‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 3)Chapitre 35 sur 35 · IMMORTALITE · texte numérisé non relu

IMMORTALITE

Oi nous jetons nos regards sur le théâtre de ce monde, nous ne pouvons qu être frappés de deux choses, et des travaux sans nombre dont l'homme se tourmente sous le soleil, comme parle le sage, et de la brièveté de ses fragiles destinées. Que de mouvemens, que d'inquiétudes sur cette terre que nous habitons! Ce sont des politiques qui poursuivent de vastes desseins dont ils se promettent de recueillir la gloire, des savans qui s'enfoncent dans de pénibles recherches, pour jouir enfin de leur propre renommée, des spéculateurs hardis qui voudroient, par leurs combinaisons, enchaîner les caprices de la fortune, dans 1 espoir de goûter un jour le repos au sein de 1 abondance; ce sont des peuples entiers livrés à des agitations perpétuelles, vivant pour le commerce et les arts, et plaçant dans je ne sais quels biens qui leur

échappent la suprême félicité. Ainsi tout roule dans un tourbillon perpétuel de projets, d'affaires et de plaisirs. Cependant que d'espérances trompées! Tout ce qui occupe la scène du monde, n'y hrille qu'un instant; ce qui vit aujourd'hui , demain ne sera plus. La génération présente ira se perdre a-vec les générations passées; tout meurt, les empires comme les hommes, et nous-mêmes nous foulons tous les jours aux pieds cette terre qui doit être notre tombeau. Or, au milieu de ces vicissitudes perpétuelles de gé~ itérations qui passent, de générations qui arrivent, n'est-il pas Lien raisonnable de nous demander à nous-mêmes si tout finit avec le corps? (les personnages qui se sont rendus illustres par leurs vertus, ces hommes célèbres dont la mémoire \it dans les annales des peuples, nos pères dont les ossemens reposent parmi nous, ne sont-ils qu'une \ile poussière? Mon être tout entier sera -t -il renfermé sous la pierre du tombeau? y at— il au-delà de la \ie dans laquelle j'existe, une vie toute nouvelle? dois -je y trouver le malheur ou la félicité? Fut-il jamais une question plus digne de l'homme sensé? et

où est celui qui puisse en tout temps, en tout lieu, la bannir de sa pensée?

Pascal a dit : « L'immortalité de l'ame est )) une chose qui nous importe si fort et qui » nous touche 4i profondément, qui! faut » avoir perdu tout sentiment pour être dans )) l'indifférence de savoir ce qui en est. Toutes » nos actions, toutes nos pensées, doivent y> prendre des routes si différentes, selon qu'il » y aura des Liens éternels à espérer ou non , » qu'il est impossible de faire une démarche » avec sens et jugement , qu'en se réglant par » la vue de ce plan , qui doit être notre pre- » mier ohj et » . C'est donc , Messieurs, présenter à vos esprits ce qu'il y a de plus grand et de plus digne de leurs pensées, que de leur rappeler leur immortalité. A oyons ce que les séides lumières naturelles peuvent nous découvrir sur l'existence d'une vie future où se trouvent des récompenses pour la vertu et des châtimens pour le vice. Les considérations puissantes que nous avons à exposer en sa faveur, nous les puiserons dans la connoissance approfondie et combinée de l'homme et de Dieu. Tel est le sujet de cette conférence.

58o IMMORTALITÉ DE [/AME.

Si nous voulons descendre au fond <!<■ notre aine pour l'étudier el la connoîtrej nous trouverons dans sa nature même, dans ses sentimens, dans ses désirs, dans ses croyances, les considérations les plus décisives en laveur de son immortalité.

Lue première considération se tire d'abord de la nature même de l'aine; je veux dire de sa spiritualité. Nous voyons le corps de l'homme mourir, se décomposer, et, sans être anéanti, devenir un je ne sais quoi qui n'a pas de nom : l'air, l'eau , le l'eu , tous les agens de la nature exercent sur lui leur empire comme sur une plante ou le corps d un animal; mais, pour l'aine, elle est placée hors de la sphère des choses sensibles* pure et sans mélange, elle ne porte dans elle aucun principe de corruption;simple, in divisible comme la pensée, il n'est pas d'élément, pour si actif et si subtil qu'on le suppose, qui puisse l'atteindre. Ce qui s'appelle mort, n'est qu'un dérangement de parties matérielles; mais l'âme n'a ni parties, ni figure, ni situation respective de parties entre elles; et si le corps peut perdre cet arrangement départies distinctes, se déconcerter et mourir, l'âme, qui n'a rien

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de semblable dans sa manière d'exister, ne doit pas naturellement éprouver une semblable destruction. Oui, une fois que la distinction réelle du corps et de l'esprit est établie, une fois qu'il est reconnu que ce sont là deux substances différentes par leur nature et leurs propriétés, on conçoit très-bien comment la ruine de l'une n'entraîne pas la ruine de l'autre.

