‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 5)Chapitre 1 sur 38 · Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion · texte numérisé non relu

Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion

lliEN n'est plus commun aujoiuxl ntli (jTîe de rencontrer des hommes qui vivent comme sans religion et sans Dieu , soit -qu'ils aficctent d'être mécréans par système , soit qu'ils s'endorment dans une insouciance douce en apparence, et si funeste en réalité. Athées pratiques, ils contemplent les merveilles do la nature, sans jamais s élever itisqu'à leur auteur; ils jouissent de tous les bienfaits de la création, sans les faire remonter ^ers leur source par la reconnoissance; et, connue s'ils étoient liors de l'empire du souverain ArLitre de toutes ciioses, iis ne prennent pour règle de leurs sentimens et de leurs actions qi]^. le pencliant qui les domine. Dans les liommages de l'esprit et du cœur rendus ^xa Divinité, dans le culte intérieur, ils ne a oient II. 1

a DU CULTE EN GÉNÉRAL.

(jMi'une chose inutile; dans les hommages extérieurs et puLhcs, dans les rites sacrés et les fêtes religieuses, ils ne voient que des pratiques puériles et des superstitions populaires. . Mallieureusement rimj)iété trouvera toujours un appui secret et puissant dans Forgucil de l'esprit et la dépravation du cœur. L honuue veut être indépendant^ et la pensée d'un Dieu rappelle un maître qui commande et ([ui veut être obéi; l'homme voudroit vivre au gré de ses désirs, et les doctrines religieuses l'irritent, parce qu'elles gênent ses penchans. Toujours les passions murmvu-ent contre le frein de l'autorité divine: indociles, impatientes, elles cherchent à le briser. L'orgueil ne veut pas de supérieur, pas même d'égal. Le même esprit de rébellion qui soulève quelquefois le sujet contre le monarque, le lils contre le père, le serviteur contre le maître, soulève l'homme contre Dieu. 11 est des hommes irréligieux par la même raison qu il est des sujets rebelles et des fds ingrats. Par orgueil, l'homme ^e contemple lui-même avec une complaisance secrète; il ne voit que lui dans cet univers, il se préfère à tvout, et même à Dieu: et voilà

povirfpioi l'orgueil Cbl une sorte cl'alhéitmc commencé. Oli! qu'il faut que les doctrines relii^ieuses et morales tiennent au cœur de l'homme par de profondes racines, poiu^ qu'elles aient pu résister aux j;assions toujours liguées pour les détruire î llien peutêtre ne prouve mieux leur empire et leuinécessité , que le petit nombre d'impies qui de loin en loin ont osé les combattre.

11 paroîtroit d abord que rimj)iété dcvroit être reléguée dans les dernières classes du peuple. Ceux qui portent le poids du joiu' et de la chaleur, qui ne mangent cpi'vui pain détrempé de leurs sueurs et de Iciu's larmes, devroient, ce me senîbie, être seuls tentes de raéconnoître un Dieu , père connnun de tous les liommes , et de lui refuser les hommages de la reconnoissance. Cependant ce n'est pas au sein de l'indigence qu'e&t née l'incrédulité; si aujourd hui elle n'y est j)as inconnue, c'est qu'elle v est descendue de phis haut. Souvent elle est le dernier excès d'un esprit corrompu p.ar l'orgueil de la science, et qui se perd dans le raffinement de ses pensées. Oui, le premier cri d impiété est sorti de la bouche des heureux du

monde, des (grands, des riches, des sa\ans, des beaux cs])i'its : ainsi les plus favorises se soiiL montrés les moins reconnoissans. Mon dessein aujonrd Inii , Messicin^s , c'est de les retirer de ce fatal oubli de la Di\inité, de réveiller dans les âmes ces sentimens religieux qui sont plutôt assoupis qu entièrement éteints; c'est de combattre les sopliismes par lescp,iels on voudroit jvistifier cette habitude véritablement monstrueuse, de vivre sans rendre aucun hommage à la suprême Majesté. Pour cela, je vais étaljlir les deux propositions suivantes, la première, que l'homme doit un culte à la Divinité, la seconde, que ce culte doit être extérieur et puJjlic. A mesure que dans cette matière j'établirai la saine doctrine par le raisonnement, je feiai remarquer combien elle se trouve confirmée, perfectionnée par le cinislianismc. Ce sera tout le sujet de cette conférence sur le culte religieux.

Oui, Messieurs, nous avons des devoirs à remplir envers la Divinité; nous devons lui rendre des hommages, un cvdte en un mot, et, pour en sentir l'obligatioii, nous n'avons

rpià consulter, soit les prennères notions de Dieu et de riiomme que déjà nous avons développées dans nos discovus précédens, soit les intérêts les ]>lns ciivrs et les plus sacrés de l'humanité. Ecoutons la raison. Un Dieu créateur qui , possédant la plénitude de lètre et la souice de la vie, a communiqué l'existence à tout ce qui compose cet uni\ers : un Dieu conservateur qui gouverne tout par sa sagesse, après a^oir tout fait par sa puissance ; embrassant tous les êtres dans les soins de sa providence universelle , depuis les mondes étoiles jusqu'à la fleur des champs, sans être ni plus grand dans les moindres choses, ni plus petit dansles plus grandes : un Dieu législateur suprême qui, commandant tout ce qui est bien , et défendant tout ce qui est mal, manifeste aux hommes ses volontés saintes par le ministère de la conscience : un Dieu enfin juge souverain de tous les hommes, qui, dans la vie future, doit rendre à chacun selon ses œuvres, en décernant des chatimeiis au ^ice, et des prix à la ^ertu : voilà , Messieurs, une doctrine avouée par la raison la plus pure, dont la cihiin<.)issaî:re, quoi-

