‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 3)Chapitre 24 sur 35 · EXAMEN DES PRINCIPAUX ARC UMENS · texte numérisé non relu

EXAMEN DES PRINCIPAUX ARC UMENS

la variation perpétuelle de ses formes. J< sens que tout cela est mieux placé dans un livre qu'on peut méditer à Loisir, que dans un discours public dont les paroles pas:-.» ut rapidement. Voilà pourquoi j'abrège; mais^ tout cela est fondé sur une métaphysique i inattaquable : vous pouvez le voir développé dans Glarke en particulier.

Je dis en second lieu que, sans recourir à Dieu, le mouvement est inexplicable; une propriété des corps, c'est de pouvoir être transférés d'un lieu à un autre, de pouvoir être agités; c est là ce qu'on appelle mouvement. Or je demande d'où vient le mouvement de la matière : direz-vous que le mouvement lui a été communiqué dans le principe, ou direz-vous que le mouvement lui est essentiel? choisissez. Si vous dites qup le mouvement lui'Veté cm>v^ unique, je demanderai de qui elle Ta reçu ; cev > si pas d elle-même; par la supposition eli ne le trouve pas dans eon propre fond: c'est donc d une cause distincte d'elle - même, \ "une cause motrice; et voilà le premier moteur distingué de la matière, c'est Dieu. On auroit beau dire que le mouvement a été commu-

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nique d'une partie de la matière à l'autre, sans aucune cause originale, primitive, extrinsèque de son existence; que c'est ici une succession sans fin de mouvemens qui passent d'un corps à un autre : c'est vouloir s'abuser soi-même; il faudra toujours arriver au premier atome qui a été mis en mouvement, et je demanderai quelle a été ici la cause efficiente. Eh bien ! direz-vous, je soutiens que le mouvement est essentiel, inhérent à la matière; et moi je prétends que par là vous vous jetez dans un embarras aussi grand que le premier; car j'ai l'idée d'un corps et Fidée du mouvement, et je sens très-bien que je puis séparer ces deux choses. Je puis supposer un corps en repos, sans le détruire : je vois même par expérience qu'un corp^'este L.^Aobile s'il n'est ébranlé par xv autre; donc l'idée d'un corps n'empor /pas celle du mouvement; donc les corps ont route leur essence, sans qu'on leur attribuntaucun mouvement; donc le mouvement ii^è^eur est pas essentiel ; donc il leur a été communiqué par une cause préexistante ; et nous voilà ramenés à la cause première , à Dieu. Je pourrois multiplier ici les raisonnei. 9*

204; EXAMEN DES PRINCIPAUX A ROI 'MENS mens, si je ne craignois de vous fatiguer par des choses si abstraites. J'aime imeux vous renvoyer à Fénélon, qui , dans son Traité de l'existence de Dieu, a plusieurs chapitres très-solides cl très-lumimux sur cette matière. Je dis enlin que sans Dieu on ne peut expliquer l'existence de l'homme. En remontant de famille en famille , de siècle en siècle il faut aboutir enfin à un homme qui ait été le premier qui se soit trouvé sur la terre , organisé, vivant, sentant comme nous, sans être né comme nous d'un père et d'une mère préexistans; on aura beau prolonger dans des temps imaginaires la chaîne des générations, il faudra tôt ou tard arriver au premier anneau. Le genre humain a commencé; oij ne dira pas, j'espère, qu'il y a eu de toute éternité des individus de ûone ^sp^o , existant par eux-mêmes- nécessairement, cl q ■ sont devenus la tige de tous les autres; ca)! ces individus nécessaires existeroient encore : ce qui existe par la nécessité de sa naturd ,ne peut cesser d'être; et où sont-ils ces individu, de notre espèce qui soient éternels? Tout cela est absurde. L'espèce humaine a donc eu un commencement; mais quelle en à été l'ori-

giné et la cause? Nous croyons, nous disons une chose très-simple : c'est qu'un Dieu créateur a donné au premier homme l'être et la vie, que dans sa puissance suprême il a façonné son corps avec une merveilleuse industrie, comme le potier façonne l'argile, et qu'ensuite il l'anima de cette intelligence, rayon de la divine lumière par laquelle l'homme est l'image de son auteur.