Et qu'on ne dise pas que, l'ame étant faite pour le corps, elle doit cesser d'être avec lui, et que sans doute, par la volonté divine, elle rentre alors dans le néant. Où prend-on cette pensée bizarre, que la durée de l'ame est bornée dans les desseins du Créateur au temps de sa société avec le corps? J'ose dire que tout réclame contre cette supposition. Le corps est sans doute moins parfait que l'ame : or, après que la mort a rompu leur union , le corps existe encore dans toutes ses parcelles; il ebange de figure, il subit bien des transformations, mais enfin il n'est pas anéanti; et vous voulez que famé, la portion la plus noble de nous-mêmes, si supérieure au corps par ses facultés, rentre dans le néant! Certes j'ai le droit de supposer que l'ame de l'homme

n'est pas d une condition pire qu'un atome do matière j et si l'anéantissement du moindre alonic est sans exemple dans l'univers depuis la création, ne suis -je pas fondé à croire que l'a me aussi est hors du danger d'être anéantie? Yoilà, a dit Fénclon, le préjugé le plus raisonnable, le plus constant, le plus décisif; c'est à nos adversaires à venir nous en déposséder par des preuves claires et décisives. La loi générale depuis la création, c'est qu'aucun être n'est anéanti, et, si Dieu a fait contre l'âme une exception à cette loi, c'est au matérialiste à nous fournir la preuve de cette volonté particulière du Créateur.

Qu'on ne dise pas non plus que lame séparée du corps seroit sans vie, privée de sentiment, dans un état de stupeur et de mort- sur quoi fondroit-on une telle pen- * sée ? il est vrai, dans l'ordre actuel des choses, lame dépend, pour l'exercice de ses facultés, du service et du jeu des organes ; c'est par eux qu'elle reçoit mille sensations diverses, qui deviennent pour elle les riches matériaux d'une foule de connoissances; mais enfin ce n'est pas l'œil qui a le sentiment de

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la lumière , ni l'oreille celui du sou j ces organes sont le véhicule, et uon le siège de nos sensations, les instrumcns, et non le principe de nos connoissanccs. Et qui nous a dit que lame ne pourroit pas un jour se passer de leur ministère, que Dieu n'étoit pas assez puissant pour opérer sans eux ce qu'il lui plaît d'opérer par eux dans le monde présent? \ovcz comme lame, même sur la terre , se dégage quelquefois des impressions des sens et de l'imagination , comme elle sort du cercle borné des sensations et des expériences particulières, pour s'élever jusqu'aux notions générales de justice, d'ordre, de beauté, de vérité. Yovez comme, par son activité propre, elle est capable des plus hautes spéculations, comme elle se retire de temps en temps en elle-même, dans une sorte de sanctuaire inaccessible au tumulte des choses sensibles, pour s'y nourrir de la contemplation de la seule, vérité. Et que savez-vGus si cet empire, cette indépendance, ne doit pas encore s'accroître , lorsqu'elle sera débarrassée des liens du corps? L'âme et le corps se repoussent naturellement par leurs qualités opposées; si quelque chose doit étonner f

58 i IMMORTAU n; m: l'AMEj

c'est que doux cires si dissemblables se trouvent dans un concert d'opérations et une dépendance mutuelle; il ne falloit rien moins que la puissance divine pour les réunir. Après la mort, le corps est assujetti à des mouvemens étrangers à l'action de l'ame, qui ne le gouverne plus, et l'ame, à son tour, vit de pensées et de connoissanecs étrangères à l'impression des organes. Les païens eux-mêmes avaient senti que cela doit être, qu'à la mort l'ame brisant les chaînes de sa prison, s'envoleroit plus éclairée et plus parfaite vers le céleste séjour. Dans son traité de la J ieillesse , Cicéron , après avoir rappelé la doctrine de Pvtliagore, de Socrate, de Platon, de Cyrus mourant, observe que la nature nous a placés sous une tente dressée pour un temps, plutôt que dans une demeure fixe, et il fait dire à Caton : « O heureux jour que x> celui où, sortant du limon de cette terre, » je m'élèverai vers l'assemblée divine des y> esprits qui m'ont précédé! »

Ainsi, pour résumer cette première considération , par là même que notre ame est un être simple, la mort du corps, être composé, n'entraîne pas celle de l'ame, et tout

nous

nous porte à croire qu'elle n'est pas anéantie par une volonté positive du Créateur. Voilà comme sa spiritualité fournit une puissante considération en faveur de sa permanence après la mort corporelle.

Une seconde considération , je la tire d<? certains sentimens intimes de l'ame, et qui sont communs à tous les hommes. Oui, nous avons dans nous je ne sais quel présage et quel pressentiment d'une vie à venir. Pourquoi en effet cette envie secrète de nous survivre à nous-mêmes, d'éterniser notre nom dans la mémoire de nos semblables? Le villageois l'éprouve , comme le savant et comme le guerrier. Le savant veut aller à l'immortalité par ses ouvrages, le guerrier par ses exploits , et le villageois voudroit vivre du moins dans le souvenir de ses enfansj il s'afflige de l'idée que bientôt il pourra bien en être oublié: il voudroit pouvoir attacher son nom au bâtiment qu'il achève, à l'arbre qu'il a planté, au terrain ingrat qu'il a su rendre fertile. Mais voyez surtout dans les hommes fameux cet amour immense de célébrité , qui s étend dans la postérité la plus reculée, et se repaît de la pensée que leurs grandes et belles

actions feront l'entretien de tous les âg< s Pourquoi cria, s'ils n'étoient préoccupés de je ne sais quel espoir <lr jouir eux-mêmes de leur gloire dans les siècles futurs?

