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s'il nVloit pas arrêté, devoit amener des catastrophes.
Toutefois il est bien certain qu'à cette époque les mauvaises doctrines étoient loin de. former l'opinion dominante des classes supérieures et éclairées de la société. On sait que les idées et les sentimens d'une nation et d'un siècle se retrouvent dans les auteurs contemporains; et c'est ainsi, comme Fa dit un grand écrivain de nos jours, que la littérature est l'expression de la société. Or en général , sous le règne de Louis \1\ , tout ce qu'il y a voit de savans, de philosophes, de moralistes, de poètes, d'orateurs, d'écrivains illustres, portoit à la religion le respect le plus profond; partout leurs ouvrages, cuites du public, nourrissoient, fortifioient Famour de Fhonnéte et du beau; et la France se trouvoit universellement saine et forte de principes et de croyances; même les plus solides productions de l'esprit n'étoient pas sans attrait pour le sexe le plus frivole, et l'on sait avec quelle avidité cette femme que les lettres ont rendue immortelle alloit «coûter le grave Bourdaloue. Oui, lorsque chez un peuple ceux qui sont faits pour
régler les esprits, pour dominer l'opinion, sont bien sincèrement religieux, il est impossible que ce peuple soit impie; alors les sources publiques sont pures, et les eaux qui en découlent portent au loin la vie et la fécondité.
Autre temps , autres mœurs. Louis XIV descend dans la tombe et semble y emporter avec lui le génie de son siècle. La mort prématurée du duc de Bourgogne amène la régence ; c'est l'époque du mépris de toute bienséance, de l'impudence dans l'irréligion comme dans le vice, de la manifestation audacieuse des idées perv erses, de l'indifférence marquée pour le culte, les institutions et les lois de la patrie : les germes pernicieux que recèle le corps social se développent de toutes parts sous le gouvernement d'un prince qui, par ses principes et ses exemples trop connus, met en crédit la licence la plus effrénée; ce qui n'est fait que pour prêter des armes à la vérité et des charmes à la vertu, le talent, flatte lâchement cette disposition fatale des esprits au lieu de la combattre , et se prostitue indignement au vice et au mensonge.
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Quel spectacle affligeant vont donner à ce sujet des écrivains qui dévoient exercer sur leur siècle un si grand empire !
Dans les écarts d'une jeunesse inconsidérée, Montesquieu publia des lettres, empreintes, si l'on veut, d'un talent original, mais souillées aussi de ce libertinage d'esprit qui dépasse les bornes, fronde ce que le sage respecte, et fait couler dans l'aine du lecteur , à l'aide d'une diction neuve et piquante, le poison des doctrines téméraires et funestes.
JNé avec un esprit prodigieux , Voltaire verse le ridicule à pleines mains sur ce qu'il y a de plus sacré, assaisonne l'obscénité par le blasphème, et le blasphème par l'obscénité, travestit avec une malice réfléchie le christianisme, ses livres saints et son histoire, propage dans la nation entière cet esprit de scepticisme, de frivolité, de moquerie , qui ne croit rien , se joue de tout , s'amuse des vices des hommes comme de leurs travers, aflbiblit l'horreur du crime, relâche les liens de la société , et dispose tout gaîment pour la dissolution universelle des mœurs et des lois.
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Jean -Jacques paroîl ; malheureusement pour ses contemporains, c'est un des hommes les plus éloquens de son siècle. Pour quelques vérités qu'il défend avec force et dont on ne profite guère, il répand avec profusion de brillans mensonges qui séduisent : avec l'audace de ses paradoxes et le feu de son imagination , il subjugue les esprits; et le siècle, qui s'est appelé lui-même le siècle des lumières, se prosterne de\ant le sophiste étranger qui, sur les sciences et les lettres, sur l'éducation, sur la société, débite gravement les théories les plus sauvages.
Je pourrais bien citer ici un grand nombre d'écrivains d'un ordre inférieur , qui , sous les bannières de leurs chefs , formèrent une ligue puissante contre ce qu'ils appeloient les préjugés , c'est-à-dire , contre la religion et l'autorité. Ils crurent de bonne foi , ce semble , être de grands hommes , parce qu'ils se donnoient le nom de philosophes. Mais le temps , cet ennemi mortel de tout ce qui est médiocre, les a mis à leur place; nous n'aurons pas l'injustice de méconnoître ce que les écrits de plusieurs
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d'entre eux peuvent avoir de mérite littéraire; mais on sait que le génie n'est pas une chose commune , et nous n'aurons pas la simplicité de nous transporter d'admiration pour des auteurs qui ont eu plus d'esprit crue de sens, qui furent moins philosophes que sophistes, moins éloquens que déclam ateurs.
On vit donc, dans le cours du dix-huitième siècle, s'élever une foule d'écrivains athées, matérialistes , fatalistes, déistes, indifterens, novateurs; par eux les idées sont dénaturées ainsi que le langage, et les objets de la vénération publique reçoivent des dénominations qui leur sont étrangères, mais qui les rendent odieux. La religion n'est jamais que fanatisme, comme l'autorité n'est que tyrannie. Ces productions, où la corruption de l'esprit le dispute à celle du cœur, se multiplient sous leur plume féconde, et des presses sans nombre les vomissent sur les différentes contrées de l'Europe. Depuis cette époque l'impiété n'a plus été reléguée dans quelques livres scientifiques connus seulement d'un petit nombre de nos lecteurs : elle a paru sous les formes
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les plus varices, les plus attrayantes et les plus faciles à mettre dans les mains Je toutes les classes de la société; et ses poisons ont circulé partout depuis la cité jusqu'au hameau le plus obscur. 11 est vrai, dans tous les temps la religion fut combattue; mais dans aucun temps les attaques n'avoient été ni si multipliées , ni si perfides que dans le dix-huitième siècle. Non-seulement ce que le raisonnement a de plus subtil, mais ce que l'éloquence et la poésie ont de charmes, l'histoire des hommes et de la nature d'intéressant et de curieux, l'epigramme et la satyre de plaisant et d'amer, le conte et le roman d'ingénieux et de séduisant; tout est mis en œuvre contre la religion , pour appeler sur elle et ses ministres la haine et le mépris : et quand on pense à ce déluge de productions impies et licencieuses dont la France a été comme inondée dans ces derniers temps, on s'étonne, non pas de ce qu'il y a aujourd'hui moins de foi que dans le siècle de Louis XIV , mais de ce qu'après tant d'efforts pour l'éteindre il en soit resté quelque étincelle.
