II
saires extraordinaires etdegouverneurs généraux, lesquels, s'arrogeanl témérairement les droits de Notre souveraineié, ont destitué des fonctions publiques ceux que leur fidâité manifeste envers le prince légitime faisait soupçonner deas point adhérer à leurs desseins pervers. Ces mêmes honunei n'ont pas craint non plus d'empiéter sur le pouvoir ecclésiastique, en publiant de nouveaux édits pourradministntion des hôpitaux, des orphelinats et d'autres legs, maisons et institutions pieuses. Us ne se sont pas fait davantage scrupule de poursuivre de vexations quelques membres do clergé, de les exiler ou de les jeter en prison.
a Excités par une haine manifeste contre notre Siège apostolique, ils n'ont point hésité à réunir à Bologne, b 6 de ce mois, une assemblée à laquelle ils ont donné le non d'assemblée nationale des peuples de l'Emilie, et d'y promulguer un décret rempli d'accusations et de préteites faux ; et s'appuyant mensongèrement sur une prétendue unanimité populaire, ils ont déclaré, contrairement aox droits de l'Église romaine, qu'ils ne voulaient plus être soumis au gouvernement civil delà Papauté. Le lendemain, comme on fait maintenant, ils ont publié une nouvelle de-
vexillo, et Pontificio 8ubIato gubernio, primum Subalpin! regni didatores constituti fuerunt, qui poslea cummissarii exlraordinarii dieli, ac deinde gubernalores générales appcllati, quique soprenil Nostri Principatus jura sibi temere arrogantes a publicis obeundis mnneriboi illos amoverunt, quos ob spectatam erga legitimum principem fiM cum pravis eorum coosiliis minime consentire suspicabantur. Noo dobitaruntautemhujusmodi homincs in ecclesiasUcam qooque inradfft potestatem, cum novas de Nosocomiis, Orphano trophiis, aliisqiie Pfli legatis, locis et insUtutis leges ediderint. Neqae timaerunt aliqnoi ecclesiasUcos viros veiare, eosque vel eipellere, vel etiam la carceres conjicere. Apertissirno vero in banc apostolicam Sedem odio iierdtl minime reformidarunt die sexta bujus mensis conventum BoQOOi0 agere ab ipsis nationalem iEmilis populorum appellatum, aU|u« i* iUo promulgare decretum falsis criminaUonibus et pnetextis refertofl, quo populorum unanimilatem mendaciler asserentes, contra Booiaiii
CONTRE LE SAlNT-SIÉGE (1859). 259
daration d'après laquelle ils entendaient s'annexer aux possessions du roi de Sardaigne.
t Au milieu de ces lamentables attentats, les chefs de Dette foction ne cessent d'employer tout leur art à corrompe les mœurs des peuples, particulièrement au moyen des livres et des journaux qu'ils publient, soit à Bologne, soit ailleurs, et dans lesquels on encourage toute licence, on couvre d'injures le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, on tourne en ridicule les exercices de la religion et de la piété, on livre à la dérision les prières destinées à honorer l'Immaculée et très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu, et à implorer son tout-puissant patronage. Sur les théâtres, la BM>rale publique, la pudeur et la vertu sont outragées, et les personnes consacrées à Dieu sont exposées au mépris et k la moquerie de tous.
« Voilà ce que font des hommes qui se disent catholiques, et qui se déclarent pleins de respect et de vénération pour le pouvoir spirituel suprême et l'autorité du Pontife romain. Tout le monde voit combien une pareille déclaralion est trompeuse, car les auteurs de ces actes conspirent
Eeclesixjura declararunt» se nolle amplius Pontificio civiii gubcrnio Bobesse. Atque inseqiienti die declararunt item, veluU in more nunc est, se velle Sardiniaï régis ditioni et imperio adhxrere.
