‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 41 sur 48 · DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE JÉSUS-CHRIST

(JuB Jésu8*Chri8t soit réellement mort sur la oroix, ainsi que le rapportent nos écrivains sacrés, o*est là un fait his* torique, qui, dès la naissance môme du christianisme, n'a jamais été contesté par ses ennemis les plus acharnés, les Juifs et les païens. Le prodige de la résurrection de Jésus* Christ est si étonnant, si décisif, qu'on n'a rien oublié pour en combattre la réalité et en obscurcir Téclat ; mais il est inoui que le Sanhédrin , que les Rabbins, que les sophistes Grecs ou Romains (rient jamais imaginé de dire que Jésus n'était pas mort, et qu'ainsi il avait été fecile de le faire passer pour ressuscité. D'après tout ce qui nous reste des anciennes disputes des apologistes de la religion et de ses adversaires, on voit que jamais la con* troverse n'a roulé sur la réalité de la mort de Jésus, et que des deux côtés elle était regardée comme indubitable. Or, après la croyance la plus antique et la plus invariable des chrétiens, des Juifs et des païens, on ne saurait être reçu aujourd'hui à élever sur ce point le doute le plus léger. Et certes, si l'on se rappelle que Jésus, après une flagellation cruelle, resta attaché à la croix pendant trois heures, baigné dans son sang, au miliçu des plus horribles tourments; que son côté fut percé d'une lance; qu'avant de le descendre de la croix on s'assura s'il était mort; qu'il fut déposé dans le sépulcre, enveloppé de linges, sous une grande quantité d'aromates, qui seuls auraient pu l'étoufFer quand il eût été encore vivant, o»

se persuadera sans peine que sa mort fut très*réelle.

Aussi on n'a jamais dit que deux choses : ou qu'il était ressuscité, ou bien que, si son corps ne se trouva plus dans le sépulcre, c'est que ses disciples Favaient enlevé. Ecoutez rincrédule, il vous dira : c( Les disciples de Jésus » forment le complot d'enlever le corps de leur maître : » soit par corruption , soit par fraude , soit par violence, » ils triomphent de la vigilance des gardes placés autour » du tombeau, et répandent ensuite le bruit qu'il est » ressuscité. Cette fable tramée par Timposture, se pro- » page au milieu d'un peuple naturellement crédule, et » bientôt elle se tourne en réalité. Toutefois le récit des » évangéiistes, si vous le considérez attentivement, vous » présente des détails et des circonstances contradictoires, » qui ne peuvent que le rendre suspect ; et d'ailleurs, si » Jésus était ressuscité, au lieu d'apparaître uniquement » à ses disciples, n'aurait il pas dû se montrer à la syna- » gogue, à toute la ville de Jérusalem, à tous ses enne- D mis, pour les confondre, et pour effacer à leurs yeux, » par la gloire de sa résurrection, l'obscurité de sa vie » et les opprobres de sa mort? » Tel est le langage de l'incrédulité : je le rappelle avec franchise; la religion est trop forte pour craindre les attaques de ses ennemis, et pour les dissimuler.

Maintenant, si vous écoutez le chrétien, il vous dira que le fait de la résurrection est appuyé sur des témoignages irrécusables ; que la supposition de Tenlèvement du corps est entièrement chimérique; que les oppositions apparentes des évangélistes sur quelques détails , loin d'affaiblir leur récit, ne font que le fortifier ; que Jésus a donné des preuves suffisantes de sa résurrection, trèsconvaincantes pour un homme sensé, preuves qui conservent, par rapport à nous, toute leur force ; et qu'ainsi ce miracle est le triomphe de la religion de Jésus-Christ, fon divin fondateur. C'est à établir, à venger cette

croyance des chrétiens, que ce discours va être consacré. D'abord nous établirons la réalité de la résurrection, comme on établit les faits, par des témoignages ^ ensuite nous développerons les concéquences qui en résultent pour la religion. Ainsi, preuves et conséquences du fait de la résurrection de Jésus-Christ, tel est le but et le plan de cette Conférence.

Toujours raisonnables dans leur foi, les chrétiens ne croient à la résurrection de Jésus-Christ, que par des motifs capables de porter dans tout esprit judicieux la lumière la plus vive et la conviction la plus profonde. Oui, j'y crois d'après la déposition de témoins irrécusables, parce qu'ils sont et bien instruits du fait, et très-sincères dans leur récit; j'y crois d'après l'autorité de ceux qui, dans Torigine, y ont ajouté la foi la plus réfléchie comme la plus inébranlable , j'y crois à cause de l'absurdité même de la supposition qu'on est obligé de faire pour n'y croire pas : j'y crois enfin à cause de la futilité des arguments qu'on y oppose. Si tous ces motifs de crédibilité, dont chacun a sa force particulière, se trouvent réunis, quelle autorité ne doivent-ils pas avoir dans leur ensemble ?

J'ai dit que je croyais à la résurrection d'après la déposition de témoins irrécusables, aussi bien instruits que sincères. Et d*abord, n'est-il pas évident que les disciples de Jésus n'ont pu se tromper sur la réalité ou la fausseté du fait de la résurrection ; qu'ils ont dû savoir parfaitement ce qu'il en était? J'observe que, dans le commencement, ils furent très-difficiles à y croire, défiance qui les mettait en garde contre toute surprise. Quand les saintes femmes, qui étaient allées au sépulcre, annoncent qu'elles ont vu le Seigneur vivant, on les traite de visionnaires; quand il apparaît aux apôtres assemblés, on croit voir un fantôme ; celui qui était absent refuse de croire les autres, et proteste qu'il ne croira que lorsqu'il aura

