‹ Défense de la liberté de l'égliseChapitre 74 sur 75 · ÉGARD · texte numérisé non relu

ÉGARD

Devant ce concert unanime de tant de voix parlant de si haut , si on était venu me dire : Tout cela signifie simplement :

La France, gardant la personne de Pie IX, laissera le Piémont faire contre la Souveraineté temporelle duPa|)e tout ce qui lui plaira :

Envahir ses États , écraser ses défenseurs , camper à ses portes, déclarer qu'il veut pour capitale la Ville éternelle, et qu'il y sera dans six mois :

Eh bien 1 en mon âme et conscience, je le déclare, je n'aurais pas cru qu'il fût possible de faire à la bonne foi et à rhonneur du Gouvernement d'un grand pays une plus sanglante injure;

Et si, aujourd'hui, il faut définitivement entendre dans ce sens toutes les paroles que j'ai rappelées, eh bien ! je le déclare encore, ma conscience est stupéfaite, et je ne

' Compte rendu ofOciel de la séance du 12 avril 1860. — ' Ibidem,

sais plus ce qu'il faut penser de la loyauté et de la parole humaine \

xMais on a dit que les raeilleures intentions étaient modifiées par la force irrésistible des événements. Examinons donc ces événements. Vous les racontez, Monsieur, à votre manière. Je vous suivrai. Vous m'obligez à faire, en vous suivant, plus de politique que je n'en ai jamais fait; maisj'y suis forcé, j'en appelle à vous-même.

^ En même temps qu'il tenait ce langage, le Gouvernement témoignait, par ses ar.tes, sa résolution de ne pas se laisser mettre en suspicion devant le pays.

Dans un communiqué à V Ami de kk Religion, du 19 juin 1859, ce n'était pas seulement la personne, c'était i'aufon{<^ politique du Saint- Père, relevée parnous il y a dix an^, que le Gouvernement déclarait être sous la garde respectxieuse de nos armes.

Quelques jours après, le 3 juillet, le Siècle imprimait en tête de ses colonnes cet autre communiqué, non moins signiflcatif :

*» Le journal le Siècle, en attaquant aujourd'hui la Papauté dans son pouvoir politique, confond \a noble cause de Tlndépcndance italienne avec celle de la Révolution.

« Le GouyejTieuient de l'Empereur doit protester contre cette confusion, qui est de nature à exciter les mauvaises passions, à troubler les consciences et à tromper l'opinion publique sur les principes de la politique française.

« Le respect et la protection de la Papauté font partie du programme que l'Empereur est allé faire prévaloir en Italie...

« Les journaux qui cherchent à fausser ce caractère d'une glorieuse guerre, manquent à ce qu'il y a de plus obligatoire dans le sentiment national.

« L'Indépendance politique et la souveraineté spirituelle, unies dans la Papauté, la rendent doublement respectable, et condamnent moralement des attaques contre lesquelles le Gouvernement aurait pn invoquer la répression légale ; mais il a préféré les livrer à la justice de l'opinion, »

Enfin, dernier et expres!-iriémoignage,r (/monde VOuest, d'Angers, recevait, le 3 novembre suivant, un avertissement au sujet d'un article qui avait para an Gouvernement rendre suspectes les intentions solennellcment exprimées de l'Empereur envers le Saint-Père.

Qaelle est la situation ? — Et je le demande d'at>ord :

A qui, à quel homme de bonne foi persaadcra-t-oD qu'il ait pu se faire en Italie quelque chose contre la to* lonté de la France ? Ces Piémontais, qui n'étaient rien avant Magenta et Solferino, malgré tout le bruit qu'ils font de la nationalité italienne et de leur armée ; ils ne sont évidemment rien que par le sang des Français. A qui fera-t-on croire qu'ils aient été un seul jour libres de désobéir à la France ! Interrogez le bon sens des masses, consultez un de nos soldats, entrez dans la chaumière d'un paysan, posez à qui vous voudrez cette simple question : Les malheurs du Pape seraient-ils possibles, si la France ne le voulait pas ? Aucun homme raisonnable ne voudra l'avouer. On en est donc réduit à se dire que si l'épée de la France est forte, au contraire sa politique est faible, qu'ayant droit à des égards, elle a souffert des dédains, et laissé abreuver d'outrages son auguste protégé.

Non, nul ne doute de la toute -puissance de la France et du Gouvernement de l'Empereur, mais c'est à condition que sa politique demeure au niveau de son épée.

Hélas î le Gouvernement n'a que trop senti lui-mCmc la force de ces apparences, et c'est pour les combattre qu'on a cru nécessaire d'imaginer les explications dont vous avez, vous, Monsieur le Directeur de la Presse, demandé la permission d'être l'interprète ; en voici le résumé fidèle :

« La FraDce a été attirée en Italie malgré elle, par les circonstances. Elle y est entrée pleine de sollicitude pour les droits du Saint-Père. Elle a offert à TAutricIie de neutraliser son territoire. L'Autriche a eu tort de se retirer, de livrer les populations à elles-mêmes, et elles se sont insurgées. G*est alors que TEmpereur a supplié le Pape de faire des réformes et des sacrifices, puis il lui a proposé le Vicariat du Roi de Sardaigne dans les Romagnes; le Pape n'a rien accepté. Les Piémontais ont envahi le territoire pontifical, le Gouvernement de l'Empereur a blâmé cette violence, il a retiré son Ambassadeur de Turin, a doublé la garnison de Rome, mais il n'a pas pu faire que le Pape, faute d'avoir concédé à propos les réformes nécessaires, n'éprouvât le même sort que le Grand Duc de Toscane, le Duc de Modène, le Roi de Naples, etc. »

Si j'ajoute quelques insinuations amères et des amplifications superflues, voilà, Monsieur le Vicomte, tout votre écrit.

