SOCIABILITÉ, DE LA NATIO^ALITÉ
Les païens disaient qu'il fallait être Dieu ou bête pour vivre seul ; et, suivant la même pensée , le chrétien dit que, pour vi« vre dans une solitude absolue , il faut être ange ou diable. Bien que la plupart des condamnés de nos prisons pariicipent un peu de cette dernière nature , ils sont hommes avant tout , et dès lors ils ont droit à être traités en hommes. C'est pourquoi le projet de loi du Gouvernement exclut la solitude absolue et le silence absolu de son système d'emprisonnement. Lors donc que M. Léon Faucher vient dire : « La cellule du système pennsylvanien ne vaut pas mieux, avec des formes moins brutales , que lesYade in pace de l'Inquisition ; c'est toujours la société retirant son appui à l'individu et le laissant retomber de toute sa hauteur dans le désespoir , dans la folie ou dans une implacable perversité ; une fois muré au fond de ce sépulcre, l'homme sent sa nature se dédoubler, le corps rampe comme un ver de terre, loin du mouvement et du soleil ; Tintelligence tourne à la rage ou à l'hébétement ; voilà désormais un être rayé du livre de vie, etc. ,
prison. On sait quelles évéacments du 20 mars étouffèrent cetto première pensée pénitentiaire dans son germe.
— iip —
etc. (1); » — il est évident que celte exagération de style et de pensée ne peut s'appliquer qu'à an système cellulaire d'un autre temps ou d'un autre monde. Et quand M. Faucher cite Gonfalonieri et Silvio Pellico àTappui des indaelions qu'il en tire contre le projet de loi^ il est évident encore qu'il confond deux modes d'emprisonnement tout à fait distincts, la solitude absolue et la séparation des détenus én/re eux seulement (â), «^ootre qu'il s^appuie de l'autorité de détenus politiques qu'on ne devrait jamais citer, ni pour ni eontre> dans la question (5)«
« Cependant , dit M. Lucas , sous l'empire du principe qui la
(1) Il projet de loi sur les prisens, p. S&
(2) Voici ce qu*a écrit Silvio Pellico : « La solitude absolue peut être bonne à Tamendement de quelques âmes ; mais je crois qu*en général elle Test plus encore si on ne la pousse à l'extrême, si on ne X isole complètement de tout contact avec la société. » ( Mes prisons , p. 3S6. )
(3) Je \eui pourtant, par représailles, citer ici quelques passages de deux dissertations admirables de pensées et admirables de sentiment , lues pai un ancien déteno politique, Mompiani» à l'Âthénée de Brescîa , en iB4â, en faveur de Temprison* n^eoi individuel : « S'il m'était permis de vous exposer les fruit» de mon expé* rienee personnelle , alors j'oserais vous dire que j'ai passé dew années eo j^iaoïr, par suite de combinaisons malheureuses, que personne parmi vous n'ignore; et pendant tout le temps que je me trouvais avec les autres ,)'ai toujours senti, tantét plus , tantôt moins , l'influence dn caractère et des sentiments de m«s compagnons d^ififortone. Mais , dorant once mw , que je fus enfermé seul dans une ceUuie étroite et peu éclairée, et où j'entrai en frémissant, mon âme a subi des modifications en û grand nombre et si utiles, que je ne puis m'en ressouvenir qu'avec une véritable satisfiiction. Peu à peu, lé mépris, Tinquiéttide et le désespoir firent place au calme , à la réflexioa, h la confiance en Dieu; de manière que je puis dire ne m'étre jamais senti ni si noble, ni si religieux» ni si fort, comme dans les journées dont je parle , nonobstant les périls qui m'environnaient. Mon corps était faible, abattu; mais mon âme était pleine à^ vie; je penchais tellement vert la bienveillance , que je ne pouvais retenir mes larmes, rien qu'en me souvenant dn nom d'un ami ou d'un cher concitoyen. Je suis même arrivé à avoir compassion^ du fond de mon cœur, de ceux qui, aveuglés par de fausses apparences, m'induisaient à croire que