‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 4)Chapitre 34 sur 39 · DF · texte numérisé non relu

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D'il est vrai qu'il n'existe pas de peuple sans religion, il lest également que, dans l'état présent du globe, quatre religions seulement se partagent les hommages de l'espèce humaine : l'idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme et la religion de Jésus-Christ. Ce sont les tiges d'où sortent divisés en plusieurs branches les divers cultes de la terre.

Depuis dix-huit siècles, on a vu des idolâtres, désabusés du culte des faux dieux, embrasser en foule le culte du Dieu véritable, et ce sont principalement ces peuples païens assis à l'ombre de la mort, pour parler avec les livres saints, qui, en ouvrant les yeux à la lumière de l'Evangile, dévoient composer le royaume de Jésus-Christ.

On a vu aussi et l'on voit encore des Juifs reconnoître enfin dans Jésus ce libérateur

promis qu'an n on coient leurs oracles, et tomber au pied de cette croix qui d'abord n'étoit qu'un scandale à leurs yeux, comme elle n'étoit qu'une folie pour le gentil.

On a vu aussi, quoiqu'en petit nombre, des sectateurs de Mahomet abjurer l'A lcoran pour l'Evangile; mais où a-t-on vu des chrétiens déserter leur religion pour devenir sérieusement mahométans, païens ou juifs? On pourra bien citer quelques apostats de débauche, de cupidité ou de terreur; mais an chrétien éclairé sur sa religion, qui, par conviction, qui, pour -obéir au cri de sa conscience, qui, dans la pensée de devenir meilleur, abandonne sa foi pour le culte de Moïse, pour celui de Mahomet ou des idoles , voilà ce qui est inoui. C'est déjà une chose trèsremarquable, et que peut-être vous u'a\ez jamais remarquée, que les sectateurs des autres religions les abandonnent pour passer dans la notre, et que nous, chrétiens, nous n'abandonnons jamais la nôtre pour passer dans la leur. Cela seul ne forme-t-il pas un préjugé très - favorable au christianisme, et ne suppose-t-il pas qu'il est appuyé sur des preuves plus lumineuses, plus faites pour

■i-22 de f/autokiti'; de lï.olise.

•éclairer, pour entraîner les esprits? lin faudroit-il, ce semble,1 davantage pour nous fixer raisonnablement dans la religion sainte que nous avons le bonheur de ; pofei

Riais lé christianisme se efl plu-

sieurs sociétés qui, d'accord beaucoup de points de doctrine1, ne le sont pas sur tons, et sont loin d'être unies 1 ailes liens communs d'un même régime pastoral. On peut les réduire à trois principales, 1 Eglise Catholique-, la plus ancienne, la plus répandue de toutes, d'où sont sorties toutes les autres, et qui reconnoît pour son chef le pontife romain ; l'église grecque qui professe presqu'en tout la doctrine de l'Eglise romaine, encore qu'après Lien de» hésitations et des incertitudes elle en suiu totalement séparée depuis huit siècles; l'église protestante di\isée en deux grandes communions qui portent le nom de leurs auteurs, et dont l'existence ne remonte qu'ai seizième siècle.

Mais ces diverses sociétés doivent- >!

occuper le même rang dans notre esprit entrent- -elles toutes dans le plan de ri établi par Jésus Ll.iist . \ oiià ce qu'il s c

(i examiner; Pour cela, nous allons discuter les quatre questions suivantes :

Jesus-Christ a-t-il fondé une société religieuse qui dut, sans interruption, se perpétuer jusqu'à la lin des temps?

Jésus Christ a-t-il établi dans cette société une autorité qui iïït la gardienne et l'interprète de sa doctrine?

Dans quelles mains réside cette autorité?

Cette autorité est-elle infaillible dans ses jugemens sur la doctrine? Tel est le sujet de cette conférence.

Je ne viens pas aujourd'hui, Messieurs, in élever contre les ennemis de la révélation, contre ces incrédules qui, plus enrayés encore de la pureté des préceptes de l'Evangile que de la hauteur de ses mystères, affectent de ne voir dans lo christianisme qu'une invention humaine. Après les avoir combattus dans plusieurs de nos discours , je m'adresse en ce moment aux sectateurs des diverses communions chrétiennes: je le's invite à rechercher avec moi ce qu'il faut penser de la forme, des caractères, de la durée de la société établie par Jésus-Christ notre commun

législateur, et je veux essayer tic désabuser ceux qui se seroieut fait sur cette matière de fausses idées. 11 faut bien le remarque] ; tout ce qu'il y a de chrétiens sur la terre révèrent avec nous connue divins la plus grande partie du moins des livres dont se compose l'ancien et le nouveau Testament, regardent comme l'expression fidèle de la doctrine révélée ce symbole antique qui remonte jusqu'aux premiers âges du christianisme, et connu sous le nom de Symbole des apôtres y enfin portent un respect tout particulier aux conciles, aux docteurs des quatre premiers siècles de l'Eglise, lesquels, d'après le sentiment unanime, ont possédé la doctrine évangélique dans toute sa pureté. Ce sont là des sources communes avouées de tous, et dans lesquelles nous pouvons par conséquent puiser avec confiance et sécurité. C'est à l'aide de ces monumens divers que nous allons discuter d'abord la question suivante:

Jésus-Christ a-t-il établi une société religieuse qui dût être perpétuellement visible jusqu'à la fin des temps?

