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inuoccns qui les font tressaillir de joie, ils sentent qu'il leur faut des régies, que ces règles on doit les suivre, et que sans cela il n'y auroit que confusion.! il n'y a pas jusqu'aux bandes de malfaiteurs qui ne comprennent que leur exécrable association ne peut subsister que par l'accord et la subordination de tous les membres; ainsi leur fin est criminelle, mais les moyens qu'ils prennent pour l'atteindre y sont adaptés; et voilà comme, dans le désordre même, éclatefll la notion et le goût de l'ordre. J'ai cru devoir remonter jusqu'à ces idées premières , parce que des sophistes modernes, corrupteurs de la saine métaphysique, n'ont rien négligé pour les obscurcir. 11 est donc vrai que des notions d'ordre et de beauté se trouvent répandues dans tous les esprits; et c'était là ma première proposition. Je passe à la seconde; c'est que, d'après ces notions primitives, il est facile à chacun de voir qu'il y a de l'ordre et de la beauté dans ce monde visible.
On sait que de très-beaux génies , chez les anciens et les modernes, se sont plu à celé-
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brer les merveilles de la nature. Nous laisserons ici les descriptions et les détails aux naturalistes profonds qui, joignant l'imagination du poète à la sagacité de l'observateur, seroient capables de les peindre ; qu'il nous suffise de faire remarquer en général cet enchaînement merveilleux de causes et d'effets qui entretient l'harmonie du monde, le concours des diverses parties à la marche, à la conservation du tout , et 1 influence de l'ensemble sur la reproduction et la conservation de toutes les parties. Oui, dans la nature tout s'enchaîne : c'est une machine immense dans laquelle l'ordre éclate d'autant plus que chaque rouage a sa destination spéciale et eu même temps sa destination par rapport à l'ensemble. Prenez l'homme en particulier : dans mon être corporel, que suis- je? je suis un atome par rapport à la terre, la terre n'est qu'un atome par rapport au monde planétaire dont elle fait partie. Et ce même monde, qu'est-il par rapport à la vaste étendue des cieux étoiles? n'est -il pas comme un point dans l'immensité des espaces?
Quelle n'est donc pas notre petitesse? et par la partie périssable de nous-mêmes, combien
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sommes-nous voisins du néant! Cependant notre existence a des rapports et des liaisons avec toute la nature; la terre, les mers, l'air, la lumière, le soleil, tout concourt à notre conservation. Le pain qui me nourrit vient de ce grain confié à la terre; la terre est fécondée par les pluies qui l'arrosent; ces pluies tombent des régions de l'air; l'air soutient les vapeurs qui les produisent; ces vapeurs s'élèvent de la surface des mers et des fleuves; cette évaporation suppose l'action de la chaleur et du soleil : voilà comme tout est d'accord pour fournir à ma subsistance. Je ne suis qu'un point à peine aperçu dans le tout, et je deviens comme un centre où tout doit aboutir. Ce que je dis de l'homme, je le dirai de chacun des êtres de la nature, je le dirai de ces animalcules qui échappent à l'œil. Ainsi tout se lie depuis l'inlîriiment petit jusqu'à l'infiniment grand; et le ver qui rampe sur la terre tient à la constellation qui brille au plus haut des cieux.
