‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 3)Chapitre 3 sur 35 · DISCOURS D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

DISCOURS D'OUVERTURE

lliN jetant mes regards sur cette assemblée, si différente de celles qu'on voit ordinairement se former dans nos temples, il m'est impossible, Messieurs, de me défendre de cette pensée, que, parmi mes jeunes auditeurs, il en est sans doute qui, trompés par un pliilosoplnsme mensonger, n'ont sur la religion que des idées vagues ou fausses ; qui, peut-être même, ne voient que des préjugés populaires dans les vérités les plus importantes et les plus sacrées. Oh! combien les temps et les esprits sont changés! Que nous sommes loin des sentimens de nos ancêtres et de leur pieuse docilité! Jadis le Français, plein d'honneur, plein defoi et loyalement chrétien , avoit la noble 1. 1

franchise d'<avoucr ses torts, et toujours il respectoit Ja religion , lors même qu'il a\oit Ja faiblesse d'en \iolerles préceptes. Si trop souvent ses mœurs n'éloient pas aussi pure* que sa foi, s'il vouloit allier le christianisme avee les plaisirs, la dévotion avec la volupté, du moins il ne eherchoit pas à justihYr ses désordres par des blasphèmes 5 son cœur pouvoit être séduit, mais son esprit étoit docile. 11 révéroit la religion aussi franchement qu'il aimoit son prince et sa patrie : alors on pouvoit corriger ses vices par sa foi , opposer avec succès à la dépravation de ses mœurs la pureté de ses principes religieux, et, pour le ramener au devoir, il ne faiîoit, mble, que le rappeler à sa crovance.

Aujourd'hui l'esprit est corrompu comme le cœur; le dérèglement est dans les pensées comme dans les mœurs : plus savans dans le mal, nous avons appris à le justifier; plus raisonneurs et moins raisonnables, c'est par un système réfléchi que nous suivons les penchans de la nature corrompue, que l'oubli de la Divinité, que la licence des discours et des actions sont mis au rang des choses légitimes. Aujourd'hui, avant de combattre

d'ouverture. o

le ^ce, nous sommes réduits à la déplorable nécessité de prouver que la vertu n'est pas une chimère; avant de prêcher la uGCvrme chrétienne, nous sommes forcés d'en faire l'apologie, et de plaider la cause de la religion devant ses enfans, comme le faisoient autrefois les Origène et les Tertullien devant les juifs et les païens, ses ennemis. Oui, de nos jours, elle a été, plus que dans tout autre temps, attaquée, outragée, foulée indignement aux pieds ; les choses saintes sont tombées dans l'avilissement; la piété de nos pères est devenue un objet de dérision pour leur postérité; l'impiété est descendue jusqu'au peuple, et les campagnes en sont infectées comme les cités. Ceux qui, par leur défaut d'instruction, devroient être les plus dociles, se montrent quelquefois les j^lus opiniâtres dans leur révolte grossière contre le ciel; chez eux 1 ignorance a tout l'orgueil du savoir, et le ministre de l'Evangile a la douleur de rencontrer, même parmi le peuple , des âmes non-seulement égarées, mais endurcies contre la vérité.

Ces réflexions ont je ne sais quoi de triste et de décourageant pour les orateurs chré-

4 DISCOt RS

liens. Quel espoir avons -nous de ramener sous les drapaux de la foi un peuple de déserteurs? et que peuvent, ce semble, tons nos efforts contre les débordemens de l'impiété? Messieurs, le mal est grand, très-grand sans doute; mais faut-il donc le regarder comme incurable? et pourquoi celte main divine, qui a retiré la France du plus profond des abîmes, n'achcveroit-clle pas son merveilleux ouvrage?

C'est ici surtout, c'est au milieu de vous, Messieurs, que je dois concevoir de douces espérances; que vois-je, en effet, dans cette enceinte? une nombreuse et brillante jeunesse qui, à la voix de la religion, se réunit dans le lieu saint, s'arrache à la dissipation du siècle, et pour un temps à des études profanes, se presse autour de la chaire évangélique pour nourrir son esprit et son cœur des vérités religieuses et morales : spectacle singulier et consolant tout ensemble, qui porte à croire que tout n'est pas perdu pour la foi dans notre patrie, que le feu sacré n'y est pas éteint, et qu'il peut s'y rallumer encore avec une activité toute nouvelle. Si trop souvent le jeune âge est l'époque des pas-

d'ouverture. 5

sions orageuses et des plus tristes naufrages, c'est aussi le temps de la franchise, des sentimens généreux; c'est l'éporpie de la vie où les cœurs plus sensibles à la vérité sont plutôt déserteurs qu'ennemis de la vertu : heureux si, par notre ministère, nous pouvions seconder des dispositions aussi précieuses, ramener aux saines doctrines une jeunesse égarée parles passions et le mensonge, sauver les uns du milieu des écucils et de la tempête, et empêcher les autres de s'y précipiter. Aujourd'hui, Messieurs, nous ne traiterons aucun des sujets particuliers epii font la matière de nos instructions; nous croyons devoir, dans un discours préliminaire, en faire connoitre le motif, le but et la forme.

Tous les siècles ont vu des esprits impies et remuans, ennemis de la religion et de l'autorité ; l'orgueil se trouve partout, il est de tous les temps et de tous les lieux. Or l'orgueil est un germe de révolte contre Dieu et contre les hommes : seulement il arrive des époques où, par l'influence de certaines causes particulières, ce levain de corruption originelle fermente avec plus d'activité et

fait de plus grands ravages. Je reconnois que, sur la fin du règne de Louis-Ie-Grand, les esprits avoient plus de penchant qu'auparavant vers les nouveautés hardies et funestes ; penchant (pic facilitoit l'état mémo de la civilisation. En effet, la culture de l'esprit, devenue plus universelle, multiplia ces demi-lumières qui font apercevoir les difficultés sans donner la force de les résoudre, et, en exaltant la vanité d'une nation naturellement si vainc, tendoit a la rendre plus indocile. Les progrès des sciences, des arts, de l'industrie, portèrent dans les caractères une mollesse, dans les habitudes de la vie une sensualité qui rendit les hommes plus impatiens du joug des vérités salutaires, et l'épicuréisme des mœurs prépara celui des opinions. Déjà quelques écrivains étrangers ou nationaux étoient venus flatter dans les âmes cet amour secret de l'indépendance ; aussi Fénélon nous apprend, dans un de ses discours, qu'il avoit l'oreille frappée d'un bruit sourd d'incrédulité; et Lcibnitz, qui voyoit de si haut et si loin devant lui, étoit alarmé de je ne sais quel esprit, pervers qui commençoit à se répandre, et qui,

Page 1