‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 2)Chapitre 28 sur 60 · PROUVÉE PAR L ORDRE DE LA SATURE · texte numérisé non relu

PROUVÉE PAR L ORDRE DE LA SATURE

sa vaste prévoyance, fait tout marcher à ses fins avec autant Je force que de sagesse?

Cependant L'athéisme , avec ses froids et ténébreux systèmes, a tellement émousséle sentiment, obscurci la raison, que la foi à la Divinité, sans en être anéantie, en a été sensiblement affoiblie. Oui , si l'impiété de nos jours n'a pas tout détruit, elle a tout altéré; c'est une maladie contagieuse qui a flétri ceux-là même a qui elle n'a pas donné la mort. Ce n'est donc pas une chose déplacée , que de rappeler les preuves de La première de toutes les vérités , pour nous la rendre plus sensible, et la dégager, non pas du voile qui la couvrira toujours , mais des ténèbres dont l'impiété cherche a L'envelopper. Nous ne venons point parler uniquement à votre imagination par des peintures étudiées des beautés de la nature : nous consentons à ne parler qu'a votre raison ; et pour suivre, dans cette matière, la marche la plus méthodique, nous établirons , premièrement, qu'il y a des notions ■ Tor.li c et de beauté répandues dans tous les esprits, ineii.e ks plus vulgaires ; secondement , que , d'après ces notions, il i 3t fa* Lie ù tous de vnlir qu'il y a de I 01 dre dans ce monde visible ; troisièmement, que cet ordre ne peut s'expliquer que par l'action d'une cause intelligente , et que cette cause est Dieu. Peuton exiger une manière de prw éder plus exacte et plus

Oui, L'homme porte au fond de son eaeui un sentiment prol ! de l"ii;. ■! du beau, comme du I honnête cl d ^vir jamais analysé les

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(acuités et les opérations de l'entendement , le peuple lui-mémi sent . pense, compare) juge ; et son langage, ses actions, ses desseins, tout dételé dans lui des notions primitives d'ordre et de sage M >lez à l'épreuve la sagacité du villageois le plus grossier, éveillez en lui ces idées comme endormies qui le dirigent -ans cjn'il s'en aperçoive ; et roui verrez que la. connoissance de l'ordre et «lu beau ne lui èirangère. Des exemples vont éclairai la ■ liosc.

Je suppose qu'un homme du peuple , très-borné , si l'on veut, dans ses conceptions, soit transporté au un d'une f.ini ,li qu'il ne connoissoit pas encore : il l'observe pendant plusieurs jours; 1> docilité des enfans, la soumission des serviteurs, 1. contentement des maîtres, tout lui annonce la coin orde et la paix : là chaque chose a son temps ; repas , travaux , délassemens, tout es) réglé , tout se fai sans trouble 1 1 ans , onfusii m li> n ind sàcel bomme , toi rant qu'il est , > il v a de l'ordre dans cette famille , et vous venez qu'il n'hésitera point a se p m l'affirmative.

.le suppose qu'un soldai soi) membre d'un i"ip< mi la discipline tient chacun a vn> rang, où l'obéissance est aussi prompte que le <■> mandes ferme, ou tout s'exécute avec une précision et une

qu'ensuite e même soldat p use

corps "u tout le inonde veut ( mande] .

où l'esprit d'insuliordinationet de révolte agite toutes

-lui de quel côté est l'ordn . d.- • pu! côté est le désordre; vous verra qu'il ne s'y ■

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Ici le sentiment prévient la raison. Partout où nous voyons accord et correspondance , assortiment et liaison de parties diverses qui tendent à un but commun , convenance et proportion des moyens avec la fin qu'on se propose , nous trouvons de l'ordre et de la beauté : ainsi l'ordre se trouve dans le concert et l'ensemble des parties pour composer un seul tout. C'est par ce caractère qu'on distingue un édifice bien conçu de celui qui ne l'est pas, un discours , un poème bien ordonné de celui où règne le désordre. Toujours le plan et le dessein de l'ouvrage , même le plus vaste et le plus compliqué, doit se rapporter à une fin unique : il faut qu'il soit un. Voilà la règle que traçoit , il y a deux mille ans , le poète latin (1). Saint Augustin , qui étoit un aigle en tout , a dit une parole célèbre , et mise dans tout son jour par un écrivain français , dans une des productions les plus originales de notre langue : « c'est que l'unité est le

fond . le principe de toute beauté; omnîs puLhriludinis furnia, unilas est (2).

Et ne pensons pas que ces notions de l'ordre et du beau soient arbitraires , uniquement fondé1 s sur des conventions. Si ce n'étoit qu'une chose de mode et île caprice, \\ seroil dont an pouvoir des hommes de i ii i les idées et le langage, de reconnoître que l'ordre et le désordre , l'arrangement et la confusion, »ont des chos lifférenti . et de statuer qu'à l'avenir 1 ■ ra ni réjoui par l'un, ni choqué

Bar. de Art. poeS. v. 23.— [2) Epist. xvm, D. 2.

