IV
586 .si i! LE .s.wcimoci: f !ii;î;i n;\. pendant ces premières semences DroissonJ,
el se <U'\cl«>{ijK'j)L ayeC les amurs, les soius
que le payeur a donnés à l'enfance, il les continue à lïige plus avariée. Ainsi, par le nu -:i:,tvjic sacerdotal, se forment le boni fils, le bon père, le bon frère, l'ami fidèle, l'homme de bign, et les. instructions du pasteur deviennent un bienfait immense pour la société.
A la place du pasteur révéré mettez un sage du siècle,, un philosophe qui ne soit pas chrélh-n, habile, éloquent, tant qu'on \oudra; qu'eiiseigneroit-il au peuple? s'il ayoit le malheur d'être athée ou matérialité, il faudroit qu'il enseignât, pour être conséquent, que Dieu, que la providence, que la vie future, sont des chimères imaginées par àes imposteurs; que l'homme, dans ses actions, n'est pas plus libre que la pierre dans sa chute et la plante dans sa végétation : qu'au fond le bien et le mal sont une invention humaine. Certes voilà de belles maximes pour faire des gens de bien de nos laboureurs, de nos artisans, du peuple des \illes et des campagnes. Ferez -vous de ce docteur un déiste? alors j'en conviens,
il peut, sans être inconséquent ', parler de Dieu et de providence, de conscience e1 dfl devoirs, de vice et âte vertu; mais au nom de qui fera-t-il entendre sa voix et ses leçons? où seront les titres de sa mission? quelle autorité aura son enseignement? C'est peu que de prêcher une morale pure, le poinl capital c'est de lui donner de l'empire sur les cœurs et de la faire passer dans les actions. La philosophie humaine est si incertaine, si vague dans ses opinions sur l'avenir. Où donc puisera - 1 - elle les motifs &« faire le bien dans tous les cas même les plus difficiles, d'être fidèle au devoir même aux dépens de sa vie? où trouvera -t-elle des récompenses assurées pour la vertu et des chatimens pour le vice? « Philosophe, di- » soit Jean-Jacques, ta morale est fort belle, » mais, de grâce, montre-m'en la sanction. » Laissons le pasteur dans la chaire évangélique avec son caractère sacré, le poids des traditions et l'autorité des siècles, parlant au nom de Dieu qui s'est révélé aux hommes, de l'Eglise qui l'investit de ses pouvoirs ; par cela seul, sa parole, écoutée comme la parole de Dieu , sera tout à la fois et la
lumière qui éclaire, et le frein qui retient, et l'appui qui fortifie. Ainsi, tandis que la parole du philosophe seroit stérile en vertus,
foible connue l'homme dont elle émane, celle du pasteur est esprit et vie, comme Dieu même qui en est la source.
J'ai dit que notre mission étoit de soulager les maux de l'humanité. Depuis que Jésus-Christ a proféré ces paroles : Heureux les miséricordieux y l'esprit de commisération pour les pauvres et les malheureux n'a cessé d'animer l'Eglise chrétienne. Dès l'origine, on le voit éclater dans les secours ahondans dont les riches assistent l'indigence; saint Paul, dans ses courses évangéliques, recueille les pieuses largesses des fidèles pour l'église affligée de Jérusalem, et l'on sait que les apôtres furent obligés de se décharger du soin de distribuer les aumônes sur des ministres inférieurs. Les orphelins , les enfans abandonnés, surtout les enfans des martyrs, les confesseurs de la foi, les malades, les vieillards, tous les âges et tous les genres d'infortune sont l'objet de la tendre sollicitude des pontifes et des prêtres de la loi nouvelle. Telle est la charité qu'ils ont
su inspirer aux premiers chrétiens , qu'au rapport de Tertullien les païens s'écrient avec élonnement : « \ oyez comme ils s'ai- » ment les uns les autres. » Leur charité embrassoit leurs ennemis les plus acharnés : sous l'empereur Yalérien , durant une peste cruelle qui ravageoit Alexandrie, les chrétiens se dévouoient au service des païens leurs persécuteurs, et l'on connoit une lettre de Julien l'Apostat à Arsace, pontife des faux dieux en Galatie, dans laquelle il l'invite à marcher sur les traces des disciples de 1 Evangile, qui, disoit-il, « outre leurs » pauvres, nourrissent encore les nôtres que » nous laissons manquer de tout. »
C'est principalement lorsque la paix est donnée à 1 Eglise par Constantin, que l'esprit de charité compatissante commence à se déployer de toutes parts de la manière la plus éclatante. Par les soins ou par l'ascendant des ministres de la religion , on v oit s'élever dans toutes les grandes villes des asiles publics pour l'indigence et le malheur; ces généreux exemples, inconnus dans le paganisme, sont imités dans les âges suivans; ils font été chez tous les peuples où l'Evan- IV. 17*
OgÛ SUR LE SACEÎIDOCE CIIRli'l ÏÉt(.
gile s'est établi. Aujourd'hui dans le monde chrétien quelle est la contrée, quelle est la ville, même de médiocre grandeur, qui ne possède quelque précieux monument de la charité chrétienne? Or, Messieurs, le plus souvent, qui les a fondés, dotés, disciplinés, encouragés, soutenus? c'est le zèle sa* ccrdotal.