Dans tous les temps on a préconise, etavec raison , le dévoûment do ceux qui sayoient mourir pour leur patrie; et, si l'âme est immortelle, je conçois très-Lien comment on peut sacrifier la vie présente ; mais , si tout se borne au tombeau, l'existence actuelle est le bien suprême. La vie est d'un prix infini, comparée au néant: vivre, seroit donc la souveraine loi; mourir pour ses semblables, seroit une inconséquence. Oui, l'homme n'affronte la mort, que parce qu'il y voit le passage a une seconde vie. Ici le sentiment entraîne la raison , même dans celui qui seroit matérialiste d'opinion. En mourant pour votre pays, vous aspirez à la gloire, lui dirai -je; mais, si après la mort vous n'êtes pas plus que la statue ou la toile peinte qui pourra vous représenter, que vous importent les chants du poète, les éloges de l'orateur, ou les récits de l'histoire? Caton, qui n'étoit pas animé par ces motifs purs que le christianisme inspire, étoit de bonne foi, quand il disoit :

<( Je n'eusse jamais entrepris tant de travaux )) civils et militaires, si j'avois cru que ma )) gloire dût finir avec ma vie... Mais je ne sais 5) comment mon esprit, en s'élevant au-dessus y> de lui-même, sembloit croire que c'étoit en )) sortant de cette vie, qu'il commençoit de » vivre.» "Voilà, Messieurs; comme, dans les hommes célèbres , cet amour, dont ils étoient possédés, avoit sa racine dans l'espoir secret d'une vie qui devoit commencer à la mort. Lne troisième considération en faveur de l'immortalité de lame, je la puise dans ses désirs; je m'explique. Sensible, l'homme désire le bonheur , et y tend comme vers son dernier terme, et, s'il ne le trouve pas sur la terre , ne faut-il pas qu'il le trouve dans une vie meilleure? Donnons à ces idées le développement convenable. Je vous invite ici, Messieurs, à descendre au fond de vos coeurs, pour y écouter, dans le silence des sens et de l'imagination, la voix de la vérité, et chacun de vous dira volontiers avec moi : Mon ame éprouve je ne sais quel désir d'être heureuse, que rien de terrestre ne peut satisfaire. Je cherche avec inquiétude quelque chose que les créatures ne peuvent me don-

8 l \: MORTALITE DE L'AME.

iior; je cours après une ombre toujours poursuivie et toujours fugitive ; plus dune fois je soupire malgré moi de dégoût et d'enuuij je voudrois un plaisir pur, lixe, permanent ; je comprends (pie le bonheur se trouve dans un cœur dont tous les désirs sont remplis.; mais ce repos, où le trouver? Quel est le mortel qui jamais l'a goûté sur la terre? qu'il vienne donc nous en révéler le secret. Au milieu de ses palais superbes, de ses jardins délicieux, de la richesse de ses trésors, de l'éclat de sa gloire, de l'abondance des plaisirs , Salomon avoue qu'il n'est pas heureux; et pourquoi ne l'est-il pas? e'est que son oreille ne se rassasie jamais d'entendre, ni son œil de voir, ni son cœur de désirer. Alexandre a conquis 1 univers, la terre s'est tue devant lui. Eîi bien ! Alexandre est plutôt fatigué que rassasié de gloire ; il soupire , il pleure au milieu des trophées du monde vaincu. Tibère dégoûté de la puissance va se renfermer dans l'île de Caprée; il cherche dans le raffinement de la débauche ce qu'il n'a pu trouver dans la grandeur. Tibère sera trompé, le bonheur n'habitera pas avec lui dans le séjour de ses

immortalité de l'a me. 58o, injkmies ; il sentira sa misère, et sera forcé il en faire l'aveu devant le monde entier. Quels exemples mémorables du néant des choses humaines, et de leur insuffisance pour nous rendre heureux! Je les ai rappelés pour nous faire sentir quelle étoit l'avidité du cœur humain , et comment sur la terre il se vovoit frustré de ses espérances.

Maintenant je me replie sur moi-même et je me dis: Je désire d'être heureux- c'est le besoin le plus impérieux de mon ame, c'est le penchant nécessaire de ma nature. Ce désir, ce n'est pas moi qui me le suis donné, je ne suis pas le maître de m'en dépouiller, je l'ai reçu de Dieu avec l'être et la vie. Que si Dieu lui-même me l'a donné, si tel est le but où il me fait tendre sans cesse, ne faut-il pas que tôt ou tard il m'y fasse parvenir? Seroit-il le Dieu de vérité, s'il me trompoit dans les désirs qu'il m'inspire, s il me marquoit le ternie, en me laissant dans l'impuissance de l'atteindre ; et si ce bonheur, pour lequel je sens qu'il m'a fait, n existe pas pour moi sur la terre, ne faut-il pas que Dieu l'ait placé au-delà du

5go iv woiiTAUiï: de i/.un:.

tombeau? Bans la nature entière, loulmatche à ses tins: le soleil et les astres, par leurs mouvejnens réguliers, rei attouteleur

destinée^ les animaux remplissent la leur en obéissant à leur instinct merveilleux. L'homme, dans celte chaîne immense des êtres, scroit-il le seul à ne pas remplir la sienne, et la Providence l'auroit-clle condamné à courir sans cesse après la fin de sa nature, sans y parvenir jamais? Ayons de plus justes, de plus consolantes idées des desseins du Créateur, et de l'excellence de la nature humaine.

