‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religionChapitre 9 sur 48 · PROUYÉE PAR L*ORDRE DE LÀ NATURE · texte numérisé non relu

PROUYÉE PAR L*ORDRE DE LÀ NATURE

primitive, du beau se montre toujours ; il demeure constant^ chez tous les hommes, que là où il se trouve une disposition, un concours de parties vers un but commun, là se trouve de l'ordre.

Voyez comme cette connaissance plus ou moins con* fuse de l'Ardre, et le goût qui en est dans tous les hommes, éclate en toutes rencontres et de toutes les manières. Qu'une troupe d'enfants veuille imiter les évolutions militaires, ils sentiront qu'il leur faut un chef qui les dirige ; que, si chacun n'est pas à sa place, ne marche pas d'un pas mesuré, l'ordre est rompu. Qu'ils.se livrent à ces jeux innocents qui les font tressaillir de joie, ils sentent qu'il leur faut des règles, que ces règles on doit les suivre, et que sans cela il n'y aurait que confusion. Il n'y a pas jusqu'aux bandes de malfaiteurs, qui ne comprennent que leur exécrable association ne peut subsister que par l'accord et la subordination de tous les membres; ainsi leur fin est criminelle, mais les moyens qu'ils prennent pour l'atteindre y sont adaptés : et voilà comme, dans le désordre même, éclatent la notion et le goût de Tordre. J'ai cru devoir remonter jusqu'à ces idées premières, parce que des sophistes modernes, corrupteurs de la saine métaphysique, n'ont rien négligé pour les obscurcir. Il est donc vrai que des notions d'ordre et de beauté se trouvent répandues dans tous les esprits; et c'était là ma première proposition. Je passe à la seconde : c'est que, d'après ces notions primitives, il est facile à chacun de voir qu'il y a de l'ordre et de la beauté dans ce monde visible.

On sait que de très-beaux génies, chez les anciens et les modernes, se sont plu à célébrer les mer\eilles de la nature. Nous laisserons ici les descriptions et les détails aux naturalistes profonds, qui, joignant l'imagination du poète à la sagacité de l'observateur, seraient capables de

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les peindre : qu'il nous suffise de faire remarquer en général cet enchainement merveilleux de causes et d'effets qui entretient l'harmonie du monde, le concours des diverses parties à la marche, à la conservation du tout, et l'influence de l'ensemble sur la reproduction et la conservation dé toutes les parties. Oui , dans la nature tout s'enchatne : c^est une machine immense dans laquelle Tordre éclate d'autant plus que chaque rouage a sa destination spéciale, et en même temps sa destination par rapport à l'ensemble. Prenez l'homme en particulier : dans mon être corporel, que suis-je? Je suis un atome par rapport à la terre; la terre n'est qu'un atome par rapport au monde planétaire dont elle fait partie. Et ce même monde qu' est-il par rapport à la vaste étendue des cieux étoiles? N'est-il pas comme un point dans l'immen* site des espaces? Quelle n'est donc pas notre petitesse 1 et par la partie périssable de nous-mêmes, combien Sommes-nous voisins du néant! Cependant notre exis-* tcnce a des rapports et des liaisons avec toute la nature ; la terre, les mers, l'air, la lumière, le soleil, tout con* court à notre conservation. Le pain qui me nourrit vient de ce grain confié à la terre ; la terre est fécondée par les pluies qui l'arrosent ; ces pluies tombent des régions de l'air; l'air soutient les vapeurs qui les produisent; ces vapeurs s'élèvent de la surface des mers et des fleuves 5 cette évaporation suppose l'action de la chaleur et du soleil : voilà comme tout est d'accord pour fournir à ma subsistance. Je ne suis qu'un point à peine aperçu dans lé tout; et je deviens comme un centre où tout doit aboutir. Ce que je dis de l'homme, je le dirai de chacun des êtres de la nature; je le dirai de ces animalcules qui échappent à l'œil. Ainsi tout se lie, depuis l'infiniment petit jusqu'à l'infiniment grand; et le ver qui rampe sur la terre tient à la constellation qui brille au plus haut des cieux. Youlez-vous admirer l'ordre et la beauté dans un objet