Tel étoit le dérèglement des esprits , qu'il
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ne leur permet toit plus de voir, ni dans la religion ce qu'il y avoit de vrai, d'utile, de nécessaire , ni dans les institutions , les lois et les usages , ce qu'il y avoit de vénérable , de salutaire, de fondamental. Dès -lors il n'est plus question de réformer, mais de détruire: ni d'émonder l'arbre, mais de le déraciner : tout est ébranlé jusque dans ses fondemens , et une monarchie de quatorze siècles s'écroule avec un fracas qui , après trente ans, retentit encore dans l'univers. Messieurs, c'est au milieu de nos commotions religieuses et politicrucs , qu'a été placé en quelque sorte le berceau de beaucoup d'entre vous. Oui, nourries, élevées au sein de la confusion et du désordre, transportées ensuite, dans l'âge des passions, au milieu de la corruption de nos cités et de la licence des camps, des générations entières n'ont pu recevoir qu'une éducation imparfaite : pour elles la religion de leurs pères est à peu près comme une science inconnue. Combien qui vivent comme sans religion et sans Dieu, mais qui, n'étant pas impies par un système réfléchi, n'attendent peut-être que le flambeau de la vérité pour
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marcher fidèlement à sa lumière ! Sans douta il en est aussi qui ont été plus heureux dans leur première éducation, mais qui perdent dans cette capilalc les sentimens qu'on leur avoit inspirés dans leurs familles, et qui, venant puiser la science dans sa source , y boivent le poison d'une affreuse incrédulité. Les mauvaises doctrines se trouvent mêlées à tant de productions littéraires et savantes; elles comptent de si nombreux partisans , que tout est à craindre pour la foi de la jeunesse , si elle n'est pas éclairée , affermie par des instructions plus solides , plus développées qu'autrefois. IN on ce qui pouvait suffire , il y a cent ans , n'est plus suffisant aujourd'hui* et celui qui se produit au milieu des dangers d'un monde impie et pervers, sans connoître la religion et les fondemens inébranlables sur lesquels elle repose , est comme un soldat sans armes qui se jette avec une folle témérité au milieu des bataillons ennemis.
Frappés de ces considérations, nous avons conçu le projet de faciliter à la jeunesse les moyens de connoître les vrais fondemens de la religion et de la morale, et pour cela de
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faire un cours d'instructions suivies, où les matières fussent assez discutées pour porter la lumière dans les esprits raisonnables et les délivrer ou les garantir des pièges de l'erreur : et pourquoi ne formerions - nous pas ici une sorte d'académie chrétienne, où la jeunesse française viendroit s'éclairer avec nous sur quelque chose de plus excellent que ce qui fait l'homme habile, je veux dire les augustes vérités qui font l'homme vertueux? 11 étoit dans l'antiquité une ville fameuse par le nom de son fondateur, ses richesses, son commerce et sa population, célèbre encore dans les premiers âges du christianisme : les lettres et les sciences y étoient très-cultivées ; les chrétiens s'y trouvoient mêlés au milieu des juifs et des païens, ces ennemis si dangereux et si acharnés de la religion; je veux parler d'Alexandrie. C'est là que s'étoit formée une école de philosophie chrétienne où parurent avec éclat tant de doctes personnages, où, après avoir été disciples, on vit devenir maîtres à leur tour tes Clément d'Alexandrie et les Origène; cet Origène, qui, par l'innocence de ses mœurs, l'immense variété de ses connoissances, les
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charmes clc son talent, attiroit, gagnoit les païens et les philosophes eux-mêmes. Or la religion n'a-t-elle pas de nos jours des ennemis aussi subtils, aussi dangereux que les sophistes de la gentilité? que dis-je? Messieurs, plus heureux que nous, les anciens apologistes n'a voient guère à combattre qu'une grossière idolâtrie , et nous , nous sommes aux prises avec des hommes qui ont porté la corruption dans la science même, et sont tombés clans un raffinement de pensées plus funeste encore et plus incurable que la plus barbare ignorance.
Qu'on se livre avec ardeur à l'étude des lettres humaines, qu'on cultive les arts, qu'on cherche à pénétrer dans les secrets des plus hautes sciences, tout cela est louable, sans doute; ce qui occupe l'homme utilement, ce qui perfectionne la société ou même l'embellit sans la corrompre , te qui sert à la prospérité publique , tout cela, la religion, loin de le condamner, le consacre et le sanctifie; elle ne redoute pour elle que l'ignorance et le préjugé; en même temps qu'elle exige de ses disciples la docilité de l'esprit et la pureté du cœur, elle ouvre de-
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vant eux tous les trésors des connoissances humaines ; et 1 histoire atteste que c'est principalement aux premiers pontifes de l'Eglise chrétienne qu'appartient la gloire d'avoir lutté contre la barbarie, ranimé le goût des lettres et des arts , encouragé tous les talens et donné naissance aux plus beaux siècles de l'Europe moderne. Mais enfui tout a ses justes bornes. Il est pour les sciences un zèle légitime, comme il est pour elles aussi une espèce de fanatisme. Sachons nous défendre de tout excès : n'allons pas croire que tout soit fait pour l'homme parce qu il connoît l'histoire des plantes et des animaux ou les règles du bon goût. On peut absolument se passer de connoître les merveilles de la nature ou les préceptes de l'art de bien dire; la plus grande partie du genre humain ignore ces choses. Que de savans se sont trompés , ou se trompent encore sur le vrai svstème du monde physique et la cause des phénomènes qu'il présente, sans que les destinées du genre humain en soient compromises, sans que le monde politique et moral cesse de rouler suivant ses lois ordinaires! Mais nul ne peut se passer d'être un homme de bien,
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de connoîtrc ses devoirs et de les remplir; et, sans être un esprit à préjugés, on peut très -bien penser que l'étude la plus (ligne de l'homme, e'est l'homme lui-même.
3NTous sommes fiers de notre raison, de cette intelligence qui est l'apanage et le beau privilège de notre nature; mais quel plus noble usage pouvons-nous en faire que de l'employer à connoîtrc, à sentir profondément ces grandes vérités morales et religieuses, qui mettent au vice un frein si puissant, remplissent l'ame des sentimens les plus généreux, offrent au malheur de si solides consolations, et ne tendent ainsi à nous rendre meilleurs que pour nous rendre plus heureux ? Comment ne pas déplorer l'égarement de l'homme qui s'occupe de tout avec une ardeur infatigable, excepté de ce qui devrait le toucher davantage? Sans doute, disoit autrefois à ce sujet un docteur de l'Eglise chrétienne, dont nous allons emprunter le langage (1), c'est une émanation de la lumière éternelle que cette raison qui nous éclaire; c'est par elle que l'homme est
(i) Saiut Gréguire de Kysse.
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marqué d'un sceau divin, qu'il est si élevé au-dessus de tout ce qui respire, qu'il est vraiment le roi de la nature; c'est par elle que, foible de corps, il se joue de la force des animaux les plus vigoureux, qu'il fait plier le taureau sous le joug, qu'il rend docile au frein le coursier le plus fougueux • c'est par elle qu'il ose sur un léger esquif se lancer sur le vaste océan , qu'il mesure la hauteur des cieux et calcule le cours des astres. Mais comment se fait-il que cet être si docte , si intelligent, n'étudie pas le Lien véritable et les règles de la solide sagesse? Quoi! poursuit le saint docteur, vous, doué d'intelligence et de raison , vous ne recherchez pas ce qui convient à votre nature , ce qui peut la conduire à sa véritable fin ! vous négligez vos futures destinées; vous ne vous interrogez-pas vous même pour vous demander dans le silence des passions : qui suis-je, et que dois -je devenir?