Ce n'est pas à moi, Monsieur, â défendre les Autrichiens ; ce n'est ni mon rôle, ni mon goût. Mais il m'est bien permis de regarder la carte et de faire observer, certain qu'aucun militaire ne me démentira, que, lorsque nous touchions à Vérone, il leur était fort difficile de rester â Bologne et â Ferrare. Il m'est bien permis de rappeler aussi que le Prince Napoléon, commandant le 5* corps d'armée, a déclaré, dans un rapport inséré au Moniteur^ que ses manœuvres et son approche avaient forcé les Autrichiens â se retirer.

Aussi je m'étonne de vous entendre accuser Pie IX d'avoir été abandonné par tout le monde, même par les Autrichiens.

Quoi qu'il en soil, c'est de notre entrée en Italie que datent les premiers malheurs du Pape. Bst-il vrai qu'il aurait pu les réparer, et conjurer ceux qui les ont suivis, en accordant alors des réformes?

Mais, de bonne fol, à qui M. de la Guéronnière ferat-fl croire que le saint et vertueux Pape, assis en ce moment sur la Chaire de saint Pierre, soil un ennemi de toute réforme î iS/iT n'est pas si éloigné de nous. Ce que les hommes politiques libéraux de toute l'Europe reprochèrent alors à Pie IX (et ce que je me garde de lui reprocher), ce n'est point de ne pas avoir accordé assez de réformes , c'est, dans l'immense bon vouloir de son âme sincère , d'avoir peut-être dépassé la mesure. On le jugea bien aux résultats. H avait osé fonder deux Chambres parlementaires auprès du Vatican , et .c'est sur le seuil de l'une d'elles que son ministre fat ^orgé. Quoi! est-il surprenant qu'après cet horrible remercîment, il ait réfléchi? Est-il surprenant qu'il ait fait ce qu'ont fait tous les Souverains de l'Europe, ce qu'a fait la France, reculant après iShS bien en deçà dos institutions qu'elle avait eu la fantaisie de répudier, reculant et réfléchissant si longtemps, que, le 26 novembre dernier seulement, l'Empereur a osé rendre au pays une faible partie de ses anciennes institutions?

Trois mois ne se sont pas écoulés depuis que nous avons reçu cette liberté si modeste, et vous vous indignez. Monsieur le vicomte, que le pape n'ait pas un Luxembourg et un Palais-Bourbon, retentissant du bruit des délibérations de son peuple! Vous vous étonnez qu'il n'ait pas ajouté, à toutes les améliorations financières qui font du budget de ses États un des mieux contrôlés de l'Europe, aux améliorations administratives et jodi-

ciaîres déjà réalisées , de nouvelles concessions politiques ; et k quelle heure , dans quel moment ? Au moment où l'insurreclion , soudoyée par la politique piémonlaise, venait de lui ravir une province.

Je m'adresse à la loyauté de TEmpereur : Si une insurrection eût éclaté à Nantes, à Lyon ou à Strasbourg, eût-il choisi ce moment pour accorder le décret du 2U novembre? Vous-même, Monsieur le vicomte, auriez-vous demandé à Monsieur le Ministre de Flntérieur la permission de le lui conseiller?

Et cependant, Monsieur, dites-vous vrai, quand vous affirmez que le Souverain-Pontife a réfusé des réformes?

Voici la réponse :

A la date du 5 novembre 1859, M. le comte Walewski écrit à tous nos agents diplomatiques, au moment du traité de Zurich :

(c Déjà le gouvernement de l'Empereur a Vassurance que le Saint-Père n'attend qu'un moment opportun pour faire connaître les réformes dont il est décidé à doter ses Étals... » Et parmi ces réformes, le Ministre nomme <( une administration généralement laïque, la gestion « des finances, la justice, et tout cela au moyen d'une <( assemblée élective. »

Le traité de Zurich lui-même, dans son article 20, constate irréfragablement les mêmes faits. Cet article parle de l'adoption, pour les États de l'Église, « d'un système approprié aux besoins des populations, ei conforme aux généreuses intentions déjà manifestées du Souverain-Pontife. »

Quatre mois avant, c'est-à-dire dès le commencement de juillet 1859, le Saint-Père avait manifesté les mêmes dispositions.

u Le lendemain de la journée de VillaCranca, le comle Walewski dit à lord Gowley que le Pape s'était spontanément déclaré prêt à suivre les avis que pourrait lui donner la France.

« Au mois de septembre, le duc de Gramont a communiqué un plan complet de réformes. U lui fut répondu « que S. S. était prête à les accepter^ pourvu « qu'il lui fût donné l'assurance qu'en les accordant a elle conserverait les États appartenant à l'Église. •

Qui nous donne ces renseignements? Une source peu suspecte, le recueil des pièces diplomatiques communiquées par le cabinet anglais à la Chambre des communes.

« Le Saint-Përe, dites-vous, mettait à la concession « des réformes une condition inacceptable. »

Le gouvernement lui-même va vous répondre :

« Qu'un gouvernement, à qui on conseille de modi- 0 fler certaines institutions, se conforme à ces conseils,

0 A LA CONDITION QUE SON INTÉGRITÉ Li;i SERA GARANTIE, 0 CELA SE COMPREND. »

Voilà ce que déclarait M. le Président du conseil d'État, le 12 avril 1860.

Ainsi le Pape n'a pas refusé les réformes.

Hais sincèrement, je vous prie de me le dire, croyezvous que des réformes auraient rien calmé 7

Quel a été le premier souverain renversé ? le grandduc de Toscane. Or, l'Europe le sait, nul gouvernement n'était plus doux que le sien. U ne lui manquait de la liberté, de la plus entière liberté, rien que les formes. 11 voulut les donner à^son pays. U chargea M. le marquis de Lajatico de préparer une constitution, et quand ce ministre alla chercher ses futurs collègues, où les trouva-

l-il ? en train de conspirer chez le ministre de Sardaigne, M. Buoncompagni. Quelques jours après, la Toscane n'existait plus.