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particulier? Je demande s'il n'est pas évident que, dans rhomme, rœll est fait pour voir, et si Ton ne découvre pas une admirable proportion entre l*organe de la vue et les phénomènes de la vision ? Voilà donc un but, et des fnoyens qui s'y rapportent. Vous vous trompez, dira Tathée, héritier ici d'une pensée de Lucrèce : Toeil n'est pas fait pour voir, mais il fallait bien que la matière qui le compose coexistât d'une certaine manière avec les autres objets de la nature ; îl s'est trouvé qu'elle était en rapport avec la lumière, et voilà pourquoi l'homme s'en sert pour voir les objets. Messieurs, j'aimerais autant dire que la porte d'une maison n'est pas faite pour qu'on * puisse entrer et sortir; mais que, la trouvant là, on s'en sert pour cet usage : ou bien encore, il faudra dire que les instruments divers dont se sert Touvrier pour dégrossir, polir, ftiçonner, achever son ouvrage, n'ont pas été feits pour cela, mais que l'ouvrier les voyant propres à cet usage, les y emploie. Mais voici de quoi pousser à bout l'athée le plus obstiné. Je n'examine pas ce que serait l'homme dans un autre système; toujours est-il vrai que, dans l'ordre actuel des choses, l'homme est né pour voir les objets extérieurs : el que deviendrait l'espèce humaine, si elle était frappée d'une complète cécité? elle périrait. L'homme est donc fait pour voir. Mais par quel organe voit-il? par les yeux. Maintenant demandez à l'opticien le plus habile si l'œil de l'homme n'est pas merveilleusement construit pour cet usage; si par la place qu'il occupe, par les paupières qui le couvrent, par son orbe mobile, par la pupille, le nerf optique, il n'a pas les rapports les plus manifestes avec la vision. Ainsi, voir les objets, tel est la fin , l'œil, tel est le moyen : or ce moyen est parfaitement adapté à la fin. Que faut-il de plus pour un dessein, un but, un plan concerté? Encore une fois, voilà de l'ordre. Mais ce qu'on dit de l'œil, on le dira de tous les organes; oïl le dira du merveilleux mécanisme

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du corps humain, de celui des animaux et des plantes. Interrogez le savant le plus profondément versé dans la connaissance de la nature, et il vous dira que, dans la chaîne immense des êtres, il n'en est pas un seul qui ne soit bien ordonné en lui-même, et bien ordonné par rapport au tout. Et 011 donc seront Tordre et la beauté, s'ils ne sont pas dans cette suite et cette liaison de merveilles?

Messieurs, la nature est si belle, les hommes ont tellement le sentiment de sa beauté, que tous leurs efforts ne tendent qu'à la reproduire, et que le triomphe du génie, c'est de l'imiter. On sait que les beaux arts ne sont que l'imitation de la nature. Le peintre, le statuaire, le poète, se croient d'autant plus parfaits, qu'ils en retracent des images plus fidèles; même les beautés de la nature ont pour nos cœurs lin charme secret qui nous suit partout. Il y a bien des siècles qu'on l'a remarqué : au milieu des chefs-d'œuvre de son industrie, dans ses jeux et ses fêtes, dans ses spectacles les plus pompeux, dans les.portiques et les palais qui sont son ouvrage, Thomme se plaît à retrouver la nature. Des cieux étoiles, des paysages, des fleurs, des fruits, des oiseaux, voilà ce qu'il aime à voir reproduire; et lors môme qu'il fixe ses yeux sur les beautés enfantées par l'art, il sent que, par la partie la plus pure de lui-même, il tient bien davantage aux beautés originales, dont on peut dire que la fraîcheur est toujours ancienne et toujours nouvelle.