De nos jours surtout, dans quel mépris, dans quel oubli, dans quelle ignorance ne vit-on pas de tout ce qui regarde la religion de nos pères! Si nous rappelons ce que ses mystères ont de plus auguste, de plus
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touchant, de plus digne de la bonté de Dieu et de plus glorieux pour l'homme , on semble n'y voir qu'une sorte de mythologie semblable à celle des Grecs ou des Indiens. Si nous rappelons la sévérité de ses maximes, les devoirs qu'elle impose, les sacrifices qu'elle exige , on n'y voit que des commandemens arbitraires, des conseils plutôt que des préceptes j que si nous développons la grandeur de ses promesses et la terreur de ses menaces , on les traite de chimères , d'inventions aussi fabuleuses que celles de l'Elysée et du Ténarc. Oui, on regarde la religion comme une chose surannée, et l'on s'étonne qu'on veuille la défendre sérieusement.
Messieurs, nous venons réclamer contre un préjugé aussi funeste qu il est impie , appeler de la jeunesse, égarée par une philosophie trompeuse, à la jeunesse plus éclairée, fixer son attention sur une cause qui, loin de craindre l'examen, le provoque , assurée du triomphe au tribunal d'une impartiale raison.
Si quelque chose étoit à craindre, ce seroit de la voir compromise par la foiblesse
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de ses défenseurs. Certes nous serions Lien à plaindre , si nous ne sentions pas tout ce qui nous manque pour défendre une si belle cause d'une manière digne d'elle : quand on se rappelle ces grands hommes qui ont écrit en faveur de la religion, d'une manière si docte, si éloquente ou même si sublime, on ne peut que se confondre dans le sentiment de sa foiblesse, et l'aveu qu'on en fait est bien loin d'avoir le simple mérite de la modestie. 11 est pourtant une considération qui peut rassurer; c'est d'abord que nous sommes forts ici de toute la force même de la vérité et du sentiment dunex conviction profonde , conviction que l'incrédule n'aura jamais : c'est encore que nous pouvons nous couvrir des riches dépouilles de tant de beaux génies qui ont professé , défendu le christianisme avec tant de gloire et de succès. Et le ministre de l'Evangile pourroit-il d'ailleurs oublier tout ce qu'il a diaât d'attendre, pour éclairer les esprits et toucher les cœurs, de celui dont la voix ébranle le désert et biise les cèdres , pour parler avec l'Ecriture, et qui ne s'appelle pas en vain le Père des lumières et le Dieu des vertus?
Muni de toutes ces armes et dans l'espoir de tous ces secours, on peut avec moins de défiance entrer dans la carrière. Sans doute il importerait au triomphe de la vérité qu'elle fût annoncée avec tout 1 éclat et toute la force qui lui conviennent ; mais ne fût-elle annoncée que d'une manière simplement raisonnable , son empire se feroit toujours sentir : elle brille d'un éclat inévitable ; elle est plus ou moins aperçue de ceux mêmes qui voudraient se dérober à ses rayons. Les passions peuvent bien se soulever contre elle ; mais leur frémissement même est un hommage rendu à sa présence : avec les nuages de nos subtilités et de nos sophismes, nous pouvons bien obscurcir sa lumière; nous ne saunons l'éteindre, ni l'empêcher de se montrer à nous par intervalles : c'est le soleil qui se fait jour à travers les sombres vapeurs de la terre, et qui montre à l'œil ébloui son disque étincelant.
C'est assez sur les motifs et l'objet de nos Conférences : il nous reste à dire quels en seront la manière et le caractère particulier.
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Exposer les mystères de la foi, les préceptes de l'Evangile , les devoirs et les pratiques de la piété, voilà ce qu'on a coutume de faire dans la chaire chrétienne, et voilà bien les matières qu'ont traitées nos premiers orateurs avec une élévation de pensées, une force de raison , une beauté d'élocution , qui placent leurs discours parmi les chefs-d'œuvre de l'éloquence humaine. Ici, Messieurs, nous suivrons une voie différente ; nous nous bornerons à considérer uniquement la religion dans ses principes fondamentaux, dans les preuves qui en établissent la vérité, dans les reproches généraux que lui font ses ennemis, et sous tous ces rapports nous chercherons à la venger des attaques de l'incrédulité. Plus d'une fois vous aurez occasion de vous apercevoir que nos discussions sont purement philosophiques; qu'on pourroit les faire dans une académie, comme dans cette chaire; et je l'avoue, en considérant la sainteté du lieu où nous sommes réunis, notre caractère de ministre de la religion, l'habit même dont nous sommes revêtu, nous aurions en quelque sorte à rougir do parler dans la chaire de lEvangile un lan-
gage profane qui devrait en général y être étranger. Toutefois ce qui peut nous justifier, c'est que les temps où nous sommes semblent demander un nouveau genre d instruction : il faut bien que le médecin approprie ses remèdes aux besoins, au tempérament du malade ; or telle est la maladie actuelle des esprits, qu'on ne peut bien opérer leur guérison qu'en suivant une marche nouvelle. Que si nos Conférences ne sont pas sans utilité , on voudra bien nous pardonner ce qu'elles ont de singulier, de trop éloigné du ton ordinaire de la chaire chrétienne, et je me persuade que leur utilité , si elle est réelle, doit nous absoudre devant Dieu et devant les hommes.
Ne pensez pas, Messieurs, qu'en défendant la religion nous nous livrions à de vaines et pompeuses déclamations contre ce qui s'est appelé la philosophie du dix-huitième siècle, avançant tout et ne prouvant rien , exagérant des preuves légères , et taisant à dessein les difficultés sérieuses : la cause que nous avons à défendre n'a pas besoin des détours et des ruses d'une dialectique artificieuse. Notre marche sera droite et
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franche comme la vérité. Dans chaque question, remonter aux principes des choses, en tirer des conséquences , exposer les objections et les résoudre, telle sera notre manière de procéder : la Religion ne craint pas le grand jour; elle aime à se montrer à découvert; elle invite à l'examen, elle le commande même; si elle se sent outragée par l'orgueil du blasphémateur, elle ne se sont pas honorée par les hommages d'une stupide crédulité ; non , non , les disciples de l'Evangile ne sont pas ceux de l'Àlcoran.