que sans doute en clés degrés Lien difierens, est aussi universelle fp.ie le genre humain ; que l'on trouve dans sa pureté ehez les Hébreux, plus développée encore chez les chrétiens, qui a bien pu être obscurcie par les superstitions païennes, jamais anéantie chez aucun peuple de la terre. \oilà des points de croyance qui sont indépendans des vaines opinions des liommcs et des argumens des sop^histes, et que nous a\ons d'ailleurs d'autant plus le droit de supposer en ce moment, que déjà plusieurs discours ont été consacrés à les établir.

Or comment ne pas voir que do ces notions de la Divinité découlent des devoirs religieux envers elle? Qui ne sentira pas que la raison , en nous découvrant ce que Dievi est par rapport à nous, nous montre par là même ce que nous devons être jlar rapport à hd? S'il est notre créateur, ne faut- il pas que nous lui fassions hommage de l'être que nous avons reçu de sa bonté toute-puiseantc? S'il nous conserve une vie dont il est l'arbitre, et qu'à tout moment il pourroit nous ravir, cliaque instant où je continue de vivre est un nouveau bienfait

qui (Icmaiide un nouveau sentiment Je reconnoissance. S'il est notre législateur, nous devons obéira ses lois, les preiiclre pour règle de nos ailectionset de notre conduite. Enfin, s'il doit un jour être notre juge, ne faut-il pas que nous travaillions à paroîtrc sans reproche devant son tribunal, et à ne pas tomber coupables dans les mains de sa justice? Je suppose pour un moment que nous fussions les enfans du hasard, le résultat des combinaisons fortuites de la matière, que nous eussions été jetés sur la terre sans but et sans dessein, alors sans doute nous serions dans cette indépendance absolue de la Di\initë que prêche l'athéisme; tout lien religieux ne seroit qu'une chauie honteuse, avihssantc, qu'il fauchoit se hâter de briser; alors Dieu n'étant rien pour nous, je conçois comment nous ne devrions être rien par rapport à lui. Mais, dans la doctrine contraire d'un Dieu, notre créateur et notre conservateur, riiomme doit tenir une conduite bien différente. Dans ces deux croyances opposées , nos devoirs ne sauroicnt être les mêmes : quand les principes sont en contradiction, les conséquences doivent l'être-

s BU CULTE EN GÉNÉRAL,

également; et par cela même que dans Fabsmxle, la chimérique supposition de l'athéisme, l'homme devroit être sans relii^ion, il faut que, dans la doctrine de la croyance d'un Di< vi, 1 homme soit religieux.

Je sup|h>se encore que nous fussions semi>lal>les aux animaux, et comme eux incapa- Lies de connoitre Dieu, de l'admirer dans ses ouvrages, de nous pénétrer de la pensée et du sentiment de ses bienfaits; alors, comme les animaux, nous serions dans le cas de ne rendre au.Gun hommage au Créateur. Mais, si nous sommes doués de cette raison sublime fpii nous élève jusqu'à lui, qui nous apprend que nous sommes sortis de sa main puissance, et que nous lui devons tout ce que nous sommes, et en particulier cette prééminence qui f\it de l'homme le roi des animaux, comme du reste des créatures de notre globe, quelle indignité de vouloir que nous soyons aussi indifférens envers la Di^inité que lanimal qui rumine, ou la plante qui végète! C'est vouloir que nous joignions à lïnsensiljilité de la brute à regard des bienfaits du Créatour la honte et le crime de l'ingratitude.

ont 1 Etre intelligent est seul capable.

DU CLl^TE EN GÉ^SEKAL. Q

Sans doute. Messieurs, Dieu trouvanl eu lui-meuie sou Jjoulieur u'a pas J)esoiu de ses créatures; il n'est ui plus lieiueux par nos liommai^^es, ni plus malheureux par nos révoltes; il n'est pas comme les princes de la terre, cpii éprouvent des sentimens intérieius et variables de plaisir ou de peine, par la fidélité ou la désobéissance de leurs sujets, et dont la destinée dépend toujours plus ou moins des passions et des caprices des peuples. Poiu- si aU'ermies, poiu' siéle\ées que soient les puissances de la terre, elles peuvent tomber et périr : tout ce qui est fait de main d homme ne dure pas contre le temps : il n'en est pas ainsi de Dieu qui, est éternel. INotre indifférence ne savuoit altérer sa félicité, les blasphèmes et les révoltes des nations liguées ne sauroient obscurcir f" sa i^loire , ni ébranler le trône de sa i>rani cleur. INon, ce n'est pas poiu^ en être [Iv-s heureux qu il veut être honoré de ses crcar tures; mais enfin Dieu est la sa<^esse et Fé- I quité même, il est essentiellement le Dieu ^ de l'ordre , il veut , il approuve, il commande tout ce qui est conforme à la souveraine raison ; il condamne tout ce qui s'en écarte. Or

lO DU CUTLE EN GENERAL.