Voici une réflexion qu'on ne fait guère , et qui est bien propre à nous faire sentir tout ce qu'a pu et ce que peut encore le sacerdoce pour le bien de l'humanité. Yous connoissez ces sociétés de filles chrétiennes qui, sous des costumes divers et diverses dénominations, se consacrent au soulagement des infortunés, au service des malades, à l'instruction des enfans des classes indigentes; ce sont les filles de saint Vincent de Paul, de saint Thomas de Villeneuve, les Sœurs de saint Maur, les Sœurs de JNevers, les filles de la Croix, les filles de la Sagesse , les Sœurs de la Providence, les religieuses de saint Michel , et bien d'autres que je ne nomme pas. Vous êtes touchés du dévouement de ces héroïnes de la charité 3 vous vous réjouissez de les savoir répandues potir
SUR EE SACERDOCE CHRÉTIEN. DC)l le bonheur de vos semblables dans toAites les provinces de ce vaste royaume; vous regarderiez leur ruine comme une immense calamité. Eh bien! qui les a fondées, ces inestimables sociétés? qui \ês éclaire encore, les dirige et les soutient? c'est le sacerdoce. Enlevez à leur piété la parole de Dieu, les saints mv stères, l'usage des sacremens, les conseils, les consolations, les secours spirituels qu'elles reçoivent des ministres des autels, et vous les verrez périr inévitablement. Qu ils sont donc aveugles, les ennemis du sacerdoce! Ils sont aussi, sans le savoir, les ennemis de l'humanité ; ils ne voient pas que, si le sacerdoce venoit à déteindre, ou verroit s'éteindre avec lui tout ce qui cou sole et soulage le plus efficacement l'huma nité souffrante.
Sans sortir, Messieurs, de cette capitale, voyez ce qui se passe sous vos veux. Comment se sont formées ces pieuses associa-1tions, soit pour faire élever chréliennemeut des orphelins, des enfans délaissés des dernières classes du peuple; soit pour porter *■' s secours à des pauvres ignorés, d'autant plus à plaindre qu'ils sont tombés de plus
0f)2 SUR LE SACERDOCE CHRETIEN, haut dans l'infortune, et qu'ils sont comme obligés de rougir de leur misère; soit pour délivrer ces hommes plus malheureux que coupables, que leurs délies retiennent dans les liens de la captivité* soit pour ramener à de meilleurs sentimens ces jeunes prisonniers que des délits précoces ont fait tomber entre les mains de la justice, et pour leur préparer un asile où des mains sages et pures les forment au travail et à la vertu ; soit pour catéchiser ces noires tribus d'enfans qui arrivent de leurs montagnes, et viennent remplir dans cette capitale un grossier mais utile ministère; soit pour visiter, assister, consoler les malades et les infirmes dans les asiles de la misère publique; soit pour arracher au vice ces victimes de la corruption qui étoient abandonnées à elles-mêmes dans les maisons de détention ; soit pour procurer aux hahitans des campagnes de dignes institutrices de leurs eilfans : je vous le demande, quelle est l'ame secrète de ces œuvres saintes? bien souvent, en remontant à l'origine, on aboutit à un simple prêtre qui en a conçu le plan ou qui en dirige l'exécution, qui donne à tout le mouvement et la vie.
SUR LE SACERDOCE CHRETIEN. 5g3 Ainsi le sacerdoce chrétien est comme une source publique d'où découlent sans cesse des eaux qui portent de toutes parts la vie et la fécondité. Où trouver sur la terre un ministère plus utile? Que le guerrier s'arme pour la défense de la patrie, que le savant l'enrichisse du fruit de ses veilles et de ses découvertes, que le magistrat maintienne les lois dans leur vigueur, tout cela sans doute est honorable et salutaire- mais malgré la force, la science et les lois, que deviendroit l'ordre social sans la religion , et que deviendroit la religion sans le sacerdoce qui en perpétue l'enseignement, qui en inspire les sentimens et qui en fait pratiquer les vertus? Comme le guerrier, nous ne défendons pas l'Etat par les armes ; mais, soldats de Jésus-Christ, nous sommes des sentinelles vigilantes sur les remparts de la cité sainte, tenant d'une main la trompette évangéhque pour sonner l'alarme contre les scandales et les vices qui sont le fléau des mœurs et des familles, et de l'autre te nant le glaive de la vérité pour combattre les mauvaises doctrines qui tendent a rendre les hommes médians par système. Comme
.. : I SI i: LE S LCEKDÔCE ( Il ui'/l'i i:\. le savant, nou#n'ensrignons pas aux hommes à coiinoître le court tics astres, la structuredu globe, les animaux quj^habitent on les plantes qui embellissent sa surface; mais nous apprenons au peuple à adorer, aimer l'auteur de toutes ces merveilles; nous lui enseignons la première de toutes les sciences, celle de ses devoirs. Il est heureux que le magistrat veille au maintien des lois, réprime les méchans et protège Finnoc< ni contre l'oppresseur; mais si le magistrat, par l'empire qu'il exerce suf les actions, punit les crimes commis, le prêtre, par l'empire qu'il exerce suï les consciences, empêche le crime même; si le premier termine les dissensions j le second les étouffe dans leur naissance.