"V otdez-vous admirer l'ordre et la beauté dans un objet particulier? je demande s'il n'est pas évident que dans l'homme l'œil est fait pour voir, et si l'on ne découvre pas
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une admirable proportion entre l'organe de la vue et les phénomènes de la vision ? Voilà donc un but et des moyens qui s'y rapportent. Tous vous trompez, dira l'athée, héritier ici d'une pensée de Lucrèce : l'œil n'est pas fait pour voir, mais il falloit bien que la matière qui le compose coexistât d'une certaine manière avec les autres objets de la nature; il s'est trouvé qu'elle étoit en rapport avec la lumière, et voilà pourquoi l'homme s'en sert pour voir les objets. Messieurs, j'aimerois autant dire que la porte d'une maison n'est pas faite pour qu'on puisse entrer et sortir, mais que, se trouvant là , on s'en sert pour cet usage ; ou bien encore, il faudra dire que les instrumens divers dont se sert l'ouvrier pour dégrossir, polir, façonner, achever son ouvrage, n'ont pas été faits pour cela, mais que l'ouvrier, les voyant propres à cet usage , les y emploie. Mais voici de quoi pousser à bout l'athée le plus obstiné. Je n'examine pas ce que seroit l'homme dans un autre système; toujours est-il vrai que dans l'ordre actuel des choses l'homme est né pour voir les objets extérieurs : et que devien droit l'espèce hu-
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mainc, si clic étoit frappée d'une complète cécité? clic périroit. L'homme est donc fait pour voir. Mais par quel organe voit-il? par les yeux. Maintenant demandez à l'opticien le plus habile si l'œil de l'homme n'est pas merveilleusement construit pour cet usage , si par la place qu'il occupe , par les paupières qui le couvrent, par son orbe mobile, par la pupille, le nerf optique, il n'a pas les rapports les plus manifestes avec la vision. Ainsi, voiries objets, tel est la lin ; l'œil, tel est le moyen : or ce moyen est parfaitement adapté à la fin; que faut-il de plus pour un dessein, un but, un plan concerté? encore une fois voilà de l'ordre. Mais ce qu'on dit de l'œil, on le dira de tous les organes; on le dira du merveilleux mécanisme du corps humain, de celui des animaux et des plantes. Interrogez le savant le plus profondément versé dans la connoissauce de la nature , et il vous dira que dans la chaîne immense des êtres, il n'en est pas un seul qui ne soit bien ordonné en lui-même, et bien ordonné par rapport au tout. Et où donc seront l'ordre et la beauté, s'ils ne sont pas dans cette suite et liaison de merveilles,?
PAR L'ORDRE DE LA NATURE. l6*3 .Messieurs, la nature est si belle, les hommes ont tellement le sentiment de sa beauté , que tous leurs efforts ne tendent qu'à la reproduire , et que le triomphe du génie , c'est de limiter. On sait que les beaux arts ne sont que l'imitation de la nature. Le peintre, le statuaire, le poète, se croient d'autant plus parfaits, qu'ils en retracent des images plus fidèles; même les beautés de la nature ont pour nos cœurs un charme secret qui nous suit partout. Il y a bien des siècles qu'on l'a remarqué ; au milieu des chefs-d'œuvre de son industrie, dans ses jeux et ses fêtes, dans ses spectacles les plus pompeux, dans les portiques et les palais qui sont son ouvrage, l'homme se plaît à retrouver la nature. Des cieux étoiles, des paysages, des fleurs, des fruits, des oiseaux, voilà ce quïl aime à voir reproduire; et lors même qu'il fixe ses yeux sur les beautés enfantées par l'art, il sent que par la partie la plus pure de lui-même il tient bien davantage aux beautés originales, dont on peut dire que la fraîcheur est toujours ancienne et toujours nouvelle.
11 est vrai que nous ne connoissons pas
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complètement cet univers; mais il seroit contre le bon sens d'aller chercher dans ce qui nous est inconnu des argumens contre ce que nous connoissons; ce seroit chercher la lumière dans les ténèbres. Prenons ici pour règle et pour guide l'analogie et l'expérience; jugeons des parties qui peuvent nous être encore inconnues par celles qui sont enfin venues à notre connoissanec , après nous avoir été long -temps cachées. Dans les trois derniers siècles , les sciences naturelles ont fait des progrès immenses. Quelle foule étonnante d'observations et de phénomènes nouveaux ont enrichi leur domaine! Or, chaque découverte a été une merveille; Christophe Colomb, en découvrant l'Amérique, a comme doublé pour nous le globe que nous habitons. Eh bien! a-t-on trouvé dans les fleuves, les montagnes, les forets, les productions de ce second hémisphère, quelque chose qui le rendit indigne de figurer à côté de l'ancien? Des instrumens inventés par l'homme l'ont fait pénétrer plus avant dans toutes les parties qui composent les diverses productions de la nature; ils ont comme créé pour nous
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un monde nouveau, peuple de milliers d'êtres imperceptibles à l'œil. Eh bien ! ici encore nouveaux sujets d'admiration , nouveaux miracles d'ordre et de sagesse : depuis que le télescope d'Herscliel a visité les cieux , y a-t-on vu quelque désordre choquant?