Hosinterlamenlabiles ausus non deeinunt huju8 factionis moderatoresomnemeorum arU'm in corrumpendis populorum moribusimpcndereper libros pra>:)ertim atque ephemerides tum Bononis, tum alibi éditas, quibus fovetur quidlibct audemii licencia et Chrlsli his in terris Viearius injuriis laccralur, ac reiigionis pielatisquc exercltaliones ludibtio habentur, precesquc ad Immacuiatam sanclissimamque Doi gciiitricem Virgineni Maria m colendam, ejusque potenUssimum patrociniiini imploranduin adhibiUs irridenlur. In scenicis ver3 spectaculis publica morum honeàlas, pudor virtusque ofTenditur, et personœ Dec Mcnecommuni omnium contemptioui etirrisioni exponuntur.
Hsc aiitem ab iilis agiiniur, qui se catholicos esse, etsupremam Romani Pontificis spiritualem poteslatem auctoritatemque colère, ac ve- Ofrari arûruianl. Omnes profeclo vident, quain fallax sit hujusmodi deelaratio : ipbi namquc talia agentes cum illls omnibus conspirant,
avec tous ceux qui font au Pontife romain et à TÉglise catholique la guerre la plus acharnée, et qui n*épargnent aocoB effort pour déraciner et extirper de tous les cœurs, sllétiit possible, notre religion divine et son salutaire enseignement
« C'est pourquoi, vous surtout. Vénérables Frères, qui participez à Nos travaux et à Nos peines, vous compren» aisément dans quelle affliction Nous sommes plongé, et de quelle douleur, de quelle indignation Nous sommes frappé avec vous et tous les gens de bien.
a Au milieu d'une si grande amertume, ce qui Noos console, c'est que les peuples des provinces de l'Emilie, ai grande majorité, détestant ces coupables entreprises, et s'en tenant éloignés avec horreur, conservent leur fidélité envers le prince légitime, et s'attachent avec fermeté à Notre autorité civile et à celle du Saint-Siège ; c'est que tout le clergé des mêmes provinces, digne des plus grands éloges, n'a rien eu plus h cœur, parmi les troubles et les agitations, que de remplir scrupuleusement ses devoirs et de montrer avec évidence sa foi singulière et le respect dont il est
qui tctcrrimum advereus Romanuin Pontiflccin el catholicam Ecclcsiam bellum gerunl, quique omnia conanlur, ul, si Qeri unquam possel, àivina noslra religio, ejusque salutaris doctrina e\ omniom animis efeifi* turci extirpelur.
Quamobrem vos prsesertim, Venerabiles Fratrcs, qui Nostronim lalx^ rum et molestlarum csti3pai1icipe.«, vcl facile inlelligiUs quo in mcerore versemur, et quo una cum vobiâ bonisque omnibus luctu et indignitlone amciamur.
lo tanla autem accrbitate hoc solatio ulimur, qaod JExtûWx proviociarum populi ex parle longe maxima dolentes bujusmodi molitioatt. atque ab illis summoperc abhorrcntcs, suain rrga legitimum principen fldcm servent, ac civili nostrae, et hujus SancI» Sedis dominatiaoi constanter adhsreant ; et quod unlversus earumdcm provincianim derus gummis cerle iaudibus dignus nibil antiquius habuit, qaam in lM>e rerum motu et perturbatione sui ofllcii partes sedulo rxpiere, ac lucalenterostendcre quasingulnri flde etobscrvanUa nos et banc apostoUci0 Sedeni prosequatur,a8perrima quacquecontemnensacdespicienspcricuii*
Jam Yero cum Nos gravis^imi oflIcU Noetri raUone, aolemoiquc juif
CONTRE LE SAlNT-SlÉGE (1859). 261
animé envers Nous et le Siège apostolique, en bravant et en méprisant tous les périls.