Que disent les athées? 11 en est parmi eux qui vous disent crûment que la nature a planté des hommes sur les diverses parties du globe : mais, quand on ne reconnoît pas Dieu , la nature n*»est autre chose que cet univers, que l'assemblage de tous les êtres. Maintenant, si quelqu'un nous disoit que la collection des êtres a planté des hommes, nous le priions be parler français, et de ne pas cv primer dans un langage barbare une idé {plus barbare encore. Chez les anciens. Lucrèce disoit que dans l'origine les germes dej animaux attachés à la terre par leurs racines végétoient comme les planies; mais je voudrois savoir où sont les monumens historiques de cette végétation dei'homme-plante iNTe demandons pas des témoins du faiï; cela

Q ( )U EXAMEN DES PB INCIPA I \ \ I! < ; i M i ; 99 S s est passé à eette époque <■! dans ces lieux où les arbres parloient,où Amphion, au son de la lyre , amoUissoit les tigrés et les rochers, c'est-à-dire, au temps et dans le pays des chimères. Si autrefois les hommes ont tenu à la terre par des racines comme les plantes, pourquoi n'y tiennent -ils pas encore comme les plantes? pourquoi, si la terre a produit des hommes par une sorte de végétation , n'en produit-elle plus de la même manière? Tandis qu'on voit toutes les productions de la nature, les minéraux, les plantes se perpétuer de la même manière, pourquoi donc ce changement dans la production de l'homme?

d'où \ient qu'après avoir résulté jadis d'une certaine combinaison , il n'en résulte plus aujourd'hui? >^.

INe parlez pas des métamorphoses <W?, su- Lies l'animal aquatique qui coasse dans^aos marais, ni de celles du ver industrieux qui file son tombeau, et qui, après avoir raiu, ••é. déploie les ailes du papillon : toutes ces métamorphoses ont eu heu dans tous les temps, comme elles ont lieu encore. Toujours les êtres qui en résultent ont été produits de

cette manière; l'expérience est constante, universelle ; en sorte que, pour suivre les lois de l'analogie: si l'homme eût autrefois résuite d'une métamorphose semblable , il en résulteroit encore.

Quand le premier homme a paru sur la terre, dans cpiel état étoit-il? les athées veulent-ils qu'il ait paru enfant ou bien homme fait, ou qu'il se soit formé successivement? Discutons un moment ces trois hypothèses. Si je vous disois que le premier individu de notre espèce parut sur la terre, dans la foiblesse , les infirmités , les besoins de la plus tendre enfance, vous seriez alarmés sur la conservation de ses jours; vous pourriez me demander quelle mère le nourrit de son lait, quelle main bienfaisante garantit son corps débile des dangers q si'A'environnoient: mais calmez ' os inquiétudes; l'athée Lucrèce a poui*ïi à tout cela en très-beaux vers. Suivant mi, le premier homme eut la terre pour noujrice, pour vêtement une vapeur légère, ^e .F berceau le tendre çazon.

Terra eibumpuerh, vestem vapor, berba cubilc Praebcbat multà et molli lunogioc abandaiis (1).

(0 Vers 80; et 808.

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Messieurs, je ne lai pas vu, niais je puis assurer que, si cela n'est pas vrai, cela est très-poétique 5 il est gracieux du moins, ce Lucrèce, tandis que les alliées modernes avec leur sombre métaphysique sont tristes comme les ténèbres.