Une quatrième considération , je la tire de la croyance universelle du genre humain. C'est un fait attesté par les annales des peuples anciens et modernes, que la croyance de la vie future a toujours été celle du monde entier. La superstition, les Uces, l'ignorance, ont bien pu la dégrader; les sophistes ont bien pu la combattre- mais elle est restée toujours dominante au milieu de toutes les nations de la terre. De longs détails seroient inutiles sur un fait si bien avéré. JXous allons nous appuyer seulement de quelques témoignages. Cette doctrine

IMMORTALITÉ DE LAME. OQl

éioit si universelle dans l'antiquité, que Cicéron ne craignoit pas, dans son traité de Y amitié , de faire dire à Lœlius : « Je ne puis » goûter ces novateurs qui avancent , de nos )) jours, que tout finit au tombeau- je suis y> bien plus frappé de l'autorité des anciens, » de celle de nos ancêtres et de celle des per- » sonnages illustres qui ont été la gloire etl'or- » nement de la Grèce, et surtout de celui qui » fut déclaré le plus sage de tous. » Dans une de ses épîtres, Sénèque fait observer que, 1ersqu il s'agit de l'immortalité de nos aines , le consentement universel des hommes n'a pas peu d'empire sur nos esprits. Je ne prétends pas que Cicéron et Sénèque aient été aussi éclairés , aussi fermes dans leur croyance, que le sont les chrétiens; je n'ai eu d'autre but que de les citer comme témoins irrécusables de la foi de l'antiquité. Dans les auteurs qui ont écrit sur cette matière, vous trouveriez recueillis les passages les plus positifs sur la foi des peuples anciens, des Egyptiens, Chaldéens, Indiens, Grecs, Romains, Gaulois, Germains. Pour ne parler que des Gaulois, dont l'antique croyance peut nous intéresser davantage, nous Français, nous

5o,2 immortaj.j : Y; DE l'ame.

apprenons de César que les druides aniûioient le eourage des guerriers et les exhortaient à braver les périls, par l'espoir de l'immortalité. C'est dans ce sentiment, dit encore Lncain, qu'ils puisent l'ardeur impétueuse qui les fait courir à la mort; suivant eux rien n'est plus lâche que d'épargner une vie qu'on ne perd pas sans retour. Vovez au reste cette croyance des peuples se manifester jusque dans leurs superstitioi s et leurs pratiques les plus ridicules. Cet elle en effet qu'indiquent les apothéoses, les rêveries de la métempsycose, l'Elysée et le Tartare de la mythologie , le jugement de Minos et de Rhadamante, l'évocation des ombres, la crainte puérile des morts.

Quant aux peuples modernes, il suffit des relations des voyageurs qui ont visité les diverses parties du globe. La foi de l'immortalité étoit dans le Nouveau-Monde, avant que Christophe Colomb y abordât. « ISous » la trouvons établie d'un bout de l'Ainéii- » que à l'autre, en certaines régions plus » vague et plus obscure, en d'autres plus » développée et plus parfaite, mais nulle

part inconnue , a dit l'illustre Robcrtson ))

IMMORTALITÉ DE LAME. 0(jJ

Or, Messieurs, qui ne serait frappé de cet accord universel des nations et des siècles? Chose étrange ! nos sens ne nous disent lien de notre existence future , de la permanence de nos aines après la mort du corps; à nos yeux l'homme paroît mourir tout entier comme la bête : rien au dehors qui atteste ici la différence; l'expérience de tous les temps, l'observation de tous les jours, ne nous laissent apercevoir que de la matière, qu'une décomposition de parties. On voit l'homme naître, vivre, mourir comme le reste des animaux : il semble que, d'après ce qui frappe sans cesse nos regards, le genre humain devroit pencher vers le matérialisme le plus complet. D'où a donc pu lui venir une pensée aussi extraordinaire que celle de l'immortalité de nos âmes? Comment du milieu des ruines, des ravages du temps et de la mort, ce cri d'immortalité s'est-il fait entendre dans l'univers ?JN en doutez pas, Messieurs, c'est que l'auteur de la nature en a placé le sentiment dans nos aines, comme il y a placé l'intelligence et l'humanité, et qu'il est aussi impossible de nous l'arracher que de uous priver de la raison et de la pen

OQ i EMMOB.TALH \: DE LAME.

Enfin, Messieurs, il est im témoignage constant, universel, irréfragable, des senti-

mens, de l'espoir, de la croyance du genre humain, et qui fortifie singulièrement les

considérai ions que je viens d'exposer, c'esl le culte religieux des morts, £onnu de la terre entière, dans l'antiquité, comme dans le temps présent. Pourquoi ce respect pour leur dépouille? Ces tombeaux érigés en leur honneur, ces chants funèbres consacrés à leur mémoire , tout cela se rapportet-il à une poussière insensible et vile? ou plutôt tout cela ne tient- il pas a cette pensée secrète, que les morts ne sont pas indifférons à nos témoignages d'affection, qu'ils sont comme les témoins de nos larmes et de nos regrets, et que nous pouvons continuer d'entretenir une sorte de société touchante avec cette partie d'eux-mêmes qui vit encore? Aux extrémités de l'Orient, il est un peuple qui place sur les tombeaux différens mets pour la nourriture des morts; chez le Péruvien idolâtre, les femmes et les enfans des Ineas s'oiTroient à la mort pour honorer leurs funérailles et les accompagner dans un autre monde. Ossian, ou celui qui a chanté sous

