‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 40 sur 48 · DES MIRACLES ÉVANGÉLIQUES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES ÉVANGÉLIQUES

vains véridiques, s'il est très-clair qu'ils n'ont été ni trompés ni trompeurs, et qu'ils n'ont fait que raconter avec fidélité ce qu'ils savaient avec certitude? Remarquez même que nos écrivains sacrés n'étaient pas nés chrétiens, et qu'ils ne parlent point d'après des préjugés d'éducation ; ils n'ont embrassé le christianisme que parce qu'ils y ont été entraînés par les miracles de Jésus ; leur conversion a été le fruit de ces miracles : en sorte que leur qualité de chrétiens augmente plutôt qu'elle n'affaiblit le poids de leur témoignage. Quelle injustice d'en exiger un autre! Hais la Providence a permis que la dépo- ' sition de nos écrivams sacrés se trouvât confirmée par les œuvres mêmes de leurs plus violents ennemis. On connaît les querelles qui, dès l'origine, se sont élevées entre les Juifs et les païens d'un côté, et les chrétiens de l'autre. Les premiers n'ont rien oublié de ce qui pouvait rendre les seconds odieux et ridicules, décréditer leur doctrine et leurs livres; mais il est inoui que jamais la dispute entre les ennemis et les défenseurs du christianisme ait porté sur la réalité des miracles évangéliques (i). Du vivant de Jésus-Christ, on ne les contestait pas , seulement, les Juifs avaient la mauvaise foi de les attribuer au démon. Il est aussi bien constant, que Celse, Porphyre et Julien, loin de nier les miracles de Jésus, se contentaient d'y voir des opérations magiques. Je n'examine pas si ces aveux forment seuls une preuve complète, décisive; mais c'est toujours une chose très-frappante, que la réalité de nos miracles soit ainsi avouée par ceux-là mêmes qui avaient tant de mépris et de haine pour Jésus-Christ et pour ses disciples. Sans avoir besoin ici de ces appuis étrangers, le chrétien aime à voir la vérité vengée des incrédules modernes par les aveux des incrédules d'autrefois. Comment au reste se prévaloir du silence de quel-

(1) Duvoisin, Démonstr» évang, article v; Miracles, n" 2.

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ques auteurs Juifs ou païens? Il est contre toutes les règles du bon sens et de la critrque, d'opposer aux témoignages les plus positifs, les plus irréfragables que puisse offrir l'histoire, un silence qu'il est si facile d'expliquer par rindifférence, la haine, le préjugé, la politique, et par d'autres passions et considérations semblables qui n'ont que trop d'empirer sur le cœur de l'homme. Le christianisme se présentait en particulier aux païens sous des dehors singuliers, capables de le rendre odieux et méprisable : il avait pris naissance chez les Juifs, nation obscure alors et dédaignée ; souvent même on le confondait avec la religion Judaïque. On voit que les auteurs, d'ailleurs les plus habiles et les plus graves, tels que Suétone et Tacite, connaissaient très-peu le fond et la doctrine du christianisme, et qu'ils en ont parlé en hommes très-peu instruits et très-passionnés. Plutarque, qui savait tant de choses, n'a pas dit un seul mot de la religion chrétienne, encore qu'il soit bien avéré que de son temps elle était répandue dans toutes les parties de TEmpire.

C'est donc sans réflexion qu'on a essayé de combattre rirrécusable autorité de nos écrivains sacrés par le silence de quelques auteurs de l'antiquité. Telle est la force du témoignage évangélique sur les miracles, que, pour s'en débarrasser, un athée moderne (i) a pris le parti désespéré de nier l'existence même de Jésus-Christ. Voici ses paroles : a Admettez le témoignage de ces livres ( les » Evangiles ) comme preuve de l'existence du Christ, » c'est s'engager à tout croire ; car, s'ils sont vrais quand x> ils nous disent que le Christ a vécu parmi eux, quelle » raison aurions-nous de ne pas croire qu'il a vécu comme » ils racontent, et que sa vie a été marquée par les évé- » Déments merveilleux qu'ils débitent? Aussi les bons

(i) Dupuis.