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porté ses mains dans les plaies du corps de Jésus. Heureuse incrédulité, propre à vaincre la nôtre, parce qu^elle nous garantit la sévérité de Texamen des disciples, et nous apprend qu'ils n'ont pas été le jouet d'une crédulité précipitée! J'observe encore qu'ils ont eu tout le temps et tous les moyens de bien se convaincre du fait. Jésus apparaît, non à une seule personne, dont le suffrage, s'il était unique , pourrait sembler suspect d'illusion , mais à plusieurs, à un très-grand nombre à la fois, à Madeleine, à d'autres femmes encore, à saint Pierre, à saint Jacques, à deux disciples, aux onzes apôtres, enfin à cinq cents personnes réunies. Jésus apparaît, non dans les ombres de la nuit, où Timagination égarée réalise quelquefois des fantômes ; mais en plein jour, dans les endroits les plus découverts, en des lieux différents, dans le jardin où était placé le tombeau, sur le chemin d'Emmaiis, dans le ce* nade, sur les bords du lac de Génésareth, sur une montagne de Galilée. Jésus apparaît, non d'une manière rapide et fugitive qui ne laisse pas de traces après elle, mai» pendant quarante jours, parlant avec ses disciples, se laissant toucher par eux, mangeant avec eux. Quoi ! les apôtres avaient vécu trois ans entiers dans la plus grande familiarité avec Jésus ; sa voix, ses discours, son visage, son air, ses manières, tout ce qui avait trait à sa personne leur était parfaitement connu : et ils auraient été tous assez stupides pour confondre constamment avec Jésus, qu'ils n'avaient perdu de vue que quelques jours, un je ne sais quoi qui n'était pas lui ! Ils auraient donc cru voir ce qu'ils ne voyaient pas, entendre ce qu'ils n'entendaient pas, toucher ce qu'ils ne touchaient pas : c'est-à-dire que, sans avoir jamais donné de signes de folie, ils auraient tous, et tout à coup été agités du même délire, et d'un délire si exactement semblable, si durable, que, pendant quarante jours, leurs cerveaux troublés eussent éprouvé les mêmes sensations et reproduit le

même fantôme ! Voyez à quoi s'exposent ceux qui prétendraient que les apôtres ont été joués par leur imagination échauffée» et qu'ils ont pris un fantôme pour Jésus-Christ. Hé bien, dira-t-on, je conviens quMls n'ont pas pu se méprendre sur le fait de la résurrection ; mais ce sont eux qui Font inventé avec toutes ses circonstances, et c'est une imposture par laquelle ils ont séduit le monde. Il est constant que tout repousse cette supposition, et que, pour faire des apôtres autant d'imposteurs, qui ont fabriqué, débité, soutenu jusqu'à la mort la fable de la résurrection, il faut se résoudre à dévorer les choses les plus choquantes, les plus révoltantes, les plus contradictoires. En effet. Messieurs, les apôtres n'étaient pas des philosophes formés dans les écoles de Rome ou d'Athènes, ni des hommes d'une âme naturellement élevée et capable de grands desseins; c'étaient au contraire des hommes ignorants, grossiers, timides : et pourtant l'incrédule en fait ici les personnages les plus extraordinaires et les plus audacieux ; car il leur prête le projet le plus vaste et le plus profond qu'ait jamais conçu l'esprit humain, le projet de faire adorer comme un Dieu, par toute la terre, un imposteur crucifié dans la Judée ; et chose incroyable, ils y auraient réussi ! Les apôtres n'étaient pas des scélérats ni des impies; en supposant même qu'ils aient été assez simples pour se laisser abuser, toutefois la sagesse de leur morale, leurs vertus, leur conduite irréprochable, ne permettent pas d'en faire des monstres d'impiété et de scélératesse : et pourtant, voilà ce qu'ils sont véritablement dans le système de l'incrédule. Fut-il jamais rien de plus horrible, que de former le complot d'en imposer à tout le genre humain, en donnant comme ressuscité par la puissance divine un homme qu'on sait être mort, et de tout oser pour faire décerner tes honneurs divins à celui qui n'aurait mérité que le mépris et la haine? Enfin les apôtres n'étaient pas des frénétiques, des insensés,

qui, sans intérêt et contre tous leurs intérêts, aient voulu former un complot d'ailleurs exécrable. L'homme n'est pas méchant, fourbe, sans savoir pourquoi ; et pourtant, à écouter l'incrédule, voilà ce quil faudrait dire. Car enfin, quel intérêt pouvaient avoir les apôtres à faire passer faussement Jésus -Christ pour ressuscité? quel bien pouvaient-ils retirer de leur imposture ! Qu'avaient-ils à attendre dans la vie présente ? Pas autre chose que la fureur des Juifs, des chaînes, des opprobres, des supplices et la mort. Que pouvaient-ils espérer dans la vie future? SMl existe un Dieu vengeur du crime, quels châtiments ne doit-il pas réserver aux séducteurs impies? Ce n'est pas tout ; si Jésus n'est pas ressuscité, comme il l'avait annoncé lui-même, dès lors il est convaincu d'imposture ; les apôtres ne doivent voir en lui qu'un fourbe qui les a trompés : et vous voulez que, tout en le reconnaissant pout tel, ils n'en soient que plus zélés pour celui qui les aurait si étrangement abusés ! Tout cela n'est pas dans la nature de l'homme.

Si l'on suppose que les apôtres ont tramé ensemble un tel complot, je me figure qu'ils se seront réunis pour se concerter, et que le plus hardi, prenant la parole, aura dit : « Mes amis, nous savons bien maintenant que Jésus » nous a trompés ; il avait promis de ressusciter, et le » voilà toujours parmi les morts. Notre intérêt serait de D démasquer son imposture; mais non, sacrifions tout » pour sa gloire, conscience, honneur, repos, et même la » vie. Nous savons bien que c'est nous qui avons tiré son » corps du sépulcre; n'importe : contre la vérité, nous » publierons qu'il en est sorti vivant, et nous l'adorerons » comme un Dieu. Nous savons que nous allons soulever D contre nous la synagogue et toute la nation Juive ; hé D bien, nous braverons tout pour soutenir ce vil men- » songe. S'il est un Dieu qui soit la justice et la vérité, il jo ne nous réserve que des châtiments pour prix de notre

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» horrible imposture; hé bien, affrontons le courroux du » ciel comme celui de la terre. Sans aucun intérêt pour » la vie présente, sans aucun intérêt pour la vie future, x> contre tous nos intérêts, courons ^publier partout la D fausse résurrection de Jésus; et s'il le faut, laissons-nous » égorger pour cette fable de notre invention; »

Tel est le projet plus qu'infernal qu'il faut prêter aux disciples de Jésus. Ce n'est pas tout encore; il faut supposer qu'après l'avoir concerté entre eux, il ne s^en trouve pas un seul qui, déchiré de remords, abjure dans la suite son détestable engagement ; pas un qui, par l'attrait des récompenses, trahisse le secret ; pas un qui le laisse échapper par imprudence ou par légèreté; pas un à<iui il soit arraché par la crainte du supplice : ils emporteront dans le tombeau l'horrible gloire de mourir pour un fait qu'ils savent être faux; perdant tout, si tout finit à la mort, et ne trouvant au delà que des supplices, s'il existe un Dieu vengeur. Voilà des prodiges plus incroyables que celui de la résurrection : donc il est manifeste que les disciples de Jésus, qui se sont donnés pour témoins oculaires de sa résurrection, ne peuvent être soupçonnés d'illusion et d'imposture; donc leur témoignage est irrécusable.