H n'en est pas de la religion chrétien:. e

de l'autorité de l'église. 4s 5 comme de la religion mosaïque; celle-ci étoit limitée par les lieux et les temps: l'ancienne loi n'étoit qu'une préparation à une loi meilleure. Dans toutes les communions chrétiennes, il est reconnu que Jésus- Christ étoit le terme des oracles et des figures , qu'en lui devoit commencer un règne spirituel, bien plus beau, bien plus étendu. bien plus durable. Le culte mosaïque n'étoit que limage passagère de l'éternelle réalité du christianisme.

Comment douter de cette perpétuité du royaume de Jésus-Christ, quand on entend l'ange dire à Marie au sujet de Jésus : « 11 » sera grand , il sera appelé le fils du Très- » Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le » trône de Da\id son père, il régnera éter- » nellement sur la maison de Jacob, et son » règne n'aura point de fin? » A'oilà, Messieurs, des paroles qui ne sauroient être mensongères; le ciel et la terre passeront, mais ces paroles ne passeront pas. Et combien se trouvent-elles fortifiées par celles que nous pouvons recueillir de la bouche même de Jésus-Christ! S'adresse - t - il au collège des apôtres qu'il envoie évangéliser les peuples,

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les jours, omnibus dieu lion pour in terni] s, îii.iis pour tous 1 s tcmpsi, jusqu'à la fin, dos ; u\ !. s , usquè ad car kmrtiei t&ojvèrk sœculi. h'adresse-t-il on particulier à sr.inl Pierre? ±i préseritie aoaa Eglise comme un édifice bâti su* le roc, que tbutes ies puissam fc ne sauroient renverser : Porta' inj'eri tien prœvalebunt adversùs eam. Do quelles expressions plus énergiques pouvoit il se servir pour exprimer F un mortelle durée de son Eglise.?

Aussi, lorsque les proies tans, au seizième siècle, élevèrent autel contre autel, se séparèrent de l'Eglise catholique, sans se joindre à aucune autre église connue, on se crut autorisé à leur dire : D'après les promesses mêmes de son divin fondateur, l'Eglise chrétienne devoit durer jusqu'à la fin du mondea^^ant vous elle étoit donc quelque part sur la terre, et, si l'Eglise catholique n'est plus la véritable, dites -nous où elle est? Embarrassés de cette question assez pressante, nos frères séparés répondirent d'abord que

DE LAI r.ORITÉ DE LjÉX Jl.IMJ. 4*;

le royaume de Jésus-Christ n'avoit pas été anéanti, il est \rai; mais qu'il ne se trouvent plus que clans quelques adorateurs fidèles dispersés au milieu des peuples, inconnus des hommes et connus de Dieu seul. Cette ressource des protestons étoit vaine 5 le seul mot Eglise suffisoit pour la ruiner : ce mot consacré dans les livres saints, dans le Symbole des apeurés, dans le langage de toute l'antiquité chrélieunc, signifie par lui-même assemblée, et dès-lurs quelque chose d extérieur, de sensible aux yeux. Sous quels traits l'Eglise est-elle représentée dans les livres saints? c'est une cité bâtie sur la montagne qui ne sauroit être cachée ; c'est un royaume composé du prince et des sujets, c'est une vigne cultivée par des ouvriers , c'est un champ ensemencé par le père de famille, c'est une maison bâtie sur la pierre, c'est un troupeau avec son pasteur. Or toutes ces images, tous ces emblèmes, ne se rapportent ils pas manifestement à un ordre de choses extérieur et visible, à une société d'hommes connus, rapprochés, réunis?

Les proiestans ne tardèrent pas à abandonner celte chimère d'église invisible. Si

428 de l'autorité de L*églisê.

l'on parcourait leurs professions de foi 1rs plus célèbres, les écrits de leurs docteurs les plus renommés (i), on y verroit clairement que les protestans de toute communion ont fini par reconnoître avec nous, catholiques, que l'Eglise fondée par Jésus- Christ devoit être perpétuellement \i^ible sur la terre; c'est donc ici comme un premier point de croyance que nous pouvons dire être commun à tous les chrétiens.