j'aurais une fin terrible , qu'elle était inévitable. Avec cette disposition paisible , joyeux d'avoir pu m'élever au-dessus de mes malheurs , je pus mp consacrer à des études sérieuses, faire des lectures suivies et donner un libre cours h mes pensées, faisant, dans mon étroite cellule, les voyages délicieux qui m'occupaient autrefois, au temps où j'étais libre. Et si la triste pensée de l'avenir ne fut pas venue quelquefois troubler la tranquillité de ma solitude, j'aurais passé des journées entières dans la cooioUtion qui naît 4e la résignation la plus pure. •
— J57 constitae et de la nécessité qui la domûie , l'école pennsylvanienne est allée jusqu'à proscrire en même temps qpe les relations tuiles de l'enseignement , les relations honnètet de la société , et jusqu'aux relations tacréet de la famille (1). ■
Le fait est que , dans la constitution primitive des règles du pénitencier de Philadelphie arrêtée en 1821, le système de l'emprisonnement solitaire est ainsi cfiractérisé : • Une séparatioo si absolue des condamnés, de la société et de l'un et de l'autre, que, pendant tout le temps de leur réclusion, aucun d'eux ne puisse voir ou entendre aucun être humain, être vu et entendu par qui que ce soit , excepté le geôlier, les inspecteurs , on toutes autres personnes que des motifs de la plus grande urgence permettront d'introduire 4ans l'enceinte de la prison (â).*
Hais M. Lucas sait très-bien que cette solitade abtolue a été rejetée , même ii Philadelphie (voir ci-dessus p. 91), et qu'aujourd'hui c'est moins le iolitary confinemetu que le ieparale lyitem qui est la règle du pénitencier (3). Toutefois , îl faut le reconnaître , le xoUtary confinement y domine encore , et ce qui le prouve c'est que , encore aujourd'hui , les condamaés ne peuvent avoir aucune communication avec leur femille ou leurs amis , ni même en recevoir de lettres, si ce n'est dans des cas très-rares. Les inspecteurs , les ministres des cultes , le directeur, le médecin, les employés et les visiteurs officiels peuvent seuls voir les détenus dans leurs cellules. Le silence est la règle générale pour les détenus comme pour les employés : on ne se parle jamais qu'à voix basse. La nourriture des détenus leur est donnée silencieusement par le troudeleur guichet. Les roues des voitures de service , au lieu d'être ferrées, sont garnies de cuir pour faire le moins de bruit possible. Les gardiens eux-mêmes portent des chaussures de laine et marchent ainsi sans être entendus, etc., etc.
Le système français de l'emprisonnement individuel n'admet
( I ) Théorie de l'tmpriêotoitnttnl , l. 111 , p. 413.
(3j Lucai, Du ii/iième péitiiaaiaire m Europe tiauxÈiati-IMit, t. II, p. 144.
{3) V. ma iruduclion des Rapporii officMt, p. S6, 73, GO, 105, 111, etc.
ni ces rigueurs , ni ce mutisme glacé du clottre. Nous avons vu , p. 77 et suiv. , sur quelles bases reposent ses conditions d'application , et tout le monde doit aujourd*hui demeurer convaincu que ce n'est point la solitude absolue que le projet de loi veut pour les condamnés , mais bien seulement là séparation des condamnés entre eux.
Malgré cela , les adversaires du projet imputent à Y emprisonnement individuel tous les griefs qu'ils prétendent avoir
contre la solitude continue. Voyons donc s'il en est quelques uns qui peuvent l'atteindre.
« Dieu a fait l'homme pour vivre dans l'atmosphère de la réunion, comme il a fait le poisson pour vivre dans l'eau, dit M. Lucas (1). » Sans doute. Mais de quelle atmosphère^ de quelle réunion s'agit-il .^ est-ce de celle des voleurs ou des honnêtes gens? Voilà la question. Qui oserait dire que Dieu veut que l'homme dépravé s'associe à l'homme dépravé, et que quand il a commis un crime, il faut nécessairement lui procurer la société de criminels comme lui ?