Il est vrai que nous ne connaissons pas complètement cet univers; mais il serait contre le bon sens d'aller chercher dans ce qui nous est inconnu, des arguments contre ce que nous connaissons; ce serait chercher la lumière dans les ténèbres. Prenons pour règle et pour guide l'analogie et l'expérience; jugeons des parties qui peuvent nous être encore inconnues, par celles qui sont enfin venues à notre connaissance, après nous avoir été long-

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temps cachées. Dans les trois derniers siècles^ les sciences naturelles ont fait des progrès immenses. Quelle foule étonnante d'observations et de phénomènes nouveaux ont enrichi leur domaine I Or chaque découverte a été une merveille : Christophe Colomb, en découvrant TAmérique) a comme doublé pour nous le globe que nous habitons. Hé bien, a-t-on trouvé dans les fleuves, dans les montagnes, les forêts, les productions de ce second hémisphère, quelque chose qui le rendit indigne de figurer à côté de rancien?Des instruments inventés par Thomme Tont fait pénétrer plus avant dans toutes les parties qui composent les diverses productions de la nature; ils ont en quelque sorte créé pour nous un monde nouveau, peuplé de milliers d'êtres imperceptibles à l'œil. Hé bien, ici encore nouveaux sii^ets d'admiration, nouveaux miracles d'ordre et de sagesse. Depuis que lé télescope d'Herschei a visité les cieux, y a-t-on vu quelque désordre choquant? les quatre nouvelles planètes découvertes de nos jours ont-elles quelque chose de contraire à l'harmonie universelle? L'astre vagabond dont l'apparition imprévue a surpris nos savants (1) a-t-il fourni quelque argument contre la sagesse de l'ordonnateur des mondes? Non, non; il n'en est pas des ouvrages de la nature comme de ceux de l'homme : avec de nouvelles lumières on a souvent découvert de vieilles erreurs; nos théories physiques d'aujourd'hui sont en bien des points la réfutation des anciennes. Depuis que le siècle de Louis XIY a fixé le goût et la langue française, combien d'ouvrages, qui passaient auparavant pour des chefs-d'œuvre, sont tombés dans l'oubli I Au contraire, plus les sciences font des progrès, plus elles font reconnaître Tutilité de choses qui semblaient inutiles, et plus elles nous découvrent la beauté de celles qu'on était tenté de croire défectueuses*

(i) CkMnèts du mois de JoUlet iSiO.

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Le néant de Thomme se fait sentir jusque dans le plus beau génie : mais, pour la nature, ses œuvres sont parfaites; plus on rétudie, plus on 'la trouve belle; sa jeunesse est immortelle, et ses beautés ne vieillissent jamais.

Je viens d'établir qu'il y a de Tordre et de la beauté dans ce monde visible. J'ajoute, en troisième lieu, qu'on ne peut expliquer l'un et l'autre que par l'intervention d'une cause intelligente.

MAiNTEifÀNT, Messieurs, que nous sommes convaincus qu'il y a de l'ordre dans ce monde visible, voyons quelle en est la cause. Faut-il y voir l'ouvrage d'une intelligence et d'une sagesse infinies, ou bien la production d'un je ne sais quoi sans raison et sans prévoyance? Les savants de nos jours ont beaucoup insisté sur ce principe, qu'il fallait se défier de l'esprit de système, consulter les faits, les observations, l'expérience; ils nous avertissent de ne pas nous livrer à toutes ces hypothèses brillantes, qui peuvent bien faire honneur à l'imagination de Fécrivain, mais qui sont peu honorables pour le naturaliste. Hé bien, Messieurs, que Texpérience juge ici entre nous et les athées. Je leur demande de citer un seul ouvrage remarquable par l'ordonnance et la beauté, qui ne soit pas en même temps le fruit d'une intelligence. L'histoire ancienne ou moderne nous offre- t-elle des œuvres pleines de traits de sagesse ou de génie, et qui n'en supposent pas dans leur auteur? A-t-on vu quelque part un idiot enfanter une Iliade, ou un poème comme Athalie? Si quelquefois des aveugles, armés d'un pinceau et traçant des lignes sur une toile, avaient rencontré, je ne sais comment, une Transfiguration comme celle de Raphaël; si quelque part un tourbillon de vent, agitant un amas confus de pierres et de sable, avait taillé, poli, disposé toutes les parties d'un palais comme celui des Médicis;