« Maintenant, puisque Nous sommes tenu, par le plus grave de Nos devoirs et par un serment solennel, de soutenir intrépidement la cause de notre très-sainte religion, de protéger avec fermeté contre toute violation les droits ei les possessions de] TÉglise romaine, de défendre Notre souveraineté civile et celle de ce Siège apostolique, et de la transmettre intacte à Nos successeurs, comme le patrimoine de saint Pierre, Nous ne pouvons pas Nous empêcher d'élever Notre voix apostolique, afin que tout Tunivers catholique, et particulièrement tous Nos Vénérables Frères les Ëvêques, dont Nous avons reçu, au milieu des peines les plus amères, avec la plus grande joie de Notre cœur, tant de remarquables et illustres témoignages de foi, d'amour et d'attachement pour Nous, pour ce Saint-Siège et le patrimoine du bienheureux Pierre, connaissent avec quelle énergie Nous désapprouvons tout ce que ces hommes ont osé accomplir dans les provinces de TÉmilie soumises à Notre souveraineté Pontificale.
mento adstricU debeamus sancUssimœ nosirœ Keligionis causam impavide propugnare, et jura posscssionesquc Romanœ EccTesiae ab omni violatione fortiter tueri.civilemqueNostrum et hujus apostolicae Sedis Principatum constanter defendere, illumque Nostris successoribus, veluU beau Pétri patrimoniuoi, integrum transmittere, baud possumus, quin iterum aposlolicam Nostrain atlollamus vocem, ut universus praelertim calholicus orbis, atque in primis omnes Venerabiles Fratres Mcrorum Anlistites, a quibus inter maximas angusUas tôt eximia et iUustria immobiiis eorum erga nos et hanc Sanctam Sedem, ec beaU Petrl patrimoniuin fidei, amoris studiiquc tesUmonia cum summa animi Nostri consolatione accepimus, cognosrant quam vehemenler a Nobis improbentur quœ ejusmodl homincs in iEmlliœ provinciis Pontiflcix Nofitrse ditionis patrare ausi sunt.
Itaque in hue amplissinio vestro consessu lum commcinoratos, tum ilios omnes quoscumque rebellium actus contra ecclesiaslicam potestatem et immunitatem, et contra supremam Nostram hujusque Sancts Sedis civilem donciinaUoncm, Principatum, potestatem jurisdiclionem-
€ C'est pourquoi Nous réprouvons entièrement, Noi déclarons nuls et de nul effet tous les actes dont No avons parlé dans cette auguste assemblée, et tous les a< attentatoires au pouvoir, aux immunités ecclésiastiqnes^i.^ Notre souveraineté civile et de ce Saint-Siège, Principaim.^ puissance, juridiction : quel que soit le nom que Ton doc^a^ à ces actes.
a Personne n'ignore que tous ceux qui, dans les pn». Tinces ci-dessus désignées, ont donné leur appui, leuis conseils, leur assentiment aux actes que nous réprouvoizs; ou en ont favorisé en quelque autre manière Taccomplissement, ont encouru les censures et les peines ecclésiastiques que Nous avons rappelées dans Notre Allocution mentionnée plus haut.
« Au reste. Vénérables Frères, allons Nous jeter avec confiance aux pieds du trône de grâce, afin d'obtenir du secours divin la consolation et la force nécessaires au milieu de si grandes adversités ; ne cessons pas d'adresser au Dieu riche en miséricorde de ferventes et humbles prières, afin que, par sa vertu toute-puissante, il ramène tous les coupables, dont quelques-uns peut-être ne savent pas ce qu'ils font, à de meilleures pensées et aux sentiers de la justice, de la religion et du salut. »
que,quovis nomine aclus ipsi appellentur, ooidIdo reprobanius, iMosQU^ plane irritos et nuUos esse decernimus.
Nemo aulem ignorât, eos omnes, qui in prsediclis provinciis soii" operam, consilium, assensum memoratis aciibus praestiterunl, vd ^ quavis ralione iliis faverunt, incidisse in ecciesiasticas censuras d poBnas, quas in prœdicta Nostra Allocutione conmienioravimu».
Cfflerum, Venerabiles Fratres, adeamuscum flducia ad thronuoigrt* ikt, utdivini auiiliiope,solalium et fortitudinem in lebus Uni ad^ersis assequamur : nec desislamus, divitem in misericordia Deum è&ii^ fervidisque precibus humiliter enixeque orare el obsecrare, ut omoif^o* tenti sua \irlule omnes aberrantes, quorum f«irsitan aliqui niiâeîC decepti nesciuntquid faciunl, ad meliora consilia, alqueadjustitiSt ^ ligionia salutisque semltai reducat.