Occupés du dessein d'instruire et d'éclairer, nous chercherons à vous convaincre et non à vous entraîner, ou plutôt nous chercherons à vous entraîner par la conviction même. Nous compterions pour rien des émotions fugitives; il ne s'agit pas ici de vous porter à une bonne action , à un effort généreux , mais passager : il s'agit de vous attacher à la religion par les liens de la conviction la plus réfléchie et la plus profonde; heureux, si chacun de nos discours dissipe en vous quelque préjugé, vous fait concevoir des alarmes sur 1 insouciance dans laquelle vous avez vécu jusqu'ici , fortifie dans vous
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le désir de vous instruire ; en sorte que vous ne quittiez pas eette assemblée sans rapporter dans \os aines l'aiguillon de la vérité. Q\m si nous essayons de mettre quelque énergie dans notre langage, on voudra Lien se souvenir alors que nos discours ne s'adressent point aux personnes, mais tombent sur des systèmes qu'il nous est bien permis de regarder comme le fléau des mœurs et de la société. INous ne mettrons pas dans nos paroles un fiel qui n'est pas dans notre cœur j le malheureux qui s'égare est encore plus digne de commisération que de courroux; à la vue de l'incrédule, nous devons nous rappeler la parole de l'apôtre : <x Que celui » qui est debout craigne de tomber, » et nous souvenir que, si la religion est sans ménagement pour les erreurs, parce qu'elle est vérité, elle est pleine de condescendance pour les personnes, parce qu'elle est charité. Mais n'oublions pas aussi que la charité n'est pas foiblcsss; que, pour être indulgente, elle ne flatte pas les passions; que, si elle s'attendrit sur le sort de ceux qui s'égarent, elle a le courage de troubler leur fatale indifférence : généreuse , elle cherche les vrais
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intérêts de 1 homme ; elle s'attache à le conduire au véritable bonheur, à écarter les obstacles qui l'en éloignent. Or ces obstacles, ce sont les erreurs et les vices, et c'est précisément parce que la charité fait aimer les personnes, qu'elle porte à s'élever avec force contre le mensonge et les passions qui les séduisent.
JXous n'ignorons pas que , dans un siècle d indifférence, le zèle pour la religion s'est appelé fanatisme ; mais ce n'est là qu'un déplorable abus de langage, qu'une dénomination aussi injuste qu'elle est odieuse. Messieurs, si nous ne connoissons d'autres armes que celles du raisonnement et de la persuasion , si nous nous abstenons de toutes personnalités offensantes, si nous ne mettons dans nos paroles que la force commandée par les choses, où est alors la haine, où est le zèle violent et emporté , où est le fanatisme? Eh quoi! si je m'élevois même avec véhémence contre le vol, contre l'homicide, contre le parjure, contre la calomnie, mon zèle paroîtroit raisonnable; et si je combats avec quelque force des erreurs funestes, mon zèle ne seroit plus que du fanatisme ? Quelle
inconséquence ! Certes, les mauvaises doctrines sont bien autrement redoutables que les mauvaises actions ; l'exemple peut bien entraîner au \ice, mais il ne le justifie pas; il donne plus d'audace, mais sans étouffer le remords : pour les mauvais principes, ils tendent à légitime*, à sanctifier le crime, à rendre les hommes médians par système, à donner au vice le calme de la vertu. La raison est la règle du bien et du beau parmi les hommes; elle doit présider à la destinée des états comme des familles et des particuliers; et, si l'on va jusqu'à corrompre la raison elle-même , si l'on obscurcit les lumières de l'entendement, si l'on confond toutes les notions du juste et de l'injuste, et si en même temps, par le silence des gens de bien , ce dérèglement de pensées , cette altération de toute vérité, s'étend dans toutes les classes de la société, on n'aura pour résultat de cette indifférence impie qu'un effroyable désordre ; une génération aura semé tranquillement le mensonge, une autre génération en recueillera des crimes et des désastres ; et du levain des erreurs funestes, qui aura quelque temps fermenté, on verra
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sortir le double monstre de l'athéisme et de l'anarchie ; et c'est alors qu'on sentira que le zèle contre les erreurs étoit sagesse et non pas fanatisme.
Ce seroit bien aussi sans fondement qu'on nous accuseroit de livrer d'injustes attaques à la philosophie : comme si nous prétendions que toute philosophie est indigne de notre estime et de nos éloges. Ici il faut bien nous expliquer pour nous entendre, et nous serions bien peu philosophes, si nous nous laissions abuser par une vainc équivoque de langage. Il est une philosophie digne de nos hommages , parce qu'elle tend à perfectionner l'homme; il en est une digne de tous nos mépris, parce qu'elle tend à nous pervertir: il est une fausse philosophie qui fait les sophistes, comme il est une fausse éloquence qui fait les déclamateurs ; le philosophe fait un bon usage de sa raison , le sophiste en abuse : suivant l'acception primitive du mot, qui dit philosophie, dit amour de la sagesse. Tous les siècles ont eu de vrais et de faux sages qui ont été opposés de doctrine , des défenseurs et des ennemis des vérités morales et religieuses; c'est dans tous les
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temps le génie du mal lutlant contre le génie du bien. Chez, 1rs anciens, Socrate et Platon, Gicéfon et Marc-Aurèle furent philosophes; non que tout soit irrépréhensible dans leur doctrine et leur conduite, mais on voit par leurs écrits qu'ils étoient touchés de l'amour de l'honnête et du beau; et nous devons admirer comment, au milieu des ténèbres et de la corruption du paganisme, ils ont pu s'élever à de si hautes pensées et de si nobles sentimens. Chez les modernes, Bacuii et Pascal, Descartes et JNewton, Locke et Mallebranche , Bossuet et Leibnitz , ont été philosophes. Si dans plusieurs points tous n'ont pas professé la vérité toute entière, on voit néanmoins combien ils avoient en horreur des doctrines si répandues de nos jours, qui ne sont bonnes qu'à justifier le \ice et ruiner toutes les vertus; même parmi les personnages illustres que je \iens de nommer, il n'en est pas un seul qui n'ait révéré la religion chrétienne comme l'ouvrage de Dieu même.