il est dans la iial me des clioses que la créatare dépende du Créateur, que Dieu soit la (in de tout, comme il (u est le principe; et s'il ne peut se dépouiller lui-même de sa qualité de Maîlre suprême, il ne peut nous dépouill<T de notre qualité de sujets; nous sommes l'ouvrage de ses mains, son domaine sur nous est inaliénable; il se doit à luimême de ne pas se dessaisir de son empire, parce qu'il no peut cesser d être Dieu. IN on , ce n'est pas un sentiment d'orgueil exalté, c'est un sentiment vrai et profond, soit des perfections di\ines, soit de notre dépendance, qui nous persuade que Dieu veut être honoré par sa créature. Aussi il est écrit que le Seigneur a fait pour lui tout ce cpi il a fait : Omiiia propter semé tlpsimi opéra tus est Dominus,

Sans doute encore Dieu est infiniment grand; mais n'allons pas croire ])Our cela qu'il ne daigne pas abaisser ses regards jusfpi'à nous, ou bien que nos vœux, nos supplications et nos hommages ne sauroient arriver jusqu'à hd à travers 1 intervalle immense qui nous sépare du troue de son éternité. Ce çei'oient là des idées grossières qui vien-

DU CULTE EN GEMiPiAE. 11

(Iroient des bornes de notre esprit, des illusions des sens, du penchant que nous avons à transporter à l'Etre infini, au Roi immortel des siècles, des pensées qui ne peuvent regarder que des hommes et les puissances de la terre. Et d'abord pourqiioi Dieu scroit-il indiilerent à nos hommages? Si, maigre sa grandeur infinie, il n'a pas dédaigné de nous créer, d'où vient qu'il dédaigncroit de s'occuper de nous? ce second bienfait est la suite naturelle du prenjier. En nous communiquant quelque chose de sa vie, de son intelligence, de sa liberté, if nous a faits à so]i image; nous lui sommes chers comme Fouvrage est clier à l ouvrier, qui se j)laît à y voir Texpresbion sensilde de sa pensée. Oui, le Créateur aime dans nous les dons mêmes qu'il nous a faits; s'il nous a donné un esprit capable de le connoître, un cœur capable de l'aimer, il est impossible qu'il n'agrée pas Fhonnnage de ces facultés que nous tenons de sa divine bonté.

Ne croyons pas non plus que la Di\initc fût comme accablée, importunée dé la muitilude, de la prodigieuse variété de nos vœux et de nos oîlrandes. Ces idées e.o)ît biejj ap-

là DU CULTE EN GÉNÉRAL.

plicaLlcs même à ce (ju il peut y a\oir sur la terre de plus î^raiid par le L;ëiiie coin me par la puissance, parce (lue là aussi se trouAe lafoLljlusse hujiiaiiie; mai» tout cela est étrang3f à Dieu, «[ui, d'une seule vue, d'une pensée unirpie, eniLiasse l'univers avec rimmensitc de ses détails. Dieu, dit-on, est infinimciit grand : et c'est par cela même que rien ne filigue sa puissance sans bornes- sa force est dans sa volonté, il a dit, et tout a été fait. Les plus grand monarques du monde seront toujours bornés dans leurs actions, comme dans leurs lumières 5. ils ne sauroient connoître les demandes et les besoins de tous les individus d'un empire immense^ mais, devant Dieu, le genre humain est tout entier conune un seul homme; à ses yeux l'uni\ers est comme s il n'étoit pas.

Je sais bien que, comparé à son Dieu, l'homme est moins qu'un atome; mais, pour ne rien exagérer, n'oublions pas que nous sommes créés à la ressemblance même du Créateur, qu'il a gravé dans nous 1 empreinte de ses perfections, et qu'ainsi, par ses communications iHelTables, il a rapproché de lui ce qui en étolt autsi éloigné que le néant.

DU CULTE EN GLiSÉJiAL. j-

l.oiii de nous celte puérile idée, que P^^^ estiaie les oijjels par Icias masses et Ici- ''^' meiisions. Que sont tous les soir" ' ^^^'^ ^"^^ astres avec leur éclat et 1er ^^^a^n^^^Çeuce? que sont -ils clevaiit -'^ ^^''^ ^^^'"^ iiitelligeiit rnii i(;s cf^~^^^ ^^9 mesure leurs orbites et leurs r^-^s^auces, se couuoît lui-même et pcui couiiOÎtre l'auteur de tant de merveilles? Lli quoi! si Dieu lui-même m'a doué du pou'^oir sublime de m'elever jusqu'à lui, do me présenter devant le tronc de sa majesté, d'être auprès d'elle comme Famibassadcur et l'interprète des créatures inanimées; si c'est par Finslinct de ma naUux que je porte à ses pieds le tribut de ma dépendance, et celui du reste de la création, povuToit-il le rejeter et n'y voir qu'une folle audace digne de ses mépris et de son courroux? ]Non, non, ce n'est pas ici Finsultc d'un téméraii'e, c'est Fliommai^e d'un (ils reconnoissant et d'un sujet fidèle, envers le plus tendre des pères , et le sou^ crain monarque qui a povu' Irone la justice et la bonté. C'est ainsi qu'en consultant la raison 5 je découvre des rapports essentiels entre l'homme et son Dieu, entre la créature

c^ ït Créateur: rapports qui nous imposent ^^^^ " -nrs, si bien que Tliomme ne [)eut ^^^'^™^^^^* l>le sans être re%ieux.