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par l'autre ! Toutefois, qui oscroit soutenir ce paradoxe révoltant? J'aiincioii autant dire, qu pouvoir •!' i bomm< S <1<j i "ii\i mr qu'il n'y cur.i dans la suite au une diBërenc entre la folie et la entre Le génie et la stupidité, entre i' mensonge. Oui, dans tous les temps, dans tous les lieui , il v aura des ib">es qui paroitront choquantes à tous, et sur lesquelles il serait impossible de réformer les idées et le sentiment du genre humain, Ainsi , que dans la famille , le fds commande avec dureté, et que le père obéisse en tremblant i que, dans une arma , le soldat , au lieu de marcher aux ordres de son chef, les viole ave» aud i un poème, une mère désolée y parle comme une femme dans le -s ris et dans la joie, qu'on y prête au sa^e vieillard la légèri lé 1 1 la fougue du jeune 1. tout cela nous choque , nous v voyons OUI Iqn de désordonné. Dr le désordre qui 1 ! pose-t-il pis en nous des idées d'un ordre qui nous plaît?

Je sais bien que les hommes ne sont pas tous d'aï i ord --m les défauts et L - 1 . iules ■ '.■ - i by t; . la prééminence des couleurs, N i formes

extérieures . que plus d'ui i Imire ce que

I autre condamne., et que ce qui plaît au peuple ne plait p,is .m savant: je .--ii> aussi qu'il est des beautés de convenant e . tel ith i s aux : us >,, •

ji sais enfui que l notions de l'ordre et di Li sont plus ou moins parfaites , plus ou moins développées, suivant le degré d'intelligence etd'instructi ki l'I mme civilisé peut bien remporter

PaODVÉE PAft i.'ofiDEE DE LA SATDttE. 1 1 1

sur le barbare ; l'idée du beau n'est pas aussi lumim use , aussi profonde dans la tète d'un sauvage , qu'elle pouvoit L'être dans celle de Bossuet ; et sans doute le barde Gaulois n'avoit pas un sentiment du beau aussi pur ni aussi délicat que Fénelon : mais partout , néanmoins , la notion primitive du beau se montre toujours ; il demeure coustant , chez tous les hommes, que là où U se trouve une disposition , un concours de parties vers un but commun, là se trouve de l'ordre.

Voyez comme cette connoissance plus ou moins confuse de L'ordre , et le goût qui eu est dans tous les hommes , éclate en toutes rencontres et de toutes les manières. Qu'une troupe d'enfans veuille imiter les évolutions militaires , ils sentiront qu'il Leur faut un chef qui les dirige; que, si chacun n'est pas à sa place, ne marche pas d'un pas mesuré , l'ordre est rompu. Qu'ils se livrent à ces jeux innoceus qui les font tressaUlir de joie, ils sentent qu'il leur faut des règles, que ces règles on doit les suivre , et que sans cela il n'y auroit que confusion. 11 n'y a pas jusqu'aux bandes de malfaiteurs, qui ne comprennent que Leur ' le association ne peut subsister que par l'accord et l-i subordination «le tous les membres; ainsi Leur fin est criminelle, mais les moyens qu'ils prennent pour L'atteindre j sont adaptés : < t voilà comme, dans le désordre même, éclatent la notion et le goût de L'ordre. J'ai cru devoir remonter jusqu'à ces idées premièi a que phista modernes , cor-

rupteur [uc, n'ont rien négligé

pour h II ■ i donc vrai que des notions

1 J 1 l'existence de diec

d'ordre et de beauté se trouvent répandues dans tous

les esprits ; et c'étoit là ma première propa

passe à la seconde : c'esl que, d'après ces notions

j Ltives, il est facile à chacun de voir qu'il \ ad*

l'ordre el de la beauté dans i e monde \ isible,

On -m que de très-beaux génies , > liez les anciens et les modernes , se sont plu à célébra Les merveilles 'li la nature. Non- laisserons ii i l> - di -• ription dél dis aux naturalistes profonds . <|ui . joignant l'imagination du poèti .1 li sagacité de l'observateur, seroient capable de les peindre : <■ n'il nous su laiir remarque! en général cet enchaînement merveilleux de causes et d'effets qm entretient l'hajrmoirie ■lu monde, le concours îles diverses parties à la marche, à la conservation du tout, et l'influence de l'ensemble sur la reproduction et la ci ■-< i v.-nion de toutes les parties. Oui, dans la nature tout s'enchaîne : c'est une machine immense dans laquelle I ordre éclate d'autant plus, que chaque rouage a sa. destination spéciale, el i n même temps sa destination par rapporta l'ensemble. Prenez l'homme en particulier : dans mon être corporel, que sui

i appoi ta la terre; la 1 1 i n'< i qu"un atome paj rapp l( planétaire dout elle util

partie. Et ce même monde qu'i it-il pai i pport a la vaste étendue des cieux étoiles? N'est-il pas comme un

• i uns l'immensité il '

donc pas notre p< ùtesse '. et par la partie péi issable de nous-méim >,comb'n n sommes-nous voisins du néant I Cependant notre existence a des rapports et des liai-

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