C'est assez, Messieurs, sur les avantages du ministère sacré, et pour les rendre sensibles «à tout homme raisonnable. Que veulent donc ses vains détracteurs? pourquoi ces injures et ces emportemens? pourquoi tous ces efforts pour couvrir le sacerdoce de ridicule, d'opprobres et de mépris? Prétendent-ils en inspirer un tel dégoût, que les familles mettent tous leurs soins à écarter
SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN. 5c)5 leurs enlans du sanctuaire, ou bien qu il soi! sans crédit, sans considération, -ans autorité? oui, ils aspirent à le ruiner ou à Tavilir. Si, par un reste de pudeur, ils prononcent quelquefois avec respect le mot de religion, ils semblent ne prononcer le mot de prêtre qu'en frémissant de Laine. Je ne sache pas toutefois qu'on ait trou\é le secret d'avoir une religion publique sans sacerdoce, pas plus que d'avoir une justice légale sans magistrature; et comment ne pas déplorer ici l'égarement des esprits de nos jours et les suites funestes qu'il peut entraîner? 11 fut un temps où un insensé osoit dire à la tribune politique : Je suis athée, et j'en fais gloire,- mais tandis que cette parole pins absurde, s'il est possible, qu'elle n'est impie, exeitoit les acclamations du délire, l'Eternel faisoit sentir qu'il régnoit dan£ les cicux par les vengeances mêmes qu'il exereoit sur la terre. Proclamer ainsi solennellement l'athéisme, c'étoit proclamer la mort du corps social; aussi la société n'exisloit plus. Aujourd'htii on ne se porte pas à cet excès de fureur; mais lorsqu'au théâtre on présente les prêtres du paganisme comme dés kunios-
3yÇ sur j;i, SACBRDQCE CHRÉTIEN.
teurs dont l'empire ne se fonde que sur la crédulité populaire, on ose en faire l'application au sacerdoce chrétien, l'impiété retentit en applaudissemens redoublés- insulte publique et solennelle, et, pour ainsi dire, nationale, qui retombe sur Jésus -Christ même le fondateur du sacerdoce, et qui me fait craindre que le bras du Dieu vengeur ne poit encore levé s\ir la France. Nous avons beau >ouloir nous aveugler, nous ne changerons pas la nature des choses; le monde social a ses lois comme le monde physique; il n'existe qu'à de certaines conditions nécessaires, et ces conditions, les peuples ne les violent jamais impunément pour leur repos ou pour leur liberté. Pour la société comme pour l'homme , la religion est la première des choses, parce que Dieu est le premier des êtres; tous les sophismes de la terre n'empêehcroient pas que la religion ne pérît avec le sacerdoce, et que la société ne pérît avec la religion.
Je viens aux reproches qu'on a faits au sacerdoce.
.Les vices et les scandales qui trop souvent
SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN. 097 ont souillé le sanctuaire, l'autorité du clergé et sa grande influence dans l'ordre civil et politique durant plusieurs siècles , surtout depuis le septième jusqu'au seizième, enfin ses richesses dont on attaque l'origine et l'usage 5 voilà , Messieurs , sur quoi portent les reproches que l'on fait au sacerdoce. Je vais les discuter avec franchisse et impartialité.
Sans doute nous ne prétendons ni dissimuler ni justifier les désordres qui ont pu souiller le sanctuaire; mais il faut savoir réduire les choses à leur juste valeur, et surtout ne pas se prévaloir contre le christianisme des \ices de quelques-uns de ses ministres. "Vous reprochez au clergé des désordres et des scandales, et comment en seroit-il exempt? les prêtres ne sont pas des anges, mais dos hommes. Enfans de leur siècle, placés au milieu d'un monde pervers, emironnés de mauvais exemples, entraînés parles pencha ns d'une nature foible et corrompue, exposés aux périls inséparables de leur ministère même, est-il donc si étrange qu'ils soient atteints de la contagion commune? Vous recueil Iz avec complaisance dans les fastes de l'Eglise les traits de liLer-
5cj8 SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN.
tinage, «l'avance, d'ignorance qui en sont la honte, et vous dissimulez les grandes vertus qui en sont la gloire; vous oubliez tant tic saints pontifes qui ont élé le modèle de leur troupeau par la pureté de leur vie, tant de saints pasteurs qui se sont dévoués à l'instruction des peuples des campagnes, et qui se sont dépouillés de tout pour soulager les malheureux , tant de saints missionnaires qui, dans chaque siècle, ont bravé les périls, lestourmens et la mort, pour porter aux nations infidèles 1 Evangile avec les vertus qu'il inspire, tant de membres vénérables de ces corporations religieuses qui se déxouoient avec autant de succès que de zèle à l'éducation de la jeunesse, il faut bien l'observer, Messieurs, le vice est elîronté, on le remarque; la vertu est modeste, elle est ignorée, et un seid prêtre vicieux rend injuste envers un grand nombre < . s qui ne le sont pas.