Oui , il est une philosophie sage et modérée, qui seule en mérite le nom; éclairée, niais point orgueilleuse; qui étudie les fa-
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cultes et les opérations de l'entendement humain , sans enseigner l'absurde et vil matérialisme ; les merveilles et les lois de la nature, sans blasphémer contre son auteur ; la politique et ses ressorts, sans ébranler les fondera ens de la société ; la morale et ses préceptes , sans nier la distinction du bien et du mal : cette philosophie est digne d'être cultivée par tous les bons esprits. Mais il est aussi une philosophie prétendue, qui s'élève contre Dieu et la Providence, qui assimile l'homme à la brute, et traite le christianisme d'invention humaine. Cette philosophie a été celle de plusieurs écrivains de nos jours; il n'y a eu que trop d'athées, de matérialistes, de déistes, qui non-seulement l'ont été pour eux-mêmes, mais qui ont été tourmentés de la manie de faire des prosélytes : or, ces ennemis de Dieu, de la vie future, de la religion chrétienne, se sont eux-mêmes appelés philosophes. Sans doute leur manière de philosopher n'étoit pas en tout la même ; chacun avoit ses opinions chéries, qu'il cherchoit à faire prévaloir; on pouvoit en quelque sorte compter autant d'écoles que de docteurs. On sait que leurs théories sur la
morale, la politique, l'éducation, 1rs lettres, sont très-opposées les unes aux autres, et que la plus étrange confusion régnoit dans leurs systèmes; mais ils s'accordoient tous en un point capital : e'étoit à combattre ou à rendre ridicule toute religion en général, et le christianisme en particulier, à insulter avec un dédain superbe à sa doctrine et à ses lois. C est en cela précisément qu'ils se regardoient comme des esprits non vulgaires, comme des hommes libres de tous préjugés , comme des philosophes. Ils vouloicnt bien faire au dix-septième siècle la grâce de l'appeler le siècle de l'imagination , des lettres et des arts; mais, pour le dix-huitième, e'étoit celui de la raison , des lumières , en un mot, de la philosophie. Je ne vois là que la profanation d'un si beau nom , emplové jusque-là pour exprimer ce cpi il y a de plus sage dans la conduite comme de plus élevé dans la pensée ; ce titre étoit une usurpation, mais enfin l'usage, ce grand arbitre du langage , l'avoit consacrée. 11 faudroit ignorer complètement l'histoire littéraire du dernier siècle, pour ne pas savoir que le mot philosophie étoit sans cesse à la bouche ou
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sous la plume des écrivains ennemis du christianisme, que chez eux philosophie étoit presque toujours synonyme d'incrédulité, et il est assez étrange qu'on demande quelquefois aux apologistes de la religion ce qu'ils entendent par la philosophie et les philosophes du dix-huitième siècle
On se plaint quelquefois de ce qu'on cherche à les flétrir, et l'on aime à rappeler à ce sujet leurs connoissances, leur bienfaisance, leurs qualités domestiques 5 mais depuis quand, Messieurs, lorsque les opinions d'un écrivain sont perverses, la postérité est-elle obligée de respecter sa mémoire? Ici loin de nous toute injustice, même ce qui en auroit l'apparence : nous saurons toujours distinguer leur esprit de l'usage qu ils en ont fait, et leurs productions estimables de celles qui ne le sont pas; mais faudroit-il sacrifier les intérêts de la vérité, en nous piquant d'une molle indulgence?
Et quoi ! pour de la prose et des vers où brille le talent, pour quelques pages éloquentes, pour quelques actes dune vertu facile, pour quelques qualités aimables dans le commerce de la vie, on exige que nous
honorions des hommes donl les systèmes ne sont bons qu'à justifier tous les vices, qu'à faire naître mille désordres dans les familles et la société! Ne serons- nous Jonc jamais assez raisonnables pour n'estimer le talent que par son bon usage? Tous ces prédicans de nouveautés étoient d'autant plus coupables qu'ils dévoient naturellement être plus éclairés. Autrefois on v it des philosophes célèbres, au milieu des erreurs du paganisme, faire de nobles efforts vers la vérité ; tandis que les nôtres, au milieu des lumières du christianisme, se sont tourmentés pour appeler les ténèbres , hélas ! et ils n'ont que trop réussi à nous précipiter dans l'abîme.
Pour les excuser, dira-t-on que déjà avant eux les doctrines hardies étoient répandues dans la nation ; qu'ils ont été dominés , entraînés par 1 esprit de leur siècle, plutôt qu'ils n'en ont été les créateurs? "V airfe justification! gardons -nous de prendre pour irrésistible une influence qui n'est que dangereuse, et d'introduire pour les écrivains une sorte de fatalisme aussi funeste que déraisonnable. Le devoir de tout écrivain honnête homme , c'est de lutter contre le tor-
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rent des mauvaises doctrines ; sy laisser entraîner, c'est un rôle aussi facile que honteux, qui ne suppose ni talent ni vertu. L écrivain qui a reçu de la nature tous les dons de l'esprit meconnoit la dignité de sa vocation, trahit lâchement sa destinée, si, au lieu de travailler à ramener ses contemporains qui s'égarent , il marche sur leurs traces. Que s il a le malheur d être né au milieu dune génération perverse j je conçois qu'il lui faudra plus de courage pour résister à l'esprit général ; alors , s'il a la foiblessc d'y céder , il pourra être moins criminel , mais il le sera toujours. Il doit sentir qu il est le défenseur né de la vérité et de la vertu. Le talent, comme l'autorité, est donné à l'homme pour le bien de ses semblables : il n'est pas plus permis d'abuser de l'esprit poiu corrompra que du pouvoir pour opprimer. Si les apôtres des mauvaises doctrines étoient reçus à les rejeter sur une influence étrangère , bientôt aussi les malfaiteurs prétcndroient s'excuser par la force du tempérament, par la nécessité , par l'empire inévitable des circonstances j ainsi je veux, avant tout, sentir l'homme de bien dans l'écrivain ;
je ne me sens pas disposé à pardonner au vice et au mensonge en faveur du talent. Quand le breuvage est mortel, qu'importe qu'il soit présenté dans une coupe d'or? Malheur au siècle qui eompteroit l'esprit pour tout et la probité pour rien! Quand une nation est descendue à cette dégradation intellectuelle et morale, il faut qu'elle périsse, ou que, par un effort généreux, elle rentre dans les sentiers de la sagesse et de la vérité.