Si vous disiez que l'homme est sorti tout à coup dans l'âge parfait de la fange d'un marais échauffé par les rayons du soleil, vous avanceriez une chose évidemment démentie par les faits ; car il est contre toutes les lois de l'analogie et contre l'expérience de tous les siècles et de tous les climats, que la formation d'un animal ait une telle rapidité, et soit subitement comme par une création instantanée dans son état de perfection.

il vous reste à dire que 1 homme s'est formé successivement parère agrégation de parties qui se sont rapprochées: noT&^île absurdité. Un corps organisé est un toutHv'rns lequel chaque partie suppose l'existence des autres; un animal ne se forme pas comme le sel, par exemple, par la juxta-posirrc' de différentes molécules réunies. C'est un système d'un non Lie infini de machines qui se correspondent directement-, qui ont entre

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elles (les rapports intimes, qui sont faites les unes pour les autres, et dont les forces concourent au Lien général. Ce tout se développe et augmente de volume; mais, en tant que machine, il est toujours en petit ce que plus tard il doit être en grand. Enfin, quand j'accorderois que l'homme a pu être formé de cette manière, je demanderais toujours d'où vient que la terre, après avoir produit des hommes de germes préexistans, n'en produit plus aujourd hui.

A cela que répondent les athées? Que la terre est vieille, quelle est épuisée, qu'elle a perdu sa fécondité : réponse digne de l'absurdité de leurs svstèmes. Sur quoi est -elle fondée? Ici rien de solide. Eh quoi! n'y a-t-il plus de limon, de terre molle et fangeuse, plus de soleil ^our 1 c' ?!'imfler? La même matiere dep . are toujours; la nature même devrait ^rair aujourd hui plus de facilité pour ces soites de productions : car, par la mort d un^jimmense multitude d'hommes depuis i • tte siècles, les germes qui avoienl servi à le^ former se sont répandus de toutes parts; ces atomes précieux existent en grande quantité; les corps morts seraient la semence des

'Jio EXAMEN DES PRINCIPAUX ARGUMENS

vivans, et les tombeaux seroient des magasins où la nature trouveroit des matériaux tout prêts pour en former des hommes. Telle est en substance la réflexion de Jacquelot(i) , et de Fontenellc (2). De nos jours on renouvelle cette doctrine, que les animalcules microscopiques naissent du sein même de la corruption , et l'on insinue que peut - être 1 homme a eu une origine semblable; mais d'abord il faudroit prouver que ces animalcules ne viennent pas d'un germe préexistant, et que ce germe n'est pas le fruit d'un animalcule qui a été avant le germe , chose qui n'est pas encore prouvée. Mais que gagneroiton à cette supposition , quand elle ne seroit pas gratuite? 11 est constant qu'il est des espèces qui ne se reproduisent pas par cette voie; qu'on n'a jam#**-vu iw>de semblable pour un lion , un éléphant, uiit^ï^me; et je serois toujours fondé à demander qui a -Ion né la vie au premier individu de ces espèces. En vérité, avec leurs hommes plantes, leurs métamorphoses pour expliquer l'origine dt '.''" «*-

(1) Tome II, page 242 de ses Dissertations sur l'Existence de Dieu.

(2) Tome III, de l'Existence de Dieu.

pèce humaine, les athées se montrent plus crédules que les enfans qui croient aux métamorphoses opérées par la baguette magique des fées; et, contes pour contes, j'aime encore mieux ces histoires assez plaisantes dont on amuse notre enfance, que ces romans physiques qui avilissent 1 homme et portent dans le cœur flétri des impressions de tristesse et de mort.

Ainsi, loin de dire qu'on explique tout sans Dieu, nous dirons avec Leibnitz que « Dieu » est la première raison de toutes choses (î). »

Ne seroit-il pas temps, Messieurs, d'abjurer tous ces systèmes ténébreux, de nous déclarer hautement en faveur des vérités sacrées que les nations et les siècles ont révérées comme le vrai fondement du monde moral, de nous soy^Waire eiïirerement et pour toujours^xa domination tyran nique de cette faussofcagesse , qui n'a usurpé l'empire sur la véritable que pour en faire un si funeste usai.if, qui n'a su régner que pour détruire, •jrrtiîer au nom de la tolérance que pour exterminer, au nom de la liberté que pour ame-