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» chrétien! le croient-ils, et sMb sont imbédles, au moins x> ils sont assez conséquents. » Je ne m'attacherai point à relever Texpression grossièrement indécente d*un écri* vain qui se permet de taxer d'imbécillité tant de beaux génies qui ont cru bien sincèrement au récit des évangé* listes sur les miracles de Jésus-Christ. Si, dans cette con* troverse, il fallait absolument voir quelque part des im« béciles, ce ne serait, je crois, ni Bacon, ni Pascal, ni Descartes, ni Newton, ni Locke, ni Fénelon, ni Bossuet, ni Leibniz, ni tant d'autres esprits d'un ordre supérieur, que nous révérons encore comme les princes des sciences humaines, et qui ont reconnu dans le christianisme l'ouvrage de Dieu même. Hais laissons là cette épithète, qui n'est avilissante que pour celui qui l'adonnée. Voilà donc la déplorable extrémité à laquelle il est réduit : pour ne pas admettre les miracles de Jésus -Christ, il se voit forcé de nier jusqu'à son existence ; et c'est là une folie insigne parmi les folies de l'esprit humain. En vérité, si nous avions besoin de quelque nouvelle preuve de la religion, nous la trouverions dans les opinions monstrueuses de ses ennemis. Rien de plus certain que les miracles évangéliques, nous venons de l'établir; nous ajoutons qu'il n'est rien de plus décisif en faveur de la mission et de la doctrine de Jésus-Christ.

Une fois qu'on est convaincu de la réalité des miracles de Jésus-Christ, comment ne pas l'être de la vérité de sa mission et de sa doctrine? Quel signe plus éclatant, plus entraînant, plus divin, pouvait-il en donner, que le pou^ voir de commander à toute la nature, et de s'en faire obéir? Qu'a-t-on imaginé pour affaiblir l'impression de ces merveilles ! C'est de dire qu'on ne sait pas bien si l'on ne pourrait pas les expliquer par des causes purement naturelles ; si elles n^ont pas été opérées par quelque agent supérieur à l'homme, mais ennemi de la vérité;

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fii Jésus les a opérées en signe de sa mission, ou seulement par un sentiment de compassion envers les malheureux : or, rien de plus vain que ces subterfuges.

D'abord , si vous lisez l'histoire évangéiique , vous ne trouverez rien dans les circonstances des faits miraculeux, ni dans la manière dont ils arrivent, qui décèle, qui fasse même soupçonner l'action des causes physiques ou des subtiles ressources de Tindustrie humaine. Ces miracles , Jésus les opère sans préparation, sans agent naturel, sans aucun appareil de machines , à chaque instant , en tout lieu, en plein jour, subitement, d'une seule parole, et selon que les objets lui sont offerts. Je le veux , soyez guéri , voilà tout son art et tous ses remèdes : et à ces mots , paralytiques , sourds , muets , aveugles , lépreux , sont à rinstant même entièrement guéris et délivrés de leurs maux. Lazare, sortez du tombeau, et à cette parole, un cadavre, qui tombait en dissolution, est rendu à la vie. Certes, si c'est là de l'industrie, c'est au moins une industrie toute divine.

En vain voudrait-on avilir ces merveilles par des parallèles faux et ridicules. Ainsi , que le fils de Crésus, muet de naissance , à la vue d'un ennemi qui va donner à son père le coup de la mort, se soit, dit-on, écrié plein d'effroi : Homme, ne tue pas Crésus, j'y consens, si l'on veut ; je ne verrai là que l'action violente d'une passion qui imprime aux organes une commotion extraordinaire , et y cause un heureux dérangement. Ainsi , qu'avec des soins infinis on vienne à bout de redresser des membres mal conformés, de faire articuler des mots à des hommes privés de l'organe de la parole , j'y consens encore ; je ne verrai là que le résultat d'une pénible et longue industrie. Ainsi , que , par l'action d'un fluide condensé , on excite un frémissement passager dans les muscles d'un animal mort, ce n'est là qu'un effet mécanique semblable à celui des vibrations d'une corde sous les doigts qui la pin-