Est-ce que le Roi de Naples a dté sauvé parla constitution qu'il accorda? Quel usage en lit-on ? On annonça qu'on ne s'en servirait que pour réunir un Parlement chargé de prononcer sa déchéance. Se décida-t-il trop tard 7 Mais peut-on faire un crime à un souverain de vingt-deux ans, étourdi par le premier bruit qui frappe ses oreilles, le bruit d'une insurrection, d'avoir un instant hésité avant de s'immortaliser par une héroïque défense 7

Les réformes? Il s'agit bien de réformes et de peuples heureux ! On cherche des couronnes et des peuples en révolte, pour changer ces couronnes de tête, pour les placer sur le front, de qui ? il me sera bien permis de dire que ce n'est pas un génie hors ligne comme iNapoléon I", naturellement élevé au-dessus des autres hommes, et de soldat devenant Roi.

Non , c'est d'un Prince qui n'a pour lui que sa descendance, sa Maison, et qui ne craignant pas d'abattre et de dépouiller ses pareils, son neveu, une veuve, un enfant, un vieillard, s'est fait le complaisant des démagogues, pour devenir conquérant.

Des réformes, c'était bien ce qu'ils voulaient! Ils voulaient Rome et l'Italie entière. Qui peut en douter aujourd'hui 7

Pour le Piémont et ses complices , les réformes n'ont jamais été qu'un prétexte.

Ne les avons-nous pas entendus le déclarer impudemment, dans le National, dès 1849 :

« Quoi que fasse le Pape Pie IX , on n'acceptera les

« libertés quMI donnera que pour le renverser. » Et ils ont tenu parole.

Avez-vous oublié qu'au Congrès de Paris, dans ce tàr ineux protocole qu'un journal piémontais appelait féimcelleiTun irrésistible incendie^; que M. de Lamartine nomme si bien une déclaration de guerre sous une signature de paix ; la pierre d'attente du chaos européen; la fin du droit public en Europe, M. de Cavoor I»roclamait Timpossibilité radicale des réformes dans le GouTernement pontifical , et le dénonçait comme tin scandale et un péril pour f Europe; allant, lui, H. de Gavour, jusqu'à accuser la loyauté du pieux Pontife, et ajoutant : « S*il accorde des réformes, ce ne sera quVn « apparence, et pour les rendre illusoires dans la pra- « tique. »

On a beaucoup dit que Pie IX aurait bien pu sacrifier une province, puisque Pie VI l'a fait. Combien la situation n'est-elle pas différente I Le Pape Pie VI , la Chrétienté me pardonnera de prendre ici le langage d'un citoyen français, le Pape Pie VI commit la faute de déclarer la guerre à la France. Ayant couru les chances de la guerre, il en subit les conséquences.

Le général Bonaparte lui demanda une province, il la céda. Mais ce n'était qu'une province. A Pie IX, qui n'a pas fait la guerre, on a demandé une province, au nom d'un principe qui menaçait tout le reste de son pouvoir. Le Piémont a réclamé tout : bientôt après, la fameuse brochure le Pape et le Congrès^ dont M. le Directeur de la Librairie connaît probablement l'auteur, et dont lord John Russell a dit (2â décembre 1960)

' H Ritoryimento, journal de M. fleCavonr.

qu'elle a fait perdre au Pape plus de la moitié de ses États, la brochure a proposé que le Pouvoir temporel fût réduit à Rome et à un jardin. Dans la transaction offerte au Pape sur les Romagnes, il y avait donc un sous-entendu. Jamais le Pape n*a été placé en face de la proposition, faite de bonne foi, de sacrifier une province, une seule, pour garder le reste. En voulez -vous la preuve ? Regardez aux résultats. Le Piémont n'a cessé de demander Rome, Rome, entendez-le bien, et non pas seulement les Romagnes.

Ah I je ne m'étonne point qu'un journal, que je ne nomme pas, qui marche aujourd'hui à la tôle de celte politique, et qu'on voit. Monsieur, aux premiers rangs de ceux qui applaudissent votre brochure, se soit écrié, après Toccupation des Romagnes : « Ce n'est là que la première étape; » puis, regardant Rome : u La seconde mènera plus loin. » Et un autre : « C'est un premier pas, mais un grand pas I »

Depuis ce temps, tout a marché à souhait : toutes les étapes ont été faites , et il ne reste plus qu'un pas à franchir.

Non, il n'y a eu qu'un homme de franc dans tout cela, c'est Garibaldi. Lui, du moins, a parlé clair :

« Il faut extirper de l'Italie le chancre de la Papauté... « Il faut exterminer ces robes noires *. »

« C'est à Rome , c'est du haut du Quirinal qu'il faut « proclamer le royaume italien, etc., etc. ^ »

Et ce n'est qu'à la suite de Garibaldi, qu'au Parlement de Turin, on a fait, enfin, courageusement, à la tribune.

* Lettre aux éludiaiits de l'Université de Pavie.

* Proclamation au peuple de Palerme.

le serment de ne pas s'arrêter en si beau cttemin *. Ce n*est qu'après avoir versé impuoément le saog français à Gastelûdardo , que M. de Cavour a pu , enfin , s'écrier à la tribune : « Nous voulons pour capitale la Ville éleruelle, et nous y serons dans six mois ^ I » Et déjà, dans celte fameuse séance où il fit juge le Parlement entre Garibaldi et lui, arrivé dès lors au but, ou peu s'en faut, U. de Cavour n'avait pas hésité à dire le mot : a Ces « mémorables événements ont été la conséquence nêces- « SAiRE de notre politique , — non pas depuis six mois, « mais — DEPUIS DOUZE ANS » ! »

Et c'est après tout cela, Monsieur, que vous osez bien nous dire, en accusant le Pape, qu'il n'y avait là qu'une question de réformes , et qu'il n'a pas manqué autre chose au Pape pour se gagner les sympathies ! Et parmi tous ces Italiens malades de la peste révolutionnaire, c'est le Pape qui est le grand coupable , c'est lui qu'il faut immoler !