J'ai dit, en second lieu, que je croyais à la résurrection, d'après l'autorité de ceux qui n'ont pu s'empêcher d y ajouter foi dès l'origine. Les apôtres commencent de prêcher Jésus ressuscité au milieu de Jérusalem, et parmi les peuples de la Judée; la résurrection, voilà le miracle qu'ils donnent pour base à la religion, qu'ils présentent comme le titre le plus éclatant de la mission divine de Jésus-Christ. Saint Pierre l'annonce dans le temple au peuple Juif : «Vous avez mis à mort, dit-il (4), l'auteur de B la vie; mais Dieu l'a ressuscité, et nous en sommes les » témoins, o Bientôt après, Paul ira le prêcher au milieu

(1) Act. m. 15.

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d'Athènes et jusque devant Taréopage (1). Quand ce grand apôtre écrit aux Corinthiens, que leur marque-t-il î C'est que, si Jésus-Cbrist n'est pas ressuscité, leur foi est entièrement vaine, qu'elle ne porte sur rien, a et nous ne » sommes, ajoute-t-il, que de faux témoins (3). » C'est le miracle par exoellence, dont l'éclat rejaillit sur tous les autres; c*est le centre où viennent aboutir toutes les parties du christianisme. Le fidèle pourrait impunément ignorer bien des prodiges consignés dans nos livres saints, sans que sa foi en fût ahérée; mais il ne peut ignorer le prodige de Jésus libre jusque dans les bras de la mort, et sortant en triomphateur de la nuit du tombeau. Qui croit à ce miracle, doit être chrétien; qui ne le croit pas, ne saurait Tétre. Oui, si déjà, dès le commencement, Jérusalem, Corinthe, Athènes, Ephèse, Antioche, Alexandrie, Rome voient dans leur sein des adorateurs du Christ, c'est que les apôtres y ont prêché sa résurrection glorieuse. £t qui suis-je, moi, après dix-buit siècles, pour contester un fait que les païens et les Juis de ces villes fameuses ont cru d'une manière si intime, si profonde, qu'ils en ont fait la règle de leur foi et de leur conduite, et qu'ils étaient prêts à mourir plutôt que de le renier même en apparence?

Que beaucoup de gens l'aient rejeté, cela s'explique aisément par l'emph'e des passions toujours en révolte contre le joug d'une religion qui les importune ; mais que beaucoup Talent reconnu et professé, môme au péril de leur vie, voilà ce qu'on n'explique que par la persuasion la plus intime, fruit de l'examen le plus réfléchi. Leur croyance me frapperait moins, si je pouvais la suspecter d'être intéressée; mais quel intérêt pouvaient y trouver les Juifs et les païens? Tout devait plutôt les éloigner de cette croyance : ce n'était pas là une de ces nouveautés

J (1) Act. XVII. 81. — (2) I. Cor. XV. 15 17.

qui font des sectateurs en remuant dans le cœur de rhomme, en flattant ces penchants qui lui sont si chers, je veux dire Tambitton, l'orgueil, la volupté. Ce n'était que par le sacrifice des passions qu'on devenait chrétien. Pour le Juif charnel et grossier, qui attendait un Messie puissant et magnifique, il s'abaissait d'adorer celui que les prôtres et les docteurs de la loi avaient fait mourir oomme un impie, comme un ennemi de Dieu et <lu cuite de Moïse. Pour les païens voluptueux et plongés dans la mollesse, il s'agissait de professer une religion de croix et de souffrances. quMl fallait, pour les uns et pour les autres, des motifs puissants de s'élever au-dessus de l'empire des sens et des préjugés 1 Et si tous leurs motifs aboutissaient au miracle de la résurrection, avec quelle sévère, quelle scrupuleuse attention, n'avaient-ils pas dû l'examiner? Et dès lors leur croyance intime et profonde sur ce fait, portée même jusqu'à mourir pour l'attester, n'est-elle pas d'un poids immense?

Tai dit, en troisième lieu, que je croyais à la résurrection de Jésus-Christ, à cause de l'absurdité môme de la supposition qu'on est obligé de faire pour n'y croire pas. Ici point de milieu : ou Jésus est ressuscité, ou bien il faut supposer que son corps fut enlevé par ses disciples. J'aurais le droit de faire observer qu'il est contre toutes les règles du bon sens et de la critique, de combattre par de vagues rumeurs, par des conjectures et des suppositions gratuites, des faits bien prouvés. Les apôtres connais-r saient très-bien le bruit répandu de l'enlèvement du corps; ils le rapportent eux-mêmes comme une fable inventée par les Juifs, et ne persistent pas moins à rendre à Jésus-Christ ressuscité un témoignage qu'ils vont jusqu'à sceller de leur sang. Peut-on les accuser d'illusion ou d'imposture? ont -ils été trompés ou trompeurs? Voilà le point précis de la question : tant qu'on n'attaque pas les preuves que l'on donne de la sincérité de leur té-

moignage, il conserve sa force tout entière. Eh quoi! je vous produis des témoins d'un fait, je vous prouve que leur témoignage est irrécusable, et vous vous contentez d'une simple dénégation sans preuve ! Ce n'est pas assez de dire que l'enlèvement du corps était possible; il faudrait établir que réellement il a eu lieu. Ou reconnaissez le fait si bien prouvé de la résurrection, ou prouvez vousmêmes par des arguments positifs le fait de l'enlèvement. Les monuments de Thistoire à la main, vous m'avez prouvé que César expira en plein sénat d'une mort tragique; et je me croirais dispensé d'y ajouter foi, en alléguant une simple possibilité du contraire! Certes, par cette manière de raisonner, toute l'histoire serait bientôt mise en pièces. Mais discutons un moment cette suppo^ tion de l'enlèvement. Nous dirons aux incrédules : Vous savez et vous convenez que des soldats Romains furent préposés à la garde du sépulcre; hé bien, voulez-vous que les gardes, gagnés par argent, aient été complices de l'enlèvement ? voulez-vous que les disciples aient usé de violence, et triomphé par la force ouverte de la résistance des gardes? voulez-vous que, les gardes étant endormis, les disciples aient enlevé le corps furtivement? choisissez. Il est triste d'être obligé d'opter entre ces trois suppositions ; car elles sont également insoutenables.