Mais, pour sc.^;^, encore davantage combien le culte rcli-ieii^^-^j^^ ^^^ fond même delà nature raisonnable, co^^^^ji^Qjjgy^n moment 1 intérêt le plus clier et le plu^ sacré de Fliumanité. Ce qui doit nous frapper Vivp,ment, c'est que la croyance d'un Dieu, d'une providence qui préside au gouvernement de cet univers, qui embrasse le monde moral comme le monde visiljle, qui n'est pas étrangère aux choses liiunaines, a été regardée dans tons les temps et cîiez tous ks j^euples comme le plus salutaire, comme intimement liée à la civilisation, à la conservation, au bonîicur des sociétés. C'est sur cette base éternelle qiie tous les législateurs ont élevé leurs institutions et placé 1 édifice social. Or, je vous le demande, comment cette foi en un Dieu, en une providence qui gouverne tout, et qui est l'arbitre de nos destinées, comment cette foi est-elle si éminemment utile, sinon parce qu'elle se lie aux sentimens, aux actions, à la conduite des bonunes , qu'elle est faite pour être la règle

DU CULTE BN GÉNÉRAL. l5

<le nos devoirs, qu'en nous inspirant tour à tour des sencimens de crainte et d'espérance, elle nous^ fournit le motif le plus puissant de remplir nos oLlii^ations, et de faire les sacrifices rpi'ellcs peuvent exiger de nous? Qu'importe en efiet de placer au haut des cieux une divinité oisive, insensible aux liommages de celui rpii l'adore, comme aux ]>laspjiènies de celui qui l'outrage, que je ne dois ni craindre, ni aimer, ni adorer, ni invoquer, qui est pour moi comme si elle n'étoit pas? Qu'importe une connoissance spéculative de la Divinité, si nous sommes dispensés de tonjt devoir envers elle, si elle est aussi étrangère à nos affections, à notre conduite, que ces personnages historiques dont nous reconnoissons, il est vrai, l'existence, mais à qui nous ne devons absolument rien? C'est bien alors que Dieu nc.seroit qu'une abstraction, un être métaphysique, dont le genre hinnain poiuToit se passer. Oui, séparez la croyance en Dieu de tonte obligation envers lui, de tout hommage religieux, et vous n'aurez plus que l'athéisme en action, c'est-à-dire, le fléau le plus destiucteur de toute morale et de toute société.

l6 DU CULTE EN GEN^hlAL.

Yoilà comment ceux qui , sans combattre ouvertement le dogme de l'existence de la Di\inilé, Ijiisent néanmoins les liens ([\ù nous unissent à elle, sont plus inconséquens, et non moins ennemis des hommes que les athées systématiques. Ainsi notre intérêt, comme notre raison, nous pressent de rendre à la Divinité des hommages d'adoration et d'amour. Et ne devrions-nous pas hd en payer sans cesse le tribut? Sa puissance, sa sagesse, sa ])onté, nous enveloppent de toutes parts. INoiis avons dans lui Tétre et la vie , et c'est ici le cas de s'écrior avec un prophète: (( Où irai-je, Seigneur, pour fuir vos )) regards? Si je monte dans les cieux, vous y » êtes; si je descends dans les abîmes, vous )) y êtes encore; si dès le matin je prends )) des ailes povu^ voler jusqu'à l'extrémité des )) mers , c'est votre main même qui me sou- )) tiendra. Alors j'ai dit : Peut-être que les )) ténèbres me cacheront: mais non, la nuit » devient toute lumineuse poiu^ me décou- )> vrir; pour vous les ténèbres sont comme )) les clartés du jour. Je vous louerai donc, )) Seigneur, parce que voire immensité éclate )) d'une manière étonnante, vos œuvres sont

)) admirables, et mon ame est toute péné- » tiée (le votre présence (1). »

C'est assez sur le culte intérieur : il nous reste à e"saniiner si nous devons encore à la Di\inité un culte extérieur et publie.

Je sais, Messieurs, que la substance de tout culte léj^itirne se trouve dans les hommages intcrietirs de l'esprit et du cœur, que les deliors les jdus pompeux, les fêtes les plus brillantes, le |)lus maj^nifique appareil du culte extérieur et public, ne seroient qu'un vain simulacre sans les scntimens et les intentions pures qui en font le prix et le mérite ; que la Di\ inité veut surtout régner dans le cœiu^, et que ce qui ne serviroit pas à y établir son empire ne seroit qu'une illusion. Les sages du paganisme n'ont pas ignoré ces vérités; témoin Zaleucus, dans la fameuse préface de ses lois, quand ildisoit qu'on doit présenter à la Divinité une ame exempte de souillures, et se persuader cpi'elle est bien moins honorée par dé pompeuses cérémonies que par la vertu; ténioin Pline le Jeune dans son célèbre Panégyriqvie de Trajan j quand il

(1) Ps. cxAs.viiij. y. "■ et suivant.