« Je voudrais bien savoir, demande sévèrement M. de Tocqueville, quelle est la charte divine ou humaine qui a donné aux cri< minels le droit de vivre en commun , le droit et le pouvoir de se communiquer incessamment leurs vices et leurs crimes (â) ! »
« L'homme est né pour la société ». Sans doute ; aussi, est-ce dans la société et pour la société qu'il faut l'élever ? « Mais, répond un savant magistrat, le condamné a grandi, a vécu au milieu d'elle ; l'instinct de la sociabilité s'est développé en lui, mais il s'est dépravé. Que doit faire la société? Elle doit punir le coupable et le ramener, s'il est possible. Elle le repousse pour un temps ; elle le condamne à l'isolement. Est-ce là un châtiment contraire à la nature des choses? Il nous semble que la peine est parfaitement rationnelle : 1 u n'as pas su vivre de la vie sociale, tu
(i) Ch. Lucas, Commumcaiion sur quelques détenm cellules ^ 1839 > p. 15. (2) Compte-rendu des séances de rAcadémie des sciences morales et politiques, 1844, p. 120.
as. troublé l'ordre de la communauté dont ta étais membre; eh bien ! va vivre dans la solitude! et précisément parce que tu es un être sociable , que tu as besoin du commerce de tes semblables , tu trouveras dans cette privation temporaire une peine d*abord et puis une leçon ; tu apprendras que» pour vivre parmi les hommes 9 la première concUtion c'est de respecter les rapports qui les unissent, les règles qu'ils ont établies (i). »
Mais» dit-OB, « s'est*on jamais avisé à aucune époque, et dans aucun système, de mettre Ybomme^ cet être essentiellement sociable , en cellule solitaire pour y faire son éducation (3) ? b Le fait est que si c'est pour laire réducation du criminel que la justice 8*avi8e de le mettre en cellule, cette méthode d'enseignement peut bien n'être pas la meilleure. Mais est-ce bien précisément « pour réparer les échecs de l'éducation sociale (3) > que les prisons sont instituées? c Une prison né sera jamais une maison d'éducation > , a dit un ministre (4). Je crois que ce mot suffit pour en finir avec la théorie éducationnelle de M. Lucas (5).
Toutefois ce serait une grande erreur de croire que la vie individuelle du condamné dans sa cellule est contraire à son éducation sociale. L'illustre auteur des Rapports du physique et du moral de l'homme^ Cabanis, a émis sur ce sujet une opinion que peu de personnes connaissent. Je suis heureux de pouvoir la produire le premier :
« L'homme, quoique essentiellement sociable , est cependant « fait, avant tout, pour exister individuellement. Son existence c individuelle précède son existence civile et politique ; elle c doit lui servir de base , et même en quelque sorte de modèle. « Celle-ci doit à son tour tendre à perfectionner la première :
(i) De la Seiglière, Discourt de rentrée à la cour royale de Bordeaux, 1843.
(2) Ch. Lucas, Théorie de V emprisonnement, t. III, p. 483
(3) Ibid . t. IH , p. 245.
(4) Circulaire de M. d'Argout, du 3 décembre 1832.
(5) V. celte théorie développée. Théorie de l'emprisonnement , t. II , p. 56, 86, 125» etc.
« telle esi le véritable bot de Tétat social* Il faut donc faire agir « d'abord rhomim indÎTidael en enployant des mobiles qui lai c toient propres : c'est sur le point d*appui du «let que doivent c porter tous les leviers sociaux (i). »
Cela peut être» dit M. Lucas. — « Mais on n'a jamais imaginé dans le monde qu'il fallût changer l'homme en ermite pour retrouver en loi le citoyen. On feçonne dans le couvent le religieux aux habitudes de la vie ascétique, tandis qu'il faut au contraire discipliner et rendre le condamné aux habitudes de la vie sociale. Est-^e donc lui inspirer ces habitudes que de mettre entre lui et la société» au lieu de l'intervalle deà mers, de l'esclavage et de la tombe, celui de la solitude (3) ? »
Il ne s'agit point , dans le système de remprisonneraent individuel , de faire du condamné un ermite. Il s'agit de le punir individuellement pour le crime ou le délit qu'il a commis individuellement. S'il n'y avait que lui de condanmé dans la prison, on n'en condamnerait pas un autre, j'imagine, tout exprès pour lui tenir compagnie ou pour lui donner des habitudes sociales^ S'il n'est pas bon que l'homme vive seul, il n'est pas bon non plus qu'il vive en communauté de pensées et d'actions avec des coupables qui le sont plus, moins ^ ou autant que lui. C'est pourquoi aux habitudes sociales des gens de crime, que le condamné avait contractées hors de la prison, et qui l'ont conduKen prison , le projet de loi veut substituer en lui les habiêudes sociales des gens honnêtes qui l'empêcheront d'y revenir* C'est pourquoi le projet veut séparation absolue du condamné d'avee ses co détenus , et communications fréquentes entre lui et les personnes de l'administration ou du dehors qui seront admises k le visiter chaque jour. Il ne sera donc pas seul dans sa cellule ; il y sera seulement préservé du dangereux contact des criminels que la loi a frappés comme lui.
