MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME HISTORIEN
nombre, mciés même avec des os de poissous et autres fossiles, fut vivement frappe des monumens qu'il croyoit avoir soas les yeux de cette terrible inondation, comme on le voit par les paroles suivantes de son ouvrage déjà cité sur la formation des montagnes (i) : (C Ce seroit donc là ce dékige )) dont presque tons les anciens peuples de » l'Asie, les Chaldéens, les Pei^ses, les In- » diens, les Thibétains, les Chinois, ont con- )> serve la mémoire , et fixent à peu d'années )) près l'époque au temps du déluge mo- » saïque. »
, Si nous admettons le récit de l'écrivain sacré, nos continens, tels qu'ils sont, ne remontent pas à des siècles sans fin, et l'époque où a commencé leur état actuel ne peut être placée au-delà de cinq mille ans environ : or voilà encore ce que des naturalistes célèbres ont reconnu d'après leurs observations personnelles , témoin de Saussure et Dolomieu. Ce dernier a dit (2) : (( Je défendrai une )) vérité qui me paroît incontestable , et dont
(i) Page 85.
(a) Journal de Physique j janvier 1792. — Tiicorie '{& la Terre, par M. André, page 265.
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J) il me semble voir la preuve dans toutes les » pages de Finstoire, et dans celles où sont )) consignés les faits de la nature, que Fc- )) tat de nos conlinens n'est pas ancien, et )) qu'il n'y a pas long-temps qu'ils ont été )) donnés à Fempire de Fliomme. )>
Quant aux diverses observations que l'on peut faire à la surface et dans 1 intérieur du globe, je vous prie de bien remarcpier, Messieurs, que nous ne sommes pas obligés de tout expliquer par le seid déluge mosaïque, puisque tant d'autres causes ont pu avoir sur Fétat de nos continens la plus grande influence. D'aI)ord, si Fon regarde cliacun des joints de la création comme une époque indéterminée, qui peut savoir quelles modifications, quelles variations, la terre a sidjies dans ces premiers temps? Ce n'est ])as tout. Seize cents ans s'étoient écoulés depuis la création de Fhomme jusqu'au déluge; or Fliistoire du globe, dans cette longue suite de siècles, nous est totalement inconnue. Que de cbangemens ont pu s'opérer dans ce période de temps, et dont la connoissance n'est pas parvenue jusqu'à nous! Fnfm, depuis le déluge jusqu'au temps pré-
222 MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME IIISTOUIEN sent, il s'est écoiilé plus de quatre mille ans* et, dans ce période de plus de quarante siècles, combien de causes physiques, locales, particulières, ont pu modifier les continens, la température de leur climat et leurs productions! que de cliangemens amenés de distance en distance par les volcans, les tremblemens déterre, les inondations des fleuves ou leur atterrissement, les chutes de montagnes, les déplacemens de la mer q\d s'est éloignée de certains rivages, parle dessèchement de vasles lacs que le déluge même à creusés aumi- Keu des terres! Sur tout cela, Tesprit peut se donner une libre carrière; ce que demande seulement le respect dû à nos livres saints, c'est de ne pas contester les grands évènemens qui s'y trouvent consignés, mais sans presque aucun détail; c'est de reconnoître et l'ordre de création raconté par Moïse et la grande catastrophe du déluge.
Maintenant, si Ton demande [^r quelle cause est arrivé ce déluge , nous répondrons sans balancer que nous novis en tenons au récit de 1 écrivain sacrée qu'il faut voir dans le déluge un événement qui sort des lois ordinaires de la nature, et qui est produit
Des TEJSîrs piumitifs. 220
par rinterventioïi spéciale de la toute-puissance divine. Celui qui a forme Funivers peut l'ébranler, le changer à son gré. 11 sel'oit trop déraisonnable de contester à celid cfui a fait les lois de la nature le droit de les suspendre, cpand il lui plaît, pour des fins dignes de son adorable sagesse. Je sais rpie lintervention de la Divinité paroît fort ridicule aux yeux d'un athée 3 mais je sais aussi qu'il nous est permis à notre tour de ne voir dans rathéismc qu'une insigne folie. Après tout, Messieurs, Fhistoire plus approfondie soit de la nature , soit de l'antiquité, a forcé les savans naturalistes de nos jours à reconnoitre que l'état actuel de nos continens étoit l'effet d'une subite et violente inondation. Or quelle force physique a donc pu, contre les lois de la gravitation , soulever l'immense océan et le précipiter sur la terre ferme? De simples volcans sont-ils capables de produire des effets si vastes et si prodigieux? On a voulu supposer dos comètes qrù, en choquant le globe, en auroient changé Taxe et avuoient amené le déplacement des mers. Mais, outre que c'est là une supposition tout-à-fait arbitraire, et
224 jMOÏSE considéré COM^IE HISTORmnvf qui n'a pas le plus léger fondement dans les traditions humaines, est-il bien avéré que le choc d'une comète suffiroit pour produire cette immense révolution? Le savant auteur de Y Exposition du système du monde (i), chercliant à rassurer les esprits puérilement timides contre la crainte d'un si terrible événement, dit en propres termes qu'il paroît que (( les masses des comètes sont d'une )) petitesse extrême, et qu'ainsi leur choc ne 3) prodiiiroit que des révolutions locales. » j^insi la futilité des conjectures que l'on a faites pour expliquer physiquement le déluge nous ramène au récit de Moïse.
Si l'on demande encore comment il se trouva une assez grande quantité d'eau pour inonder les continens , je réponds que d'après Moïse on doit joindre à la f[uantité incalculaljle d'eau répandue dans l'atmosphère les eaux qui sont contenues dans les aljimes souterrains et dans les bassins des mers; et, s'il en est ainsi, il ne doit pas paxoître étrange qu'il se soit trouvé assez d'eau pour submerger la terre. Des savans ont fait
(i) La Place, tome II, chap. iv, pages iOi et 5;.
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a ce sujet des calculs approximatifs qui ont rendu la chose plus sensible (i). \oyez au reste combien Moïse est conséquent; suivant lui, dans Forigine, la terre étoit toute couverte d'eau; elle a donc pu en être couverte une seconde fois.
Si l'on demande on troisième lieu d'où vient que, le genre humain avant été détruit par le déluge à l'exception d'une seule famille, on ne trouve pas d'ossemens humains confondus dans les couches supérieures de la terre avec les débris de corps marins, de plantes, de cpiadrupèdcs, nous ferons quelques observations qui doixent suffire à tout esj)rit raisonnable. D aljord ne peuton pas dire qu'a\ant le délnge la terre n'étoit pas peuplée dans toutes ses parties, comme elle Fest aujourdhui? Ensuite il se peut très -bien que quelques portions des continens antidiluvions soient restés sous les eaux de la mer avec les hommes qui les haJjitoient.- De plus, dans quelle contrée a-t-on fait des fouilles et des recherches? c'est surtout dans une petite partie
(i) Leçons tic l'Histoire, Itltre V, note D.