i8 DU CULTE i;n gi'nlral.

dit qu'il vaut lieu mieux aiiivcr au temple avec une ame sainte et pnre qu'avec des cantiques composés avec art. Cette doctrine étoit bien clairement ensei^^née chez les Juifs, ce peuple toutefois si enclin à ])lacer une confiance excessive dans son temple et dans ses cérémonies. On sait avec quelle véhémence le prophète Isaïe s'élevoit contre ces fausses et trompeuses apparences, a Ecoutez, s'écrioit- )) il à ce sujet, prêtez l'oreille à la parole de )) votre Dieu: qu'ai -je besoin, vous dit -il )) par ma bouche , de la multitude de vos )) victimes? que me fait le sang des boucs )) et des taureaux? "Votre encens, je l'ai en )) abomination, je hais vos fêtes et vos so- )) lennités; lorsque vous étendrez vers moi )) des mains suppliantes, je détournerai mes )) regards : avant tout , purifiez vos cœurs , )) ôtez de devant mes yeux la malice de vos )) pensées, assistez l'opprimé, faites justice )) à l'orphelin , et après cela présentez-vous )) avec confiance devait le Seigneur votre )) Dieu. )) On sait bien , Messieurs , que le christianisme est venu perfectionner tout ce que la raison ou la loi mosaïque avoient siu^ cette matière de plus sage et de plus pur,

et que sa fin essentielle est de former au milieu Je tous les peuples de la terre un peuple d'adorateurs en esprit et en vérilé. ^lais enfin, pour éviter un excès, n'allons pas nous jeter darss un autre rp.ii ne seroit pas moins condanuiaLlc et moms funeste.

En vain de faux sages nous diroient qu'ils ne veulent d'autre culte que celui de la pensée , d'autre concert religieux que ^ lui d'une Aie consacrée à faire du Lien aux hommes, d'autre temple que la natiu-e. Ce n'est là qu'une vaine enflure de paroles , qu'une orgueilleuse exagération démentie par l'expérience , par la raison , par le sentiment.

Et d'abord que nous apprend l'expérience? c'est que tous les peuples anciens et modernes ont été plus ou moins religieux, et qu'ils ont été entraînés, par la force des clîoses, à rendre un culte extérieur quelconque à la Divinité. Des temples érigés en son honneur, des victimes immolées au pied de ses autels , des hymnes poiu' célébrer ses louanges, des prières pour solliciter ses bienfaits, des fêtes solennelles en action de grâces, des sacrifices expiatoires , voilà bien ce que l'on trouve en général cliez toutes h s

âÔ DÛ CULTE EN GÉNÉKAL.

nations, dans le monde ancien et nouveau. Or tout cela ne supposc-t-il pas la crovance d'un Dieu dont il faut adorer la grandeur, bénir la bonté, implorer la clémence, désarmer la justice? et tout cela, ])ris dans son ensemble et dans ses dehors , ne composct41 pas préciséinent ce cidte extérieur et public dont nous prétendons établir la nécessité? Où est le peuple civilisé qui se soit borné au scid culte de la pensée, à ces hommages in^isibles de l'esprit et du cœur? Ici les détails et les réOexlons seroient inutiles, parce que cette matière rentre dans ce qui a été l'objet de quelques-unes de nos discussions précédentes.

Que nous dit la raison? c'est que Ihomme doit faire à Dieu l'hommuiie de son être tout entier, de son corps comme de son esprit. ÎVous ne sommes pas de pures intelligences, indépendantes des choses sensibles, ne vivant que de sentimens et de pensées; nous avons un corps et des organes dont nous nous servons pour l'exercice même de nos facultés intellectuelles. jN'est-ce donc que lorsqu'il s'agit de la Divinité et des hommages qui lui sont dus, que notre corps nous

DU CULTE EN GEJNEUAL. 2î.

ftèroit comme éliauger? ou plutôt ri est-il pas juste de le fiaiie ser\ii' au culte de son Créateur par ces actes extérieurs et sensibles, les seuls dont il soit capable? 11 ne faut pas s'y tromper; il ne s'agit pas, poiu- relever la dignité de Fiiomme, de lui supposer une perfection chimérique, de le croire tellement déi^agé des sens et de Fimagination , qu'il puisse aisément se ])asser de leur influence. Si ^ous ])ornez le culte de la Di\inité à des hommages purement intérieurs, qu arri\era-t-il? c'est que l^ientot les sentimens de la pieté s'alïbiljliront jiisqu à ce q^-i'ils finissent par s'éteindre entièrement. Oui, s ds ne sont éveillés, noiu^is, fortillés p^ar des pratiques extérieures, ils n auront plus qu'un je ne sais quoi de froid, de ^ague et de superiiciel. En vain la fausse délicatesse, le bel esprit dédaigneux, allectent de voir des pratiques puériles et ridicules dans les rites sacrés, la pompe des cérémonies, les postures suppliantes, le chant religieux et les décorations des autels; l'expérience apprendra toujours que , si tout cela n'est pas la religion même, tout cela du moins en est 1 aliment et le soutien; que, sans les deliors de la rehgiou