Qu'elle est étonnante, qu'elle est puissante , cette Eglise chrétienne qui n'est bornée ni par le temps ni par l'espace, qui embrasse tous les siècles comme toutes les nations, qui, sans cesse combattue, ne périt jamais, qui voit passer les royaumes et les dynasties, les lois et les coutumes, sans que le torrent des âges l'entraîne dans son cours! C'est la vérité de Dieu qui demeure éternellement- Jésus - Christ n'avoit pas craint d'annoncer qu'il envoyoit ses apôtres pour répandre la vérité, la faire fructifier au milieu des peuples, et lui faire porter des fruits durables à jamais: Et fructus ces-'

(») Histoire des Varialions, livre XV.

de l'autorité de l'église. 429

ter maneat. Quand ces paroles sortaient, il y a dix-huit siècles , de la Louche de Jésus- Christ caché dans un coin de la Judée, pouvoit-on penser que cttte foible semence deviendroit un grand arbre qui couvriroit de ses rameaux salutaires l'univers entier, et durcroit aidant que le monde, malgré le choc et les tempêtes des passions humaines? et voilà pourtant ce qui est arrivé ; telle est la merveille dont nous sommes les témoins. L'Evangile a pénétré successivement chez les peuples divers, pour les arracher à l'idolâtrie, à l'ignorance, à tous les vices. Des scandales et des désordres viendront altérer les mœurs des chrétiens, et la morale demeurera toujours pure; des hérésies essaieront de corrompre la doctrine, et la foi restera dans son intégrité ; tous les préjuges et toutes les passions s'armeront contre l'Eglise chrétienne, elle en triomphera; même elle ne sera jamais plus visible que lorsqu'on voudra l'obscurcir et l'enchaîner davantage. Ainsi, sous le régime sanglant des Césars persécuteurs, elle continuoit d'être manifestée au monde et par la succession de ses pasteurs, et par les écrits

43o de l'autorité de I >; ■' c ; i . î ae ses apologistes, et par Phér'oïsnïe d< disciples, et par la conversion des idolâtres^ Où a-t-ellè brillé d'un plus grand éclal mie sur 1rs échafauds et sur lès bûchers? Ce n'est pas que de temps en temps elle ne se perde dans certaines contrées, mais elle ne quitte une région que pour s'établir dans une autre; malheur au peuple qui, par son ingratitude et ses infidélités, mérite qu'on lui applique ces paroles : «l'arec que vous » avez abusé cle l'Evangile, le royaume de » Dieu vous sera ôté et donné à celui qui "» saura en porter les fruits!))

Dans le délire de notre orgueil, nous croyons peut-être honorer la religion en lui restant fidèles; mais, après tout, que lui importent nos hommages? \ oyez ce qui est arrivé dans les temps passés. Si les Juifs la repoussent, elle se répand au milieu des gentils; si l'Orient la dédaigne, elle passe en Occident; si clic s'afibiblit dans l'Afrique et l'Asie, elle brille dans notre Europe- si plus tard elle y est ébranlée, un nouveau monde est découvert qui lui offre de nouvelles conquêtes; si aujourd'hui nous nous obstinons à nous dérober à ses divines clartés, eh bien!

EE I/AUTOaU'É DE I/ÉGLTSE. -±5l

vile fuira loin il1 ce&tç terfcta impie, en lu laissant en proie aux Calamités qui accompagnent toujours 1 apostasie des peuples, el d'autres pays plus heureux et plus dociles 1 accueilleront avec transport. On peut la repousser, on ne peut 1 anéantir; c'est un arbre dont chaque branche en particulier est périssable, mais dont le tronc immortel reproduit sans cesse des branches nouvelles.

Je passe à la seconde question : Jésus- Christ a-l-il établi dans la société chrétienne une autorité à laquelle on doive se soumettre, un tribunal qui soit le gardien et 11 nterprète de sa doctrine et de ses lois?

Avant tout, cherchons à connoitre en quoi tous les chrétiens sont ici d accord pour mieux apercevoir ensuite lé point qui les di\ise.

Que les livres saints soient en général le dépôt, la règle muette de ce qu'il faut croire et pratiquer; qu'ils scient très-clairs sur plusieurs points, comme sûr les faits miraculeux, sur les préceptes des mœurs, sur 1 s articles principaux de là loi naturelle. :

43a De l'autorité dl: l'église.

que l'unité de Dieu, la providence, la \ie future; que les hommes instruits puissent s'en servir utilement pour établir, éclaircir les divers points de la doctrine révélée, tout cela est avoué dans toutes les communions chrétiennes; enfin que pour croire, pour avoir cette foi divine qui est la racine des vertus chrétiennes, on ait besoin de l'assistance de l'esprit de lumière et de force, et qu'ici les hommes doivent plus attendre des secours célestes que de leurs propres efforts , cela est encore universellement reconnu.

Mais ce motif de crédibilité qui est la foi raisonnable, ce moyen extérieur de discerner l'erreur de la vérité , où faut-il le placer? Est-ce dans l'examen des Ecritures interprétées par chaque particulier, comme le veut le prolestant? est-ce dans une autorité toujours enseignante, établie pour interpréter et fixer le sens des Ecritures , comme le veut le catholique? telle est la question fondamentale dont la solution embrasse tout îe reste.