Maintenant, Messieurs , vous pouvez juger dans quel esprit seront faites nos Conférences, et peut-être pensez-v ous déjà qu'elles ne seront pas pour vous sans quelque utilité. \enez les entendre, non dans les sentimens d'une vaine curiosité, mais dans le désir sincère de connoître la vérité ; l'aimer, c'est presque lavoir trouvée. Quil me soit permis de rappeler, à cette occasion , ce qui est dit de saint Paul avi livre des Actes. Dans ses courses évangéliques, il arrive à cette ville de la Grèce, aussi fameuse par l'étude des lettres et de la philosophie que Pxome pouvoit l'être par ses conquêtes et sa puissance. En entrant dans Athènes, il voit de toutes-
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parts des statues des taux dieux ; c'éloit un vrai temple d'idoles. A cet aspect, sou zèle s'anime et s'enilamme; il se rend sur la place publique : la curiosité naturelle des habitans les porte à 1 écouter; car alors, comme au temps de Démosthèncs, les Athéniens étoient avides d apprendre quelque chose de nouveau : il converse avec des philosophes de diverses sectes, des épicuriens qui ne croient point au dogme de la Providence et de la vie future, et des stoïciens qui ne voient partout, comme les fatalistes de nos jours, qu'une aveugle nécessité. On se demande ce que prétend cet étranger avec sa nouvelle doctrine; on le conduit à l'aréopage. L'apôtre n'est point intimidé par cette illustre assemblée; mais usant d'un juste tempérament, il ne va pas proposer brusquement à ces sages païens les hauts mystères du christianisme : il rappelle d'abord ces premières vérités qui préparent les voies à la foi chrétienne, et prenant la parole dans son grec à demi-barbare : <x Seigneurs athé- )) mens, en passant dans votre ville,- il m'a » paru que vous étiez religieux jusqu'à l'ex- » ces; j'ai lu sur un de vos autels cette in-
)) scnption : Au Dieu inconnu. Eh bien ! ce » Dieu que vous ne connoissez-pas, je vous » l'annonce ; c'est lui qui a fait le ciel et la » terre, qui règle' le cours des saisons, et qui )) a donné naissance au genre humain. Ce )) grand Dieu veut enfin dissiper l'ignorance » des hommes, et il les avertit de réformer )) leurs mœurs 5 car il a établi un jour où il )) doit les juger tous. » A ce discours de l'apôtre, qu'arriva-t-il? l'écrivain sacré nous l'apprend avec la plus naïve simplicité j quelques-uns se moquèrent de ses discours , quidam quidem irredibant y quelques-uns lui dirent : nous vous entendrons sur cela un autre jour 5 quidam autem dixeriuit : sludiemus te de hoc iterirm. Mais aussi il y en eut qui, se faisant instruire, embrassèrent le christianisme, et de ce nombre fvit Denis, membre de l'aréopage. Quidam vero viri adhœrentes ei crediderunt, in quitus et Dionysius areopagita.
Messieurs, le sort de saint Paul prêchant devant l'aréopage sera toujours celui de tous les prédicateurs de la mérité. La doctrine qu'il annonçoit autrefois dans Athènes, dixhuit siècles après lui nous l'annonçons dans
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cette capitale qui, par ses goûts, ses mœurs, ses embellissemcns, passe pour l'Athènes des âges modernes. Mais qu'arrivera -t- il? aujourd'hui , comme autrefois , il se trouvera des esprits moqueurs, qui se joueront de notre doctrine comme d'une fable vaine; il en est qui, touchés, mais foibles, mais amateurs de leurs plaisirs , voudront renvoyer à une saison de la vie plus avancée les réflexions sérieuses : yiudiemus te de hoc ïteriun. Mais il en est aussi, nous osons l'espérer du Dieu des miséricordes , qui rentreront dans le chemin de la vérité, et seront fidèles à y marcher jusqu'à la fin ; et n'y eutil dans cette immense cité qu'un seul jeune homme qui vînt aux pieds de cette chaire abjurer ses erreurs, nous serions pavés avec usure de nos travaux et de nos efforts.
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I^i nous voulons un moment nous replier sur nous-mêmes, pour bien démêler les goûts et les penchans les plus intimes de notre nature, nous découvrirons aisément, Messieurs, que nous soin m es faits pour la vérité, et malgré nous nous serons conduits à regarder comme une extravagance ce pyrrhonisme universel cpii ne connoît ni vrai ni faux, et affecte de ne voir partout qu'incertitude. Oui, je sens que, par le fond même de mon être, je suis entraîné vers la vérité, comme vers le centre de mes désirs et de mes affections, que l'esprit n'a de vie que par elle , et que ce n'est qu'en empruntant ses couleurs et ses attraits que le mensonge peut nous plaire et nous toucher. Oui, mon esprit a soif de vérité, comme mon cœur a soif de bonheur, il m'est aussi impossible de me dépouiller de l'amour du vrai que de l'amour de moi-même : 1 intelligence , qui fait l'apanage de ma nature ,
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n'est faite que pour voir, connoître, distinguer les objets; pour discerner ce qui est de ce qui n'est pas , la vérité de l'erreur : c'est par là, et par là seulement, que je suis raisonnable; je porte au fond de moi-même une inquiétude vagme, qui ne se fixe enfin que par la possession de la vérité ou de ce que je prends pour elle.
Voyez comme l'amour du vrai éclate dans tous les âges et tous les états. Pourquoi dans les enfans cette curiosité, qui leur est si naturelle, cette avidité de savoir, ce goût vif et ardent pour apprendre ce qu'ils ignorent? Pourquoi les hommes ont-ils tant d'horreur pour les caractères faux et les cœurs doubles, au point que , de tous les \icieux, le plus vil et le plus méprisé, c'est le fourbe et le menteur? Pourquoi ces efforts de l'esprit, luttant contre les ténèbres de l'ignorance, travaillant à les dissiper et à jouir enfin de la pleine lumière? Que cherche le savant dans ses pénibles veilles, le voyageur dans ses courses lointaines, le naturaliste dans ses observations, le politique dans ses méditations, le magistrat dans le rapprochement des lois et la discussion des faits? Ils cherchent tous à
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connoître ce qui est réellement, pour l'affirmer et l'apprendre h leurs semblables ; ils cherchent la vérité : il n'y a pas jusqu'aux
sophistes les plus audacieux qui ne s'en disent les amis ; les athées eux-mêmes se donnent pour les propagateurs des véritables lumières; ils savent bien qu'ils décréditeroient leurs systèmes, s'ils les donnoient pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire, pour les rêves des passions mensongères.
Nous sommes donc faits pour la vérité; mais serions-nous faits pour elle, si nous n'avions aucun moyen de la connoître? En nous créant pour une fin, la nature nous auroit-elle laissés dans l'impuissance d'y parvenir? ne m'auroit-elle marqué le terme où je dois tendre que pour mettre entre ce terme et moi d'insurmontables barrières?
S'il en étoit ainsi, elle eut fait un ouvrage monstrueux. Si toute l'espèce humaine étoit aveugle, croiroit-on qu'elle est faite pour voir la lumière? si elle étoit muette, la croiroit-on faite pour communiquer ses pensées par l'organe de la parole? et comment donc seroit-elle faite pour la vérité, si elle étoit privée de tout moyen de la connoître?
Je ne voudrois que cette seule observation pour me persuader que, du moins dans bien des choses, l'esprit de l'homme n'est pas condamné à errer de conjectures en conjectures, à flotter dans le vague des probabilités et des incertitudes; et je commence à soiqiçonner que les raisonnemens du sceptique, sur l'impuissance absolue de la raison humaine, ne sont que des déclamations de rhéteur et des subtilités de sophiste.
Je ne sais, Messieurs, si jamais vous vous êtes fait cette question à vous-mêmes : qu'estce que la vérité? et si vous avez cherché à la résoudre. La vérité en général, considérée en elle-même, c'est ce qui est, comme le mensonge est ce qui n'est pas; tout ce qui a une existence actuelle ou possible, voilà le vrai; ce qui n'est point, ou ne peut pas être, voilà le faux. Considérée dans nous en tant qu'elle nous est présente, qu'elle est aperçue de notre esprit, la vérité consiste dans la connoissance de ce qui est; si j'affirme ce qui est réellement, si je nie ce qui n'est pas, je suis dans la vérité ; dans le cas contraire , je suis dans l'erreur: la vérité est quelque chose, le mensonge est une chimère. La lu-
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mière et les ténèbres, la vie et la mort, l'être et le néant, ne sont pas plus opposés que la vérité et l'erreur.