et SCS praii(jiies saliiLCS, Lien tôt les peuples en perdi oient le ^'out et Fesprit; que la piété sincère lialûtc, il est \rai, dans le ccipur conime daiis nn sanctuaire impénétrable et connu de Dieu seul, mais cpi'elle liniroit néanmoins par n être (pi'un vain fantôme, si elle n'écoit ilxée, rappelée, inculquée et co:nnie réalisée daub le culte extérieui\ Tout ce prétendu calte de la pensée se réduiroit à quelques idées métaphysiques sur la Di\inité qui ne rè'^lcroicnt ni les aflcctions ni la condiiiie. Ces philosophes relii^ieux, quivoudroient une religion sans culte, ressemblent à ces philantropes qui précheroient l'amour des hommes, sans faire aucun acte d'humanité, ou bien à ces politiques qui voudroient bien un corps social, mais sans aucun des liens extérieurs qui doivent en rapprocher et en unir les membres divers. 11 faut prendre l'homme tel qu'il est : son esprit est si foible , son imagination si volage , son cœur si facile à s'égarer, qu'on ne doit négliger aucun des moyens qui peuvent fixer son inconstance, éveiller son attention et nourrir dans son ame de pieux sentimens.

Ce n'est pas ici le lieu de développer toute

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l'excellence et tous les a\ an lattes du cidlc clîictien en particulier; nous en fercns un \o\iji le sujet d'un discours à part. Je cic borne donc à quelques réilexions génëralLS. Su|)pobez dos temjdes, des asseniLlécs religieuses, où tout ce qu'on ^oit, tout ce qu'on entend, doit natm-ellenient faire de SaLuîai-^ res iin])ression5;là des chants graves et purs, des cérénioiiies louciiautes, lui auguste' appareil, le recueillement et le silence pénètrent les âmes et les invitent à la méditation. Les passions s'apaisent, la pensée de la Divinité en devenant plus vive fait rougir le vice, ranime la vertu, console le mallicur, dispose à des affections douces, à l'oubli des injures, à l'accomplissement des devoirs ordinaires de la vie. Si la religion garde la morale, on peut dire que le culte garde la religion , lui donne un corps, la rend sensible et pOj)ulaire; le culte est l'expression visible de la crovance et des règles des mœurs: c'est une suite de tableaux exposés aux regards de tons, on tous, sans effort et sans travail, peuvent voir tracés la doctrine qu'ils doivent cr(jire et les préceptes qu'ils doivent observer. Va poiu-quoi le déiste l>lameroit-il dans

â^ DU CULTE EN GENERAL.

la rellji;ion ce qu'il approuve dans toutes les choses humaines? Je m'explique. Dans la société civile, s'est-on contenté de porter des lois, d'en faire sentir les avan taises, d'en recommander la fidèle observance? non sans doute, on a senti que, pour leur donner plus |le force et d empire, il falloit entourer ceux qui en sont les dépositaires et les organes, de ce qui peut attirer les regards et fixer les hommages de la multitude. Si l'on dépoui!loit les lois et l'aulorité puLlique de ces dehors imposans qui frappent l'injagination des peuples, semblent ajouter quelque cho::e à la réalité des objets, et par là même impriment plus de respect dans les ameS; qu'en résulteroit-il ? c'est qu'on verroit bientôt les liens de la dépendance et de la subordination se relâcher, les lois tomber dans le mépris, fesprit d'audace et de révolte éclater de toutes parts. Ainsi en seroit-il de la religion j^ si elle étoit dépouillée de tout culte extérieur et abandonnée à la pensée de chacpie particulier; on la verroit s'affoililir par degrés, perdre son ascendant sur les esprits, devenir étrangère aux habitudes, à la conduite des hommes, et s'eiTacer presrpie de leur souvenir.

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iilr, Yoyez encore ce qui se passe dans les sciences, les lettres et les arts. Que deHorts n'a-t-on pas faits de nos jours pour faciliter les moyens d'instruction et rendre comme palpables les recherches et les connoissances de l'esprit humain? Non-seulement le burin a gravé la figure des plantes et des animaux dans un détail et une perfection qui étonnent' mais que n'a-t-on pas imaginé pour donner vme forme visible aux connoissancofe historiques, géographiques, grammaticales? que de tableaux pour peindre aux yeux ce qui sembloit ne devoir être saisi que par Tespriti Et, quand il s'agit de la religion , on voudroit la dépouiller de tout ce qui parle aux sens et à fimagination , de ce qui peut la faire pénétrer plus aisément, plus profondément dans les cœin^s! quelle inconséquence!

Et qui ne voit d'ailleurs que borner le culte de la Divinité aux hommages intérieiuvs, c'est méconnoître la nature de l'homme, c'est exiger de lui ce que repoussera toujours cet instinct et ce sentiment qui est plus fort que tous les sophismes et qui doniine l'espèce humaine tout entière? En eflèt qui de nous ne sent très-bien qu'il se trouve une liaison in- II. 2

