les défenseurs de l'Immaculée GonceplioD, prévenant la décision de TÉglise, ne craignirent pas d'employer contre leurs adversaires l'arme des censures théologiques, la sagesse de Rome dut plus d'uoe fois intervenir pour modérer la ferveur d'un zèle indiscret ; mais cette intervention même des Souverains Pontifes fut une nouvelle protestation, et la plus imposante de toutes, quoique la plus calme, en riionnciir de la Conception Immaculée de Marie.
Car, tandis qu'ils défendent aux particuliers de se flétrir par de pénibles qualifications, les Papes se font, en même temps, les propagateurs les plus zélés de la doctrine et de la fête de l'Immaculée Conception; ils en établissent partout l'office et la messe ; ils y attachent de riches indulgences; ils approuvent les instituts religieux fondés sous ce titre ; ils condamnent des écrits et des propositions contraires au privilège de la Vierge; ils réprouvent les prédications où ce privilège est attaqué; ils se montrent enfin universellement et sans exception si attachés à la croyance de la Conception Immaculée, et si contraires au sentiment opposé, qne le long délai qu'ils ont apporté à terminer les controverses sur cette matière par un jugement dogmatique est un des plus remarquables exemples de patience et de sage lenteur que le Saint-Siège ait jamais donnés!
Vint enfin le grand concile de Trente, qui s'appliqni avec tant de soin, vous le savez, à l'étude de toutes les traditions catholiques. Or voici coaiment s'exprime, an
SUR L'tIMMAGULËË CONCEPTION. Î63
sujet de la Vierge, ce célèbre concile, dans son décret sar le péché originel :
« Le saint goncït.e déclare d* ailleurs que son intention n'est pas de comprendre dans ce décret, ou il s'agit du péché originel, la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, mère de Dieu ^ »
Que signiQent ces paroles, N. T.-C. F., et que veulent dire les Pères de cet immortel concile, quand, faisant un décret si universel, et ayant les yeux attachés sur la lettre des Saintes Écritures, où il est dit que tous ont péchéf omnes peccaverunt, ils déclarent expressément ne pas comprendre la bienheureuse Marie dans ee décret et dans cet omnes ? Saints Évoques, permettez-moi de vous le demander ici, que voulez-vous dire et qu'entendez-vous, encore une fois, quand vous ne comprenez pas Marie, sinon que vous Texceptez ? d'autant que vous-mêmes la proclamez aussitôt Immaculée, ce qui signifie, si je Tenlends bien, sans aucune tache de péché ! Tous ont péché, dites-vous, tous sans exception sont souillés. Mais Marie, la Mère de Dieu, est exceptée : car elle est Immaculée, elle est sans tache ; et à Dieu ne plaise que nous puissions jamais la comprendre dans le décret du péché I
Je m'arrête ici, N. T.-C. F. : vous le voyez, les témoignages abondent, et la tradition se montre de toutes parts avec éclat, dans tout le cours des siècles, pour attester le glorieux privilège de la Vierge Immaculée. Elle brille, celte tradition si chère à TÉglise, dans les
* Déclarât tamen haec ipsa sancla Synodus non esse suœ inlcntîonis eomprehcndere In hoc dccreto, ubl de peccato original! agitur, beatam ei immaculatamjVirfjinem Mariam Dei Genilriccm.
264 SUR L'IMMAGULfiE GONC&PTIOK.
écrits des Pères , des saints docteurs et des andeos écrivains ecclésiastiques; elle respire, elle Tit dans le culte et daus les liturgies sacrées ; elle triomphe pami les disputes et toutes les controrerses des écoles ;eilB elle règne dans la croyance universelle de l'Église.
Et quand le jour, que tant de saints et doctes pe^ sonnages avaient désiré voir et n'ont point vu, a lui enfin ; quand le Vicaire de Jésus- Christ , après aïoir interrogé tous les Évéques ; quand l'Église elle-même, par l'organe du successeur de Pierre, a solennellemeat défini la vérité de l'Immaculée Conception de la biea* heureuse Vierge, l'Église et son Chef suprême n'ont fii autre chose, en cela, que reconnaître, certifier, proclamer l'enseignement traditionnel et divin.
ZiSTTaS AU CZiSAG]! DU DZOCàSE
lN>ftTAllT COMMUNtCATION