son nom, fait errer les ombres de ses guerriers chasseurs dans les nuages, et les suppose sensibles aux chants des bardes consacrés à leur gloire. Tout cela n'a-t-il pas une liaison manifeste avec la doctrine de la ^ie future? Mais par quel charme invincible plaçons- nous ainsi la vie jusque dans le séjour de la mort? « C'est ici, dit un écrivain » célèbre, que la nature humaine se montre » supérieure au reste de la création , et nous )) apparoît dans ses hautes destinées. La bétc )) connoît-elle le cercueil et s'inquiètc-t-ellc )) de ses cendres? Que lui font les ossemcn^l )) de son père, ou plutôt sait-elle qui est son )) père, après qvie les besoins de l'enfance sont )) passés? Parmi tous les êtres créés , l'homme » seul recueille la cendre de son semblable , )) et lui porte un respect religieux. A nos y> yeux, le domaine de la mort a quelque )) chose de sacré : d'où vient donc la puis- )) santé idée que nous avons du trépas? )) Quelques grains de poussière méritei oient- )) ils nos hommages? non sans doute, nous )) ne respectons la cendre de nos ancêtres , )) que parce qu'une voix secrète nous dit » que tout n'est pas éteint en eux, C'est ce

IMMORTAllTi de l'ame.

» qui consacre le cuite funèbre chez tous ï< s » peuples de la terre. Tous sont également » persuadés que le sommeil n'est pas dura* y) Lie, même au tombeau, et que la moi t )) n'est qu'une transfiguration glorieuse. »

Oui, la religion des tombeaux tient au sentiment de l'immortalité , et ici l'expérience vient à l'appui de la raison. Jamais en effet on n'a vu la cendre des morts plus indignement profanée qu'à cette époque où le matérialisme le plus brutal avoit prévalu parmi nous. Lorsque, dans l'homme qui ^Tiieurt, on ne voit qu une machine qui se déconcerte, ou une plante qui se décompose, lorsqu'on croit qu'il ne reste de lui qu'une hideuse dépouille, quelle vénération peuton lui porter? n'est-on pas alors tenté de le traiter comme le cadavre du plus immonde animal? Si quatorze siècles de pieuse vénération ne purent sauver de l'outrage les mortels débris de la patronne de cette capitale; si l'on vit, pendant quelque temps, les os mêmes de Turenne reposer à côté de la dépouille de l'éléphant et du crocodile ; si tant d'illustres morts furent chassés de leur dernière demeure, c'est qu'alors la religion elle-

même n'avoit plus d'asile , et que les mauvaises doctrines avoient comme eîl'acé le sentiment de l'immortalité. C'est le sacrilège matérialisme qui a\oit profané les tombeaux, c'est la croyance de la vie future qui les rend vénérables.

C'est donc ainsi, Messieurs, qu'en réfléchissant sur la spiritualité de notre ame, ses sentimens les plus intimes, ses désirs les plus ardens, ses croyances les plus enracinées, nous découvrons dans nous-mêmes les germes et les gages de notre immortalité. Voyons si nous ne puiserons pas des considérations plus décisives encore dans la connoissance de Dieu et de ses perfections.

Oser dire qu'il n'y a point de Dieu , c'est une extrémité monstrueuse dans laquelle l'esprit de 1'bomme ne se repose jamais sans trouble et sans inquiétude. Et quel est l'athée qui ait la conviction intime de son athéisme? Ses blasphèmes eux-mêmes trahissent la foi cachée dans le fond de son cœur; ses discours fréquens contre la Divinité décèlent la terreur qu'elle lui inspire. Montesquieu a dit : « L'homme pieux et l'athée parlent toujours

OCjS IMMORTALITÉ DE T.'\ME.

» de religion, l'un parle de ce qu'il aime, » l'autre de ee <jn il craint.» jNou, Messieurs, L athéisme n'est pas une opinion, c'est une fureur.

Reconnoître un Dieu sans providence, c'est une inconséquence grossière, c'est faire de Dieu un roi sans sujets, un maître sans autorité, un père sans bonté, un législateur sans vues et sans sagesse, qui abandonne son ouvrage et ses lois aux caprices du hasard.

11 est donc un Dieu qui gouverne le genre humain, et qui préside à ses destinées avec autant de justice que de sagesse, et cependant comment reconnoître dans ce monde le Dieu juste et sage , si ce monde n'étoit pas hé avec un monde à venir?

Et d'abord que demande la justice divine? La raison nous dit que Dieu, juste appréciateur des choses, ne sauroit voir du même a-il le parricide .et l'enfant soumis, l'ami fidèle et l'ami perfide, l'avare impitoyable et le cœur généreux, l'affreux homicide et le sauveur de son semblable. Penser autrement, ce seroit supposer Dieu moins pariait que l'homme. Oui, malgré les défauts de sa nature, l'homme ne peut se défendre d'une

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lionvur secrète du vice, lors même qu'il a la foiblesse de s'y livrer, ni d'un amour secret pour la vertu, lors même qu'il n'a pas le courage de la pratiquer. Oui, je trouve au fond de ma conscience que la vertu est estimable, digne d'éloges et de récompense, que le vice est méprisable, digne d'opprobre et de châtiment : tel est le cri de la nature, telle est la notion de justice imprimée dans nos âmes. Ainsi, par une suite d'idées enchaînées les unes aux autres, je suis conduit à penser qu'il n'y a pas de Dieu sans justice, ni de justice sans récompenses pour la vertu et sans châtimens pour le vice.

