PAR L'ORDRE DE LA NATURE. 1G
sorte notre entendement et qui sont la base nécessaire de nos raisonnemens. Or l'esprit humain est fait de manière qu'il a toujours raisonné sur ce principe, que l'ordre dans un effet suppose de l'intelligence dans sa cause. C'est d'après cette règle lumineuse, invariable, universelle, qu'un homme sensé ne se persuadera jamais qu'en prenant au hasard et sans choix des caractères d'imprimerie, on pût rencontrer un poème comme Athalie ; cette opération machinale, faite sans discernement, dut -elle recommencer sans cesse pendant des millions de siècles. Oui, dans notre intelligence, l'ordre et le désordre diffèrent comme la sagesse et la folie, comme la lumière et les ténèbres. L'agent cloué d'intelligence et de raison est séparé par un intervalle immense de l'agent aveugle et brute , et notre bon sens ne nous permet pas de les confondre dans leurs effets, pas plus que dans leur nature. S'il faut une intelligence pour composer une sphère artificielle qui représente les mouvemens célestes, nous ne concevons pas qu'il n'ait pas fallu une intelligence pour disposer les sphères réelles qui roulent dans les Dieux.
TJO DE l'existence DE DIEU",
II semble que les alliées de nos jours ont, rougi d'attribuer la formation du monde au hasard. Us ont senti que dans la réalité le hasard n'est rien; et en effet, dans le monde physique comme dans la vie humaine, tout a sa cause réelle quoique cachée : mais, pour exprimer une rencontre qui n'étoit pas concertée , un résultat qu'on n'a voit pas en et dont pourtant on est la cause, il falloit un mot, et ce mot est celui de hasard, mot qiiï ne sauroit être un agent, une cause, athées, cessant de l'invoquer, ont fait grand bruit de ce qu'ils appellent la nature, la nècessitë : voilà leurs dieux, qui ne sont pas moins chimériques que ceux du paganisme : et en vérité les athées se montrent si crédules, si déraisonnables dans leur manière d'expliquer cet univers, que t . 3g ce rapport, ils sont bien les plus superstitieux de tous les hommes. Et d'abord nous leur dirons : Qu'entendez-vous par la nature? si vous entendez une nature sage , prévoyante , disposant tout d'après un plan concerté d'avance f vous changez le mot en conservant la chose; cette nature, c'est la cause intelligente que nous cherchons; c'est Dion. Mais non , pour
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conséquens, vous devez désigner parle mot nature , l'universalité des êtres, la collection de tout ce qui existe , le grand tout , l'univers, en un mot le monde. Maintenant , dire crue le monde est Fauteur de l'ordre du monde , c'est visiblement ne rien dire. Tous aurez beau me parler de 1 énergie de la nature, d'attraction, d'impulsion, de répulsion, d'affinités; je vois bien là des règles, mais je demande où est le régulateur; je vois là des moyens d'ordre , mais qui , loin de l'exclure , supposent un ordonnateur.
Ce n'est pas plus heureusement que vous invoquerez la nécessité : tâchons de bien nous entendre et de ne pas mettre des mots a la place des choses. Prétendez -vous que l'ordre actuel du monde existe nécessairement, par lui-iy££îfe) dtf toute éternité? mais alors la voix de la terre entière s'élève contre vous: anciens et modernes, philosophes et peuples, athées et crovans, tous s'accordent à dire que le monde n'a pas toujours été tel qu'il r*st, et la tradition du chaos primitif d'où est enfin sorti l'univers avec ses merveilles s'est conservée chez tous les peuples. Prétendrez-vous que du moins l'ordre actuel des
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choses est le résultat nécessaire des lois mécaniques de ce monde visible? mais je demande qui a établi les lois primordiales, si fécondes en résultais merveilleux; je demande qui a présidé à leurs combinaisons, e$ doù viennent ces principes d'ordre qui, en se développant, ont formé et conservent encore l'univers. Je vois une aiguille faire le tour d'un cercle tracé sous mes yeux et marquer exactement les heures qui dhisent le jour, et je demande quelle est la cause d'un mouvement si régulier; vous me répondez qu'il est le résultat d'un mécanisme qui se dérobe à mes regards. Jy consens : mais ne faut-il pas remonter à un ouvrier intelligent qui ait mis en jeu et en action les ressorts divers de cette machine ? Je vois une armée exécuter avec précisi.on J'<=,sévolu lions les plus savantes et les plus difficiles; j'en demande la cause, et l'on me répond que ce que j'admire est le résultat des règles de la tactique et du long exercice du soldat; j'y consens encore : mais cela me dispens^-t-il de recourir à un ordonnateur qui commande et règle tous ces mouvemens? Ainsi vous aurez beau supposer dans la nature des mou-