Je conviens que les vices du prêtre sont plus révoîtans à cause de la sainteté même de sa vocation et de son caractère; mais enfin la vertu est faite pour tous : or, Messieurs, dans la société civile, où estJa pro-
SUR LE SACERDOCE CHRETIEN. OO/J iession qui soit sans reproche ? Tous les magistrats ont-ils toujours suivi, dans leurs affaires personnelles ou bien dans l'administration de la justice, cette probité, cette impartialité dont ils avoient les dehors et le langage? tous ceux qui ont exercé Fart de guérir ont-ils gardé pour eux-mêmes la tempérance qu'ils prêchoient aux autres?
Ions ces philosophes réformateurs qui oui déclamé contre les vices du clergé étoientils irréprochables, ou plutôt la licence d< leurs écrits n'étoit-elïe pas trop souvent l'expression fidèle de celle de leur conduite? lous les jeunes gens qui invectivent contre nous, leur langue est- elle assez pure pour donner des leçons de vertu? Croyez-moi, Messieurs; que chacun, loin de se flatter, ne soit que juste envers lui-même, et il sentira le besoin d'être indulgent envers les autres.
Si nous consultons l'histoire, que verrons-nous? c'est que même dans les âges les plus décriés par leurs désordres et leur barbarie , dans le neuvième, dixième, onzième siècles, le clergé a fourni dans toutes les parties de l'Europe de très-saints per-
4oo SUR LE SACERDOCE CHRETZBD
sonnages (1), saint Dunstan en Angleterre, saint Udalric en Allemagne, saint Adalbert en Bohême, saint Boniface, martyr en Russie, saint Brunon en Prusse, saint Gérard en Hongrie, et l'on sent bien qu'ils ont dû avoir beaucoup d'imitateurs de leurs vertus dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Et de nos jours, malgré la décadence de la foi, l'église de France n'at-ellc pas donné au monde le spectacle de vertus portées jusqu'à l'héroïsme, et ne pouvons - nous pas en appeler ici aux nations hospitalières, même à celles d'une communion différente, au milieu desquelles tant de généreux ministres de la religion ont été jetés par nos tempêtes politiques? Oui, l'on peut appliquer à l'église gallicane cette parole des livres saints : « Elle a vu avec calme 3) 'et dignité les jours de ses disgrâces : î> Spiritu magno vidit uitlnia.
Sans cesse on revient sur les scandales et les infamies qui ont souillé quelquefois le siège de Piome; mais, pour quelques pontifes abominables, on a i'iu justice d'oublier
(i) Fleury, Mœurs des chrétiens.
SUT1 LE SACERDOCE CHRETIEN. 4oi
le grand nombre de ceux qui se sont rendus recommandantes par les pins nobles vertus. Dans les huit premiers siècles de l'Eglise chrétienne, que trouvez -vous sur le siège apostolique, qu'une snite de pontifes d'une éminente piété? Beaucoup ont été martyrs de la foi, et dans cet espace de huit cents ans il n'en est que trois ou quatre, comme 1 observe Fleury (1), qui ne soient en vénération par leur sainteté. Dans le cours des trois derniers siècles, il n'en est pas un seul qui n'ait eu des mœurs irréprochables. Trouvez-moi sur la terre un trône occupé depuis dix- huit siècles par une succession de princes qui soit en général aussi imposante, aussi éclairée, aussi vénérable que celle des pontifes romains.
Je \iens à ce qui fait la matière du second reproche, à l'autorité du clergé, à son influence dans l'ordre civil et politique que l'on présente sans détour comme une usurpation. Je sais, Messieurs, qu'il s'est établi plus d'une fois des luttes de juridiction entre le pontife et le magistrat, et que des deux
(i) Mccurs des chrélicns.
4o2 SUR LU SACFttDOCi: ( M R KTIF'N.
côlés le faux zèle ou iin',-ii<' l'ambition ont dépassé les justes bornes. Mais examinons les choses" dans lui- ettào'm&le cl dans leurs résultais. Si vous cherche/, de bonne foi l'origine de la grande puissance (\\\ clergé depuis le sixième jusqu'au seizième siècle ^ vous la trouverez non dans un système réfléchi et suivi avec persévérance, mais dans la nature même des circonstances et des évènemens, dans la vertu, les lumières, les services de l'ordre ecclésiastique, dans la politique des princes inspirée par la reconnoissance ou l'intérêt.