Pareillement le système du Gouvernement exclut le silence ,
(1) V. Quelquts vues sur les secours publics, imprimé [âi la Iîd du degré de certitude de la médecine, p. 454.
(2) Gh. Lucas f Théorie de' T emprisonnement , t. 111, p. 4S4, 486, 488.
parce que la lâmgae a été donnée à rborame pour qn'il s'en serve hoonétemenl et utilement pour lui et les autres. C'est pourquoi le projet veut que le prisonnier cause, et qu'il entre en relations avec les personnes qui pourront le sauver» et qu'il soit placé dans l'impossibilité de communiquer avec toutes celles qui pourraient le perdre.
«Qu'cm ne dise pasau surplus que le régime de i' isolement atta* que et affaiUit dans le condamné l'élément de la sociabilité. Il le voudraitenvain^iln'y ariendesi vivace dans le coeur de l'bomme. Oui , il comprime , il plie ce puissant ressort , mais c'est pour le redresser. Il retranche au condamné la société des méchants , mais c'est pour qu'il se retourne de lui-même vers la société des bons. Loin de méconnaître et de supprimer cet impérieux instinct» qui est une des lois de sa nature, c'est par là qu'il le saisit pour le détacher de ses habitudes anth*sociales et ranimer en lui le véritable esprit de sociabilité (i). >
« Vous reproches au système d'isolement de mutiler l'homme, de ftiire du détenu une sorte de reclus, de moine, propre seulement à la vie ascétique, impropre à la vie sociale (et plât à Dieu que la chose fàl possible , car, au seul point de vue philosophie que, mieux vaudrait encore peupler des couvents que des prisons). Et, de votre côté^ qu'en faites-vous? Vous le réduisez, autant qu*il est en vous, à l'état de machine ; vous le condamnez à une existence purement automatique ; vous lui interdisez la parole, le premier don de Dieu après rinlellig^ice. Or, la s»* cîété, ce n'est pas la juxta^^position des individus, c'est leur commerce, l'échange de leurs idées , de leurs sentiments. Vous isolez donc , vous mutilez donc aussi l'homme à votre manière , car vous voulez, comme nous, rompre la société du mal* La différence, c'est que notre procédé est pleinement efficace, et que le vôtre n'a qu'une demi-effMîacité (2). •
U est vraiment étrange d'entendre dire aux adversaires dn
(1) De la Seiglièrer pro€ur««r géiiér«l. I4& JM«.
(2) Ibid,
système de Femprisonneineiit individuel que ce système détruit les habitudes sociales , que le système contraire seul les maintient et les perfectionne. Est-ce donc que la vie sociale des hommes réunis consiste à devenir sourds-muets, à se lever, se coucher, se mouvoir au son d'une cloche ; à dormir seuls dans une cellule ; à marcher au pas, en rang et en silence, comme des ombres , dans un préau ; à ne pouvoir regarder ni à droite, ni à^ gauche, ni devant soi, sans rencontrer Tœil d'un gardien ; à ne pouvoir ni rire ni pleurer, ni serrer la main d'un camarade, ni lui dire bonjour en passant, sans qu'au niéme instant un gardien vous note et vous envoie au cachot? Si c'est là la vie sociale, Tantale, à ce compte, doit être le type de la sociabilité humaine comme vous l'entendez.
« Mais , dit-on encore » le jour de la sortie arrivera pour le détenu : alors ^ que fera-t-il de la probité que vous lui aurez apprise en parole? Rentré dans l'arène des passions humaines, comment se défendra-t-il des méchants (1) ? »
Assurément^ quand le jour de la liberté sera venu, le passage subit de l'isolement à la liberté aura pour le détenu des dangers qu'on ne peut méconnaître ; mises en présence des occasions , ses meilleures résolutions pourront ctemcheler ; mais le péril est-il moindre dans tout autre système? Le détenu aura-t-il mieux appris à se diriger, parce qu'il aura vécu, courbé sous la loi du silence et sous le fouet des surveillants? L'épreuve sera difficile pour Tun et pour l'autre ; mais il y aura pour le premier un avantage de plus et un danger de moins ; il rentrera dans le monde muni de salutaires réflexions, et il ne courra pas la chance d'y retrouver ses compagnons de captivité (2).