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cent ; effet qui d'ailleurs n'a rien de commun avec les phénomènes de la vie. Mais qui*ne voit pas que ces résultats et bien d'autres semblables , fruit de l'art et du t^mps , sont séparés des prodiges évangéliques par une distance infinie ? Dans les miracles de Jésus-Christ , il n'est permis de se rejeter ni sur le mouvement impétueux d'une passion , ni sur la longueur du temps , ni sur des efforts souvent réitérés , ni sur un accident imprévu mais heureux , ni sur le jeu des ressorts cachés ; tout y est produit subitement, parfaitement, suivant les occurrences, sans aucun appareil , par des moyens qui n'ont aucune proportion avec les effets , par une seule parole , par un acte de volonté auquel rien ne résiste. Ce sont des résurrections complètes de morts qui exhalaient la corruption du tombeau; ce sont des multiplications instantanées de quelques pains , qui , au moment même , nourrissent plusieurs milliers d'hommes. Or je demande si tout cela n'est pas une violation manifeste des lois de la nature , et ne porte pas l'empreinte visible de la puissance divine.

De nos jours , on a fait , on fait encore grand bruit de certains phénomènes extraordinaires dont la cause n'est pas bien connue, et qui ont partagé le monde savant, au point qu'ils ont été célébrés par les uns avec enthousiasme , et qu'ils ont été pour les autres un objet de dérision. L'incrédulité, toujours avide de ce qui flatte ses désirs , s'en est emparée, et n'a pas craint de les assimiler aux miracles évangéliques. Il n'entre pas dans mon dessein de discuter la réalité des faits, je laisse à d'autres cet examen critique. Je suppose qu'après avoir bien démêlé le vrai d'avec le faux, écarté ce que l'imagination, l'irréflexion, la vanité et quelquefois le charlatanisme ont pu y mêler de fabuleux ; je suppose qu'après ce judicieux discernement il reste encore des guérisons remarquables, et qui semblent sortir des voies ordinaires : quelle honte toutefois pour la raison , qu'on ose les rapprocher des

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guérisons miraculeuses rapportées dans nos Evangiles !

Je ferai une observation générale et décisive. C'est le même Jésus-Cbrist qui a opéré toutes les merveilles racontées par nos évangélistes, soit celles qu'on peut appeler du premier ordre, soit celles qui semblent être moins étonnantes. Oui, celui qui ressuscita Lazare, qui rendit la vue à Taveugle-né, qui multiplia les pains dans le désert, guérissait aussi les maladies et les infirmités de tout genre. La résurrection de Lazarre , voilà un miracle qui décèle la toute-puissance divine , qui est bien au-dessus des faibles imitations de Thomme; et je ne sache pas qu'en Europe, aucun expert dans Tart de guérir se pique de rendre à la vie des r.adavres tombant en dissolution sous la pierre du sépulcre. Hais , si Jésus-Christ a opéré ce grand miracle par sa toute-puissante volonté , pourquoi ne pas attribuer au même principe les autres miracles, quoique moins éclatants? et de quel droit ferait-on une distinction ridicule , attribuant les uns à Faction immédiate de la puissance divine, et les autres à Faction médiate d'un agent naturel, mais inconnu? N'est-ce pas toujours, dans tous, le même Jésus commandant en maître à la nature entière ?

Hais venons un moment à Fexamen du parallèle qu'on a voulu établir : il ne sera pas difficile d'en faire sentir toute la futilité.

Les guérisons qu'on oppose aux miracles évangéliques demandent da t^mps , de la patience , de la suite ; les résultats de l'art sont incertains, souvent ils sont incomplets, ils ne sont pas toujours heureux, et plus d'une fois ils ont été funestes : tout annonce une cause inconnue , singulière, si Fon veut, mais dont l'action, comme celle de toutes les causes physiques , a ses commencements , ses progrès et sa fin. Quant aux guérisons opérées par le Sauveur des hommes, elles ne présentent rien qui décèle l'impuissance , Fincerlitude , la faiblesse; elles sont sou-

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daines , instantanées , certaines , parfaites. Ainsi , d^un eôléy je vois la marche, le développement d'une cure médicale, surprenante, tant qu'on voudra, mais qui a sa cause secrète dans la nature ; de l'autre , je vois Tactian instantanée , immédiate de la puissance divine : entre les deux rintervalle est immense.