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si Ton me prouvait qu'une troupe d'insensés, parlant tous à ta fois et dans la plus grande confusion, ont articulé de suite tous les mots dont se compose le Discours sur l'histoire universelle : alors peut-être il pourrait me venir en pensée que ce monde avec ses merveilles ne décèle pas un architecte intelligent. Mais si partout où je vois de Tordre, si à la vue d'une faniille bien réglée, d'une ville bien policée, d'une armée bien disciplinée, d'un édifice bien régulier dans toutes ses parties, Tidée d'un agent doué d'intelligence et de raison se réveille en moi, malgi'é moi; il faut bien, pour suivre les règles de l'analogie et de l'expérience la plus constante, qu'à la vue de l'or^ dre admirable de la nature, je m'élève jusqu'à une intelligence suprême dont il soit l'ouvrage. On cite, il est vrai, dans l'antiquité un peintre, qui, désespérant de bien exprimer l'écume d'un coursier aux jeux Olympiques, jeta de dépit son pinceau sur la toile et réussit au delà de ses espérances ; mais un peu d'écume n'a rien de régulier; c'est quelque chose de vague et de confus; le hasard^ si l'on veut, peut en avoir l'honneur; encore même fallait-il une toile préparée pour cela, des couleurs mêlées à dessein, un pinceau analogue, et une main qui le jetât sur la toile.

Nbus ne pouvons juger des choses, que d'après notre manière de concevoir, d'après ces idées premières qui constituent en quelque sorte notre entendement, et qui sont la base nécessaire de nos raisonnements. Or l'esprit humain est fait de manière qu'il a toujours raisonné sur ce principe, que l'ordre dans un effet suppose de l'intel^ ligence dans sa cause. C'est d'après cette règle lumineuse, invariable, universelle, qu'un homme sensé ne se persuadera jamais qu'en prenant au hasard et sans choix des caractères d'imprimerie, on peut rencontrer un poème comme Athalie; celte opération machinale, faite sans discernement^ dût-elle recommencer sans cesse pendant

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des millions de siècles. Oui, dans notre intelligence, Tordre et le désordre différent, comme la sagesse et la folie, comme la lumière et les ténèbres. L'agent doué d'intelligence et de raison est séparé, par un intervalle immense, de ragent aveugle et brute ; et notre bon sens ne nous permet pas plus de les confondre dans leurs effets, que dans leur nature. SMl faut une intelligence pour composer unQ sphère artificielle qui présente les mouvements célestes, nous ne concevons pas qu'il n'ait pas fallu une intelli* gence pour disposer les sphères réelles qui roulent dans les cieux.

Il semble que les athées de nos jours ont rougi d'attri* buer la formation du monde au hasard. Ils ont senti que dans la réalité le hasard n'est rien. En effet, dans le monde physique comme dans la vie humaine, tout a sa cause réelle, quoique cachée; mais pour exprimer une rencontre qui n'était pas concertée, un résultat qu'on n'avait pas en vue, et dont pourtant on est la cause, il fallait un mot, et ce mot est celui de hasard, mot qui ne saurait être un agent, une cause. Nos athées, cessant de l'invoquer, ont fait grand bruit de ce qu'ils appellent la nature, la nécessité : voilà leurs dieux, qui ne sont pas moins chimériques que ceux du paganisme; et en vérité les athées se montrent si crédules, si déraisonnables dans leur manière d'expliquer cet univers, que, sous ce rapport, ils sont bien les plus superstitieux de tous les hommes. Et d'abord nous leur dirons : Qu'entendezvouspar la nature? Si vous entendez une nature sage, prévoyante, disposant tout d'après un plan concerté d'avance, vous changez le mol en conservant la chose : cettQ nature, c'est la cause intelligente que nous cherchons, c'est Dieu. Mais non, pour être conséquents, vous devez désigner par le mot nature l'universalité des êtres, la collection de tout ce qui existe, le grand tout, l'univers , en un mot, le monde. Maintenant^ dire que le monde est