Si les gardes ont été corrompus par l'appât de l'or et de l'argent, il faut donc supposer que les apôtres se seraient présentés à eux comme des impudents et des hommes sans conscience, qui viennent marchander un crime ; et ils n'auront pas tremblé de faire des offres dont le refus peut les plonger dans un abîme de malheurs ! et parmi les soldats, il ne s'en trouve pas un seul qui soit inaccessible à la corruption ! pas un seul qui, par l'espoir des récompenses, dénonce les apôtres plutôt que de s'associer à une entreprise criminelle dont l'issue peut devenir si funeste à ses auteurs ! et le conseil des Juifs aura gardé

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le silence, au lieu d'informer contre les gardes et les apAtres, pour découvrir toute cette trame, et prévenir les effets qu'il voulait arrêter 1 Les Juifs avaient pris tant de précautions contre la fraude ; ils avaient eux-mêmes demandé une garde au gouverneur, ils avaient apposé au sépulcre le sceau de Tautorité publique, ils étaient si in-* téressés à empêcher la eroyanoe^u fait àe la résurrection ; et ils ne font aucune information contre les gardes et les disciples, pour mettre au jour leur complicité 1 Cette première supposition est si choquante par tant d*endroits^ que les Juifs ne Tont jamais hasardée.

Dira-t-on avec plus de succès, que les disciples ont usé de violence, qu'ils ont écarté les gardes par la force, et ensuite enlevé le corps? Mais quoi! ils étaient si timides, si lâches; la frayeur les avait dispersés; Pierre était allé jusqu*à renier son maître, à la voix d'une servante ; ils sont déconcertés de la mort de lésus-Christ, ils ne savent que penser de lui et de ses promesses; euxmêmes ont la bonne foi de ne pas déguiser à ce sujet leurs craintes et leurs incertitudes : et tout à coup les voilà transformés en des hommes intrépides, qui vont affronter les dangers dans les ténèbres de la nuit, qui fondent sur les soldats Romains et les dispersent ; où est ici la vraisemblance? Mais ce n*est pas tout : si les soldats avaient souffert une telle violence, ils n'auraient pas manqué, pour leur propre justification, de dénoncer cet attentat des apôtres ; et sur leur dénonciation, les apôtres auraient été poursuivis juridiquement comme des profanateurs des tombeaux, et des violateurs audacieux du sceau de Tautorité publique, apposé au sépulcre. Cependant il n'existe pas la plus légère trace de cette accusation.

Il ne reste qu'une troisième supposition ; c'est de dire, comnM Tont prétendu les Juift, que, les gardes étant endormis, le corps fut enlevé fortivement pendant leur

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sommeil. Celte fable juive est bien digne d'être répétée par des hommes qui croient tout^ excepté ce qu'ils doivent croire. £n effet, pour Tadmettre, il faut dire que tous les gardes s'étaient comme concertés pour dormir à la fois, que pas un seul n'aura été éveillé au bruit de plusieurs personnes qui arrivent au sépulcre, roulent la pierre énorme qui en fej^me l'entrée, y entrent, en re^ tirent le corps et l'emportent. Voici encore une autre circonstance remarquable : au lieu d'emporter le corps tout enveloppé, ce qui était plus facile et plus court, ces étranges voleurs font tout le contraire ; ils détachent le linceul qui couvrait le corps , et le laissent dans le sépulcre; ils plient même et placent à part le suaire qui couvrait la tête; car ces particularités sont expressément rapportées par nos évangélistes. Que si l'on disait que les apôtres se sont avancés secrètement jusqu'au sépulcre par une voie souterraine, nous ferions à ce sujet une observation sans réplique ; c'est qu'une telle fraude aurait laissé après elle des traces manifestes. Le sépulcre était taillé dans le roc ; il aurait donc fallu y pratiquer une ouverture, et cette ouverture aurait trahi le complot et le vol sacrilège. Vous le voyez, Messieurs, cette supposition de l'enlèvement du corps, outre qu'elle est entièrement gratuite, qu'elle n'est appuyée sur aucune preuve positive, n'a pas même le mérite d'une simple probabilité : ce n'est qu'un échafaudage de pièces mal assorties, qui tombe de toutes parts. C'est le cas de dire avec le poète romain : a Qu'un Juif le croie ; moi, je ne le croirai » pas. »

Enfin j'ai dit que je croyais à la résurrection, à cause de la futilité même de ce qu'on prétend y opposer. Rien ne donne plus de force et d'éclat à la vérité, que la faiblesse des efforts que Ton fait pour le combattre; c'est alors qu'on sent mieux ses avantages et son triomphe. Or, qu'ont imaginé les incrédules contre les preuves his-

