DE L'ATHÉISME
An moment où nous avons formé le dessein de venger eontre les attaques de Fimpieté le premier de tous les dogmes, celui de l'existence de Dieu, nous n'avons pu nous empêcher de nous demander à nous-mêmes, s'il ne serait pas plus expédient de laisser dans l\)ubli ces ténébreux arguments, que de les produire au grand jour; si Ton ne s'exposerait pas, en les révélant, à obscurcir une vérité qui brille de sa propre lumière, comme le soleil brille de ses rayons, et par là même à ébranler la conviction par les moyens que nous voudrions employer à raffermir. Mais cette considération n'a-t-elle pas dû le céder à une autre plus puissante encore ? C'est que, si la Divinité a eu tant d'ennemis, qui ont élevé la voix avec l'éclat de la trompette dans l'Europe entière, il faut bien qu'elle ait aussi ses vengeurs; c'est qu'après une époque où l'athéisme était comme le ton dominant du monde savant et littéraire, où l'on a fait des efforts incroyables de science et d'esprit, pour tout expliquer sans l'intervention de la cause intelligente et suprême ; où mille productions diverses, marquées au coin de l'impiété la plus révoltante, ont circulé dans tous les rangs de la société, il est impossible qu'il n'en reste pas des impressions funestes, même dans les esprits que ces pernicieuses doctrines n'ont pas tout-à-fait pervertis : et dès lors le soin de la combattre ne saurait être ni déplacé ni superflu.