(i) Thcod. loin. L

2 1 2 EXAMEN DES PRINCTP A l \ \ R ( ; l M ËKS

ner l'anarchie ou la servitude? Si l'athéisme

csl la source1 de tout mal, la croyance en la Divinité est le principe de tout bien: un Dieu,

une providence, une vie future, une religion règle de l'esprit et du cœur, qui réprime tous les vices et commande toutes les vertus, tout cela se lie et s'enchaîne, et, pour arriver de la foi en un Dieu père commun du genre humain à la foi en un Jésus-Christ son réparateur, d ne faut qu'être bien conséquent. Peut-être me sera -t- il donné de parcourir heureusement avec vous l'intervalle qui les sépare. Tout ce que je demande, c'est l'amour sincère de la vérité, et le courage de l'embrasser après l'avoir connue, fallût-il lui sacrifier ses penchans et ses habitudes.

Augustin, jeune encore et jusque-là esclave de l'erreur etfJ* la volupté, arrive à Milan, dont le grand saint Ainbmise étoit alors évèque. Augustin assiste aux t. fplicatious que ce saint pontife donne à s'n peuple touchant les livres saints et la doctrine chrétienne. Peu à peu il voit se dissipe : 1"vant lui les préjugés dont son esprit étoit offusqué : la religion commence à se montrer à lui sous un jour nouveau et plus favora-

Lie : après avoir essayé de tous les systèmes philosophiques comme de tous les plaisirs, il croit s'apercevoir qu'il a trouvé ce qu'il avoit en vain cherché depuis si long-temps. Cependant Monique, sa mère, ne cesse de verser des larmes, de conjurer le ciel d'éclairer un fils qui lui étoit si cher, et de le faire entrer enfin dans le sein de l'Eglise catholique : ses gémissemens et ses pleurs ne seront pas perdus. Augustin voit bien la vérité, mais il la repousse: il rougit de ses désordres, mais il ne peut se défendre des charmes de la volupté j il éprouve les combats les plus violens: un jour, dans les angoisses de son cœur et le tumulte de ses pensées, il s'écarte de la société de ses amis cfVa s'asseoir sous un arbre solitaire : là une tempête furieuse agite son amc : il verse un torrent de larmes ; son esprit séclqiAS, et son cœur est changé. Sa mère, ijy.it ses vœux accomplis; bientôt après elle î^vmrt, emportant avec elle dans le tombeau l'ineffable consolation d'avoir vu son fds JQtrer dans les voies de la vérité et de la •vertu. Messieurs, Ambroise n'est pas ici; mais n y auroit-il pas dans cet auditoire quelque jeune Augustin se débattant dans les liens

^ 1 1; EXAMEN, etc.

de scs passions, honteux des fers qu'il porte, et n'ayant pas le courage de les rompre; ouvrant les yeux à la lumière pour les refermer aussitôt, semblable à celui que le sommeil accable, qui s'éveille un instant, fait quelques efforts, et retombe vaincu par la mollesse? et dans cette capitale, dans nos provinces, n'y a-t-il pas plus d'une Monique désolée, gémissant sur les écarts et l'incrédulité d'un fils qui, peut-être, est présent dans cet auditoire, qui nous entend, et qui dit dans son cœur : c'est moi dont il s'agit? Que nous serions heureux, si le ciel daignoit se servir de notre ministère pour ouvrir son esprit à la vérité et son coeur à la vertu! Puisset— il sentir que le bonheur qu'il cherche, il ne le trouvera jamais dans ses passions, mais dans cette religion céleste qui est venue apporter des remèdes à tous les nmux de l'humanité, cnù éclaire et fixe les incertnV:1^ de l'esprit par la foi, console et fortifie l'aire par 1 espérance, perfectionne et sanctifie le cœur par la charité, et dit à tous sans excepv^n : (( "V ous toiiis qui êtes travaillés des maux afc » la vie et fatigués du choc des opinions vai- )) nés, venez à moi, et je vous soulagerai! »

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