toriques du fait de la résurrection? C'est de dire d'abord que les évangélistes, incertains, vacillants dans leurs récits, rapportent des choses contradictoires, et ne s'accordent pas entre eux, ni sur les apparitions des anges, ni sur celles de Jésus-Christ, ni sur les voyages qui ont été faits au sépulcre, ni sur les heures où ces voyages ont eu lieu. L'un suppose qu'un seul ange a paru, l'autre en suppose plusieurs; ce que celui-ci place après le lever du soleil, celui-là le met avant l'aurore ; dans ce choc de narrations qui se combattent, comment démêler la vérité? Messieurs, je le demande à tout homme de bonne foi : parmi les faits de l'antiquité, même les plus authentiques, en est-il un seul qui, dans ses détails et ses circonstances accessoires, n'offre des obscurités qui font le tourment des critiques ? £st-il permis de combattre le témoignage des quatre évangélistes par quelques particularités de leurs récits, qui pouvaient être très-claires pour les contemporains, encore qu'elles soient embarrassantes pour nous qui sommes séparés du fait par un intervalle de dix -huit siècles? Il est si aisé de concevoir comment les récits des évangélistes présentent des contrariétés apparentes! En effet, qu'arriva-t-il? Différentes femmes, différents disciples, partent à différentes heures pour aller au sépulcre, font différents voyages, et par des chemins différents; tantôt c'est un ange, tantôt ce sont deux anges qui apparaissent. De toutes ces particularités également indubitables, celle qui est rapportée par un évangéliste est passée sous silence par un autre ; de là des diversités, et nullement des contradictions réelles : et l'on ne s'aperçoit pas que ces oppositions apparentes font ressortir davantage la sincérité des apôtres ! S'ils avaient machiné une imposture, il leur était si aisé de concerter ensemble une narration qui ne présentât rien de choquant dans aucune de ses circonstances; mais non, la vérité seule guide la plume des écrivains sacrés; chacun raconte

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avec simplicité ce qu*il croit devoir raconter, persuadé que ce qu'il dit se concilie avec ce qu*un autre pourra dire. Les récits sont assez semblables pour les mettre hors de tout soupçon d'imposture, et assez différents )K)ur les sauver du reproche de fraude concertée.

Voici enfin la dernière ressource de Tincrédule : Si Jésus-Christ était véritablement ressuscité, se serait-il con^ tenté d'apparattre à ses disciples, qui déjà croyaient en lui? ne devait-il pas plutôt apparaître à ses ennemis pour les guérir de leur incrédulité? Messieurs, il est vrai, si Jésus-Christ a voulu que sa mission divine éclatât surtout dans le miracle de sa résurrection , il a dCl nous en fournir de» preuves suffisantes pour convaincre tout esprit raisonnable ; mais si celles qu'il a données suffisent, si elles portent avec elles une impression de vérité dont on ne peut se défendre, si Ton ne peut les combattre que par des frivolités, qui sommes^nous pour en exiger de plus ft*appantes et de plus lumineuses encore! Est-co donc sur nos faibles pensées que le ciel doit mesurer ses desseins? et quand nous devons raisonnablement être contents des lumières qu'il nous donne, comment osonsnous murmurer pour celles qu'il croit devoir nous refuser? Jésus -Christ a-t*il manifesté sa résurrection à des témoins irrécusables? leur témoignage nous est-il connu , et se présente-t-il encore à nous tel qu'il doit être pour entraîner notre assentiment ? C'est tout ce qu'il fiiul pour que nous soyons sages dans notre croyance, inexcusa** blés dans notre infidélité. <!( Et à qui prétend-on que Je-* » sus-Christ était obligé de se manifester avec évidence? » à qui? A ce lâche gouverneur, qui Tavait condamné » contre sa conscience? à ce léger et voluptueux Hérode, B qui Tavait indignement raillé? à ces prêtres, à ces doc-» B teurs, à ces Pharisiens, qui n'avaient cessé de le pouro suivre de leurs calomnies et de leurs intrigues» jusqu'k » ce qu'ils l'eussent conduit sur le Calvaire? à ces JuîAi

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» furieux, qui, comblés de ses bienfaits, avaient demandé sa mort à grands cris, et souhaité que son sang retombât sur eux et sur leurs enfants? Par où tous ces » hommes si criminels avaient-ils mérité le bienfait de » son apparition? 11 est déraisonnable de prétendre que Dieu doive répandre ses grâces plus abondamment, à mesure qu'on s*en rend plus indigne, et multiplier les » preuves de sa foi, à proportion qu'on y résiste davan- » tage {i),h Jésus se manifeste à ses disciples; il en fait ensuite les hérauts de sa résurrection; c'est par eux qu'il s'est manifesté à la terre ; c'est par leur témoignage, continué à travers les siècles, qu'il se manifeste encore à nous. Vous voudriez qu'il eût en quelque sorte forcé ses ennemis au silence, par l'éclat irrésistible de sa présence glorieuse ; c'est précisément ce qu'il ne voulait pas« S'il veut que la foi soit motivée pour être raisonnable, il veut aussi qu'elle soit libre pour être méritoire : il doit à tous des preuves suffisantes; mais celui qui, en ce genre, reçoit moins, n'a pas le droit de se plaindre et de crier à l'injustice, parce qu'un autre aura reçu davantage. Vous demandez pourquoi Jésus n'a pas apparu à toute la ville de Jérusalem, à la synagogue, à tous ses ennemis ; et moi, je vous demanderai pourquoi il n'a pas apparu à Rome, à Corinthe, à Ephèse, partout où sa résurrection fut préchée et donnée pour fondement de sa religion? et alors les demandes n'auront pas de terme.

Hais ne pourrait-on pas dire avec Jean-Jacques : « Je » ne connais ce miracle, comme les autres, que par des hommes. Qui a vu ce miracle? Des hommes. Qui me » le rapporte? Des hommes. Toujours des honunes entre » Dieu et moi ! N'était-il pas plus simple qu'il me parlât » lui-même? D II sied bien à un sophiste orgueilleux de

(i) La Lnzefne, Dissert, sur la Beligionf II* Dissert. chap. i, n. 74.

40t BÉBUBRfiCTlOM DE JÉSUS-CHIiniT.

prendre ce ton d'insulte envers le Dieu qui lui a donné l'être, et oe talent dont il abuse pour blasphémer contre lui ! Comment Jean-Jacques connaissait-^il Texistenoe de César, ses conquêtes, sa fin tragique, sinon par le témoignage des générations intermédiaires, depuis dix-huit siècles? Entre ces événements et lui, voilà bien des hommes; se croyait-il pour cela dispensé d'y croire? ou plutôt ne se serait^ii pas regardé comme un insensé de n'y croire pas? Il aurait voulu que Dieu lui parlât; et pourquoi à lui plutôt qu'à tout autre? pensait-il que le feu de son imagination fût un titre de préférence aux yeux de oelul qui estime avant tout l'innocence et la vertu? Il faudrait donc que Dieu se manifestât par des révélations spéciales, à tous les individus de l'espèce humaine, qu'il bouleversât ainsi sans cesse tout Tordre naturel des choses, quMl multipliât sans fin les miracles, les rendit journaliers, et si communs que, n'ayapt plus l'éclat et la force des miracles, ils fussent inutiles : car c'est là qu'aboutissent les prétentions d'une fausse et orgueilleuse sagesse.