En effet, vers le milieu dvi quatrième siècle et dans le suivant, l'Eglise chrétienne brille de tout l'éclat du génie et de la vertu; alors parurent en Orient les Athanase, les Basile, les Grégoire de JNazianze, les Chrysostôme; en Occident, les Jérôme , les Ambroise, les Augustin : on sent que la gloire de ces grands hommes devoit rejaillir sur le christianisme, et en particulier sur l'épiscopat et le sacerdoce. Cependant les barbares du Nord fondent sur les provinces de l'empire romain ; dans leur impétueuse férocité, ils portent partout le ravage et la dé-
solation; les Gaules, l'Angleterre, l'Espagne, 1 Italie, deviennent la proie de leurs farouches légions; aux fléaux de la guerre Ment se joindre celui de la peste, et, si l'on vouîoit, dit Ilobertson (1), fixer 1 époque où le genre humain fut plus misérable, il faudrait nommer ici I4. période de temps qui s'est écoulétdepuis la fin du quatrième siècle jusque vers la fin du sixième (2); mœurs, lois, coutumes, tout, jusqu'aux noms, est. changé, ce qui ne peut s'opérer qu'au milieu des plus effroyables calamités. Or, dans ce bouleversement universel, quel fut la plus grande ressource des peuples opprimés? c'est, Messieurs, la charité, la protection des évêques et des ministres de la religion. « Lorsque la violence fait taire )) toutes les lois, alors la raison, l'huma- » nité, les lumières, deviennent insensible- » ment la seule puissance que les nialheu- » reux puissent invoquer et mettre entre )) eux et leurs oppresseurs (5). »
(i) Introduction à l'Histoire de Charles V.
(2) Depuis 3y5 jusqu'en 5;i , ce qui f'.iil 176 qos.
(3) Moreau3 Discours sur l'Histoire de France , loincl, pnge 307. -
4o4 SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN.
Pondant 1rs conquêtes des barbares, quels services ne rendirent pas à leurs peuples les chefs.de l'Eglise! Souvent ils arrêtèrent les fureurs des vainqueurs et sauvèrent 1 ut ville du pillage, même au péril de leur vie. Attila fut détourné de Rome par le pape saint Léon, de Troycs par saint Loup, d'Orléans par saint Aignan ; saint Dizier de Langres et saint JNicaise de Reims furent égorgés pour leur troupeau par les Vandales (1) Théodoric vient de prendre Pavie sur Odoacre, il voit arriver l'évêque de la ville, nommé Epipliane : « Yoici, dit -il à ses courtisans, )) le plus fort rempart de Pavie; cet homme, )) dont l'extérieur est si simple, n'a pas de » semblable dans l'univers. » Aussi Théodoric laisse à Pavie sa femme, sa mère et sa sœur, sous la sauvegarde de l'évêque; c'était les mettre sous la sauvegarde de la vertu et de la religion (2). Je vous le demande, Messieurs, quel empire dévoient avoir naturellement sur les esprits des évêques si dévoués à leurs peuples! Frappés de leurs
(1) Fleury, Mœurs des chrétiens, §. /(•
(2) Moreau, Discours sur l'Histoire de France, tom. I, page 3o8, dans la note.
SUR LE SACERDOCE CHRETIEN. 4o5 vertus et de leurs lumières, les princes barbares, devenus chrétiens, les appellent à leurs conseils, et veulent apprendre d'eux le véritable moyen de gouverner et de s'attacher leurs sujets.
Pour parler plus particulièrement de ce qui nous touche davantage, voyez Clovis, sur la fin du cinquième siècle, jetant les fondemens de la monarchie française. Instruit par saint Rémi, il embrasse l'Evangile , il est le seul prince orthodoxe de son temps; tout le reste est arien ou infidèle. L'Eglise catholique d'Occident voit en lui un libérateur suscité par la Providence, et les évéques secondent ses desseins pour raffermissement de son trône. Politique autant que conquérant, Clovis fait entrer les évéques dans ces conseils suprêmes connus sous le nom de plaids, et l'un sent quel avantage ils doivent a\oir sur les chefs des armées françaises, braves, mais ignorans, quelquefois justes, mais toujours féroces. (( Clo\is étoit trop prudent, a dit le prési- » dent Hénault, pour ne pas conserver aux )) évéques sur l'esprit des peuples cet empire y> qui avoit tourné à son profit; voilà ce qui
4o6 sur ]jc sAruitooci: cii!u';ni:N.