Il est vrai, le Gouvernement de l'Empereur a proposé le système du Kicariaf de Victor- Emmanuel. Je pourrais vous demander, Monsieur, si vous conseilleriez à l'Empereur M. le Prince de Joinville pour vicaire de l'Algérie. Mais à quoi bon ? Dans le Livre jaune , dont votre écrit est le commentaire , je lis une dépêche par laquelle M. de Cavour repousse ce système. Le proposer au Pape, lorsque lltalie n'en voulait pas , n'élait qu'une amère dérision.

Ici se place un projet, qui nous est révélé pour la

• Séance du 1 3 avril 18G0, rapport de M. Ferruco sur le décret touchant l'annexion des provinces de l'Ilalie centrale.

• Séance du U octobre 1860.

• Les Débats, 5 octobre 1860.

première fois , le projet d'une garantie des puissances catholiques. Ce projet parait plus raisonnable ; cependant la réponse du Pape, que vous appelez curieuse, me semble pins raisonnable encore. Elle se borne à ceci :

« Comment pouvez - vous me garantir une partie, quand votre garantie ne m'a pas empêché de perdre l'autre ? Que valent ces garanties , en face d'un adversaire assuré de l'impunité , s'il les viole? Je veux bien des réformes , mais des réformes libres. Je veux bien d'une ressource, si elle peut serattacher à quelqueombre d'un droit ; je ne veux pas d'une pension qui serait une charité précaire. Je veux bien une armée , mais je préfère la former moi-même ; je veux des défenseurs , non des gardiens des Italiens et des catholiques volontaires , non des étrangers en garnison. Je consens à être protégé, mais je préfère essayer d'être indépendant. »

Si c'était là une illusion, convenez-en, elle était noble, lin emprunt, une armée, des réformes libres, en un mot, un gouvernement de droit commun , se suffisant à luimême , voilà ce qu'a souhaité le Pape , voilà ce qu'il a tenté , avant de recevoir l'aumône et les garnisons des puissances.

11 a échoué, dites - vous. Nullement : il a réussi à réunir des fonds , à se donner un des premiers généraux de l'Europe , tout ce qu'il fallait pour permettre à la France de se retirer bientôt, sans laisser place à une révolution intérieure.

C'est là particulièrement où vous voyez. Monsieur, le triomphe de l'esprit de parti.

Vous avez des paroles de dédain contre nos Bretons, parce qu'ils sont d'un pays où l'attachement à la vieille monarchie a duré avec la foi. On a fait à Rome , dites-

VOUS, un petit Goblentz. Est-ce bien sérieux? Je vous .défie de prouver qu'oo ait rieo tenté contre la France ; je connais des légitimistes qui ont été blessés , au contraire , du mauvais accueil qui leur a été fait , tant le gouvernement romain était préoccupé du soin d'éviter tout ce qui pouvait mêler les réminiscences intempestives de la politique au noble élan de la religion. Mais enfin , il y avait des légitimistes , cela est vrai , dans Tarmée du Pape ; comment s'en étonner? N'est-il pas plus surprenant de les voir, comme vous le dites, signalés par la vigilance éclairée d'un duc de Gramont (p. 44) î

Vous dites que ce nom ajoute à la valeur du document ; vous ave2 raison.

Vous avez encore des paroles dures pour le générai de La Moricière, qui « n'était pas sous nos aigles dans nos luttes héroïques d'Italie et de Grimée (p. 46). » 11 n'y était pas , Monsieur , parce qu'il était à Bruxelles ; exilé par qui ? et pourquoi 7 Vous m'obligez à vous le rappeler. Vous l'appelez un homme politique séparé du Gouvernement de son pays ( p. 47 ) ; il serait plus exact de dire : un homme de guerre séparé de son pays par le Gouvernement. Au fond de voire conscience, je suis persuadé , Monsieur , que vous honorez le général La Moricière d'avoir fait ce qu'il a fait , et pour moi je remercierai toujours l'Empereur de l'y avoir autorisé.

Le Pape, en s'efforcent d'avoir des troupes et des ressources, a lâché de rentrer dans ce que vous appelez vous-mCMne, ailleurs, les conditions ordinaires des pouvoirs humains, auocquelles il est soumis (p. 23). En appelant de préférence un général et des volontaires de notre pays, U nous rendait hommage. La politique et la

EN RÉPONSE A SA i^KOCHURE (I86n. 4ai

fierté nationales auraient eu à se ri^jouir, si le Pape, n'étant plus défendu par la France, Teût été toujours par des Français.

En résumé, Monsieur le Conseiller d'État, je ne comprends pas votre insistance sur les réformes. A moins que vous ne vouliez grossièrement attiser des préjuges vulgaires, il est évident que le Pape Pie IX aime les réformes, qu'aucune ne l'aurait sauvé, qu'on se moquait de ces réformes, qu'on en voulait à son pouvoir, et que sous ces prétendus arrangements pour le sacrifice d'une province, s'est toujours caché le plan arrêté de tout prendre; que dès lors, ayant des raisons de ne plus se fier à d'autres protecteurs qu'à Dieu et à luimAme, il a bien fait de chercher à se suffire, et qu'il y aurait réussi peut-être, sans l'invasion inqualifiable des Piémonlais, sur laquelle vous passez bien vite, Monsieur, mais dont c'est pour moi un devoir de parler.

fV

Cl L*invasion des provinces du Pape, dites-vous (p.51), c( était dans les vues du Piémont, une attaque ouverte à u la réaction dont le siège était à Rome.... »