« La supériorité du système de Philadelphie est surtout évidente, dit le docteur Julius , lorsque le détenu rentre dans la société à l'expiration de sa peine, et doit choisir entre le vice et la vertu ; car la condamnation qu'il vient de subir n'a pas eu
(1) Ch. Lucas, Théorie de VemprisonnemeiU , i. lU, p. 483. (i) De Laséiglière, ti^ aup.
M^WtJ
pour témoins des milliers de malfaiteurs; mille bouches impures ne sont pas prêtes à la divulguer ; le condamné peut se rencontrer avec ses co détenus sans que ni les uns ni les autres sachent qu*ils ont séjourné dans la même maison ; plus d'obstacles alors au retour à la vertu ! Le prisonnier renaît au monde avec une toute autre disposition d'esprit, sans préoccupation importune ; son avenir tout entier est entre ses mains , et les enseignements de la prison l'ont disposé à l'employer d'une manière conforme aux lois de la morale (1). »
Une dernière objection est faite, du point de vue social , contre le système de Philadelphie , c'est que ce système est , diton, inapplicable à la France, en raison de ce que (2) « l'intervalle qui sépare le caractère américain du caractère français est si grand qu'on se refuse à admettre l'application d'un même système à deux nationalités si différentes. » Grande, en effets est la différence qui existe entre la nationalité américaine et la nationalité française ; mais cette différence ne doit-elle pas produire un argument en sens inverse de celui qu'on en prétend tirer? Croit-'on que l'Américain , dont la vie est toute active , toute excentrique, toute politique, toute de hasards , de spéculations , d'industrie ; que TAméricain , qui prend part au moindre mouvement du gouvernement républicain dont il est un des rouages nécessaires , soit plus apte à la vie cloîtrée que le Français , dont la vie est toute domestique , toute concentrique , toute passive , toute individuelle ; que le Français qui , dans les rangs où se recrute habituellement la prison , voit tranquillement de chez lui se mouvoir la machine gouvernementale sans y prendre part aucune ?
Au surplus , il n'y a pas que des Américains dans le pénitencier de Philadelphie , et le dernier Rapport officiel publié sur ce pénitencier constate que, depuis son ouverture, on y a compté, outre 7 Français, 2 Belges, 6 Écossais > — 127 Irlan-
(1) Du Système pénitentiaire américain, en 1836. Traduction de M. V. Foucber, p. 34.
(2) Ch. Lucas, Communication sur quelques détenus cellules, 18S9, p. 6.
dak. Or, on sâil que tes Irlandais sont encore plus expansés , plus commanicatifs, plus légers, enfin, que les Français*
Et quand il serait vrai, du reste ^ que le êoUtary confinemtni convient mieux à l'Américain qu'au Français» qui donc veut du 9oliiary confinement en France ?
On ne peut plus , de bonne foi, confondre remprisonnement individuel avec le solitary confinement. Le solitary confinement exclut le travail et le principe vital de la sociabilité ; il abrutit quand il ne tue pas. L'emprisonnement individuel, au contraire, admet, comme condition essentielle de son régime, et le travail et la sociabilité...; non la sociabilité des voleurs et des bandits^ — celle-ci déprave et tue V&me ; il faut la détruire jusque dans ses moindres éléments; — mais la sociabilité des honnêtes gens, c'est-à-dire les relations habituelles du détenu cellule avec le cotttre-mattre, avec le directeur, avec l'aumônier^ avec le médecin , avec les surveillants, avec les inspecteurs, avec les visi* teurs, avec les comités de surveillance. Cette sociabilité-»là estla vie nouvelle à laquelle il faut initier le condamné. Cette vie^là ne le soustrait à la vie sociale du crime et des mauvaises pas* sions que pour le rendre à la vie sociale de l'homme probe.
Il y a une chose anti-sociale , anti-feligieuse , anti-naturelle , anti-française surtout, c'est de contraindre des hommes, animés des mêmes passions , enveloppés dans un même sort, couverts de la même livrée , à vivre en contact immédiat entre eux^ avec la perpétuelle tentation de faire échange de leurs pensées , et l'absolue prohibition d'y succomber, fût-ce par un mot > fât*Ge par un signe! Mais cette règle, aussi absurde qu'inhumaine n'est point imposée dans le système de Philadelphie. Aubumseul la revendique, et ses coups de fouet ne prouvent que trop cruellement l'impossibilité de la suivre.