Le protestant dit à tous sans exception : Prenez les Ecritures, lisez, examinez, discernez; le catholique dit à tous et aussi sans

exception :

exception : Ecoutez l'Eglise interprète des Ecritures, et soumettez -vous à ses décisions. D'un côté, c'est l'examen personnel; de l'autre, c'est l'autorité. L'examen flatte la raison, mais c'est une voie difficile, longue, semée d'écueils et de précipices; l'autorité humilie l'orgueil, mais c'est une voie douce, facile, accommodée à l'igno-rance, à la foiblesse, qui est le partage de . la plus grande partie de l'espèce humaine. Oh! que j'aimerois à être délivré de ces pénibles et interminables discussions pour me reposer en paix dans le sein d'une autorité tutélaire! Pour me servir d'une comparaison de Fénélon , je suppose un paralytique qui voudroit échapper aux flammes qui commencent à dévorer sa maison ; sur six personnes , cinq lui crient : Levez-vous, courez, percez la foule, sauvez-vous de l'incendie : cris inutiles, le malade n'a pas le libre visage de ses membres, il reste comme enchaîné sur son lit. Voilà une fidèle image des sectes diverses qui disent aux ignorans : Lisez les Montures, raisonnez , décidez, tandis qu'ils en sont incapables. Mais une sixième per- IV. 3 9*

434 de l'autoiuit; de jJ église.

sonne s'approche du paralytique et lui dit :

Prenez confiance , laissez - moi faire , je vais vous emporter dans mes bras y le fnalade s'abandonne sans raisonner , et 11 est sauvé des flammes. Voilà limage de lEglise catholique qui dit aux simples et aux ignorons : Sentez votre impuissance , soyez dociles; c'est moi qui me charge de vous éclairer et de vous conduire : ressource dont leur incapacité même leur fait sentir la nécessité. Me direz-vous que cette méthode est bonne pour les ignora ns , mais qu'on ne sauroit l'appliquer aux hommes éclairés? Eh! Messieurs, la science n'estelle pas une source de disputes ? a-t-clle engendré moins d'erreurs que l'ignorance? et, si celle-ci a besoin d'une lumière qui Fédaire, l'orgueil n'a-t-il pas besoin d'un frein puissant qui l'arrête et le retienne? 11 n'en faudrait pas davantage pour me persuader que Jésus-Christ a établi une autorité toujours subsistante pour régler les choses de la religion ; mais approfondissons davantage cette matière.

Tous me donnez pour règle de croyance l'examen des Ecritures? mais la religion est

D.E L AUTO RI TE DE l'ÉGLÏSR. 43 j

faite pour tous, même pour le peuple le plus ignorant, et ne sait- on pas qu'un des caractères distinctifs de la mission de Jésus- Christ, c'est d'être venu pour évangéliser les pauvres et 1rs petits? Pauperes evangellzantur. Or, si l'on ne peut former sa foi que par l'examen dos Ecritures , que faitesvous de cette immense multitude de chrétiens de tous les pays et de tous les siècles, étrangers aux premiers élémens des connpissances humaines, incapables bien souvent, je ne dis pas d'examiner, mais même de lire les divines Ecritures? Pourquoi d'ailleurs regarder comme nécessaire aujourd'hui pour la loi chrétienne un examen qui ne l'étoit pas dans l'origine du chrislianisme? D'un coté, Jésus-Christ a évangéliié de vive voix les peuples de la Judée, et 8 n'est qu'après sa mort que ses disciples oui publié ses célestes leçons; de l'autre, les apôtres à leur tour ont fondé par la prédication, et avant d'avoir rien écrit, divnws églises dans l'empire romain; ce n'est (\iu? plus tard qu'ils ont eu la pensée décrire dans les Evangiles 1 histoire des actions et des discours de leur divin Maître, et d'adresser

i56 de l'autohiti'; de l'ég.lise.

leurs Epîtres aux peuples quils avoient instruits. Donc c'est un fait incontestable que la foi chrétienne a existé sans l'examen des Ecritures, et pourquoi n'en pourroit-il pas être de même aujourd'hui?

Vous voulez que je me règle par l'examen personnel? mais tous les chrétiens, fussent-ils capables de lire les livres saints, sont- ils capables de les comprendre? Sans éducation, sans lettres, d'un esprit borné, distrait par les travaux et les nécessités de la vie, le simple peuple peut-il étudier, saisir par lui-même la doctrine des saintes Ecritures? La parole de Dieu n'est pas dans les mots, mais dans leur véritable sens. Le peuple est -il en état de jugea; des versions en langue \ulgaire qu'on lui met dans les mains, de les comparer avec les originaux, de confronter les passages, de les rapprocher, de les éclaircir les uns par les autres? Ne sait-on pas que l'Ecriture a des obscurités et de grandes profondeurs? Les mystères sont des choses fort relevées, fort au-dessus de l'intelligence humaine, dont l'énoncé demande une grande précision de langage j et comment veut-on que le peuple

dj; l'autoxitjb dis 1/ lu lise. 4j7 Fasse par lui-même une étude, un examen , un discernement, qui bien souvent embarrassent les [dus savans?