Ainsi, Messieurs, si je discute la déposition des témoins oculaires du fait de Jésus ressuscité, je la trouve très-di* gne de foi ; si je discute l'autorité des Juifs et des païens, qui, dans l'origine, ont cru au miracle de la résurrection, et l'ont confessé jusque dans les tourments, je trouve que leur suffrage est d'un poids immense ; si je discute la supposition de l'enlèvement du corps, je trouve qu'elle n'a pas une ombre de probabilité; enfin si je discute les difficultés des incrédules, je les trouve sans fondement, et bien âiibles à côté de nos preuves historiques : donc, pour être raisonnable, je dois croire que Jésus- Christ est ressuscité. Je viens aux conséquences de cette résur^ rection.

Ce n'est pas assez de croire à la résurrection de Jésus-

RÉAURRBGTIOll Iffi JÉSV»<:HRIST. 4d3

Christ, d'admirer ce trait éclatant de la puissance divine. Tout ce qui est écrit, dit le grand Apôtre (i), est écrit pour notre instruction. Dans la religion du Dieu véritable et trois fois saint, tout doit tendre à éclairer nos esprits, pour opérer la réforme de nos cœurs. Il ne s'agit pas d'un de ces faits historiques consignés dans des monuments dignes de foi, que Ton croit, il est vrai, parce qu'il est raisonnable d'y croire, mais qui, étrangers à nos prin<* cipes religieux, à notre conduite, peuvent après tout n'in* spirer qu'un médiocre intérêt. On croit à la mort de Socrate, au consulat de Cicéron, au règne d'Auguste; mais enfin ce sont là de ces faits, ou qu'on peut ignorer inipu* nément, ou qu'on peut croire sans en tirer aucune conséquence utile. Il n'en est pas de même du ftiit de la ré^ surrection; il entraîne après lui des conséquences inévitables, qui doivent fixer pour jamais notre croyance^ nous avertir de ce qu'il faut pratiquer, en nous montrant ce qu'il faut croire; régler ainsi notre conduite, noire culte, nos hommages envers Jésus-Christ; et lier pour nous la vie présente à nos futures destinées.

Une première conséquence de la résurrection de Jésus-Christ, c'est qu'il est véritablement l'envoyé de Dieu. Jésus parait au milieu de la Judée ; il se dit l'envoyé du ciel, pour former à Dieu des adorateurs en esprit et en vérité ; il ne dispute pas, il décide ; il ne parle pas en philosophe qui disserte , mais en maître ; la sagesse est sur ses lèvres, comme l'innocence est dans ses actions; sublime dans sa simplicité , il enseigne (sans fbste, sans effort, comme ayant autorité : le peuple est ravi de l'entendre, et dit que jamais homme n'a parlé comme lui (2). Sans doute , la sainteté de sa vie, la beauté de sa doctrine, annoncent en lui un je ne sais quoi de céleste que la terre n'a pas encore vu , et décèlent un pers(»nnage

; (I) Rom. y. 4. — (2) Joan. vu. 46.

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qui, plus que tout autre, a le droit d'instruire et d*éclai« rer les hommes sur la religion. Hais il fallait, surtout pour les esprits vulgaires, des preuves sensibles de sa mission : lui-même il renvoie souvent à ses miracles. S'il passe sur la terre en taisant du bien (i), c'est qu'il y passe en opérant des prodiges, qui, presque toujours, tournent au soulagement des malheureux , à la consolation des aflQigés, à la conversion des pécheurs. Il annonce solennellement qu'il ressuscitera le troisième jour, et il indique ce miracle comme la marque la plus éclatante de sa divine autorité : dès lors, s'il est vraiment ressuscité, il est ce qu'il se disait être pendant sa vie. Ce n'est pas seulement un philosophe plus sage et plus éclairé que les autres , c'est le dépositaire des secrets de Dieu , qui est venu les révéler aux hommes , et les instruire de toute vérité nécessaire à leur bonheur.

Une seconde conséquence, qui sort de la première, c'est que Jésus-Christ doit être écouté dans tous ses enseignements, comme la vérité même. Le philosophe le plus savant se trompe quelquefois ; borné dans ses pensées, égaré par le préjugé, entraîné par la passion, il se laisse séduire au mensonge, et il séduit à son tour. La vertu même la plus pure ne met point à l'abri de toute illusion; avec rame la plus droite, on peut bien être innocent, on n'est pas pour cela infaillible. Hais dans Jésus-Christ il faut voir constamment l'interprète des volontés de Dieu ; ce n'est pas en son nom, c'est au nom de Dieu qu'il parle, et Dieu l'autorise par des miracles, et principalement par celui de sa résurrection : voilà le sceau de son ambassade céleste auprès des hommes; et s'il nous trompait, ce serait Dieu qui nous tromperait lui-même. Ce n'est donc pas assez de respecter la doctrine de Jésus-Christ, de citer son autorité comme étant d'un grand poids, d'en appeler

(1) Act. X. 38.

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à son Evangile comme à Touvrage d'un sage de Rome ou d'Athènes; il faut croire, soumettre son esprit, et ajouter à ses leçons la foi qui est due à la parole de Dieu.