Or c'est en vain que vous chercheriez sur la terre cet ordre de choses, seul conforme à la rigoureuse équité. 11 est vrai que, pour encourager les bons et pour effrayer les médians, pour avertir plus sensiblement les hommes que sa providence veille sur eux, et pour leur faire pressentir ce qui les attend, Dieu fait quelquefois éclater sa justice envers 1 homme de bien par les prospérités dont il le comble , et envers le coupable par des coups si effravans et si visibles, qu'il est impossible de la méconnoître. Plus d'une fois des inûr- I. 17*

mités humiliantes et cruelles, des déplaisirs mortels, des chagrins dévorans, une ruine subite et totale, font sentir aux coupables la main vengeresse qui s'appesantit sur leur tète. Mais il faut en convenir, malgré les exemples de ce genre, si la vie présente n'etoit pas liée à un autre ordre de choses, ce monde ne seroit qu'un chaos, qu'une énigme inconcevable, qu'un perpétuel désordre qui accuseroit la Providence et sa justice. Dans tous les temps et chez tous les peuples, que nous présente l'histoire? bien souvent des vertus méconnues, des vices honorés, des forfaits échappés au glaive de la justice humaine, des familles ruinées par la mauvaise foi, des victimes infortunées de la haine et de l'envie, des prisons où gémit l'innocence, des échafauds où périt la vertu. Ces désordres sont si choquans que les esprits foibles, impatiens, en ont pris occasion de blasphémer contre la Providence, de la regarder comme étrangère au gouvernement des choses humaines, de croire ainsi comme perdus les efforts de l'homme de bien, étant tentés de s'écrier comme ce Ptomain succombant aux champs de Philip pes : O vertu, tu n'es donc

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qu'un fantôme! Sans cloute, Messieurs, une telle impiété sera toujours loin de notre bouche et plus loin encore de notre cœur. Ces désordres qui éclatent de toutes parts sons nos yeux doivent nous rappeler l'ordre éternel dont Dieu est la source. Je sais qu'il a dans les trésors de sa puissance de quoi réparer tout ce qu'il y a de déréglé dans le monde présent. Je m'élance dans le sein de son éternité ; c'est de là qu'abaissant mes regards sur la terre , je la vois dans son véritable point de vue; je reconnois que ce qu'il y a de plus discordant rentre dans l'harmonie universelle, par sa liaison avec les desseins infinis de celui qui vit et règne au-delà des temps. Les souffrances de l'homme vertueux sont, à mes yeux, non des injustices, mais des épreuves, mais des combats qui mènent à la gloire; et , quand je compare ce qu'il souffre avec la couronne qui lui est réservée, je ne vois plus dans ses afflictions que les angoisses d'une ame en travail de son immortalité. A oilà ce qu'a voulu nous dire le Sage par ces graves paroles : « J'ai vu sous le soleil l'impiété au » lieu du jugement et liniquité au lieu de la )) justice, et j'ai dit dans mon cœur : Dieu ju-

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» géra le juste et l'injuste, et alors ce scia le » U mpsdurétablissemenl de toutes choses. » is, dira-t-on peut-être, pourquoi recourir à l'autre vie, pour justifier la Providence? vous cherchez des récompenses pour la vertu, elles sont dans la paix et le témoid'une bonne conscience 5 vous voulez des châtimens pour le >icc, ils sont dans le remords qui eu est inséparable.

Ce n'est Ki qu'un vain système parlerpiel il est impossible d'absoudre la justice divine, et <:<iit nous allons faire sentir toute la futilité. 11 n'en est pas de Dieu comme des hommes: sa justice est infinie ainsi que sa puissance. 11 est digne de celui qui connoît et peut tout de récompenser tout ce qui est bien , de punir tout ce qui est mal, de destiner à la \ertu des recompenses, et au "\ice des peines qui soient toujours assurées, suffisantes, décernées avec mesure et proportion. Or tel ne seroit pas leur caractère, si tout se bornoit à la paix de l'âme pour les uns, et au remords pour les autres.

Et d'abord vous voulez que la paix de l'a me soit la seule récompense de la vertu; mais cette paix n'en est pas toujours insé-

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pàrâble : il est dos cœurs vertueux qui plus d'une fois vivent au sein des alarmes- lipides jusqu'à l'excès, ils craignent là où rien n'est à craindre. La délicatesse de leur conscience fait leur tourment; l'imagination les eiFraie de ses fantômes; elle leur peint de légers défauts sous les couleurs des vices les plus noirs; elle convertit en mal ce qui est Lien. ( )r, au milieu de ces orages d'une ame agitée, la paix s:est évanouie, et avec elle ce que vous croyez être la seule récompense de la vertu. Ce n'est pas tout, il faut que la récompense se mesure sur le mérite, et pourtant dans le monde présent cette règle d'équité se trouve perpétuellement violée. En eQet cette paix de la conscience accompagne aussi des vertus qui , d'ailleurs très - solides , sont moins pénibles à la nature; et je demande où sera la récompense de ces vertus plus fortes, plus difficiles? je m'explique. Cet homme est né avec d'heureux penchans; par tempérament, il est doux, modéré, plus maître de lui-même; la vertu lui est naturellement plus facile. Cet autre est agité par des passions violentes; il faut qu'il soit patient malgré les saillies d'un caractère fou-