Vous me renvoyez à l'examen personnel!

mais ce moyeu de découvrir la vérité est pleûi de témérité et de présomption; et en effet je m'adresse à un simple villageois, et je lui dis : Voulez -vous savoir *en abrégé toute la doctrine révélée? la voici exprimée dans une profession de foi la plus ancienne, la plus universelle, révérée dans tous les siècles et de tous les peuples chrétiens sans exception ; on l'appelle le Symbole des apôtres : en vous y soumettant, vous ne faites que croire ce qu'a toujours cru l'univers chrétien, depuis Jésus-Christ jusqu'à nous. Ne semble-t-il pas. Messieurs, que ce villageois doive s'abaisser humblement devant cette autorité? non : s'il admet la voie d'examen, et s'il est conséquent, il a le droit de me dire : Avant d'admettre ce Symbole, il faut que je le confronte avec 1 Ecriture, pour savoir s il y est conforme; j'ai le droit de discuter cette croyance si antique , si universelle, si constante de tous les peuples chrétiens, et moi., simple villageois, je suis

i58 DE L'AUTORITÉ DE LÉGL1M..

fondé à penser que je puis entendre l'Ecriture mieux que tout ce qu'il y a eu rie conciles, de docteurs, de saints personnages, depuis dix-huit siècles; car -soilà où aboutit la méthode de discussion et d'examen des Ecritures, et pourtant quoi de {dus extravagant?

L'examen personnel! mais c'est dans l'Eglise chrétienne un principe de désunion et de discorde; c est par là que le christianisme est mis en pièces, et que l'on tombe dans l'anarchie des opinions : par là, les li\res saints 'vont être abandonnés aux caprice», aux passions de 1 homme; chacun y verra ce qui le flatte, et en retranchera ce qui l'offusque. Dans cet examen, le savant portera son orgueil , le bel esprit sa frivolité , le Noluptueux sa corruption, le peuple son ignorance. D'où sont venus les schismes et les hérésies qui ont désolé l'Eglise? précisément des Ecritures mal interprétées; c'est là que tous les novateurs ont puisé leurs arpamens. Ce n étoient pas des esprits vulgaires .que la plupart d'entre eux; c'étoient au contraire des esprits subtils, pénétrans, habiles : niais leur savoir, loin de les sauvei

DE L'AUTORITÉ DE l'ÉGLISE. 45.)

«les écarts, en devenoit la cause. Sans règle, sans frein, livrés à 1: ur propre sens, ils se précipitoient dans la carrière du mensonge; Ions se préscntoicnt avec le livre des Ecritures: mais, dans leurs mains, e'étoit un signe de discorde : l'un y voyait le fatalisme, l'autre l'indépendance absolue de l'homme à l'égard! de toute grficc divine, celui-ci la présence réelle, celui-là la présence figurée. Qui pouvoit terminer leurs contestations et leurs querelles? Le Dieu de paix, le Dieu de vérité et de sagesse auroit-il laissé son Eglise sans un moven puissant d éclairer les esprits cl de les contenir? La société qu'il a établie ne devoil-cllo donc ofiYir que l'image du désordre et de la dissension ?

Dans la société civile, il existe un code de loi:» pour régler les droits de tous, assurer la possession de leurs bien*, la tranquillité de leurs personnes, et terminer leurs diliV rends; eh foie»! je suppose que ce code lui il encore plus lumineux et plus frarfait, lui livré à 1 interprétation de chaque parlieu lier; qu'il n'y eut, pour veiller à sa coi, s-r vation, à son exécution, à ses applications,

•iio de l'autorité dk i/k< ;i,rsi;.

ni gouverne ment, ni magistrats, ni tribuimiix; ;'i quoi ce code scniroitril ? Snffiroit-il vc.l pour, ptâvenîr ou terminer les contestations, cal pécher l'anarchie dans les familles et dans le corps politique? non sans doute; 1 intérêt, les haines, les passions, de\iendroient les interprètes de ce code; bientôt, déchiré dans toutes ses pages, il lomheroit en lambeaux. Or il en seroit manifestement de même du code des saintes lîcritures, s'il étoit abandonné à l'interprélalion de chaque fidèle.

Oui, Messieurs, tels sont les inconvéniens et les uecs de la méthode de l'examen personnel, que ceux-là mêmes qui l'avoient invoquée, et qui en av oient fait le fondement de leur séparation d'avec 1 Eglise romaine, sont obligés d'y renoncer. Chez les peuples protestans, la pratique se trouve forcément en opposition avec la théorie; chez eux comme chez nous, les en fan s sont instruits de la religion par les parens dans leurs familles, par les instituteurs dans les écoles, par les pasteurs dans les temples; chez eux comme chez nous, les enfans, avant de savoir lire, apprennent à bégayer

DE L'AUTORITÉ DE L iCLISE. 4fll

les premiers élémens de la doctrine chrétienne, à réciter des prières, à professer le Symbole des apôtres, à respecter les cérémonies et la liturgie de leur culte. L'autorité des parens, des maîtres, des pasteurs, de tout ce qui les entoure, de ce qu'ils voient et de ce qu'ils entendent, voilà d'abord ce cfui les frappe et les dirige ; c'est de ces impressions reçues plutôt que discutées que se forme leur croyance, et le plus grand nombre croient toute leur vie ce qu'ils ont cru d'abord, bien plus par autorité que par raisonnement. Où sont, parmi le peuple, ceux qui, parvenus à un certain âge, comparent la doctrine qui leur a été enseignée avec celle de l'Ecriture, que souvent ils sont hors d'état de bien comprendre? Jeu appelle en particulier à ce qui s'est passe en Hollande dans le dix - septième siècle. Un ministre, nommé Arminius, dogmatisa publiquement contre la doctrine établie, celle de Calvin ; de là des dissensions religieuses et politiques qui coûtèrent la vie à un des plus illustres citoyens de la république, à Barneveld. Les partisans d'Arminius eurent beau rappeler que chaque fidèle étoit