Mais n'est-il pas divers ordres de vérités? toutes brillent-elles du même éclat? et s'il en est qui nous soient moins accessibles, quelle route nous conduira jusqu'à elles? Fautil admettre des vérités premières, et quels en sont les caractères? faut-il admettre des vérités de déduction, et quels moyens avonsnous de les connoître? telles sont les deux questions que nous allons discuter ensemble dans cette Conférence. Nous tâcherons de bannir de notre langage ce qui pourroit fatiguer sans éclairer : l'obscurité n'est bonne à rien; surtout elle n'est pas faite pour le discours public; nous crovons devoir éviter dans cette discussion, purement philosophique, les termes scientifiques qui aussi bien ne sont pas la science, et n'en sont trop souvent que le charlatanisme.
Depuis crue l'homme a commencé de philosopher, c'est-à-dire, de se rendre compte de lui-même à lui-même, il s'est élevé des
esprits d'une pénétration et d'une sagacité rares, qui se sont occupés de donner une théorie complète de Famé, de ses facultés, de l'origine de nos idées et des principes les plus secrets du raisonnement; ils sont en quelque sorte descendus dans les abîmes de l'intelligence pour la surprendre dans ses opérations les plus intimes, pour arriver jusqu'à la racine même de nos connoissances, comme on voit des savans qui fouillent dans les entrailles de la terre pour y découvrir la manière dont s'y forment les métaux, et dont elle nourrit les plantes qui sortent de son sein; mais la nature intelligente , comme la nature matérielle, a ses mystères couverts d'un voile d'airain que la main de l'homme ne soulèvera jamais entièrement. Malheureusement, si la raison humaine a des bornes , notre curiosité n'en a pas: de là des efforts multipliés pour franchir des barrières insurmontables à notre foiblesse. Trop souvent ici l'audace ne s'est signalée que par des écarts. L'histoire de la philosophie ne présente qu'une suite de systèmes divers ou plutôt opposés les uns aux autres et qui ont régné tour à tour dans les écoles; l'homme
a parcouru la chaîne entière des erreurs dont les deux bouts vont se perdre l'un dans le matérialisme, l'autre dans l'idéalisme. Le premier anéantit l'arac, ne voit dans l'homme que les organes et n'en fait qu'une machine de plus dans le mécanisme immense de l'univers • le second ne laisse subsister crue l'aine, anéantit le monde matériel, et n'en fait qu'un tableau imaginaire de phénomènes et d'apparences. Entre ces deux systèmes se trouvent des systèmes plus ou moins plausibles.
Je ne suis dans cette chaire ni pour les adopter ni pour les combattre; j'ai cru que je ferois une chose plus utile en exposant des doctrines qui doivent être avouées de tous les esprits , et qu'on doit professer dans toutes les écoles, si l'on ne veut se perdre dans des chimères* et ces doctrines les voici :
Dans cet univers , chacun des êtres qui le composent a sa nature propre, ses attributs qui le constituent, par lesquels il existe, et sans lesquels il est impossible de le concevoir.
L'existence universelle n'est pas plus réelle que la vertu universelle; l'existence n'a de réalité que dans l'individu qui existe, comme la vertu n'a de réalité que dans
l'homme qui est vertueux; il n'existe que des individus, et leur existence résulte de la réunion de leurs qualités essentielles : oui, il y a quelque chose qui fait qu'un être est ce qu'il est , qu'un homme est un homme , qu'une plante est une plante , que du marbre est du marbre. Si vous ne prenez de l'homme que son corps, vous n'aurez tout au plus qu'un animal ; si vous ne prenez que son ame, vous aurez un esprit pur, un ange; pour avoir un homme , il faut supposer une créature raisonnable, composée dun corps et d'une ame unis ensemble par des liens mystérieux, inexplicables, mais réels.
11 ne s'agit pas non plus de nous considérer dans un état qui ne soit pas Je nôtre, dans un ordre de choses différent de celui dans lequel nous nous trouvons placés ; de chercher comment nous serions affectés, si nous avions un sixième sens, si nous naissions avec un degré de perfection de plus dans l'intelligence ou dans les organes : hommes, nous ne pouvons pas sentir, voir, raisonner, comme si nous n'étions pas hommes; les caractères distinctils de notre nature ne dépendent pas de nous; l'iiomme n'a pas
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]>liis créé son intelligence que son corps; il peut Lien perfectionner son esprit par 1 étude, par la réflexion, par l'expérience, comme il peut fortifier son corps par l'exercice et par un régime salutaire ; mais enfin ce n'est pas lui qpii a construit son entendement; il n'en a pas Iracé, exécuté le plan, comme celui d'un édifice qui seroit son ouvrage; il n'est pas plus en son pouvoir d'ajouter à son esprit une facidté de plus que d'ajouter à sa tète un troisième œil. Or, en considérant l'homme dans sa condition d'homme, que verrons-nous?
C'est que l'homme apporte en naissant des goûts, des penchans, des facultés, qui sont analogues à sa nature intelligente , comme il en apporte qui sont analogues à sa nature corporelle ; qu'il a dans lui-même une tendance au vrai, une aptitude à le connoître, à le saisir, dispositions qui se manifestent, se développent, se perfectionnent par des voies qui seront toujours, du moins en grande partie , imperceptibles aux plus habiles observateurs: oui, l'esprit est fait pour voir la vérité , comme l'œil est fait pour voir la lumière ; telle est sa nature :
n'allons
DE LA YÉIUTÉ. 49
n'allons pas croire que nous soyons les maîtres de notre intelligence , comme nous le serions d'une mécanique qui seroit l'œuvre de nos mains ; que nous puissions plier la première suivant nos fantaisies, comme nous pouvons composer et décomposer les ressorts de la seconde suivant nos caprices. Non, l'intelligence a ses principes, ses lois qui la constituent, qui la régissent, qu'on ne pourroit violer sans la détruire; comme le corps a une certaine organisation tans laquelle il ne sauroit exister.
On dit bien que 1 habitude est une seconde nature , que l'enfant est comme une eue flexible à toutes les impressions ; mais gardons-nous de voir dans cette comparaison une vérité rigoureuse. Cette cire molle est indifférente aux formes qu'on lui donne; elle n'en appelle, elle n'en repousse aucune; et, toujours passive, elle garde la dernière qu'elle a reçue. 11 n'en est pas ainsi de notre ame; elle est bien loin d'être imlifierentc à la vérité et à l'erreur; elle a de battrait pour la première, elle répugne à la seconde; elle est douée dune activité intérieure qui s'élève infiniment au-dessus de ce qui n'est qu^ 1. â
5<0 DE i. A A m:! ri':.
pasbil'j Les sensations, l'éducation, l'expérience pourront bien - ou\ -^i 1 1 solliciter son activité, me! Ire en jeu ses facultés, lui apporter des matériaux pour élever l'édifice de ses connoissauCes ; mais elle est toujours comme 1 architecte, qui compare, apprécie, juge, choisit et dispose les matériaux qu'il a devant lui, d'après des senlimens primitifs d'ordre et de proportion qu'il ne leur a pas empruntés.