Quel siècle, que celui où Ton ne semble avoir de science et d'esprit que pour faire contre la religion des arguments et de» rapprochements dépourvus de sens et de logique ! quel temps que celui où les apologistes du christianisme sont obligés de réfuter sérieusement ces indignes comparaisons ! Si quelqu'un trouve étrange que j'abaisse jusque-là mon ministère , je répondrai que j'ai appris du grand apôtre à être faible avec lea faibles » et que Texpérience a justifié plus d'une Ibis à mes yeuK cette condescendance. Je pourrais aussi rappeler que le même apôtre, obligé de sortir des convenances ordinaires, de parler de lui-même, de faire son éloge pour dissiper les faux bruits répandus contre lui , disait aux chrétiens de son temps : a Si j'ai parlé comme un insensé, ce n'est pas » à moi qu'il faut en faire le reproche ; j'y ai été forcé. » Factus sum insipiens; vos me coegistis (1).

Maintenant faut-il voir dans les œuvres miraculeuses de Jésus l'ouvrage de Dieu même? Nous n'aurons pas besoin de longs raisonnements pour le prouver. Remarquez, Messieurs, qu'il ne s'agit pas de ne considérer qu'un miracle en particulier, mais qu'il faut examiner l'ensemble des miracles évangéliques, leur nombre, leur éclat, leur variété, leur but, la promptitude avec laquelle ils sont opérés, et les effets durables qu'ils produisent. Dès lors ils présentent des traits si frappants de grandeur, de sainteté, de bonté, qu'il est impossible de ne pas y reconnaître la main du Dieu très-bon et très-puissant. Dans

(1) II Cor. XII, 11.

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leurs circonstances et leurs détails, rien d'indécent, rien dimpur, rien de cruel, rien de ce qui décèle un agent odieux et malfaisant ; point de scènes scandaleuses qui outragent les bonnes mœurs : tout est pour la vertu et pour le bien de l'humanité. Et quelle idée doit-on se faire de ces esprits subalternes appelés démons ? On doit les regarder comme des esprits ennemis des hommes, comme les pères du mensonge, comme les instigateurs de toutes les erreurs et de tous les crimes. Ainsi leur règne véritable était celui de Tidolâtrie, avec les vices et les infamies qu'elle entraine après elle. Mais Jésus se disait envoyé de Dieu pour détruire les erreurs et les vices du paganisme, pour rappeler les hommes à la connaissance du Dieu unique, créateur de Tunivers, et pour ramener sur la terre toutes les vertus. S'il avait opéré ses miracles par le pouvoir du démon, le démon aurait donc travaillé à détruire son empire, et il aurait employé sa puissance contre lui^ même. Certes un démon qui chercherait à détruire le règne du vice, pour établir celui de la vertu, serait un étrange démon. Voilà pourquoi Jésus, pour repousser Tabsurde accusation des Juifs, leur disait : « Si j'opère » des prodiges au nom du démon, le démon est donc di- » visé avec lui-môme, il cherche donc à se détruire (I);» réponse qui ne souffre pas de réplique. Donc ses miracles étaient divins.

Il ne reste plus qu'une ressource à l'incrédule, c'est de dire que Jésus les opérait plutôt par un sentiment de compassion et de bonté, que pour établir la divinité de sa mission et de sa doctrine. Croirait-on que les incrédules eussent été capables de cet étrange aveuglement, si la preuve n'en était consignée dans leurs écrits ? Jean-Jacques a donné dans ce pitoyable excès. Jésus-Christ va démentir lui-même cette folle assertion : rappelons quel-

(1) Matth. m. î6 et ppq.

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qaes traits de sa vie. Quand il guérit le paralytique, il déclare expressément que c^est pour faire voir qu'il a véritablement le pouvoir qu'on lui conteste, celui de re« mettre les péchés des hommes (i). Quand les disciples de Jean-Baptiste viennent lui demander s'il est le Messie, pour toute réponse, il opère des miracles en leur présence, et ajoute : a Allez, racontez à Jean ce que vous » avez vu et entendu, que les aveugles voient, que les » lépreux sont guéris, que les morts ressuscitent (â). » Après la guérison de Faveugle-né, les principaux d'entre les Juifs Tenvironnent et lui demandent de dire ouvertement s'il est le Christ ; Jésus répond : a Les œuvres que » je fais au nom de mon père rendent témoignage de D moi (3). » Au moment de ressusciter Lazare, il annonce formellement qu'il va lui rendre la vie, afin que le peuple, témoin de cette grande merveille, reconnaisse en lui l'envoyé de Dieu (4). Aussi ses apôtres, qui sans doute connaissaient et ses œuvres et le but qu'il se proposait en les faisant, ne cessaient de les donner comme les titres éclatants de sa mission. Il est vrai que Jésus passa sur la terre en faisant du bien, que la plus grande-partie de ses miracles étaient le fruit de sa bonté; mais il est manifeste qu'il prétendait aussi faire éclater par eux la divinité de sa mission et de sa doctrine. Se prévaloir des effusions de sa compassion touchante, pour attaquer sa mission divine, c'est affecter la reconnaissance, pour cacher la plus odieuse impiété. N'insistons pas davantage sur le plus ridicule de tous les arguments.