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PaOTESTATZOH
AU SUJET DES ATTENTATS DIRIGÉS CONTRE LE SOUVERAIN- PONTIFE ET LE SAINT-SIÈGE.
II m'est impossible de me taire et de ne pas enfin protester, pour ma part, contre les attentats que Notre Saint-Père le Pape et le Siège apostolique continuent à subir sous nos yeux.
Je ne puis comprimer plus longtemps dans mon âme les émotions que soulève un tel spectacle, et que tous les cœurs catholiques, je le sais et je le sens, éprouvent comme moi. Et quel cœur aurions-nous, si nous ne souffrions pas à l'heure qu'il est? ou plutôt si nous souffrions en silence tant d'indignités!
Comment voir, comment écouter de sang-froid ce qu'on entend chaque jour?
Se peut-il, lorsqu'on abreuve d'amertumes le Père des fidèles, lorsqu'on violente indignement le Chef auguste de l'Église catholique, lorsqu'on accable d'outrages un doux et pieux Pontife, lorsqu'on souffle l'anarchie et la révolte parmi ses peuples, lorsqu'on prépare et consomme enfin, au mépris des droits les plus antiques et les plus sacrés, des spoliations odieuses, se peut-il qu'un cri ne s'échappe de nos poitrines, et que nous ne protestions autrement que par nos douleurs comprimées et des larmes silencieuses ?
Et qui croirait à la liberté de la conscience catholique en Europe, si les organes légitimes de la publicité, en tout pays, ne disaient pas hautement ce que la justice, l'honneur, la Religion, proclament au fond des âmes?
Depuis la paix si sage et si nécessaire de Villafranca, depuis trois mois, que voyons-nous en Italie, sinon
Taudace des méchants, l'abattement des bons, le triomphe de Tesprit révolutionnaire, la révolte et l'insurrection permanentes ? — Et ce qui met le comble à tous ces maux, c'est qu'ils ont été préparés, organisés contre des souverains légitimes, en dépit de tout droit public européen, et jusque dans les États du Chef de l'Église, par les agents et les commissaires d'un prince, chose étrange ! qui est le fils d'une des plus nobles races royales de l'Europe, chose plus étrange encore! qui se dit catholique.
Qui osera dire que la Toscane, que Parme, que les Étals pontificaux n'ont subi aucune pression étrangère, et que la révolte de ces villes, qui, il y a une année à peine, acclamaient le Pontife, soit le mouvement spontané des peuples, et non pas l'œuvre de ces artisans éternels de révolutions, de ces ennemis irréconciliables de l'ordre et de la paix publique, dont les armes françaises avaient, à une autre époque, délivré Rome op* primée?
N'est-il pas évident que la révolution fait ici son œuvre ? Ne se monlre-t-elle pas au monde une fois de plus telle qu'elle est, avec ses scandaleux excès, ses scènes de désordre, son mépris pour tout ce qui est respectable et sacré? Au nom de ces manifestations révolutionnaires, qui, sous le prétexte vieux et usé d'exprimer le sentiment public, font monter et bouillonner à la surface de la société ce qui fermente de plus redoutable et de plus vil au fond des masses populaires, n'a-t-on pas assez profané d'augustes et grandes choses, assez insulté de majestés, et jusqu'à cette majesté du peuple, qu'on abaisse et*qu'on exploite dans la violence et dans le mensonge?
CONTRE LE SAINT-SlÉGE (1850}. 26&
N*a-t-oD pas assez outragé, sans aucun grief avouable, le plus doux et le plus paciflque des princes, la plus noble des femmes, une mère héroïque, le meilleur et le plus magnanime des Pontifes? A lui, à ce vieillard, à Pie IX, n*a-t-on pas voulu jeter la responsabilité du sang qu'on a fait couler soi-même, en provoquant, par une révolte obstinée, une douloureuse, mais nécessaire répression? Puis-je aussi rappeler, sans rougir, les lâches calomnies vomies, c'est le mot, contre le Saint- Père, et contre son dévoué ministre, par une plume française? Il est vrai qu'avant d'outrager Rome, elle s'était exercée déjà au mépris de l'hospitalité reçue, et agréablement moquée de cette Grèce, qui, quoi qu'on puisse dire encore d'elle et contre elle, n'en est pas moins la seule nation en Europe qui tienne l'étendard levé contre Télemel ennemi du nom chrétien.