Les quatre nouvelles planètes découvertes de nos jours ont -elles quelque chose de contraire à l'harmonie universelle? L'astre vagabond dont l'apparition imprévue a surpris nos savans a-t-il fourni quelque argument contre la sagesse de l'ordonnateur des mondes ( 1 ) ? Non , non ; il n'en est pas des ouvrages de la nature comme de ceux de l'homme ; avec de nouvelles lumières on a souvent découvert de vieilles erreurs; nos théories phvsiques d'aujourd'hui sont en bien des points la réfutation des anciennes. Depuis que le siècle de Louis XIV a fixé le goût et la langue française , combien d'ouvrages , qui passoient auparavant pour des chefs-d'œuvre, sont tombés dans I oubli ! Au contraire, plus les sciences font de progrès , plus elles font sentir l'utilité
(i) Mois de juillet 1819.
l6G de l'existence de deeu, clc choses qui sembloient inutiles, et plus elles nous découvrent la beauté de celle s qu'on étoit tenté de croire défectueuses. L<néant de l'homme se fait sentir jusque dans le plus beau génie : mais pour la nature, ses œuvres sont parfaites; plus on l'étudié, plus on la trouve belle : sa jeunesse est immortelle , et ses beautés ne vieillissent jamais.
C'est assez pour établir qu'il y a de l'ordre; et de la beauté dans ce monde visible. J'ajoute, en troisième lieu, qu'on ne peut les expliquer que par l'intervention d'une cause in telli sente.
Maintenant, Messieurs, que nous sommes convaincus qu il y a de l'ordre dans ce monde visible, voyons quelle en est la cause. Faut-il Y voir l'ouvrage d'une intelligence et d'une Sagesse infinies, ou bien la production d un je ne sais quoi sans raison et sans prévoyance? les savans de nos jours ont beaucoup insisté sur ce principe , qu'il falloit se défier de l'esprit de système, consulter les faits, les observations , l'expérience ; ils nous avertissent de ne pas nous livrer à toutes ces hypothèses brillantes qui peuvent bien faire honneur
PAR L'ORDRE DE LA NATURE. 167 à l'imagination de l'écrivain , mais qui sont peu honorables pour le naturaliste. Eh bien! Messieurs, rpie l'expérience juge ici entre nous et les athées. Je leur demande de citer un seul ouvrage remarquable par l'ordonnance et la beauté qui ne soit pas en même temps le fruit d'une intelligence. L"liistoire ancienne ou moderne nous offre- t-elle des œuvres pleines de traits de sagesse ou de génie et qui n'en supposent pas dans leur auteur? a-t-on vu quelque part un idiot enfanter une Iliade ou un poùme comme Athalie? Si quelquefois des aveugles, armés d'un pinceau et traçant des lignes sur une toile, avoient rencontré, je ne sais comment, une transfiguration comme celle de Raphaël;, si quelque part un tourbillon de vent, agitant un amas confus de pierres et de sable, avoit taillé, poli, disposé toutes les parties d'un palais comme celui des Médicis; si Ton me [truuvoit qu'une troupe d'insensés, parlant tous à la fois et dans la plus grande conftisicm, ont articulé de suite tous les mots dont se compose le Discours sur l'histoire universelle , alors peut-être il pourroit me venir en pensée que ce monde avec ses mer-
i63 de l'existence de dieu, veilles ne décèle pas un architecte intelligent : mais si partout où je vois de l'ordre , si h la vue d'une famille bien réglée, d'une ville bien policée, d'une armée bien disciplinée, d'un édifice bien régulier dans toutes ses parties, l'idée d'un agent doué d'intelligence et de raison se réveille dans moi malgré moi; il faut bien, pour suivre les règles de l'analogie et de l'expérience la plus constante, qu'à la vue de l'ordre admirable de la nature, je m'élève jusqu'à une intelligence suprême dont il soit l'ouvrage. On cite bien dans l'antiquité un peintre qui, désespérant de bien exprimer l'écume d'un coursier aux jeux olympiques, jeta de dépit son pinceau sur la toile et réussit au - delà de ses espérances : mais un peu d'écume n'a rien de régulier; c'est quelque chose de vague et de confus; le hasard, si l'on veut, peut en avoir l'honneur; encore même falloit-il une toile préparée pour cela, des couleurs mêlées à dessein , un pinceau analogue et une main qui le jetât sur la toile. *
Ncros ne pouvons juger des choses que d'après notre manière de concevoir, d'après ces idées premières qui constituent en quelque
sorte