)) fit que si long- temps depuis on vit en- » corc les ecclésiastiques conserver tant d'in- )) fluence sur les affaires de l'Etat. »
Et comment cette influence qui a con:mencé avec la monarchie ne se seroit-elle pas maintenue? iN 'est-il pas naturel, n'est-il pas inévitable, nécessaire pour le bonheur des peuples, que la considération, l'estime, la confiance, la puissance enfin , suivent le mérite et les lumières? Or, Messieurs, durant plusieurs siècles, où les trouvoit-on, sinon dans le clergé? Dès le commencement du septième siècle, les études des sciences humaines languissent, elles ne sont guère cultivées que par l'ordre ecclésiastique; seul il est chargé de l'enseignement public; les lettres n'ont d'autre asile que les écoles des cathédrales et des monastères. Si, dans le neuvième siècle, Charlemagne cherche à leur donner un nouvel essor, c'est par le moyen des évèques, des prêtres et des religieux les plus savans; lui-même il apprend, du célèbre Alcuin la dialectique, la rhétorique et l'astronomie, efforts louables sans doute, mais qui n'arrêtent pas la pente vers la décadence. La barbarie continue de se
SI R. LE SACERDOCE CHRÉTIEN. 4c>7
répandre clans le dixième siècle; l'àgap-* rance des sciences liumaines de\ient plus profonde parmi les hommes du monde; les princes et les seigneurs possédoient à peine les premiers, élémens des connoissances, et souvent ils ne savoient ni lire ni écrire. Les clercs, c'est-à-dire , les ecclésiastiques furent si bien les seuls qui firent profession d'étudier-les belles-lettres, cpi'on appela grand clerc l'homme savant, et que la science s'appela clergie (1). On sait que Henri Ier., roi d'Angleterre, au douzième siècle, dut à son instruction et à son éloquence d'être surnommé Beau -Clerc. Dans ces siècles, tout ce qu'il y avoit de plus éclairé appartenoit au corps ecclésiastique. 11 faut donc le reconnoître, Messieurs, alors le clergé étoit dépositaire, non-seulement delà science di\inc, mais de tout ce qu'il y avoit de connoissances humaines; et, par cela heu], comment n'auroit-il pas pris un ascendant extraordinaire? Lui reprocher son ancienne puissance, c'est lui reprocher la supériorité de ses lumières et l\;mpire qu'elles
[iy Pascjuicr, cite par îîc'n mit.
4o8 SUR LE SACERDOCE CHRETIEN.
donnent; c'est lui faire! un crime de ce qui ctoit une nécessité et Un bonheur poulies peuples. Leibnitz a été bien plus juste, quand il a dit: « Dans ces siècles où les » seuls ecclésiastiques cuttiv oient les let- )) très, et où tous les autres hommes libres » faisoient profession des armes, il étoit con- » venable que le gouvernement militaire » fût tempéré par l'autorité des sages, c'est- » à-dire, des ecclésiastiques (1). »
11 me semble qu'au lieu d'insulter à l'état présent du clergé il seroit plus généreux de rappeler ses anciens services et son ancienne gloire. Que d'hommes rares dans tous les genres nous présentent les fastes de notre église ! Pour en rappeler quelques-uns, placés à diverses époques et sur divers théâtres, nous trouvons dans la politique les Suger et les Richelieu, dans les négociations les d'Ossat et les Polignac , dans la haute philosophie les Gassendi et les Mallebranche, dans la science ecclésiastique les Thomassin et les Fleury, dans lés sciences physiques les Mersenne et les La Caille , dans la profonde éru-
(i) Pensées Je Leibnitz, tome II, page 3yo.
dition
SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN. 4oO,
dition les Mabillon et les Peteau, dans la connoissance des langues anciennes et savantes les Amyot et les Huet, les Jouvency et les Santeuil, dans l'éloquence les Massillon et les Bourdaloue, les Fénélon et les Bossuet, parmi les historiens les Saint- Jléal et les Vertot, parmi les solitaires les saint Bernard et les abbé de Rancé, parmi les bienfaiteurs de l'humanité les La Salle, fondateur des Frères des écoles chrétiennes, et les Vincent de Paid , fondateur des fdles de la Charité. Messieurs , c'est au milieu de cette troupe de personnages illustres et de bien d'autres que l'église gallicane se présente à nos hommages et à ceux de l'univers. Aujourd'hui on ne craint pas de faire au clergé le reproche de laisser périr cet héritage de gloire. Est-ce donc notre faute, si l'exil, les souffrances, le séjour des cachots, l'excès des fatigues, une mort violente, ont enlevé une foule de dignes ministres qui seroient aujourd'hui le soutien et l'ornement du sanctuaire? On sait bien que c'est surtout dans les rangs de la hiérarchie sacrée que la faux révolutionnaire a moisonné ses victimes. Est-ce notre faute, si, à une IV. 3 8
4lO SI II LE SACERDl
certaine épodfwe, pendant prés àe dcrûze années consécutives, il ;i été impossible dé former des élèves pour le sr.lc des autels, si si, par une suite nécessaire, il si trouve un vide immense dans le tnii&jtère pastoral? est-ce notre taule enfin, si, découragée^ par bien dos causes, les familles volent a\ee peine leurs enfans se destiner à la carrière ecclésiastique, et si les besoins pressons de tant d'églises délaissées forcent les jeunes clercs d abréger le temps de leurs études? IN 'allons pas croire au reste que, pour être ul.de, un prêtre ait besoin de la science de I Lu; v et de l'éloquence de Bossue t. Qu'il connoisse les livres saints et lès règles de la morale chrétienne, qu'il unisse au bon sens une piété solide, et il pourra rendre l 's services les plus précieux. Par la seule explication des commandomens de Dieu, il répandra parmi le peuple des principes d'ordre, de justice, de sociabilité, tandis qu'avec leur fausse science tant d'autres ne font que mettre dans le corps social des germes de dissolution et de mort. Ce n'est pas tout : de quel droit vient-on reprocher au clergé sa décadence? Ici toutes les con-
I J.î. SACERDOCE CHRÉTIEN. -±11
dilions sont égales. A entendre quelquesuns de nos détracteurs, il semble en vérité ([ne toutes les autres professions abondent en sujets d'un mérite éminent; que l'on rencontre partout, et en grand nombre, des instituteurs comme Rollin, des philosophes comme Descartcs, des poètes comme Corneille, des capitaines connue Turennc. des pubiicistes comme Montesquieu, des magistrats comme d Aguesseau, des administrateurs comme Colbcrt, des hommes d'Etat comme Suffi. Eh! Messieurs, que toutes les conditions qui partagent la société soient modestes ; en cela , elles ne feront que se rendre justice. Trente ans d'expérience 7 d'erreurs et de folie, nous ont appris à connoître, à bien apprécier la doctrine et l'habileté de tous ces hommes qui se croient les seids capables d'éclairer et de diriger le ijenre humain.