Et quel droit, quel principe peut-on invoquer ici en faveur de cette politique anarchique et spoliatrice, de cet oubli de toute justice, et, pour le dire enfin, de tant d'indignes menées?
On ose bien parler d'oppression, de vœux des peuples, de délivrance.
L'oppression ! mais en fut-il jamais une comparable à celle d'un peuple dominé par les factions, qui Tépuisent, qui l'écrasent, qui le ruinent, qui lui ferment la bouche, et, après l'avoir bâillonné, disent au monde : «Il est libre; voyez comme il parle!» et s'imaginent avoir trompé l'Europe par ces grands et solennels mensonges !
Les vœux des peuples ! Ceci est plus qu'une belle parole : ce serait une grande chose! Mais est-ce bien sincèrement que vous les invoquez? Mais si vous êtes
sincères, si vous ne jouez pas sous les yeux de TEurope, au proût de votre ambition, une scène mal déguisée, dites-nous pourquoi vous n'écoulez pas, pourquoi tous étouffez dans la compression odieuse de votre dictature, par Tapplication ta plus arbitraire et la plus partiale de vos lois de presse, les vœux de la Savoie. Non pas que je les partage ; non : à mon sens, la SaTole n'est pas assez patiente; elle oublie trop vite, en ud jour, huit siècles de sagesse et de gloire; — maisenfln, je vous le demande, et j'ai le droit de le demander, laissez-vous parler la Savoie, cette noble province, berceau de votre dynastie, qui vous demeurerait attachée et serait fière de conserver son nom, qui est le vôtre, qui vous sacrifierait tout, jusqu'à ses intérêts les plus cbers, si du moins vous respectiez sa religion? Lui laissez-vous manifester librement ses vœux? Permettez-vous l'élan qui, dans sa religieuse douleur, l'entraîne vers la France? A qui oseriez-vous le dire?
Pourquoi avez-vous ainsi une bouche et une bouche, une mesure et une mesure, une justice et une justice?
Hommes imprudents et téméraires, politiques à courte vue, qui semblez n'avoir pris du grand politique italien que cette science de l'astuce, contre laquelle c'est rhonneur de la noble diplomatie européenne d'avoir toujours protesté I Si c'est ainsi que la question doit être posée, s'il faut citer les puissances établies et les souverainetés légitimes à la barre des peuples, est-ce que vous ne sentez point trembler sous vos pas tout le sol européen? Et ces grandes nations sur lesquelles, dans votre faiblesse naturelle, vous cherchez à vous appuyer, n'auront-elles pas à trembler à leur tour ?
CONTRE LE SAlNT-SIÉGE (1850). MT
Les vœux des peuples ! Mais qui s'occupe des vœux de la Pologne? Quels efforts sérieux a-l-on faits pour réparer la détestable injustice du siècle dernier envers une grande nation catholique qui, en 1683, sauvait encore de la barbarie musulmane rAuiriche, TEurope et la Chrétienté ?
Est-ce que les provinces rhénanes n*ont pas aussi fait entendre des vœux î Et les vœux de treize millions de chrétiens de rOrienl, songez-vous à les écouter ?
Et rirlande catholique n'a-l-elle pas ses vœux aussi? — Un ministre anglais disait hier que l'Anglelerre ne permettrait jamais que les souverains légitimes fussent rétablis par la force dans les duchés. Si Tlrlande n'avait pas été vingt fois écrasée par la force, l'Angleterre pourrait-elle nous répondre que cette terre catholique ne préférerait pas au sceptre qui l'opprime la vaillante épée d'an de. ses plus nobles enfants, catholique comme elle, flls de ses anciens rois, et couronné à cette heure du plus brillant prestige de la gloire française ?