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gueux, continent malgré l'impétuosité de

ses désirs, modeste au milieu de tout le bruit de la renommée La plus éclatante. Si l'un et l'autre sont vertueux, la paix de L'ame est également leur partage sur la terre; mais le second a bien plus d'obstacles à vaincre, plus de victoires à remporter sur lui-même; sa fidélité est bien plus difficile, sa vertu est donc plus méritoire et digne d'«ne plus grande récompense; et cependant la récompense seroit la même, si elle ne consiste que dans la paix du cœur. Mais voici une nouvelle considération du plus grand poids : Lorsque l'homme de bien meurt pour son devoir, qu'il sacrifie ses jours plutôt que sa conscience, c'est alors surtout qu'il se rend agréable à son Créateur, et qu'il est digne de ses faveurs; et pourtant, s'il n'est d'autre j rix de sa vertu que le repos de sa conscience, où sera le salaire de son héroïsme? Cette paix de Famé descendra -t- elle avec lui dans le tombeau? Tous êtes, je suppose, placé entre la prévarication et la mort : Dieu vous commande de mourir pour lui plaire; ce dernier acte de votre vie met le comble à tous les autres; de tous, c'est le plus méri-

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toire, et il faudra que vous le fassiez sans l'espoir d'aucun dédommagement! quoi de plus injuste? Non, ou Dieu ne vous commande pas de mourir pour votre devoir, ou bien il doit vous récompenser pour l'obéissance que vous lui témoignez en mourant ; et encore une fois où sera la récompense, si tout se termine à la mort?

On n'est pas mieux fondé à ne reconnoître d'autre châtiment du vice que le remords. Je conviens que le coupable trouve son premier châtiment dans sa conscience qui l'accuse et qui le condamne; mais, si le remords est son unique peine , les plus coupables seront bien souvent les moins punis, parce qu'ils sauront mieux que les autres étouffer leur conscience sous le poids de leurs crimes entassés. Oui , la première faute est celle qui est suivie du remords le plus cuisant; il n'arrive que trop qu'on se familiarise avec le vice ; le remords s'affoiblit à mesure qu'on s'y livre; on finit, suivant le langage des livres saints , par avaler l'iniquité comme l'eau : en sorte que, si le remords est la seule peine , il n'y auroit plus de proportion entre le délit et le châtiment. Même.

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il faut le dire, le remords, après tout, ne scroit qu'un préjugé ridicule dont il faudrait se dépouiller, si rien n'étoit à craindre au-delà du tombeau- Tant qu'une amc est pénétrée de la crainte d'un Dieu vengeur, je conçois pour elle le remords- mais, si cette crainte s'afibiblit et s'éteint, on verra le remords s'affoiblir et s'éteindre avec elle. Aussi les grands coupables ont- ils un secret penchant vers ces doctrines de fatalisme qui, en présentant leurs crimes comme nécessaires, tendent à les délivrer de tout remords, et vers ces doctrines de matérialisme qui, en faisant mourir ensemble l'amc et le corps, leur promettent, l'impunité. Débarrassés de toute terreur pour une vie future , ils pourront bien craindre le supplice ou l'opprobre, ils ne connoîtront pas le remords. Et ne sait-on pas d'ailleurs que le coupable se déguise plus d une fois à lui-même l'injustice et la noirceur de ses actions ; que les crimes heureux cessent, à ses yeux, d'être des crimes ; que les excès les plus révoltans ne paroissent plus des excès, quand on les voit à travers les prestiges de la gloire? et de bonne foi penset-on que quelques légers remords soient une

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peine suffisante pour des actions qui peuvent être le fléau de familles, de généi tions, de nations entières?

Enfin , dans le système que je combats , il est un genre de crime, en particulier, qui resterait toujours impuni, je veux parler de ce crime autrefois rare, aujourd'hui très-commun, l'effroi de la société, comme le scandale de nos mœurs, le suicide. Cet homme se doit à la société, qui Fa nourri dans son sein et a veillé à la conservation de ses jours; à sa famille, avec laquelle il a contracté des engagemens; dans tous les cas, à Dieu qui lui a donné la vie, et qui seul a le droit de la reprendre : n'importe , au mépris de toutes les obligations divines et humaines, il s'arrache la vie. S'il n'est pas égaré par une aliénation mentale, s il conserve son libre arbitre, ce dernier attentat a mis peut-être le sceau à une vie toute criminelle. Or, où en sera le châtiment , s'il n'en existe d'autre que le remords? Vous prétendez que son ame ne vit plus, et comment le remords s'attacheroit-il à ce qui n'est qu'un néant? Disons donc, Messieurs, que la paix qui d'un côté console le juste ,

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que le remords qui de l'autre déchire le méchant, commencent dans ce monde le discernement qui doit être fait un jour avec plus déclat et d'exactitude; c'est le prélude, et non la mesure de la justice divine; en sorte que les consolations de la vertu, et les amertumes du vice dans la vie présente , établissent plutôt qu'elles n'ébranlent la doctrine de la vie future.

Et ne disons pas que la justice divine seroit satisfaite par l'anéantissement du coupable; vain subterfuge : la justice divine doit s'exercer de manière à pouvoir- intimider l'homme, à le contenir dans le devoir ou à l'y ramener. Or les médians seroient sans crainte, si le partage du néant, tout misérable qu'il est, leur étoit assuré. Ne faut-il pas d'ailleurs que les peines soient décernées avec équité, qu'elles soient graduées sur le nombre, la nature, la grièveté des fautes; qu'il y ait inégalité de châtiment là où il y a inégalité dans les délits? La suprême justice pourroit-elle confondre un simple vol avec le parricide? Et cependant, si l'anéantissement étoit la peine commune de toutes les fautes, elles seroient toutes également punies.