Ainsi donc, l'objection tirée de la différence de nationalité est comme les autres, sans valeur aucune dans la question, telle qu'elle est aujourd'hui posée.
%• objection.
LA CELLULE, PANACÉE UNIVERSELLE DU SYSTÈME, NE PEUT, PAR ELLE-MÊME, PRODUIRE l'aMENDEMENT DU DÉTENU. — ELLE LE DÉPRAVE AU CONTRAIRE, ETC,
Prétendre, comme le fait M. Lucas (1), que ce qui a valu au système de Temprisonnement individuel d'aussi nombreuses , d'aussi universelles sympathies, c'est que là cellule qui le constitue a, dans l'opinion de ses partisans, la vertu de guérir tons les maux de l'âme , et d'appliquer le traitement pénitentiaire convenable à tous les degrés, à tous les besoins de l'emprisonnement, comme à tous les cas, à tous les caractères, à tous les agents de la criminalité; c'est ignorer ou feindre d'ignorer ce que les partisans de la cellule en attendent.
Je l'ai dit déjà , et je le répète à M. Lucas : ce serait faire injure à la raison de ceux qui ont foi dans le système de l'emprisonnement individuel^ que de leur supposer la pensée de vouloir faire d'une cellule de tant de pieds carrés une panacée pénitentiaire universelle. Le remède que comporte la pratique de ce système n'est pas en effet la cellule. La cellule n'est pas le remède ; c'est seulement, si je puis m'exprimer ainsi, le vase nécessaire pour l'administrer. Le vase doit être le même partout et pour tous ; mais le remède qu'il doit contenir doit varier suivant les besoins relatifs de chaque individualité. Ce remède , c'est la peine même de l'emprisonnement , peine impossible à graduer, selon les prescriptions de la loi ou du juge, dans le système de la vie commune ou des classifications par masses , et qui peut se resserrer ou s'étendre à l'infini dans le système du traitement séparé approprié à la force physique, morale ou intellectuelle de chacun.
Vous dites : « Vouloir, avec un agent aussi varié, aiussiinegal, aussi opposé dans ses effets que l'est la cellule , créer la base
(1) V. Théorie de V emprisonnement , t. III, p. 456.
normale d'une discipline pénitentiaire et poursuivre le but unitaire de ramendèment , ce serait vouloir, avec des fils de toute couleur et de toute grosseur, obtenir une trame d'une seule nuance et d'un tissu uniforme (1). •
Je réponds que la cellule n'est point l'agent mais rinstrument du système dont l'agent est l'administration , et que si l'instrument est et doit être unique aux mains de l'agent, les effets que Tagent peut en tirer sont et doivent être aussi variés que les sujets multiples auxquels ils se réfèrent. Et c'est ainsi , pour ne pas sortir de votre comparaison , que l'instrument ou le métier, qui est la cellule, fera de vos fils de toute grosseur et de toute couleur, une trame solide et uniforme , mais de nuances diverses, aux mains du tisseur, qui est l'Administration.
D'autres disent : « La solitude déprave , et deux heures de « méditation solitaire peuvent en enseigner plus que vingt leçons des coquins les plus habiles. »
A cela, j(^ réponds avec M. Léon Faucher, que «la conversation de deux bandits , cette méditation en commun, nous paraîtra toujours plus dangereuse que les réflexions intimes d'un malfaiteur isolé (2). >
M. Faucher ajoute avec grande raison : « L'honnête homme appuie sa vertu sur la société ; il y prend ses exemples et ses encouragements ; la pensée du vice ne peut lui venir que de ses propres passions. Le malfaiteur, au contraire^ a mis ses vices et ses pensées de mal en société ; c'est la bouteille à la main, et rassuré par la présence d'une bande de complices qu'il discute les chances et les moyens d'un crime ; il évite de se trouver seul à seul» avec sa conscience » de peur d'y trouver les images obscurcies, mais toujours irritées, de la morale et de la loi (3).»
Sa conscience ! le malfaiteur l'étourdit et en étouffe le cri
(1) Communieation sur quelqueM détenus eellulést 1839, p. 25.