Les vœux des peuples I Mais quels crimes n'a-t-on pas commis ou couverts sous ce nom? Pauvres peuples I Est-ce qu'on ne sait pas comment leurs vœux s'obtieu nent et s'expriment, — par Taudace des méchants et la terreur des bons ? Et l'alteutat du \U janvier, en France, ne montre-t-il pas tout ce que les honnCHes gens ont à redouter pour eux-mêmes en Italie ?
On parle de délivrance ! Si vous voulez rendre l'Italie ft elle-même et à ses nobles destinées, avant tout, sauvez-la des révolutionnaires qui ont toujours ruiné sa fortune et rendu ses chaînes plus pesantes; avant tout, délivrez-la de l'anarchie, si vous voulez lui ménager l'ûidépendance légitime, les prospérités et la gloire où
l'appellent depuis longtemps son génie, ses sonTenin, et le souhait de toutes les nations catholiques : ayant tout, respectez le Siège apostolique qui, pendant tant de siècles, a été l'asile et le rempart des libertés italiennes ^ J'ose croire et vous dire que tous auriez plus fait
' L'indépendance italienne a été conquise sous le grand pape AleuDdre m, sans doute par les armes, mais surtout par Fautorité sainte et incontestée de la puissance pontiflcale. Les villes lombardes «e sont abntées sous la chaire de saint Pierre, et la victoire de la Papauté, soif vie d'une paix généreuse, a établi les rapports de l'Italie et de TÂlleroagne, du Saint-Siége et de l'Empire, sur les bases les plus équitalto et les plus honorables qui aient jamais existé.
Sans être, au milieu de ce pays nécessairement divisé, un centre politique, Rome y est encore un centre national, parce qu'elle est on centre religieux.
Pourquoi les Milanais ne sont-ils devenus ni Espagnols, ni Allemands? Pourquoi Venise, au temps de sa grande puissance, n'est-eOe devenue ni une puissance grecque ou dalmate, ni une puissance stave, alors qu'elle avait plus de possessions au delà de l'Adriatique qo'a deçà? Pourquoi le Piémont, gouverné par des princes de langue fmçaise, ne s'est-ii pas francisé davantage? Pourquoi Naples ne s'est-eile naturalisée ni angevine, ni normande, ni sarrasine, ni espagnole, Kapies tant de fois envahie et si peu résistante à la conquête? Pourquoi laSieile, qui a passé par tant de mains, la Corse, qui est aujourd'hui française, sont-eiles, malgré la mer, aussi italiennes qu'elles le sont? N'est-ce pas en partie parce que la religion leur donne un centre puissant i Rome, qu'à Rome elles retrouvent des frères de sang et de langue, qui ne leur permettent pas d'oublier le nom, les traditions et la parole italienne?
L'exagération de ces idées est même entrée pour l>eaucoup, uo le sait, dans les prétentions de l'italianisme moderne. Le Primalo de l'abbé Gioberli fait du Pape et même du catholicisme un instrument de la domination nécessaire de l'Italie sur le reste du monde. La vérité n'est pas là : l'Italie et le catholicisme souffriraient profondément d'une telle alliance. L'Ëglise ne s'y prêtera jamais. Sans doute, c'est ooe chose glorieuse pour l'Italie que le premier et le plus italien de ses souverains soit en même temps celui qui, par son caractère sacré, appirlient au respect et à l'amour de toutes les nations. L'Italie a, par b
pour la liberté de l'Italie, que tous ne seriez pas enifBgés dans une voie fatale et sans issue, si au lieu de la guerre déloyale que vous faites depuis tant d'années Bi rÉglise, c'eût été chez elle, dans son Chef suprême, Bt non dans des chefs de bandes révolutionnaires, que wons eussiez été chercher vos alliés. Là était, là est encore Tavenir de la liberté en Italie. Puissiez-vous enfin le comprendre !