Une troisième conséquence, qui découle de la seconde, c'est qu'il faut recevoir la doctrine de Jésus-Christ sans l'affaiblir ni l'exagérer, sans en rien retrancher comme sans y rien ajouter. Le ciel et la terre passeront ^ mais sa parole ne passera point (i). Autrefois le philosophe pouvait bien se faire des disciples zélés, son autorité pouvait les subjuguer pouruntemps:mais bientôt ils s'érigeaienten juges de leur maître; ils discutaient, examinaient sa doctrine, la changeaient, la modifiaient à leur gré; ils devenaient maîtres à leur tour : d'une première école en naissaient plusieurs autres, et les réformateurs avaient bien en effet le même droit que leurs fondateurs. Il ne doit pas en être ainsi de l'école de Jésus-Christ ; sa doctrine demeure éternellement : malheur au téméraire qui voudrait l'altérer ! ce serait un attentat sacrilège contre la vérité de Dieu. Après lui, il n'est pas question d'inventer, mais de conserver ; sa parole, perpétuée de siècle en siècle, doit retentir jusqu'à la fin dans son inviolable pureté.

Une quatrième conséquence, qui est le résultat détentes les autres, c'est qu il faut recevoir également, et lesmys-* tèresque nous ne saurions comprendre, et les préceptes qui nous sont intelligibles. En vain l'esprit se déconcerte de la hauteur de nos mystères; la raison me dit que Dieu w parlé par Jésus- Christ, et que Dieu, intelligence infinie, peut voir ce que ne voit pas l'homme^ intelligence bornée. Quand on étudie la religion, il ne s'agit pas de se rendre les mystères intelligibles, mais de se les rendre croyables; il ne s'agit pas d'en pénétrer la nature, mais de s'assurer de leur réalité : or, nous la connaissons cette religion par le témoignage de Jésus-Christ, la révélant au nom de Dieu,

(I) Matth. xxiv. 83.

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qui est la vérité même. Ainsi, par le témoignage de la na* ture, je connais Dieu, sans le comprendre; ainsi, sans rien comprendre aux merveilles de la vision, l'aveugle y croit sur la foi de ses semblables. En vain le cœur se révolte contre la pureté de la morale évangélique; la raison me dit que Dieu a parlé par Jésus-Christ, et que Dieu, la bonté et la sagesse môme, ne peut charger les hommes d'un joug accablant pour leur faiblesse. Au reste, nous consacrerons plus tard quelques discours à venger la religion dans sa morale comme dans ses mystères; en ce moment, nous nous contenterons de nous élever contre les demi-chrétiens qui divisent la religion, en admettant ou retranchant ce qui leur plaît : comme si Jésus-Christ ressuscité devait être cru sur un point, et ne pas Têtre sur un autre. Messieurs, admettre quelques points de la révélation, et rejeter les autres, c'est faire une alliance bizarre de christianisme et d'incrédulité, c'est être tout à la fois chrétien et ne Tétre pas. Est-ce donc nous qui avons fait TEvangile, pour qu'il nous soit permis de le mutiler suivant nos goûts et nos caprices? ou bien la religion est-elle l'ouvrage de deux auteurs différents, dont l'un doit être révéré comme l'organe divin de la vérité, et l'autre rejeté comme un apôtre de mensonge?

Encore une fois, il n'en est pas de la religion comme des ouvrages des hommes ; ceux-ci sont loin d'être parfaits dans leur naissance : le temps et Texpérience amènent des découvertes nouvelles, et l'histoire des connaissances humaines ne présente souvent qu'une succession de systèmes opposés les uns aux autres. Hais pour la doctrine chrétienne, elle a reçu d'abord toute la perfection que Dieu a voulu lui donner ici-bas. Dans la création. Dieu dit, et tout fut fait; et l'univers demeure, sans qu'il soit au pouvoir de l'homme de créer ou d'anéantir un seul atome de matière. Dans la révélation chrétienne. Dieu a parlé, et sa parole doit demeurer jusqu'à la fin.

sans que les hommes aient le privilège d'en retrancher un seul point, ou d'y ajouter quelque chose de leur invention. Point de milieu, il faut tout admettre, ou tout rejeter. Lorsque tout est également enseigné par Dieu, tout doit être également révéré. Si vous croyez en Dieu, sans croire à la providence; à la providence en général, sans croire qu'elle s'occupe en particulier des actions des hommes ; à cette providence spéciale, sans croire à une autre vie ; à une autre vie, mais sans croire aux châtiments du vice ; à ces vérités premières et fondamentales, sans croire à celles qui ont été' révélées par Jésus-Christ ; à la beauté de sa morale, sans vous croire obligé de la pratiquer; en un mot, si votre foi, par un égarement volontaire, n'embrasse pas tous les points révélés, si vous vous composez un symbole qui soit votre ouvrage, dès lors vous n'êtes pas chrétien. La religion, dans ses dogmes comme dans ses préceptes, porte tout entière sur l'immobile vérité de Dieu, manifestée par Jésus-Christ : or je demande où sontvospreuvespourn'en rien admettre, ou bien où sont vos privilèges pour n'en admettre qu'une partie.

Enfin, la dernière conséquence, qui est fondamentale dans le christianisme, c'est que Jésus-Christ n'est pas seulement un juste, un ami de Dieu, un envoyé du ciel, mais qu'il est véritablement Dieu, revêtu de notre humanité. Oui, Messieurs, s'il n'était pas réellement Dieu, il ne serait pas même l'envoyé de Dieu ; oui, s'il n'était pas digne de nos adorations, comme Dieu, il ne serait digne que de notre exécration, comme le plus grand de tous les imposteurs : et ne pensez pas que ce soit ici une exagération oratoire; c'est une assertion rigoureusement vraie, et bientôt vous allez en être convaincus. En effet, si Jésus était l'envoyé de Dieu pour instruire les hommes, il disait donc la vérité ; il était donc plein de zèle pour les intérêts et la gloire du Dieu véritable, et jaloux de lui faire rendre les honneurs qui ne sont dus qu'à lui seul : donc il avait

jl6d RÉSURRECTION DE JÉSCS-CflRIST.