J'arrive à ce qui fait la matière du troisième reproche , les richesses du clergé : on attaque leur répartition, leur origine, leur usage. Je fais observer d'abord que ces richesses étoient comme le patrimoine commun de toutes les familles, qui toutes, sans excep-
4i2 SUR LE SACERDOCE CHRÉTIEN'.
tion, pouvoicnt y prétendre, et y participoient en effet en donnant des en fans au sacerdoce; que, si des dignités plus éminentes et plus richement dotées étoient j>lus ordinairement, et souvent pour de sages raisons, le partage de la naissance, nul n'en étoit exclu, témoins les Massillon, les Fléchier, les d Qssat, les Amyot et tant d'autres; que, dans les divers rangs de la hiérarchie, il exisloit une foule de places honorables occupées par des hommes sortis des classes moyennes, et même des plus obscures. C'est une des maximes fondamentales du gouvernement ecclésiastique , que les emplois doivent se donner au mérite, et je ne vois pas ce qu'il y avoit de légitime dans l'envie quexcitoient des biens que pouvoient posséder des Français de toutes les conditions. Mais que faut- il penser de leur origine et de leur usage? Je veux que, dans l'espace de dix-huit siècles, quelquefois des fraudes c.iîninelles aient extorqué des donations et dos héritages. 11 y auroit autant d'ignorance que de mauvaise foi à ne pas convenir que ces exemples ont été extrêmement rares.
L'instoire atteste que les concessions de ter-
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ritoire furent en général très -libres; que, même dans l'origine, elles consistaient en forets désertes, en pays incultes et marécageux que surent féconder des mains laborieuses. Dans ses Mœurs et coutumes des Français (1), Le Gendre observe que les grandes abbaves ne leur coûtèrent pas beaucoup à fonder; on cédoit des terreins ingrats à des cénobites qui s employoiént de toutes leurs forces à dessécher, défricher, bâtir, planter, bien moins pour goûter les douceurs de la vie, car ils vivoient dans îa frugalité, que pour soulager les pauvres, ti un travail conduit avec intelligence, si une persévérante industrie, ont su convertir ce qui étoit stérile en champs, en prairies, en coteaux fertiles; si ces heureuses améliorations ont contribué aux progrès du premier des arts, l'agriculture, il semble que ces belles possessions auraient dû plutôt éveiller la reconnoissance que la jalousie.
Je veux encore que plusieurs des possesseurs n'en aient pas toujours fait un usage très-légitime, on est du moins forcé de cou-
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venir que le très-grand nombre les fâisoil tourner au soulagement des malheureux, à la création ou au maintien d'utiles élablissemens. Quel pasteur, au milieu de son
troupeau, eût pu se dispenser de secourir l'indigence et l'infortune? La bienséance seule leur eut arraché des largesses, si elles ne leur eussent pas été commandées par le devoir et la charité; on sait que, dans les temps de disette et de calamité, nos prélats faisoient des largesses immenses. Mais voici une réflexion générale sur l'emploi des richesses ecclésiastiques, et qui est bien laite pour réconcilier avec elles les esprits les plus difficiles. Ces basiliques qui, dans la France entière, font l'ornement de nos cités, cette multitude d'asiles publics préparés pour tous les genres de besoins et d'infortunes, ces établissemens cPéducation publique pour l'enseignement des lettres et des sciences humaines, ces écoles et ces maisons destinées pour les élèves du sanctuaire, ces fondations pieuses pour des sujets dont l'indigence eût pu rendre les talens inutiles, ces riches dépôts des connoissances humaines, Ces encouragemens dispendieux donnés aux
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sciences et a ux arts , toutes ces choses qui sont si précieuses pour le bonheur de la société et pour la gloire nationale, à qui les doit-on? c'est en grande partie au clergé. Riais , si ce clergé a\oit été pauvre et dénué de tout, auroit-il pu rendre tant de services? Toutes les déclamations contre les richesses de l'Eglise sont donc Lien irréfléchies. Mais ce qui est dérisoire et ridicule, c'est le reproche d'ambition et de cupidité que des hommes riches et puissans adressent au clergé d'aujourd'hui, c'est-à-dire, à des hommes dont beaucoup manquent du nécessaire, et dont aucun ne connoît de superflu.