Il est temps de tirer la conséquence naturelle qui découle de la réalité des miracles évangéliques ; nous nous bornerons à l'indiquer aujourd'hui, parce que nous nous proposons, dans un autre discours, de la développer avec

(1) Matth. n. 6. — (2) Ihid. xi. 4, 5. — (3) Joan. x. 25. — (4) Jhid. XI. 42.

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plus d^étendue. Si les miracles opérés autrefois par Jésus annonçaient à toute la Judée qu'il était l'envoyé de Dieu , celui dont il fallait écouter la voix, et suivre la doctrine avec ses mystères comme avec ses préceptes, ifscontinuent à nous Tannoncer encore après dix-huit siècles. Oui, ce que ces merveilles furent autrefois pour les Juifs et les païens, elles le sont encore pour nous. C'est ici le lieu de détruire un préjugé dont on a quelquefois Tesprit préoccupé, et dont on ne se rend pas compte à soi-même. A travers les nuages des temps et des siècles, les faits anciens disparaissaient en quelque sorte à nos yeux , on dirait qu'ils sont par rapport à nous, comme s'ils n'avaient jamais été : toutefois ce n'est là qu'une illusion. Quelle que soit la distance qui les sépare de la génération présente, ils n'en ont pas moins existé. La vérité ne vieillit jamais : l'impression des faits anciens peut bien être moins sensible que celle des faits présents ; mais, sur les uns comine sur les autres, la conviction est souvent la la même. Rien ne serait plus ridicule que de prétendre que la certitude des faits va en décroissant dans la suite des générations. Non, je ne suis pas plus certain de l'existence de Louis XIV que de celle de Henri IV, ni de l'existence de Henri IV que de celle de Charlemagne, ni de l'existence de Charlemagne que de celle de Constantin, ni de l'existence de Constantin que de celle d'Auguste. Bien plus, lorsque des événements anciens ont passé à travers un grand nombre de générations, qu'ils sont de nature à avoir été constamment discutés par elles, et qu'ils ont néanmoins entraîné la croyance universelle, je ne puis que voir un nouveau motif d'acquiescement dans celui des nations et des siècles.

Maintenant, Messieurs, qu'il me soit permis, en finissant, de m'adresser à ceux qui pourraient balancer encore entre l'incrédulité et le christianisme, et de leur dire: Quel parti voulez-vons prendre? Nier la possibilité

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des mirftcles, c'est vous précipiter dans Fathéisme ; con^ tester la réalité de ceux de l'Evangile , c'est vous jeter dans le pyrrhonisme historique le plus universel et le plus insensé; croire à ces miracles sans être chrétiens, c'est vous montrer inconséquents. Les faits évangéliques sont mieux prouvés que tant d'autres dont vous ne doutez pas ; la preuve qu'on en tire en faveur du christianisme est hors de toute atteinte ; et c'est bien encore ici le lieu de répéter ces graves et mémorables paroles qu'adressait à son fils l'un des plus grands magistrats dont la France s'honore : « Quiconque a bien médité toutes ces preuves, f> trouve qu'il est non-seulement plus sûr, mais plus fa- » cile de croire que de ne croire pas; et je rends grâces » à Dieu d'avoir bien voulu que la plus importante de x> toutes les vérités fût aussi la plus certaine, et qu'il ne » fdt pas plus possible de douter de la vérité de la reli- » gion chrétienne, qu'il l'est de douter s'il y a eu un Cé- D sar ou un AU^xandre (1). d

(1) D'Aguesseau, Etudes propres à former un magistrat. CEuvr. tom. 1, in-i», pag. 162.

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