■.12 DE L AiruliiTi': DE Lt'ÉGLÏSfi. rinlv i jirrlc do l'Écriture, et qu'ainsi il avoit le droit de reformer Calvin lui- même, s'il lui paroissoit que ee réformateur s'éloit «carte de la pureté de la doctrine évangéliqùéj ils ne furent point écoulés, ils furent poursuivis comme des rebelles; un synode Célèbre fut. convoqué à Dordrechl, et là, malgré toutes les protestations, la nouvelle doctrine fut solennellement condamnée. Voilà comme, après avoir appelé les peuples à une liberté sans frein, on sentit la nécessité de lès remettre sous le jôWg de l'autorité. Ainsi le bon sens, l'expérience, la connbissance des besoins et de la foiblcssc dé l'esprit humain , tout porte à croire que Jésus-Christ n'a pas placé la règle de la foi dans la raison de chaque particulier abandonné à lui-même, mais dans un tribunal qui fût le gardien cl 1 interprète du sacré dépôt. Ceci va recevoir encore de nouveaux éclaircissemens par la solution des deux dernières questions.

La troisième est ainsi- conçue : Dans quelles mains réside cette autorité gardienne et interprète des lois divines? Estce dans le peuple chrétien? est-ce dans les

princes et les magistrats, ou bien <>!-(< tlaïifc un corps particulier de pasteurs qui devoir ni se succéder les uns aux autres, depuis iés apôtres jusqu'à la fin des temps?

Je dis d'abord que l'autorité suprême, mu les choses de la religion, n'appartient pas au peuple. Je ne m'arrêterai pas à examiner quelle est, dans la société civile et politique, l'origine du pouvoir, ni à discuter ces vaines et dangereuses théories du Contrat social, qui, dans ces temps modernes, ne sont fameuses que par des désastres; je laisse cetitè question de la souveraineté du peuple, qui demanderoit un discours entier, pour observer qu'il s'agit en ce moment de la soeiélé religieifse appelée Eglise, fondée par Jésus - Christ. Dans ee qui la regarde, «la volonté de son divin auteur a été la loi suprême; ce qu'il a voulu, ce qu'il a fait, ce qu'il a fixé pour toujours, voilà ce qu'il importe de savoir. Si, dans l'Eglise, il est des choses de police qui varient suivant les temps et les lieux, il est aussi un ordre de choses qui est invariable, une autorité fondamentale qui ne change pas, et qui doil

: l t DE i/aITOKITÉ or. l'hjlise.

Jyrer autant; que la religion elle -même. Dans la société chrétienne, les hommes ont tout reçu, ils n'ont rien donné. Jésus-Christ ne tient rien de la terre; son autorité vient de plus haut; il a étahli son royaume spirituel avec une souveraine indépendance; lui seul en a fixé pour jamais l'immuable constitution , et toutes les comparaisons que ion pourroit faire entre son royaume et ceux de la terre seroient entièrement caduques, comme l'observe Bossuet (1).

llcoutons Jésus-Christ disant à ses disciples : « Ce n'est pas vous qui m'avez choùi )) pour cher, mais c'est moi qui vous ai choio sis, qui vous ai appelés, qui vous ai en- » vovés, pour que vous portiez des fruits de » \ie et que ces fruits se perpétuent : » Noîi i'os me elegistis , sed ego elegi vos. Ecoutons saint Paul se disant apôtre, non de la part des hommes, mais par Jésus- Christ, tuais par la volonté et la vocation divines, ici le peuple n'est pour rien. Si les apôtres assemblés à Jérusalem font un décret sur les observances légales, et s'adressent

(i) Histoire des YarLtion? , liv. XIII, n°\ 120 tt 121.

aux églises diverses , ce n'est pas pour avoir l'assentiment des fidèles, mais pour leur enjoindre 1 obéissance. Enfin écoutons la plus haute et la plus vénérable antiquité. Je le demande; dans les docteurs, dans les conciles, dans les monumens des quatre premiers siècles de l'Eglise révérés des protestans eux-mêmes, trouve- t- on que le peuple soit intervenu dans les professions de foi qui ont été dressées, dans les jugemens prononcés coutre les novateurs, dans les lois et les cliangemens de discipline? voit-on qu'on lui ait reconnu le droit de juger, de placer, de déposer ses pasteurs? Si, dans ees temps de ferveur primitive, on écoutoit, par une louable condescendance, le vœu du peuple fidèle dans le choix des pasteurs, il est Jûeji avéré que l'autorité qui prononçoit, décîdoit et confirmait, c'éloit celle des évèqucs. Dans cc^ temps anciens, les chefs du peuple chrétien étoient loin de se regarder comme ses mandataires- ils avoient appris de saint Paul à lui dire: « JNoiis remplissons auprès de vous ksfonc- » tions d'ambassadeurs de Jésus - Christ : )) Pro Christo legatlone fungimur.