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Tauteur de l'ordre du monde, c'est visiblement ne rien dire. Vous aurez beau me parler de l'énergie de la nature, d'attraction, d'impulsion, de répulsion, d'affinité; je vois bien là des règles, mais je demande où est le régulateur; je vois là des moyens d'ordre, mais, qui^ loin de l'exclure^ supposent un ordonnateur.

Ce n'est pas plus heureusement que vous invoquerez la nécessité : tâchons de bien nous entendre, et de ne pas mettre des mots à la place des choses. Prétendez-vous que Tordre actuel du monde existe nécessairement, par lui-même, de toute éternité? Mais alors la voix de la terre entière s'élève contre vous : anciens et modernes, philo* sophes et peuples, athées et croyants, tous s'accordent à dire que le monde n'a pas toujours été ce qu'il est; et la tradition du chaos primitif, d'où est enfin sorti l'univers avec ses merveilles, s'est conservée chez tous les peuples, Prétendrez-vous que du moins Tordre actuel des choses est le résultat nécessaire des lois mécaniques de ce monde visible? Mais je demande qui a établi les lois primordiales, si fécondes en résult^Us merveilleux; je demande qui a présidé à leurs combinaisons, et d'où viennent ces principes d'ordre, qui, en se développant, ont formé et conservent encore l'univers. Je vois une aiguille faire le tour d'un cercle tracé sous mes yeux, et marquer exactement les heures qui divisent le jour, et je demande quelle est la cause d'un mouvement si régulier; vous me répondez qu'il est le résultat d'un mécanisme qui se dérobe à mes regards : j'y consens; mais ne faut-il pas remonter à un ouvrier intelligent, qui ait mis en jeu et en action les ressorts divers de cette machine? Je vois une armée exécuter avec précision les évolutions les plus savantes et les plus difficiles; j'en demande la cause, et Ton me répond que ce que j'admire est le résultat de la tactique et du long exercice du soldat : j'y consens encore ; mais cela me dispense-t-il de recourir à un ordonnateur qui com-

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mande et règle tous ces mouvements? Ainsi vous aurez beau supposer dans la nature des mouvements et des combinaisons successives, d*où sortent les phénomènes que nous avons sous les yeux, et qui nous ravissent d'admiration ; il faudra que nous arrivions à une cause pre^ mière, eflîciente, de ce bel ordre qui frappe nos regards. Je Tai déjà dit, là 6t se trouve unité, il me faut un prin* cipe auteur et conservateur de cette unité.

Vous voudriez expliquer le monde présent par des changements et des transformations indépendantes de Taction primitive d'une cause intelligente : pour vous faire apercevoir encore davantage le néant de ce système, faisonsen Tapplication au monde social. Je suppose que je vous dise sérieusement : Savez-vous pourquoi la France subsiste en corps de nation, et d'où est venu pour elle le régime politique qu'elle a maintenant? Le voici : en re* montant d'âge en âge on trouve des lois, des usages; des familles se succèdent les unes aux autres; unegénération est passée, une autre est arrivée; le temps a apporté divers changements dans les mœurs et les lois ; le gouvernement a subi bien des variations, et nous sommes enfin parvenus à l'ordre actuel des choses. Seriez-vous satisfaits de cette théorie? et ne diriez-vous pas avec raison? Vous me parlez de lois, d'usages, de changements, de, révolutions, pour m' expliquer l'état actuel de la France ; mais enfin, en remontant d'âge en âge, de générations en générations, ne faudra-t-il pas aboutir au berceau de la nation française» à des individus, à des êtres pensants, intelligents, prévoyants, qui aient fondé, policé, gouverné la nation ? Oui, sans doute. De même. Messieurs, dans le monde physique, supposez, tant que vous voudrez, des soleils qui s'éteignent et des soleils qui s'allument, des chocs et des bouleversements dans la nature, des mondes nouveaux sortant des débris de mondes anciens; bâtissez des systèmes sur les liaisons et les progrès