Ici, vous vous trompez complètement, et bien étrangement, Monsieur. Dans sa dépêche du 18 octobre 1860, insérée au Livre jaune (p. 162), Son Exe. le Ministre des affaires étrangères, M. Thouvenel, écrit à tous les agents diplomatiques de la France, que « Sa Majesté a daigné V autoriser à dire exactement ce qui s'est passé àChambéry entre lui et les envoyés du Hoi Victor-Emmanuel, M. Farini et le général Gialdini.... »

\Zt LETTRE A M. LE V» DE LA GUÉRO?CNIÈRE

a ....Garibaldi allait poorsiiiyre librement sa course a à travers les États romains» et, cette dernière étape 1 une fois franchie^ il deviendrait totalement imposo sible de prévenir nne attaque contre la Vénétie. Le a cabinet de Turin ne voyait plus qu*an moyen de conn jurer une pareille éventualité : c'était, aussitôt qae « l'approche de Garibaldi aurait provoqué des troubles o dans les Marches et TOmbrie, d'y rentrer pour y réa lablir Tordre, saîçs toucher a l'autorité du Pape, de a livrer, s'il le fallait, bataille à la Révolution sur le « territoire napolitain^ puis de déférer immédiatea ment à un Congrès le soin de fixer les destinées de a l'Italie... •

Voilà, Monsieur, la version officielle, fort diflérente de la vôtre.

Mais, quoi ! je vous le demande en toute bonne foi, la France , qui a tant d'intérêt à maintenir à Rome le Chef de sa Religion , la France, qui a tant fait pour Ty replacer, et qui l'y garde encore, la France s'est laissée persuader qu'un général Garibaldi, le même qu'elle chassa de Rome, qu'un chef de bandes insurgées, allait tomber sur Rome, et franchir cette étape, où nous sommes. Monsieur, où flotte notre drapeau, où sont rangés nos soldats! Devant cette crainte, elle abaisse son épée, elle autorise Cialdini , et il passe la frontière ! Dites-lemoi, Monsieur le Vicomte, je vous en prie, dites-le-moi, avez -vous donc cru que Garibaldi fût un géant, et qu'il n'eût qu'un pas à faire et qu'un coup à frapper pour prendre Rome malgré la France, et passer le Mincio malgré l'Autriche ?

Pardonnez-le mol, je suis obligé de descendre à un mot qui n'est ni épiscopal, ni politique, à un mot fami-

lier et dur, parce qu'il n'y a que ce mot qui rende ma pensée : nous avons été dupés I

Oui, dupés et trompés deux fois : trompés sur la force de Garibaldi, trompés sur les intentions du Piémont; voyez le résultat, voyez les faits.

Garibaldi ne pouvait pas même passer le Garigliano : si les Piémontais n'avaient pas pris à revers Tarmée du roi, si l'ambassadeur de Sardaigne n'avait pas lancé des bataillons de bersaglieri à son secours, Garibaldi était perdu, rejeté dans les Calabres, peut-être bientôt traité comme un pirate, violateur du droit des gens.

Ge n'est pas tout : Au lieu de livrer bataille à la Révolution sur le territoire napolitain, les Piémontais écrasaient les défenseurs du Pape sur son propre territoire, et jetaient leurs bataillons, depuis longtemps accumulés , sur une poignée de Français , d'Italiens , de Belges et d'Irlandais.

Vous parlez bien légèrement, Monsieur le Vicomte, de cette journée héroïque où le sang français a rougi la terre d'Italie, versé par la main de nos alliés. Je ne redirai point cette lamentable histoire. Savez-vous cependant le grand service que nous a rendu cette bataille ? Non-seulement elle a montré une fois de plus ce que vaut le sang français ; mais elle a surtout rendu aux entreprises du Piémont leur vrai caractère. Oui, depuis Gastelûdardo, depuis Ancône jusqu'à Gaëte, ce qu'on décorait du nom de mouvement national a repris son vrai nom; c'est la conquête, l'invasion ; faites le compte des bombes et celui des suffrages : le Piémont a plus lancé de bombes qu'il n'a recueilli de voix.

Bornons-nous en ce moment à répéter que l'invasion des Piémontais a consommé les malheurs du Pape, et, n. iS

TOUS le Toyez, elle a été due à une graDde UlasioD de notre part : nous avons cm que Gialdini allait défendre le Pape, et que Garibaldi allait nous attaquer dans Rome et pois tomber sur Venise.

Mais savez-Yous ici mon plus grand étonnemenU Monsieur 7 C'est que vous, qui prenez on si géoérem plaisir à nous exposer la dépêche de M. de Gramont, et à accuser le Pape et les catholiques, vous D*ayez pas qd mol d'indignation pour les horreurs de Tinvasion piémontaise. Je dis : les horreurs ; je n'ai pas d'autre mot pour exprimer froidement ma pensée.

. En effet, qu'avons-nous vu ?

Des sommations faites au Saint-Përe pour désarmer ses défenseurs, au moment même où les envahisseurs appelaient tous ses peuples aux armes ;

Cette lâche agression , sans déclaration de guerre, ces ullimatum présentés après l'invasion des territoires;

Cette transformation du droit le plus simple d'an souverain, qui se défend, en insulte au seutiment national ;

Ces prétextes de troupes étrangères, quand on a soimême des légions hongroises, anglaises et polonaises sous ses drapeaux; ces reproches d'émeutes qu'on a excitées, et de répressions qu'on a provoquées ;

Ces proclamations, mêlant aux plus grossiers outrages des ordres d'extermination ;

Ces mots de misérables, de sicaireSy avides d'or et de pillage^ jetés à des volontaires français ;

Un roi et son premier ministre parlant des hordes pafyales comma\idées par ce La Uoricière ;

Cette attaque, par surprise, d'une petite armée, par une armée dix fois plus nombreuse ;

Ces bulletins de victoire où Cialdini ose écrire : « Ou « assassinait mes soldats à coups de poignard; les bles- V ses donnaient des coups de stylet à ceux qui les se- « couraient; »

Ce vainqueur qui se vante d'avoir fait fuir La Mo^ ricière ;