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lime entre les affeclions de Famé et leur manifestation, qvi il est impossible à lliommc d'être vivement pénétré d'un sentiment sans l'exprimer au dehors? Quel est l'homme compatissant qui ne donne des preuves de sa pitié pour les malheureux? quel est le fds respectueux et tendre qui ne fasse éclater sa piété fdiâle? quel peuple a jamais honoré ses magistrats sans le\u donner des témoignages visibles de considération et de respect? Et l'on voiidroit que les sentimcns religieux de nos cœurs fussent sincères sans qu il en parut rien au deliors! Cela n'est pas dans la n:iture. Quoi! j'adore intérieurement Dieu comme mon Créateur, comme l'arbitre de mes destinées, et je n'aimerois pas à lui payer extérieurement le tribut de ma dépendance! Mais tous les peuples ont si bien reconnu la légitimité d'un pareil hommage , qu'ils se sont empressés de lui offi'ir les productions de la terre, les prémices des moissons et tout ce qui étoit à leur usage : même le faux zèle les égara jusqu'à les porter à lui immoler des victimes humaines; zèle barbare, dont le christianisme seul a délivré les différentes régions de la terre à mesure qu'il y a

pénétré, mais qui atteste combien liiomme scntoit que Dieu avoit sur lui, comme sur le reste des êtres, un domaine suprême. Quoi ! dans le fond de mon cœiu-, il m'est impossible de ne pas reconnoître Dieu comme mon bienfaitein^' Les merveilles de la nature qui nous ravissent, ces fruits de la terre qui servent à nos Ijesoins, ces animaux qui nous aident dans nos travaux, le jour qui nous éclaire, le pain qui nous nourrit, le vêtement qui nous couvre , ce corps avec des organes si bien adaptés à toutes les fonctions de la vie, cet esprit qui peut s'élever jusqu'à son Créateur, voilà des dons que je tiens de sa libéralité : son amom- m'ernironne de tovites parts, je suis comme plonge dans Focéan de sa bonté: je crois tout cela, je le sens intérieurement : et vous ne voulez pas que je célèbre ses bienfaits, que j'in^ite mes semblables à partager mon admiration et ma reconnoissance ! ce seroit me condamner à l'ingratitude. Le Pioi-Propliète ne faisoit que suivre les impressions de la nature, lorsqu'il s'écrioit dans son transport: (C O mon ame, rends grâce à la bonté de )) ton Dieu , que toutes tes puissances ce-

)) lèljreiit à r("ij\i son nom et ses faveurs: y» Benedic , anima inea. Domino, et omnia » quœintra me sunt, nomini sanctoejus. » 11 est une f)artie essentielle du culte relifjicux qui a été \iolemment attaquée par un soplûste moderne , imitateur en cela de quelques sophistes anciens, et que je dois justifier en particulier; c'est la prière. « J'adore Dieu, » a dit l'incrédule, je ladmire dans ses ou- )) vraies; je m'attendiis de ses bienfaits; )) mais je ne le prie pas, je ne lui demande » rien : ce seroit douter de sa providence et » de sa bonté. » Homme orgueilleux autant que misérable , as-tu donc oulilié ta dépendance et ton néant? Si Dieu est notre père , n'est-il pas aussi notre maître? et si nous devons compter sur sa tendresse , ne devons-nous pas aussi reconnoître sa souveraineté sur nous, comme sur le reste de la création? Vois dans les places pidjliques cet indigent superbe, qui, se croyant des droits à la générosité des passans, dédaigne de leur tendre la main pour implorer lem* secours; s'il vient à périr d'inanition, ne doit-il pas en accuser son orgueil bien plus que l'indifférence de ses semblables? fidèle image de

celui rpii refuse de prier son Créateur. La difficulté que propose ici l'incrédule a été discutée par deux des plus beaux génies de lanlicjuité chrétienne, saint Jérôme, dans son Commentaire sur saintMatthieu, et saint Augustin, dans sa lettre à la veuve Proba. « Si nous exposons à Dieu nos besoins, a dit )) le premier, ce n'est pas pour lui faire le ré- )) cit de ce cpi'il ignore, mais pour implorer )) son assistance comme supplians. )) A cette raison, saint Augustin en ajoute une seconde bien digne de son cœur. « îNous prions, )) dit-il, afm que nos désirs se réveillent, s'en- » flamment par la j)rière, et que notre cœur )) dilaté par elle reçoive avec plus de pléni- » tude les biens que Dieu nous prépare. )) Oui, Messieurs, prier est le premier besoin de notre foiblesse, c'est le premier cri de la douleur et de rinfortunc. 11 est vrai, nous avons la raison pour nous conduire; mais souvent n'est-elle pas obscurcie par les préjugés , égarée par la passion? jNous avons la conscience, mais ne peut-elle pas être le jouet des plus funestes illusions? et n a\ons-nous pas eu plus d'une fois à nous plaindre de ces fausses consciences qui appellent bien ce qui est

5ô r>U CULTE EN GÉNÉRAL,

mal, et mal ce qui est Lien? jNous avons la liberté, mais par là même nous avons le malheureux pouvoir d'aljanclonner la route de la vertu , et , s'il en est ainsi , pourquoi , dans ses obscurités, l'homme ne s'adresseroit-il pas au Dieu des lumières; dans sa foiJjlessc au Dieu des vertus, pour être éclairé , fortifié par celui qui peut envover la force au foible et la lumière à Honorant? (<' Que si nous lui demandons quelque bienfait dans l'ordre temporel , comme la cessation d'une calamité, la santé, la paix, l'abondance, notre prière est un des plus beaux hommages que nous puissions rendre à ses perfections adorables. Le prier, c'est recon- Hoître qu'il est le maître souverain de toutes choses , qu'il embrasse tous les êtres dans les soins de sa providence , qu'd peut à son gré disposer de toutes les causes secondes, de tous les ressorts secrets de la nature , et les faire servir par d'invisibles moyens à remplir l'objet même de nos demandes. 11 est beau de penser que Dieu, dans les desseins de sa Providence, a lié le monde moral au monde physique, qu'il a voulu faire dépendre ses faveurs même temporelles de notre fidé