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de transformations successives : il faudra toujours, d'effets en effets, de phénomènes en phénomènes, remonter à un régulateur antérieur à toutes ces combinaisons. Qu'on prolonge indéfiniment la chaîne des êtres, il faudra enfin arriver au point fixe qui la tient suspendue. Dans la nature, comme dans la société, il existe bien des lois d'après lesquelles tout marche et se soutient ; mais dans la nature, comme dans la société, la législation suppose un législateur.

Pour se passer de l'intervention de la cause intelligente, voudrait-on se prévaloir de cette parole célèbre de Descartes : a Donnez-moi de la matière et du mouvement^ » et je ferai un monde ! jd Hais depuis quand l'hyperbole d'un esprit qui s'exalte, dèit-elle passer pour une vérité rigoureuse? Mais Descartes ne disait pas que le monde se ferait de lui-même; il disait : a Je ferai un monde; » il se proposait pour régulateur du mouvement de la ma* tîère, et par là même il faisait intervenir un être intelligent ; mais il est bien reconnu que Descartes était d'ailleurs un très>sincère adorateur de la Divinité; mais Descartes s'est amusé aussi à faire un monde, et l'on sait comment il a réussi : son système n'a plus un seul partisan; ses tourbillons se sont dispersés comme une vapeur légère; avec tout son génie il a eu le sort de tous les fa« bricateursde mondesanciens et nouveaux^ il s'est évanoui dans ses pensées.

Ainsi, rien ne dispense de recourir à la cause intèl« ligente.

Or, que cette cause intelligente soit Dieu, cela ne demande aucune discussion. La question agitée en ce moment entre les athées et nous, c'est de savoir s'il n'existe pas un être distingué de ce monde, et qui en ait été l'ordonnateur. Si cet être existe réellement, lès athées conviendront sans peine que, pour avoir disposé si merveilleusement toutes les parties de cet immense univers, il

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lui fallait une intelligence, une puissance, une sagesse, une prévoyance, qui surpassent toutes, nos pensées; que ses perfections doivent être sans bornes; qu'il estFêtre parfait^ en un mot, qu'il est Dieu.

11 demeure donc établi qu'il y a des notions d'ordre et de beauté répandues dans tous les esprits ; que d'après ces notions chacun sent très^bien qu'il y a de l'ordre dans ce monde visible; qu'on ne peut expliquer cet ordre que par l'action d'une cause intelligente qui est Dieu: donc il y a un Dieu. Voilà la chaîne dont on ne peut rompre un seul anneau. Je sais qu'on peut faire des arguments contre ces vérités, qomme l'on en fait contre l'existence de la matière, de l'étendue et du mouvement; mais, heureusement pour le repos du monde, les preuves de l'existence de Dieu sont sensibles à tous, tandis que les sophismes des athées sont pris dans une métaphysique ténébreuse que ne peut saisir le vulgaire, en sorte qu'en dépit des athées, le genre humain continuera d'avoir le sens commun, et de croire en Dieu.