Ces insultes aux prisonniers français, traînés à travers les villes italiennes;

Ces douze heures de bombardement» au mépris de toutes les lois de la guerre et de l'honneur, d'une place qui capitule, et que ne protège pas le drapeau parlementaire ;

Cet envahissement en pleine paix d'un royaume allié; ces embarquements en plein jour dans les ports du Piémont, ces enrôlements publics dans toutes ses villes;

Cette comédie diplomatique d'un ministre qui, tant que le succès est douteux, nie effrontément sa complicité ;

Ce débarquement de Garibaldi prot(?gé par des vaisseaux anglais;

Cette fusillade des prisonniers de Miiazzo, pour donner « un salutaire exemple ; »

Cette proclamation de la loi agraire, ce partage des biens communaux « aux combattants et aux victimes de l'ancienne tyrannie ; »

Les 1 500 forçats de Castellamare mis en liberté, sur leur parole d'honneur ;

Ce décret, non encore rapporté, qui proclame sacrée la mémoire de l'assassin Agésilas Milauo ;

Toutes ces atrocités, enfin, comme on dit même au parlement anglais, et ce hideux spectacle d'anarchie et de déprédation ;

Dans les États napolîtaîDS, ce jenne roi, qai tend vai- Dément, an Piémont, une main loyale;

Qoi demande, au rois de TEorope dont seul il soutient Thonneur, des secours, et n'en reçoit que de vains conseils, et puis je ne sais quels grands cordons ;

Qui proclame TamnisUe, les institutions les plus généreuses, arbore le drapeau italien ; mais voit la trahison piémontaise partout autour de lui : dans la flotte, dans Tarmée, dans le ministère qu'on lui a désigné, et jasqne dans sa Ta mille;

Un oncle qui Taccuse devant l'Italie ;

Un général Nunziante, qui passe ù l'ennemi et sollicite ses soldats à la défection ;

Un Liborio Romano^ cette rare figure de traître, qui accepte, de François II, le ministère de l'Intérieur, pour y organiser toute trahison ; qui proclame François II, « son auguste maître , » et bientôt après , Tait des adresses au « très-invincible Garibaldi, rédempteur de l'Italie , » mérite , et reçoit de la main de Garibaldi répée d'honneur qui lui convenait, ce môme portefeuille qu'il tenait de François II ;

Puis ce secours donné par Tartillerie piémontaise à rinvincible Garibaldi, battu sur le Voltume.

Et au moment où, désabusé de sa confiance, et rendu à son courage, le jeune roi de Naples va résolument combattre les troupes de la révolution : le roi piémontais lui-même, sans déclaration de guerre, et tandis que les ministres respectifs étaient encore accrédités auprès des deux cours, venant en aide à Garibaldi ; le mensonge de la complicité tacite faisant place enfin à l'audace de la confraternité des armes ; le droit public ne protégeant plus rien ;

EN RÉPONSE A SA BROCHURE (ISCl). 437

Puis, colle enlrevue du révoluUonnairc et du roi, qui lui lend la main et lui dit : a Merci l » lui qui, au jour du péril, Va désavoué devant FEurope; lui, fils de ce Charles-Albert, qui refusa la couronne de Sicile qu^on lui offrait indûment ;

Puis, cette entrée à Naples, côte à côle, dans la môme voiture, du hardi forban, en blouse, avec le roi ;

Puis, toute cette votation, avec les trois urnes, sous la terreur des baïonnelles et du stylet ;

L'état de siège dans les provinces, aûn de bien constaler Tunanimité des suffrages ;

Tout mouvement contre le mouvement piémontais puni de mort ;

Le cri de : Vive François II ! puni de mort ;

Des soldats de François II, uniquement pour avoir élé fidèles à leur roi, punis de mort;

Les colonnes plémontaises lancées en tous sens dans le pays, pour y porter la terreur et la mort ;

D'effroyables ordres du jour ;

Cialdini, ordonnant de fusiller sans merci les paysans, parce qu'ils sont lidëles à leur prince, au Pape, à leur religion, à leur pays;

Pinelli, plus sauvage encore : « 11 faut, dit-il, écraser (( le vampire sacerdotal... Soyez inexorables comme le « destin. . . Contre de tels ennemis la pilié est un « crime... ; »

En conséquence, d'effroyables fusillades.

Des prêtres, des magistrats, emprisonnés et fusillés ;

Avec les fusillades, les bombardements ;

Après le bombardement d'Ancône, le bombardement de Capoue; après le bombardement de Gapoue, le bombardement de Gaëte, un des plus effroyables dont

rblsloire df s siëges fasse mention : les bombes s'attaquant spécialement aux maisons, aux églises, aux hôpitaux ;

Les officiers de Fancienne marine napolitaine traduits devant les conseils de guerre piémontais, parce que chez eux un dernier reste d'honneur se refuse à bombarder leur roi et leur jeune reine ;

La trahison mettant fin à ces horreurs, et à une défense héroïque, par l'explosion des poudrières ; - Voilà, Monsieur, quelque chose des atrocités qui ont passé sous nos yeux ; et je n'ai pas tout dit, je ne pois tout dire.

Et vous, Monsieur, si sévère envers le Pape et ses défenseurs, vous n'avez pas un mot sur tout cela !

Souffrez pourtant que je vous le demande :

Est-ce par tout cela que le Piémont, bien autrement rebelle que le Pape à nos conseils, a racheté ses mépris pour notre parole?

Lui devions-nous donc tant d'impunité?

Un homme, qai a quelques droits à l'admiration de M, de la Guéronnière, M. de Lamartine, s'écriait récemment avec une éloquence sortie du fond de sa raison et de sa conscience émues :

a Devions-nous donc au Piémont le sacrifice de tout ce qui a constitué jusqu'ici, parmi les sociétés civilisées, ce qu'on appelle le droit public, le droit des gens, le respect des traités, la sainteté des limites, la légitimité des possessions traditionnelles, l'inviolabilité des peuples avec lesquels on n'est pas en guerre ? Lui devions-nous le droit exceptionnel d'invasion dans toutes les provinces neutres et dans toutes les capitales où un caprice ambitieux le porte, au nom d'une prétendue

nationalité que le Piémont invoque pour lui en la foulant aux pieds chez les autres ?