Le Souverain actuel de la France, le Président élu de La République française le comprenait et disait le vrai mot de la question, quand il écrivait, en 18/^8, au représentant du Souverain- Pontife, en France, ces paroles : a La souveraineté temporelle du Chef vénérable de a VÊglise est intimement liée à l'éclat du Catholicisme , a comme à la liberté et à l'indépendance de l'Italie, »
C*estce que démontre l'histoire, interprète des grandes lois de la Providence. Chaque fois qu'il y a eu un mou- Tement vraiment italien, les Papes ont été à la tête. Quand le mouvement a été contre le Pape, Tllalie a souffert. Chaque pays a ses destinées. Et certes les vôtres sont belles. Relisez le Primato de votre Gioberti. Quoi qu'il en soit, toute autre politique serait malheureuse, aujourd'hui comme toujours, et n'aboutirait qu'à des ruines à travers des scandales et des forfaits.
Et qui donc a arrêté la généreuse initiative de Pie IX? Qui donc, en assassinant ses ministres, en assiéganl son palais, en lui imposant l'exil, et depuis, en menaçant perpétuellement son règne, en l'abreuvant de ca-
Pape, la gloire de donner au monde un Chef spirituel. Celle gloire est assez grande, et il ne faut pas qu'elle pousse ses prélcnliuns anihi- Ueuscs au delà.
lomnies, en soaleyant ses peuples, en déchirant soo cœur, en épuisant ses forces et sa ?ie, qui donc a eotraTé son action réformatrice et l'expansion géoéreiue, trop généreuse peut-être, de son âme?
Quel souverain à sa place, et dans de pareiUes conditions, aurait pu agir avec la sécurité et la confiance nécessaires? Quoi ! c'est quand on ne lui laisse pas même sa liberté d'action, qu'on parle de lui imposer des réformes ! Mais respectez donc en lui Thomme, le souyerain, le Pontife! Cessez de le menacer, de l'outrager, de l'attaquer; laissez-lui ses peuples, et laissez-le sincèrement à eux, et bientôt tous n'aurez plus besoin de lui tracer sa marche.
Des réformes ! Mais quelle est donc, s'il vous platt, la nation où il n'y en a aucune à faire? Et où sont les souverains qui goûteraient ce droit nouveau, en verta duquel la souveraineté, dépouillée de sa prérogative constitutive, subirait la loi et les réformes de ses sujets ou la leçon d'une souveraineté étrangère?
Pourquoi la souveraineté du Pontife de Rome seraitelle moins sacrée qu'une autre ? N'est-il d'aucune couséquence, à une époque de révolutions comme celle où nous vivons, de donner, d'en haut, aux peuples, l'exemple de l'oubli de ce respect des majestés suprêmes, sans lesquelles, bon gré mal gré, l'ordre social tout entier est remis en question?
Est-ce qu'il y a une seule souveraineté en Europe qui puisse tenir sur des principes pareils? Est-ce que nous ne voyons pas, avec de tels principes, les plus grandes puissances trembler sur leurs bases, malgré des armées de quatre cent mille hommes, en pleine paix?
Le tort du Pape, ah ! quant à ce torUci, il est réel, je le reconnais : c'est de ne pas donner la main à ses alliés avec les deux cent mille hommes dont le premier Consul parlait à M. Cacault, en le nommant ambassadeur à Rome; mais le tort des monarques européens, c'est de oe pas le traiter comme s'il les avait, et de n'avoir pas pour cette sublime faiblesse désarmée le respect que le vainqueur de Marengo et d'Auslerlitz eût mieux fait, pour lui et pour les siens, de garder jusqu'au bout
C'est l'Angleterre surtout, je dois le dire, dont l'altitude m'attriste et me blesse ici. Voudrait-elle maintenir la révolution et nos embarras en Italie, afin de s'épargner la peine de nous craindre chez elle et de nous combattre?
Quoi qu'il en soit, ses plus fidèles amis eux-mêmes le lui ont reproché avec raison : elle est vraiment trop douce avec les forts, et trop courageuse avec les faibles. Témoins les discours récents de ses hommes d'État; je m'étonne qu'il n'y ait rien dans leur âme pour sentir que de telles plaisanteries sont peu séantes à l'heure qu'il est.