446 de l'autorité de i/église.

Eh quoi! l'Eglise chrétienne n'est pas îvn fermée dans une cite, dans une province, dans un royaume"; elle embrasse le monde* entier, elle est répandue au milieu de tous les peuples, depuis les plus sauvages jusqu'aux plus civilises; l'Eglise chrétienne ne se compose pas uniquement de savans, de riches, de puissans; elle embrasse les classes les plus nombreuses de toute société, les conditions obscures, indigentes, étrangères à la culture de l'esprit, et l'on voudroit que ces multitudes ignorantes, faites pour être conduites et non pour conduire , pour recevoir l'instruction et non pour la donner, incapables d'avoir par elles-mêmes une opinion éclairée, fussent appelées à la suprême puissance dans l'Eglise! Quel renverse'ue'ïit d'idées! INon, si Jésus Christ a voulu les rendre participantes de ses mystères et de ses bienfaits, il n'a pas voulu les faire dépositaires de ses pouvoirs divins. Ce n'est pas sur le sable mouvant des opinions de ce vulgaire ignorant et capricieux qu'il a posé le fondement de l'immortel édifice de son Eglise.

Ce n'est pas non plus aux princes et aux

de l'autorité de l'église. 447

magistrats qu'il a confié sa doctrine et ses lois. En vain les flatteurs des puissances de la terre voudroient arracher des bornes posées par la main de Dieu même; rien ne prévaut contre l'immuable vérité. D'un côté, nous faisons bien profession de reconnoître hautement que Jésus-Christ n'est pas venu briser les sceptres et les couronnes, que le prince temporel est indépendant dans les choses de son ressort , et que , dans l'exercice de ses droits politiques, il n'est pas justiciable de l'Eglise : c'est en ce sens que le royaume de Jésus -Christ n'est pas de ce monde. Mais aussi, d'un autre côté, nous faisons profession de croire que l'Eglise est indépendante dans les choses de la religion ; qu'elle seule est dépositaire et juge de la doctrine j que, si le pontife, le prêtre et le lévite, sont sujets du prince dans l'ordre civil, le prince, à son tour, est soumis à l'Eglise dans l'ordre spirituel; qu'en devenant chrétien il est devenu non le maître, mais l'entant de l'Eglise; et où seroient ici ses titres à la domination? Ce n'est point à lui, c'est aux apôtres et à leurs successeurs qu'il â été dit : Enseignez les nations. En

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parcourant les divers Ages de l'Eglise chrétienne, que trouverez- vous? Pendant les trois premiers tiècles , elle étoit sous l'empire des princes idolâtres; est-ce donc par eux que saint Paul, que les Ignace d'Àntiochc, que les Cyprien de Cartbage exerçoient Leur divin ministère? Dans les siècles postérieurs, elle a été bien souvent sous la domination de princes mahométans ou hétérodoxes, et ne seroit-il pas insensé de dire que c'étoicnl ses ennemis mêmes qui tenoient de Dieu le droit d'en régler la doctrine et de la gouverner? Ce n'est pas tout : les princes temporels sont indépendans les uns des autres; alors qu'arrive, roit-il? c'est qu'il y auroit autant de symboles, autant d'églises, autant de religions qu'il y auroit de souverains, et il faudroit rayer du Symbole dressé à -Sicée , il y a quinze siècles, l'article qui nous fait professer l'unité de l'Eglise : Credo Ecclesiam unam. Protéger, mais non définir; veiller à la porte du sanctuaire, mais ne pas y entrer témérairement; appuyer l'Eglise de leurs exemples comme de leurs bras, la défendre durant ton passage sur la terre, et non la conduire, toi est le partage des pr;n-

de l'autorité de l'église. 4 ly ces temporels. Je me borne à ces principes généraux; je laisse aux théologiens à les développer clans leurs suites et leurs conséquences.

11 reste Jonc à dire que l'autorité religieuse réside dans un corps de pasteurs établis par Jésus-Christ. C'est ce que nous appelons lEglise enseignante; le corps épiscopal uni à son chef, le pontife romain, voilà pour nous catholiques le tribunal suprême. Mais ce tribunal suprême est il infaillible dans ses décisions doctrinales? quatrième et dernière question.