Ici,

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Ici, Messieurs, approfondissons encore un moment et le cœur humain et i'ëS idées que nous devons nous former de la Piwidence dans le gouvernement de ce monde. L'espérance et la crainte sont comme ] s deux pôles du monde moral; tout porte et roule sur ce double sentiment; c'est par lui que s'établissent, se perpétuent la subordination et Tordre dans la société comme dans les familles , dans les armées comme dans les cités. Le cœur de l'homme est en même temps plein de désirs et de faiblesses il a besoin délie aiguillonné par l'espérance, et contenu par la crainte. Montrez-lui le prix: de la vertu, &i vous voulez qu'il la pratique, et le châtiment du vice, si vous voulez qu'il l'é\ite. Que penseroit-on d un capitaine qui traiteroit également le soldat timide et le soldat valeureux; d'un législateur qui, après avoir publié un code de lois, les abaudouneroit aux caprices de chacun , ne présenteroit aucun motif puissant d'y être fidèle, ne sauroit ni encourager les observateurs par ses promesses, ni intimider les infraet-uis par ses menaces? Alors les lois, destituée.-, de leur sanction nécessaire, ne resteroient- I. 18

4io iMMoii'i \i,i ri': de l'ame.

chVs pas aussi sans fqrce cl sans autorité? Et Ion ■wmdroil que Dieu, législateur suprême, abandonnât ses lois à la volonté de chacun i qu il fermât les yeux, sur la fidélité ot la révolte, qu'elles lussent gardées par les uns inutilement , et violées impunément par les autres! S il en éloit ainsi , il n'auroit rien lait pour assurer leur empire', et son ouvrage scroit indigne de sa sagesse , comme de sa justice.

Je sais Lien qu'un amour cîlréné din dépendance fait que nous sommes ennemis de toute règle , et que nous voudrions pouvoir la violer impunément. Assujettissant la Providence à nos désirs, nous lui permettons bien de préparer des récompenses à la vertu; mais nous nous ré\oltons à l'idée de châtiment : nous voulons tout espérer de sa bonté et ne rien craindre de sa justice; mais sa justice et sa sagesse ne l'abandonnent jamais; elles ont leurs droits comme sa bonté, il faut (molles éclatent dans ses ouvrages, qu'elles assurent l'exécution des lois et des obligations que Dieu nous impose; et, je l'ai établi, la sagesse et la justice divine seroient violées, silo kéaÉà éloit la seule peine des médians.

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11 est donc vrai, Messieurs, que le tombeau n'est pas le terme de la vie humaine , que ce qui pense et vit dans nous ne meurt pas, que ce cœur qui soupire après le bonheur, que cette intelligence qui soupire après la vérité, seront enfin satisfais. Oui, loin de nous ce matérialisme qui tient 1 homme courbé vers la terre , cette terre que nous ne touchons que de l'exlrérnité du corps, comme pour nous apprendre à la dédaigner. Qu'elles sont consolantes, qu'elles sont sublimes ces destinées de l'homme appelé à vivre au-delà de tous les temps! 11 ne s'agit pas ici de cette immortalité, accordée, sur la terre, à la mémoire de ceux qu'ont illustrés leur génie et leurs travaux : ce n'est là qu'une vaine image de cette véritable immortalité qui doit être le partage de la vertu. Dans son enthousiasme lyrique , le poète romain , épris de la beauté de ses ouvrages, osoit s'écrier: Je viens d'élever un monument plus durable que l'airain; non, je ne mourrai pas tout entier, non omnis moriar. Messieurs, il disoit vrai : son nom vit encore dans la mémoire des hommes ; mais que font à son bonheur les éloges de la postérité? 11 se pro-

4lâ IMMOTlTALITl': ©E l/AMi:.

• 'ifûloll une gloire dont il ne devoit pas jouir; cl nous, nous annonçons ;'i celui nui piatiqucra la verdi une gloire dont il doit être 1 immortel possesseur. Gomme cette pem.ée fait \oir les choses liumaincs sous un jour lout nouveau! Par cette lumière en effet, je décoince que ce monde n'est pas un spectacle de machines organisées pour un temps, qui doivent être brisées pour toujours, et dont le Créateur se feroit comme un divertissement et un jeu. Je vois au contraire que l'hlre iniini s'est proposé des lins dignes de son inimité, que les dons qu'il a faits à nos âmes sont sans repentance, et qu'après leur avoir donné le pouvoir de le connoîlrc et de le glorifier, il veut réellement être connu et glorifié par elles à jamais. L'antiquité profane avoit imaginé un sage qu'elle n'a jamais vu, qui seroit immobile au milieu des ruines de l'un nei s: mais cette .imagination devient une réalité dans le juste que soutient et qu anime 1 espoir de la bienheureuse immortalité. Alors que mille secousses diverses agitent la terre , que tout s'ébranle et tombe autour de lui, debout sur les choses créées, il contemple les choses éternelles. Ce

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qui peut lui arriver de plus extrême, c'est de mourir; et que lui importe la mort, si son ame est immortelle? Ainsi, avec le dogme de l'immortalité de l'ame, le malheur est consolé, la vertu encouragée, le vice réprimé, la Providence justifiée, l'homme et le monde moral expliqués» C'est là comme la chaîne mystérieuse qui descend du trône du Créateur jusqu'à nous , pour lier la terre au ciel, l'homme à son Dieu, et le temps à ] éternité.

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