On ne voudrait pas le leur dire ; mais on y est quelquefois forcé : Oui,vousavez fait degrandes choses, mais TOUS n'êtes pas toujours une nation généreuse; et aujourd'hui vous oubliez trop Pie Vil et son courage, qui ne vous fut pas inutile, lorsque, sommé par Napoléon, alors tout-puissant, de vous déclarer la guerre, il répondit : « Qu'étanlle Père commun de tous les chrclieiis^ « il ne pouvait avoir d'ennemis parmi eux^ » et plutôt que de céder, aima mieux subir l'exil, la captivité et le long martyre que le monde sait.
rî PROTESTATION AU SUJET DES ATTENTATS
Mais sortons des horizons étroits de la politique nigaire et de la rancune des partis. Il faut, en finissant, élever la question à sa véritable hauteur, et peser eofio, avec toute la gravité qu'ils réclament, et en allant au fond des choses, les grands intérêts catholiques engagés dans ce débat.
On parle de respecter le vœu des peuples. Eh bieoî nous, catholiques, nous sommes un peuple aussi, nous sommes plus de 200 millions répandus sur la face de la terre, et il importe à nos intérêts les plus chers elles plus sacrés que la Souveraineté temporelle du Pape, intimement liée à la dignité, à l'indépendance, i la libre action de TÉglise, ne subisse aucune atteinte.
Nous ne permettrons pas, la conscience catholique ne peut permettre, sans une énergique protestation da moins, que Dieu entendra, -— la protestation du droit et de la faiblesse contre Tinjuslice et l'oppression, qu'on entame la Papauté, et qu'on la détrône moralement par la flétrissure des contraintes.
On dit que toucher au Souverain, ce n'est pas toucher au Pontife. Sans doute la puissance temporelle n'est pas d'institution divine : qui l'ignore? mais elle est d'institution providentielle; qui ne le sait aussi? Sans doute, pendant trois siècles les Papes n'ont eu que l'indépendance du martyre; mais, certes, ils avaient droit à une autre, et la Providence, qui les soutenait visiblement, mais qui n'agit pas toujours par la voie du miracle, a établi sur la souveraineté la plus légitime qu'il y ait en Europe, la liberté, l'indépendance nécessaire à l'Église.
L'histoire le démontre invinciblement : tous les grands esprits l'ont pensé, et tous les vrais politiques le savent:
CONTRE LE SAINT-SIÈGE (ISfiO). 273
Ce so7it les siècles qui ont fait cela, et ils l'ont bien fait, disait avec soD bon sens supérieur Tcmpercur Napoléon I".
Oui, il faut, pour la liberté deTÉglisc et pour la nôîre, que le Pape soit libre et indépendant ;
II faut que celte indépendance soit souveraine;
Il faut que le Pape soit libre et qu'il le paraisse ;
Il faut que le Pape soit libre au dedans comme au dehors ;
Il le faut pour la dignité du gouvernement de TÉglise et pour la sécurité de nos consciences.
Il le faut aussi pour lui assurer, dans les guerres que se font trop souvent les puissances chrétiennes, la neutralité qui convient au Père commun des fidèles.
Il ne suffit même pas que le Pape soit libre dans son for intérieur : il faut que sa liberté soit évidente ; il faut qu'aux yeux de tous il paraisse libre, qu'on le sache, qu'on le croie, qu'il ne s'élève à cet égard ni un doulo, ni un soupçon.
Il serait libre au fond de son Ame, que s'il paraissait, je ne dis pas opprimé, mais simplement assujetti au joug d'un prince quelconque, de l'empereur d'Autriche, par exemple, ou de l'empereur de Russie, nous en serions blessés, nous en souffririons tous : il ne nous semblerait plus assez libre. Une défiance naturelle affaiblirait pour plusieurs, à leur insu, le respect et l'obéissance qui lui sont dus. Il faut, en effet, que son action, sa volonté, ses décrets, sa parole, sa personne sacrée, planent toujours souverainement au-dessus de toutes les influences, de tous les intérêts, de toutes les passions, et que ni les intérêts n.éconlenis, ni les passions irritées ne puissent protester contre lui arec une apparence quelconque de raison.