C'est assez, Messieurs, parler à votre raison ; qu'il me soit permis un moment d'en appeler à vos cœurs. Vous êtes jeunes pour la plupart : vos âmes encore neuves ne sont ni flétries par le venin d'un athéisme enraciné, ni desséchées par les calculs de l'intérêt, ni endurcies par le long usage des plaisirs; vous êtes dans cet âge brillant où une imagination plus ardente, un cœur plus sensible et plus loyal, disposent à se laisser mieux pénétrer aux traits du sentiment et de la vérité. Hé bien, si jamais, fermant les livres et oubliant tous les raisonnements,, vous avoa contemplé quelques-unes des grandes scènes de la nature, avez-vous pu vous défendre d'une émotion profonde? n'avez-vous pas été ravis comme dans une espèce d'enchantement, et du fond de vos cœurs ne s'est-il pai échappé ce cri de vérité : Que tes œuvres sont belles e magnifiques, Dieu tout-puissant ! Quàm magnificata sun^

PROUTtB PAR VORDRE DE LA NATURB. iOS

opéra tua. Domine {i)1 Oui, voulons-nous goûter el sentir vivement ce3 douces et profondes émotions qui élèvent jusqu'à la Divinité, sortons du milieu d^ nos cités, de nos palais, des dépôts de nos richesses littéraires, et de toutes les œuvres de notre industrie : je ne yeux chercher la nature ni dans le laboratoire du savant, ni dans les cabinets des curieux, ni dans ce qui ne fait qu'attester le pouvoir et le génie de rhomme; non, je ne vous conduirai point auprès de cette enceinte qui renferme des animaux d'Afrique et d'Asie, ou des habitants de nos forêts, dont nous avons enchaîné la sauvage liberté. L'aigle prisonnier peut bien attirer mes regards; mais, dans cet état de dégradation, il n'a plus rien qui me touche, et peut-être me sentirais-je ému, si je voyais le roi des airs s'élever d'un vol rapide et majestueux vers le séjour du tonnerre. Je ne vous dirai pas de vous armer de l'instrument dont s'aide l'œil de l'observateur, et de le diriger vers le firmament; cela même est une fatigue : je n'aime pas à ne voir qu'un point des espaces célestes; il me faut toute la voûte des cieux, une liberté parfaite qui laisse à mon esprit toute sa force, à mon cœur toutes ses affections. Et où donc la trouver cette nature, qui parle à nos âmes bien mieux que toute l'éloquence humaine? Où, Messieurs? C'est dans ces forêts superbes et majestueuses, où la solitude, le silence, l'épaisseur des ombres, pénètrent Fftme d'un saint recueillement et d'une religieuse frayeur; c'est sur les bords d'une mer tour à tour paisible et courroucée, dont les ondes semblent se jouer sous h main puissante du Dieu qui les irrite ou les apaise à son gré ; c'est sur la cime de ces hautes montagnes d'où l'œil s'égare au loin, et se perd dans un immense horizon. Là, roi de la nature, l'homme semble planer sur son empire ; et contemplant avec transport ce

(j) Ps. cm. 24.

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vaste ensemble de vallons et de coteaux, de nionts et de plaines^ de champs et de prairies qu'il voit à ses pieds, son âme s*élève naturellement vers Tauteur de tant de merveilles. Où faut-il étudier la nature? C'est surtout dans les cieux , au milieu de ces nuits tranquilles et pures, quand le silence règne sur la terre et dans les airs, et que la lune, avec ses douces clartés, semble verser sur Funivers le calme et la fraîcheur. Alors peut-il venir en pensée qu'il n'y a pas de Dieu? Ah ! plutôt des sentiments consolants et doux s'insinueront dans vos âmes; quelques larmes d'admiration et d'attendrissement s'échapperont peut-être de vos yeux; et, tombant à genoux, vous direz : a Dieu de Tunivers, que tes œuvres sont belles ! Dieu de » mon cœur, qu'il m'est doux de croire en loi ! et comx> ment pourrais-je te méconnaître, quand ta présence x> éclate de toutes parts avec tant de gloire et de magni- » ficence? Dieu de bonlé^ pardonne aux erreurs de ma 9 jeunesse; reçois l'enfant égaré qui se jette dans toa x> sein paternel : et si tu fais paraître ta puissance en ré- » glant le cours des astres^ montre-toi plus puissant en- » core en réglant mon cœur, et le soumettant pour toujours aux lois de ton adorable et suprême majesté. »

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