En jetant un coup-d'œil sur ce qui nous entoure, on s'aperçoit aisément que partout l'ordre et la paix naissent de l'autorité et de l'obéissance, en un mot de la subordination. Que deviendroit la famille sans le pouvoir paternel, une armée sans discipline et sans chef, une \ille sans la vigilance des magistrats, un royaume sans le prince qui préside à ses destinées? Combien n'est-il pas naturel de penser (]ue la même sagesse règne dans la société religieuse, et que, pour la fairjs bien ordonnée , Jésus -Christ l'a soumise à une

45o de l'autoritû tu: l'AgLisé.

autorité qui, étant un frein pour les mis, une lumière pour les autres, fût un guide assuré pour lous! Mais cette autorité est elle sujette à l'erreur, ou Lien est-elle infaillible dans ses décisions? Si je consulte la saine raison, elle me dira : En \ain Jésus-Christ a conlié à l'autorité de l'Eglise enseignante le dépôt des vérités saintes, si elle peut les altérer, les corrompre et mettre à leur place des doctrines de mensonge. Alors comment le règne à jamais durable de Jésus-Christ seroit-il le règne de la vérité? Ainsi, ou il n'a pas voulu que l'autorité fût la règle de ma croyance, ou il doit la préserver de toute erreur dans ses décisions sur la doctrine. Si je réfléchis sur ce Symbole révéré de tous les chrétiens, et qui est aussi ancien que leur religion, je remarque que je fais profession de croire en Y Eglise catholique , comme je fais profession de croire en Dieu : or qui dit catholique dit universel ; et comment l'Eglise seroit-elle uniserselle, si l'erreur pouvoit prévaloir dans l'enseignement de l'universalité de ses pasteurs? Si j'étudie l'antiquité chrétienne, je découvre que, toutes les fois qu'il a paru quelque novateur, on lui

uj; l'autorité de l'église. 45 i

a opposé l'enseignement universel des églises, méthode très -insignifiante, si cet enseignement pouvoit être lui-même erroné.

Enfin, si j'ouvre les Evangiles, j'y trouve ces magnifiques et lumineuses paroles adressées aux apôtres et aux héritiers de leur ministère : « Toute puissance m'a été donnée » au ciel et sur la terre; allez donc, ensei- » gnez tous les peuples, les baptisant au » nom du Père et du Eils et du Saint-Esprit, » leur apprenant à garder toutes les choses » que je vous ai commandées, et voici que

0 je suis avec vous tous les jours jusqu'à la » fin des siècles. )) Quelles promesses , mais aussi quelle puissance! Promesses pour tous les temps: Jésus-Christ promet d'être avec

1 i glise enseignante , sans la plus légère interruption, tous les jours, omnibus diebus, non pour quelques siècles seulement, mais jusqu'à la fin de toutes choses, iisquc ad consummationem sœculi. Ainsi l'esprit de \ érité assiste 1 Eglise aujourd'hui comme dans l'origine ; ses décisions ne sont pas moins respectables au dix -huitième siècle qu'elles pom oient l'être au premier, et pré- Icudre mettre l'Eglise actuelle en opposition

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avec l'Eglise ancienne , c'est méconnoîli« cette assistance promise pour tons les temps : promesses pour tous les points de la doctrine; Jésus-Christ n'excepte rien, il dit: (( Enseignez, administrez les choses sain- )) tes , apprenez tout ce que je vous ai ap- » pris, et je suis avec vous. » Ainsi tous les jugemens de l'Eglise demandent une égale soumission; si elle a pu errer dans un seul, pourquoi pas clans les autres? dès-lors il n'y a plus de foi, il n'y a plus que des opinions incertaines. L'Eglise a-t-elle décidé? voilà le seul fait qui m'intéresse : oui, soit qu'elle prononce dans un concile qui la représente et dont les décisions sont universellement adoptées, soit qu'elle s'explique, ou par l'organe du souverain Pontife, ou par un concile particulier, dont les jugemens connus sont revêtus de l'assentiment universel, Jésus-Christ est toujours avec elle.

11 ne s'agit pas de revendiquer le don de l'i aillibilité, ni pour chaque évèque, ni pour chaque église particulière, comme celle de France, portion de l'Eglise universelle, ni pour une réunion quelconque d'évèques ; nous ne plaçons l'autorité suprême

de l'autorité de e église. 453 que dans le corps des premiers pasteurs, dans lepiscopat dont le pape est le chef, aussi bien que de l'Eglise entière.

11 ne s'agit pas non plus de croire que les évêques sont inspirés, comme ont pu l'être les prophètes et les apôtres, et qu'ils sont éclairés par une révélation immédiate. Le même Dieu qui gouverne le monde gouverne aussi d'une manière spéciale l'Eglise chrétienne j il se sert de tout, des passions, des préjugés, de l'ignorance, pour amener le triomphe de la vérité, comme il se sert du choc des élémens pour l'harmonie de l'univers ; il dispose les esprits , les cœurs et les évènemens, de sorte que la vérité prévaut toujours dans l'universalité du corps des pasteurs et par là même des fidèles. Voilà dans quel sens nous disons qu'elle est assistée, préservée de l'erreur, ou en d'autres termes infaillible ; et combien tout cela n'est-il pas raisonnable ! c'est donc par l'autorité et non par l'examen particulier que doit se régler la croyance.

Jean-Jacques dit quelque part : « Qu'on )) me prouve qu'en matière de religion je dois ï> me soumettre à l'autorité, et. dès le mo-

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