Prenez une table de marbre, vous pourrez \ graver impunément les propositions les plus révoltantes, telles que celles-ci : le cercle est une ji gure carrée, deux et deux font cinq; le marbre n'a rien dans lui qui l'avertisse de ces absurdités et qui les repousse; et les caractères qui les expriment, il les présentera aux spectateurs, jusqu'à ce que le temps les ait effacés : mais c'est en vain qu'un sophiste essaieroit de les graver sur les tablettes de l'intelligence , de les fane prévaloir dans le genre humain : toujours un sentiment invincible nous avertiront qu'un cercle est rond, et que deux et deux font quatre. L'aine est riche , puissante de son propre fond 3 elle recèle dans son sein
un trésor de sentimens, de notions, de vérités cachées , qui se manifestent en leur temps, deviennent le principe de son goût ou de son aversion pour certaines choses, éclairent et règlent ses jugemens. Je ne dirai pas quelle en est l'origine , quel est le moment où ils commencent à éclore, comment ils prennent leur développement, et de sentimens confus deviennent plus tard principes lumineux- je ne dirai pas qu'ils sont innés , en ce sens que l'enfant qui -vient de naître en ait actuellement la perception: mais je dis qu'ils se trouvent dans Famé humaine- quils n'attendent que l'occasion de se produire, semblables à l'étincelle cachée dans les veines du caillou qui n attend qu'un léger choc pour en jaillir, ou bien encore, semblables à ces objets que renferme un lieu obscur, et qui sont pour nous comme s'ils n'étoient pas, jusqu'à ce que la lumière vienne nous les rendre sensibles. De quelle manière ces sentimens primitifs, comme endormis au fond de Famé, sont-ils éveillés, appelés en quelque sorte à la vie? mystère impénétrable.
Parmi ces sentimens primitifs, plus ou
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moins confus, plus ou moins développés, et qui sont tellement clans notre nature, qu'ils se trouvent partout où il y a des hommes, je mettrai celui de sa propre existence , de l'existence de quelque chose hors de soi, de l'amour de soi-même, de la piété filiale, de l'ordre, de cause et d'effet, de la Divinité , de la vie à venir , du bien et du mal, d'apparence et de réalité, de temps et d'espace ; partout on a cru un Dieu , espéré dans une vie future ; partout on a senti qu'un fils devoit aimer sa mère; on a mesuré le temps, divisé l'espace, et les langues de tous les peuples ont des termes qui correspondent à ces notions. Je suppose qu'un sophiste essayât de nous prouver que nous n'existons pas, qvie rien n'existe hors de nous, que le mouvement est impossible, qu'une maison s'est bâtie toute seule, que l'ingratitude est une vertu : ce sophiste pourroit bien nous embarrasser par ses subtilités; mais la nature humaine se souleveroit toute entière contre ses vains argumens, et seroit retenue dans la vérité par ces notions primitives qui maîtrisent son intelligence et l'enchaînent à ce .qui est réel.
dt: la vérité. 53
Je dirai encore, Messieurs, qu'un de ces sentira eus primitifs est celui de 1 infini; il domine l'espèce humaine sans qu'elle s'en rende compte à elle-même ; il est dans le sain âge comme dans l'homme civilise; bien des choses le décèlent. Placez un homme quelconque devant une des grandes scènes de la nature; qu'il contemple la vaste étendue des cieux étoiles, une mer immense, de hautes montagnes qui vont se perdre dans les nues; il est saisi d'un effroi mêlé d'attendrissement : son émotion sera peut-être d'autant plus profonde qu'il connoîtra moins en détail les causes de ce qui le frappe : son ame ravie s'élance hors de la sphère de ce qu'il voit; elle se plonge dans un je ne sais quoi de vague, d'indéterminé, qui n'a ni bornes, ni mesure, en un mot dans l'infini.
Ces idées fondamentales, qui sont les mêmes dans tous les hommes , n'allons pas les confondre avec les idées accessoires qui peuvent n'être que le partage de plusieurs, et distinguons les instrumens que la nature elle-même nous donne d'avec la perfection que l'homme peut y ajouter. Aristotc, Ba^
con, Des cartes, Pascal, Mallebranche, Locle,
Leibnitz, ont bien pu tracer des règles (le raisonnement, rappeler les liommes à l'expérience, les placer dans un doute méthodique pour les inviter à se rendre compte île tout à eux-mêmes,, remonter à l'origine des idées, disserter sur la manière dont nous voyons les objets; ils ont bien pu, par leurs méthodes, leurs classifications, leurs systèmes figurés des connoissances humaines, nous aider, nous guider dans la recherche de la vérité; mais les principes existoient sans eux et ayant eux. On cherche par le raisonnement s'il est des principes fixes, et quels sont ces principes; mais, pour raisonner, il faut des moyens de raisonnement , et chercher s'il y en a, c'est supposer qu'ils existent. 11 faut bien le remarquer; dans tous les systèmes, on est obligé de partir d'un principe fixe, d'un fait incontestable : d'idées en idées, de raisonnement en raisonnement, il faudra bien arriver à une vérité première qu'on sent et qu'on voit plutôt qu'on ne la démontre: et l'on seroit dans l'impossibilité absolue de rien prouver, si l'on ne s'a ppu voit en (in sur un principe
ou sur on fait qui n'a pas besoin de preuves.
Maintenant faut-il dire d'une manière précise quels sont les caractères des idées qu'on appelle premières? Je leur en assignerai quatre : la clarté, l'antiquité, l'universalité , 1 immutabilité.
Lumineuses, elles brillent dé leur propre clarté ; elles frappent l'esprit de leur éclat , comme le soleil frappe l'œil de ses rayons. Où est l'homme qui puisse résister au sentiment de sa propre existence, et ne pas croire qu'il existe? ces vérités se refusent à toute sorte de preuves; on les expose, ou ne les démontre pas, faute de pouvoir partir d'un principe plus lumineux qu'elles-mêmes. On Tte peut pas plus les combattre avec succès que les prouver; on v est ramené sans cesse par le penchant impérieux de la nature. \ odà ce qui a fait dire à Pascal ces paroles énergiques : // est une force de vérité inçin~ cible à tout le scepticisme; il y a une impuissance de démontrer invincible à tout le dogmatisme. Un des caractères des vérités premières, telle que celle de notre existence individuelle, est d'être si évidentes qu'elles ne puissent pas être prouvées par un