DU CULTE EN GENÉUAL. 5l

Hté à les lui demander. Oui, du sein de son éternité,' Dieu a tout prévu et tout dispose. rSous n'étions pas encore, que Dieu nous voyoit dans sa science infinie; nos supplications étoient déjà deNant son trône, et lorsque dans le tenq)s il les exauce , lorsqu'il fait concourir avec elles certains évènemens , il ne fait que développer Fordi'e de ses desseins éternels, et nous ne faisons que remplir la condition à laquelle 11 a\oit attaché ses dons. Avec des subtilités , il n'y a rien qu'on n« puisse obscurcir; mais heureusement Fauteur de la nature a mis en nous un je ne sais quoi de phis fort que tous les sophismes, qui lient le genre humain inviolable-^ ment attaclié à certaines vérités nécessaires à son bonheur. Oui, toujours, malgré les faux sages et leurs livres , la natvue ne cessera de parler à liionune lui langage que fhomme entendra; toujours le senlinientde la Divinité gravé dans les âmes les entraînera à l adorer, à la craindre, à Faimer, à Finvoquer; toujours on verra des familles éplorées autour d'un père qu'elles tremblent de perdre, demander sa conservation à celui qui ci^t le maître de la vie et de la mort: Uni-

jours on verra les liaLitans des eampagnes supplier le ciel de féconder leurs sillons, et d'écarter l'orage des fruits de leiu's travaux, des amis faire des vœux pour leurs amis a]>sens; et quel est l'impie cpii, mal*j;ré lui, ne forme des vœux semblables- qui, sans y peniier, ne rende ainsi un hommage involontaire, un culte à la Divinité? et ne sait-on pas qu'on vit plus d'une fois Jean - Jacvques dans nos temples oublier ses froids argumens contre la prière, et, toujours inconséquent, prier lui-même avec FelFusion d'une a:ne attendrie?

11 est temps de mettre fm à ce discours sur le cidte religieux. C'est ici notre douzième conférence, et toutefois, Messieurs, de quoi vous avons -nous entretenus constamment? de ces vérités premières qu'il seroit honteux d'ignorer, et qu'il est juus honteux encore de combattre. jNous avons comme oublié que nous faisions entendre notre voix, dans une assemblée chrétienne. Les ténèbres de lincrédulité sont pour les esprits de nos jours ce qu'étoient autrefois pour les peuples les ténèbres du paganisme 3 la roison s'est corrompue, toute

1)U CULTE EN GÉISEKAL. 33

vérité s'est altérée, et il faut que, dans la ca[)itale du royaume très-chrétien, le ministre de Jésus-Christ parle le langage qu'a uroit pu parler, il y a dix -huit siècles, un philosophe sensé dans Athènes ou P\.ome païenue. Au lieu de rappeler, de développer les srdjlimes, les touchans mystères du cliribtianisme, nous sonmies réduits à la déplorable nécessité d'exposer, de défendre ces principes sacrés qui sont le fondement de toute morale et de toute vertu. Dans ces saints jours (i), l'Eglise chrétienne a cou-tume de voiler les images pieuses qui décorent SCS temples et ses autels , et cela eu signe de deuil et de doulevu^, pour porter dans les âmes une rehgieuse tristesse; et nous, nous sommes comme forcés de jeter un voile sur l'Ev angile et siu- la croix devenue une folie pour le chrétien , comme autrefois elle 1 étoit pour le gentil : nous sommes en quelque sorte obligés de rougir de notre foi; mais que dis-je , Messicm^s? à Dieu ne plaise c[ue no\is rougissions de l'Evangile, non eriihesco Evangeliuin ! et malheur au peuple

fij Cv. Di-coiirs a iU' prcsnoïKt' le (liH'.r.rciK; <.1o la Passion.

qui en aiiroit tellement abusé qu'il ne seroit plus cligne de l'entendre! Ce n'est pas en rougir que de lui préparer les voies, que de disposer les cœin^s à se laisser niievix pénétrer de ses divines leçons, en dissipant d'abord les préjugés dont ils povirroient être offusqués. Plus tard, quand le moment en sera venu, nous la montrerons à cet auditoire , cette croix qvû a subjugué les sages comme le peuple , et nous la verrons entourée de tous le^»- trophées de sa gloire, des victoires cpi'elle a remportées depuis dixhuit siècles. Mais nous savons que l'apotro rnéme le plus ardent des mystères de la croix, que saint Paul savoit user de sages tempéramens, quil ne parla pas devant l'aréopage le langage qu'il auroit pvi tenir dans l'assemblée des parfaits. Lorsqtie les secovisses les plus violentes ont ébranlé les fondemens mêmes de l'édifice , ne faut-il pas avant tovit travailler a les raffermir, si l'on ne veut le rebâtir en vain sur des cendres et des ruines?

LÏS

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