en horreur Tidolâtrie; donc, sMI n'était pas Dieu, il devait éviter, avec le plus grand soin, tout ce qui tendait à le faire regarder comme Dieu, il devait écarter de ses dis-* cours tout ce qui aurait pu lui faire attribuer les perfections divines, et lui faire rendre à lui-même les honneurs divins. N'être simplement que l'envoyé de Dieu, et cependant parler, agir de manière à faire et à laisser croire qu'on est Dieu, quelle horrible impiété ! Voyes avec quel zèle Moïse et les prophètes disaient ouvertement qu'ils n'étaient que les instruments de la Divinité, et comme ils s'abstenaient de toute expression qui aurait pu les faire passer pour des dieux rendus visibles. Voyez comme les apôtres Paul et Barnabe, quand on les prend pour des dieux, déchirent leursvêtements, et s'écrient : a Adorez le » Seigneur, nous ne sommes que ses ministres (1). » Pour Jésus-Christ, il fait tout le contraire, et ses (Ùscours ne tendent qu'à persuader qu'il est véritablement Dieu. Il ne cesse de se dire égal à son Père : il affirme qu'il est sorti du sein de Dieu, qu'il était avant Abraham, qu'il était avant toutes choses; que le Père et lui ne font qu'un; que ce que le Père fait, le Fils le fait aussi; que la vie éternelle consiste à connaître le Fils comme le Père; ilsouflre même qu'on lui rende des honneurs divins; il applaudit à son disciple qui l'appelle mon Seigneur et mon Dieu (2). A part quelques paroles moins claires, et qui présentent quelque difficulté, son langage le plus ordinaire tend à lui faire attribuer ce qui ne convient qu'à Dieu seul. Il faut bien le remarquer. Messieurs; ce ne serait pas assez, pour le justifier de toute usurpation sacrilège, de dire que ses expressions étaient équivoques, incertaines, et ne signifiaient pas nettement sa divinité : car non-seulement un honune doit s'abstenir de dire clairement qu'il est Dieu ; mais par cela seul qu'il n'éviterait pas tout oe qui

(l) Act. iiv. 10 et seq. — (2) Joan. xï. 48.

pourrait Tinsinuer, qu'il userait à ce sujet de paroles à double sens, qu'il ne repousserait pas avec une sainte horreur tout ce qui serait capable d'induire en erreur ses semblables; par cela seul, dis-je, il outragerait celui qui, dans nos livres saints, s'appelle le Dieu jaloux (1), et demeurerait convaincu de n'être qu'un impie exécrable.

Ce n'est pas encore tout; quelle est la première loi que Jésus-Christ impose à ses disciples ? C'est de l'aimer, de faire tout pour son amour et pour sa gloire, de placer en lui le centre de leurs pensées et de leurs affections ; il en exige même les marques de l'amour le plus généreux et le plus héroïque ; il veut qu'ils l'aiment plus que leurs proches, que leurs amis, que leur vie, qu'ils répandent pour lui tout leur sang ; et il déclare que celui qui ne lui rend pas tous ces hommages, n'est pas digne de lui. Messieurs, que Jésus meure pour rendre gloire à Dieu, et qu'il nous invite à marcher sur ses traces, je le conçois ; mais si, dans la réalité, il n'est pas Dieu, et que néanmoins il nous commande de lui donner ces marques d'amour qu'on ne doit qu'au Maître suprême de la vie, voilà ce qu'on ne conçoit pas. « Tout homme, dit Massil- » Ion (2), qui vient se proposer aux hommes comme l'ob- » jet de leur amour, est un impie et un imposteur qui » vient usurper le droit le plus essentiel de l'Etre su- )) préme ; c'est un monstre d'orgueil et d'extravagance, » qui veut s'élever des autels jusque dans les cœurs, le » seul sanctuaire que la Divinité n'avait jamais cédé )) aux idoles profanes, »

Jésus s'annonce encore comme venant former au Père céleste des adorateurs en esprit et en vérité, comme venant détruire le culte des idoles, pour faire adorer enfin

(1) Deuter. iv. 24, etc.

(î) Sermon paur le jour de la Circoncision, 1I« part.

le seul Dieu véritable ; mais, s'il n'est pas Dieu, il a trompé le monde ; il n'est plus qu'un faux prophète ; sa religion n'a été qu'une nouvelle idolâtrie ; car le premier soin de ses disciples, c'est de le présenter comme un Dieu aux hommages des nations ; c'est de lui faire payer^ dans la terre entière, ces tributs de respect et d'amour qui ne sont dus qu'à Dieu seul ; en sorte que déjà, dans les temps les plus purs de sa religion, celle-ci n'aurait été qu'une superstition tout aussi réelle que celle qui, jusque-là, avait régné chez tous les peuples. Oui, nous le dirons, sans craindre de blesser ce qui est dû à Jésus- Christ, mais plutôt dans un sentiment profond de respect pour la sainteté de sa vie, pour la vérité de ses discours et la divinité de sa mission : s'il n'était pas Dieu, il ne serait plus que le plus méprisable, le plus odieux, le plus impie de tous les imposteurs ; et si cela vous fait horreur à penser et à dire, que vous reste-t-il à faire, sinon de vous prosterner devant lui à la suite innombrable de ses fidèles adorateurs ?

Il est temps de mettre fm à ce discours. L'Eglise chrétienne. Messieurs, est en possession, depuis dix-huit siècles, de croire en Jésus-Christ ressuscité, de faire de cette grande merveille du Tout-Puissant le principal fondement de la religion qu'elle professe; même une fête annuelle, aussi ancienne que le christianisme, et qu'elle célèbre encore, est un des monuments authentiques de ce miracle et de sa foi. Le fait de la résurrection se prouve, comme il est reçu parmi les hommes, et dans tous les tribunaux de la terre, de prouver les faits, par des témoignages; et ces témoignages, plus on les discute, plus on les trouve dignes de foi. Je viens d'exposer les preuves de la résurrection de Jésus-Christ, et les conséquences qui en découlent ; si mes preuves sont inattaquables, si mes conséquences sont justes, il n'y a plus à balancer. Faisons taire les préjugés ou la fausse honte qui retient peut-être

dans notre âme la vérité captive ; rendons hommage à la vérité connue : c'est au milieu d'un monde impie, qu'il y a quelque courage à ne Tétre pas. Gloire à Jésus-Christ ! que devant lui tout genou fléchisse sur la terre, que son nom soit dans notre bouche, que sa loi soit dans notre cœur, que nos hommages attestent notre croyance, et que ces autels reçoivent en ce moment rengagement solennel que nous prenons de toujours professer cette religion sainte, dont les miracles et surtout la résurrection glorieuse de son auteur doivent être à jamais l'inébranlable fondement !

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