(i Devions-nous au Piémont le débordement, sans déclaration de guerre et sans litre, de ses baïonnettes dans toutes les principautés à sa convenance dans rilalic septentrionale ?

« Devions-nous au Piémont l'invasion inopinée, par cent mille Piémontais, dans ces États du Pape avec lequel le Piémont n'était pas en guerre, et pendant que nos propres troupes, par leur présence à Rome, semblaient devoir garantir au moins Tinviolabilité de fait des territoires? Le drapeau français fut-il jamais affronté avec une telle irrévérence, je ne dirai pas par des ennemis, mais par des oHiés intimes, à qui nous venions de rendre des services aussi éclatants que Magenta et Solferino ?

« Devions-nous au Piémont les débarquements scandaleux d'une armée piémontaise en Sicile pendant que ses ambassadeurs assuraient le roi de Naples de son respect pour ses États, et que les ambassadeurs de Naples portaient à Turin une constitution fraternelle en gage de paix et d'alliance 7

« Devions-nous enfin au roi de Piémont le droit impuni d'aller, à la tête d'une armée royale, poursuivre, assiéger, bombarder dans son dernier asile , à Gaëte , un jeune roi à qui sa jeunesse, innocente du despotisme de son père, n'avait pas môme permis de commettre des fautes qui motivent l'animadversion d'un ennemi ou le jugement d'un peuple ? Ce droit des boulets et des bombes sur la tête des rois, des femmes, des enfants, des jeunes princesses d'une maison royale avec laquelle on n'est pas en guerre, est-il devenu le droit des rois

contre les rois de la même famille ? Est-ce là la fraler- Dite des trônes pour un prince qui veut universaliser la monarchie i

« Non, nous ne devions rien de tout cela au roi de Piémont, lors même que, pour légitimer ses énormités monarchiques, il se servirait du beau prétexte de la liberté à porter aux peuples

(I Et quelle diplomatie, excepté la diplomatie anglaise, peut contraindre la France à ratifier de telles audaces contre le droit des peuples ! ^>

Telle est. Monsieur, la triste histoire des douleurs du Pape et des événements de Tltalie. Nous sommes entrés dans ce pays pour en chasser TAutriche, nous y avons laissé Tesprit de révolution prendre son essor ; il a renversé aussi bien les souverains qui ont fait des concessions que ceux qui n'en ont pas fait, voulant non pas que les souverains se reforment, mais qu'ils se retirent; afin d'élever sur la ruine de leurs maisons, la maison de Savoie, qui lui a servi d'instrument.

Vouliez- vous , répondez-vous sans cesse, vouliezvous que la France se fît l'ennemie de l'Italie, qu'elle venait d'affranchir ? Pouvait-on faire la guerre contre elle, après l'avoir faite pour elle * ?

La réponse est facile; et d'abord un rapprochement me frappe. Pourquoi la France est-elle entrée en Italie?

* Pour le dire en passant, est-ce que le général Ualdloi, à CbambéOt n'avait pas déclaré qu'il allait livrer bataille à Garibaldi ? <iue l'Italie .allait combattre l'Italie? Il était moins scrupuleux.

parce que l'Aulriche, qui ne nous avait rien promis, avait envalii le territoire du Piémont, notre allié. Quand le Piémont a envahi, après nous avoir promis le contraire, le territoire du Pape, dont nous étions pins que l'allié, pourquoi nous sommes-nous montrés moins sensibles ?

Mais la guerre était inutile ; nous pensons mieux de l'ascendant du gouvernement que vous. Monsieur. Une parole ferme et nette aurait suffl. Nul n'en doute, nul n'en peut douter

Pour légitimer son invasion, le général Cialdini n'at-il pas été obligé de dire qu'il était autorisé, et par quoi , par notre parole. Qui donc arrête en ce moment Garibaldi et l'empêche de se jeler sur Venise? Notre parole, le gouvernement de l'Empereur a déclaré qu'il se brouillerait avec le Piémont, s'il attaquait l'Autriche. Le Piémont se l'est tenu pour dit et s'est arrêté. £st-ce que Cialdini était moins difficile à retenir que l'impétueux Garibaldi?

Celte parole, il fallait qu'elle fût dite. Une autre a été prononcée. Il ne faut pas être un profond politique ; le bon sens d'un homme pratique, la conscience d'un pasteur suffisent, pour qu'on s'explique sans peine le mot qui est tout le secret de l'audace tranquille duTiémont.

Nous lui avons assuré l'impunité par le mot tion-intervention. C'était empêcher les honnêtes gens de toute l'Europe de s'opposer aux entreprises du Piémont, c'était lui dire à l'oreille : Quoi que vous fassiez , je vous blâmerai peut-être, mais on ne vous empêchera pas ! — Au moins eût-il été juste, en proclamant au lendemain de Villafrauca la non-intervention, de l'imposer à tout le monde.

442 LETTRE A Bt LE V^ DE LA GUÉRONNIÈRE

Mais nous avons eu , pour le Piémont , une complaisance particulière.

Vous accusez, Monsieur, la Cour de Rome d'une obstination invincible. Permettez , si le cardinal Antonelli vous semble un entêté, M. de Gavour ne Test pas moins. Il y a deux entêtés en Italie , et non pas un. Rome refuse vos conseils , Turin ne les refuse pas moins. Vous lui avez conseillé de ne pas prendre les Romagnes, il les a prises; la Toscane, il Ta occupée ; les Marches et rombrie, il les a envahies ; le Royaume de Naples, il le possède.

