‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 7 sur 48 · PROUVÉE PAR LA FOI DG GENRE HUMAIX · texte numérisé non relu

PROUVÉE PAR LA FOI DG GENRE HUMAIX

nous voudrions nous débarrasser de la pensée du législateur. II faut du courage pour être vertueux : on est vicieux^ parce qu'on n'a pas la force d'être bon, nous ne sommes méchants que parce que nous. sommes lâches; mais, pour Tétre sans remords, on méconnaît le Dieu qui n'est pas moins la justice que la bonté par essence ; et comme Ta bien dit le poète du goût et de la raison,

, On ne brave ainsi Dieu que par poitroanerie (1).

Que les législateurs aient appuyé leurs lois et leurs institutions sur la religion, qu'ils aient habilement profilé des sentiments religieux répandus parmi les peuples, pour imprimer à leur ouvrage un caractère sacré, pour adoucir le joug de Tobéissânce, et rendre leur empire plus durable^ ce n'est pas là ce que Ton conteste. Hais la politi-que a-t-elle inventé cette doctrine? a-t-elle révélé au genre humain cette existence de Dieu qu'il ignorait auparavant ? Où en sont les preuves? qu'on nous cite les législateurs qui l'ont enseignée pour la première fois. L'histoire entière dépose contre une telle supposition. A Rome, vous trouverez Numa ; à Athènes, Solon ; à Sparte, Lycurgue; en Crète, Hinos; à Locres, Zaleucus, établissant des villes, civilisant les hommes, leur donnant des lois et une forme de gouvernement : mais tous sans exception n'ont-ils pas trouvé les peuples en possession de croire à la Divinité ? La politique a bien pu se servir des sentiments religieux, comme elle s'est servie des sentiments d'humanité et de l'usage de la parole qui lient les hommes entre eux ; mais elle n'a pas plus inventé la religion, qu'elle n'a inventé la parole et l'humanité.

Admirez ici la conduite des athées : d'un côté, ils veulent que l'intérêt social ait fait inventer Dieu et la religion ;

^1) Boileau, Fpitr, m»

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et de Tautre, ils ont employé tout ce qu'ils avaient de science et d'esprit pour déraciner cette croyance. Ont-Us cru fièrement que les sociétés humaines pouvaient se passer de ce que tous les sages, tous les législateurs de tous les siècles et de tous les peuples avaient cru nécessaire pour leur maintien ? quelle impudence I Croient-ils cette doctrine au moins utile ?,quelle extravagance de travailler à la détruire !

II est donc vrai que le genre humain a toujours cru et croit encore en Dieu; que cette croyance est au fond môme de la nature raisonnable, et que toutes les explications que les athées ont essayé d'en donner sont insignifiantes. Les systèmes des athéeà paâseront, et la foi d'un Dieu, arbitre suprême de toutes choses, ne cessera de se perpétuer parmi les hommes. Et que deviendrionsnous sans cette doctrine, non-seulement utile , mais nécessaire ?

Nécessaire à la morale : ses préceptes n'ont d'empire solide sur le cœur de l'homme qu'autant qu'on y voit la volonté d'un Dieu législateur suprême.

Nécessaire à la société : si vous détruisez les sentiments religieux, vous faites tomber devant les passions la plus forte barrière qu'on puisse leur opposer; vous les armez contre tout ce qui est bien, et vous mettez dans le cœur une anarchie qui passe dans la famille et la société.

Nécessaire au malheureux : trop souvent abandonné sur la terre, il n'a de refuge que dans la Providence en laquelle il espère.

Nécessaire aux heureux du monde : cette doctrine les rend plus compatissants , plus généreux, et les tient plus en garde contre les abus de la prospérité.

Nécessaire au besoin de notre cœur : Dieu, l'Être infini, peut seul le remplir. Lui en ôter le sentiment, c'est le laisser dans un vide immense ; c'est l'abandonner en proie aux plus vagues inquiétudes ; c'est le rendre faible,

PRÛDTÉB PAR U FOI PU ÛSNItE RÇMAIN, $7

crédule, facile à se livrer à toutes les impostures. Voilà comme Fathéisme, qui ne croit rien, conduit à la superstition, qui croit tout.

Nécessaire enfin aux lettres et aux arts : tout ce que l'esprit humain a produit de plus touchant et de plus sublime, tout ce qu'il y a de grand et de beau tient si naturellement aux sentiments religieux, que, dans le langage universellement reçu : on dit : Cela est divin. Quel grand poète, quel grand orateur fut janoais athée ? et g'il rétait dans son cœur, il lui était impossible de Tétre dans ses discours. L'athéisme est le tombeau du talent comme celui de la vertu. Où trouver ce qui élève, ce qui enflamme, ce qui ravît et transporte? où le puiser mieux que dans la Divinité, modèle de toute perfection? C'est dans le ciel qu'il faut aller chercher les grands sentiments et les grandes pensées. De môme, pour me servir d'une comparaison de Bossuel, de même qu'on voit un grand fleuve, qui retient encore, coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse qu'il avait acquise aux montagnes d'où il tire son origine; ainsi, après son commerce avec la Divinité, la pensée de l'homme, en se communiquant, conserve la vigueur et la beauté qu'elle apporte du ciel , d'où elle descend.

Ils sont donc ennemis de tout ce qui est bien, de tout ce qui est beau, ceux qui prêchent l'athéisme. Elle est donc la force et la lumière des esprits, cette croyance de la Divinité : heureusement, il n'est pas plus au pouvoir des hommes de l'éteindre, que d'anéantir ce soleil visible qui éclaire Tunivers,

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