Laissons, Messieurs, aux déclamateurs leurs sorties violentes contre le sacerdoce; esprits fbibles qui ne voient jamais dans les choses les plus salutaires que quelques abus inévitables. S'ils étoient conséquens, ils devroie.i! proscrire impitoyablement toutes les professions, condamner celle des armes poulies vices de quelques capitaines, la magistrature pour les prévarications de quelques magistrats, les sciences et les lettres pour les systèmes monstrueux qu'elles ont enfan.
Qjie ceux qui insultent au sacerdoce, et ne
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semblent respirer que sa ruine, tremblent de voir leurs vœux exaucés ; avec lui s'éteindroit le christianisme, et alors dans quelles ténèbres, dans quelles calamités ne serionsnous pas précipités! Mais non, il n'en sera point ainsi. Si l'église de France, sous le rapport religieux , le seul qui no vis occupe en ce moment, présente des symptômes de ruine, elle offre aussi des signes de vie et de durée ; si le mensonge a ses chaires et ses trompettes , la vérité a aussi ses apôtres et ses défenseurs. J'avoue que l'irréligion a fait de nos jours de grands ravages parmi le peuple, mais la piété est mieux appréciée des classes supérieures, et bien certainement cette capitale compte plus de jeunes gens sincèrement chrétiens qu'elle n'en comptoit, il y a trente ans. Et ne pensons pas d'ailleurs qu'il soit donné aux hommes de faire tout le mal qu'ils voudroient; le vice a ses bornes aussi bien que la vertu. 11 est un Dieu qui veille à la conservation du monde moral comme du monde visible, et la fureur des passions, quand il lui plaît, va se briser contre le grain de sable ainsi que les vagues de la mer irritée. Je n'ai pas lu dans le livre des destinées éternelles}
mais ju me suis replié sur le passé, j'ai considéré le présent, et j'en ai rapporté plus d'espérances que de craintes pour l'avenir.
En revenant sur le passé, je trouve qu'au commencement de nos dissensions politiques et religieuses, la presque totalité de l'épiscopat français resta ferme dans la foi, et les éveques sont les colonnes de l'Eglise : que, malgré tous les efforts d'une excessive puissance, le schisme ne put s'enraciner dan> le sol de notre patrie j qu'après vingt-cinq ans d'infortunes, il a plu au ciel de rendre au peuple de saint Louis cette auguste maison de tout temps si fidèle à la religion. A la vue de ces merveilles, je me dis à moi-même : La France est donc le royaume privilégié de la Providence, et, par les miracles quelle a opérés en sa faveur, elle a pris l'engagement d'en opérer de nouveaux.
Si je regarde le présent, je vois que partout de saintes entreprises pour les besoins et le soulagement de l'humanité se soutiennent par les largesses de la charité chrétienne, caractère distinctif d'une religion sincère ; que, malgré tant d'obstacles et de dégoûts, on voit se développer pour le sanctuaire des
fcl-8 .si n i,i; saci:i;f)( ci: mn .«'; îu.n. vocations dont quelques -xmes même sont étonnantes et donnent les plus belles espérances-; que la parole de Dieu annoncée
par des hommes apostoliques n'est jamais repoussée, et qu'au son de la trompette évangélique, des cités entières se réveillent et sortent de leur indifférence. Témoin <!e ces clioses extraordinaires, au miKeu des calomnies et des clameurs de l'impiété, je me dis encore : JNon , la France n'est pas morte pour la foi* non, elle n'est pas mûre pour l'apostasie ; la Providence a ses temps marqués, c'est à nous de les attendre : malgré ses ennemis, la religion ne cessera de faire des progrès et de faire revivre avec elle l'amour de l'ordre et de la justice, le respect pour les mœurs et les lois, et son Triomphe sera celui de la patrie. Vaincue par le malheur et l'expérience, la France sentira plus que jamais que ne pas bâtir sur la religion et la morale, c'est bâtir sur le sable mouvant, et que, pour être heureuse, il faut qu'elle soit chrétienne ; alors repentante, revenue de son égarement, elle s'abaissera devant le Très-Haut : et, quand je me livre aux rêves d'une imagination con-
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solante, je me figure que sur celte magnifique colonne qui sert d'ornement à Tune de nos places publiques, et qui rappelle tant de victoires, on verra s'élever une croix triomphante comme un monument des haines apaisées , des cœurs réconciliés , des er^ reurs abjurées, du retour sincère et d'une consécration nouvelle de tout le peuple français à la religion de Jésus-Christ.
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