Pour nous, j'en conviens, nous n'avons pas été entêtés. Nous avons protesté, puis cédé ; puis protesté, puis cédé encore.

Ainsi, à mesure que le pouvoir pontifical diminue, le rôle de la France a diminué ; on protégeait tout le droit, puis une partie du droit, puis une moindre partie, puis enfin seulement la personne du Pape , et de degré en degré, notre garantie n'est plus qu'une garde, notre armée n'^st plus qu'une escorte.

A chacun de ces degrés , le Pape a résisté , oui , mais l'Empereur a cédé. Chaque coup porté sur les droits de l'un portait sur les promesses de l'aulre. Savez-vous ce qui rend plus saillant cet entêtement de Rome que vous vous plaisez à faire ressortir. Monsieur? C'est le contraste avec la condescendance de la France. L'un , le pouvoir faible, ne cède pas, l'autre, le pouvoir fort, cède toujours. A qui? Le demandez - vous ? au Piémont, qui ne cède jamais; à l'Angleterre, qui ne cède jamais; à la Révolution, qui ne cède jamais.

La complaisance du Gouvernement pour le Piémont et pour la révolution italienne , son erreur sur Gari-

baldi : voilà les deux causes, les deux causes véritables de tout ce qui est arrivé en Italie, et de tout ce qu'a souffert le Pape.

Telles sont les causes, et, maintenant, quels sont les fruits?

Le chef de notre religion humilié , dénoncé , accablé d'épreuves , et à la veille de plus cruelles encore ; l'angoisse, le trouble dans toutes les consciences, leClergé, vous le dites vous-même, détaché malgré lui du Gouvernement, et ne sachant comment accorder les promesses avec les actes, la tristesse dans le cœur des honnêtes gens , les applaudissements venant d'auxiliaires qui n'ont pas l'habitude de fonder les dynasties, toute la chrétienté en alarmes.

En second lieu, si les événements aboutissent à autre chose qu'à un échafaudage éphémère, les Italiens devenus unitaires , se tournant vers l'Angleterre , dont tous les conseils ont été suivis pendant que les nôtres étaient rejetés, et y cherchant leurs alliés et leui's inspirateurs. Quoi! vous comptez sur leur reconnaissance; mais ils sont déjà ingrats ! C'est un axiome de la politique et du barreau, qu'on n'a de procès qu'avec ses voisins et ses obligés. On exige la reconnaissance , on rencontre la susceptibilité, etles querelles s'enflamment. Voilà à quoi nous expose l'unité italienne , mère très-prochaine et très-menaçante de l'unité allemande.

Au surplus, je m'abstiens d'examiner les conséquences politiques ; ce n'est pas mon rôle.

Tout n'est pas dit encore. La France qui a certainement plus aimé le Piémont que le Pape, peut encore défendre le Pape. Le veut-elle ?

Dites-nous-le, iMonsieur ; déchh*ezle voile qui couvre

VOS dernières paroles, soulevez ce mystère inconvenant, sortez de ces phrases enveloppées et de C€tte équivoque peu digne de vous.

QuoU ce l'Italie et la Papauté temporelle n'ont pas encore trouvé leurs conditions d'équilibre, » dites-vous.

Ou bien ces mots, Monsieur , n'ont pas de sens , ou bien ils laissent supposer je ne sais quelle combinaison qa*jon sait impossible.

II ne s'agit plus , comme le proposait la brochure Le Pape et le Congrès, de laisser au Saint- Père Rome etuo jardin. Le Piémont exige Rome pour son Parlement; et Victor -Emmanuel pour sa demeure. 11 ne restera donc au Pape que son jardin et sa maison. En d'autres termes, le Pouvoir temporel sera aboli, le Pape et les Cardinaux recevront un traitement et un hôtel. Vous ne posez point, Monsieur, cette conséquence, tout le monde la tire pour vous en vous lisant

Monsieur le Vicomte , vous savez l'histoire. Gharlemagne n'a pas voulu que le Pape fût son aumônier , le Pape n'a pas voulu être l'aumônier du grand Napoléon, et vous croyez qu'un Pape voudra devenir Taumônier de Victor-Emmanuel !

Ce pouvoir que la France a fait, que la France a rétabli, que les siècles ont respecté, Siège indépendant du Pontife du genre humain , que Paris ne voudrait pas céder à Vienne , ni Vienne à Madrid , ni Madrid à Munich, vous proposez d'en faire une prébende piémontaise I

Puis , parce que nous considérons ce Pouvoir , que vous voulez abolir, comme essentiel à Findépendance de notre foi, vous nous accusez de mêler le temporel au spirituel I Nous sommes des hommes de parti, la Cour

EN REPONSE A SA BROCHURE (1861). 4i5

(le Rome est menée et obstinée! Vous lui conseillez l'impossible, puis yous l'accusez de repousser vos conseils. Soyez, Monsieur, sineëreet logique. Allez jusqu'au bout de Tos raisonnements. On peut avoir deux politiques, on ne peut pas avoir deux conclusions. Or, vous en avez deux. Décidez-vous.

Si vous voulez le maintien de la Souveraineté ponti* ûcale, conseillez nettement au Gouvernement de l'Empereur de défendre au Piémont d'y toucher.

Si l'abolition de ce Pouvoir antique est votre conclusion ; si dans ces tristes temps, où la morale publique reçoit parfois chez nous de si cruelles atteintes, le plus auguste représentant de la foi et de la moralité chrétienne doit être sacrifié, dites-le; si c'est votre opinion, soutenez^a. Mais, au moment où votre écrit peut mettre le comble aux malheurs immérités du Pape, au moment où il peut encourager la France à abandonner le Pouvoir temporel du Saint-Siège, et décider le Piémont à y porter la main, ah ! du moins ne lui prêtez pas des paroles pour insulter sa victime I

Agréez, etc.

t FÉLIX, évéque d'Orléans.

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