(S) De la réforme des prisons, p. 66.
(3) De la réforme des prisons, p* 66 et 67.
dans la promiscuité de la vie commune. Dans la solitsde » ils ne l'appellent plus la muette !
Mais, dit M. Lucas , «Dans Temprisonnement solitaire le détenu est à Tétat passif. Au dedans de lui , le détenu , dans sa cellule, n*a à combattre que le souvenir de ses anciennes fautes dans rhorizon lointain du passé; en dehors de lui , il n*a rien à combattras , ni la tentation ni la règle. L'emprisonnement solitaire supprime la volonté. Il n'y a plus, dès lors, pour le détenu confiné dans sa cellule , ni motif, ni occasion de faillir. D'ailleurs la réflexion solitaire , pour arriver à Tefficacité de son empire, a besoin de directions , d'intermédiaires, les malfaiteurs ne pouvant prendre l'initiative de leur regénération, et devenir eux-mêmes , sans qu'on s'en mêle , par le seul fait de leurs réflexions solitaires, les instruments sérieux et intelligents de leur conversion (1) ! »
A ces réflexions je n'ai à opposer que celles-ci : Et d'abord , le principal avantage de la règle de l'isolement c'est que , si elle ne peut agir directement sur la volonté , elle la détermine à agir sur elle-même, et c'est en cela précisément qu'elle se distingue de toute autre et qu'elle est vraiment régénératrice. «Là, point de causes extérieures d'excitation, point de jalousies^ point de luttes, presque jamais de punitions; la main de l'homme ne se fait sentir qu'une fois et n'a plus besoin de se montrer; le plus rebelle se courbe de lui-même sous le poids de la nécessité* La peine saisit séparément chaque condamné; seul avec sa conscience, ignorant tout ce qui l'environne , le plus audacieux s^t promptement sa faiblesse , le plus insouciant est amené à réfléchir. Il appelle le travail à son secours, et, au lieu d'y voir une tâche , il y trouve nn soulagement. Il est avide d'entendre une parole humaine; cette douceur ne lui est pas refusé ; séparé de la société du mal , il ne Test pas de la société du bien. Des hommes sages, éclairés , bienveillants, le visitent dans sa solitude : le prêtre vient tout
(4) Gh. Lucas, Théorie de f emprisonnement , 1. 111, p. 478, 481 et 505.
des premiers , et , loin de se détourner à sa vue , le pins incrédule l'accueille comme un ami, comme un bienfeiteur. Il fait plus que Taccueillir, il Técoute » il est attentif à toutes ses paroles. Il n a point là de railleries à craindre , point de mauvaise honte à surmonter. La voix de la religion descend dans cette âme ramollie , sans résistance comme sans distractions. S'il s*y trouve une place pour la bonne semence , elle y germera silencieusement > à l'abri de toute insulte et de tout souffle corrupteur. S'il sait lire, des livres choisis viendront continuer l'œuvre de la parole. S'il ne sait pas lire, on l'instruira; une voix bienfaisante fera parler ces livres encore muets pour lui , en leur communiquant sa vie et sa chaleur. » (1) Et c'est ainsi que la réflexion solitaire , aidée de cette direction , de ces intermédiaires, arrivera sûrement à l'efficacité de son principe.
Quant à l'argument qui consiste à dire : « Imagine-t-on un système qui aspire à l'amendement , sans permettre à la discipline la possibilité de l'infraction , ni à l'homme le mérite de l'omission (2) ? » Les Inspecteurs anglais y ont parfaitement répondu dans leur quatrième rapport en disant : « Est-ce que, par hasard , ceux qui font cette objection prétendraient affirmer que l'amendement moral des détenus ne peut naître que d'un conflit perpétuellement ménagé, dans l'esprit du coupable, entre ses passions fortement excitées et la crainte de la peine qui l'attend s'il s'y abandonne ? Ce principe , qu'on ne craindrait pas d'introduire dans les murs d'une prison , jugerait-on prudent de l'admettre dans le monde? Croit-on qu'un père voulût en faire l'expérience sur son fils, un mentor sur son élève, un maître sur son serviteur? Connaît-on quelque vertu qui soit née, dans le cours ordinaire de la vie, du choc de son principe avec le vice correspondant?. . . Dans ce système on doitapprendre au prisonnier à éviter ce qui est mauvais , ce qui est défendu , ce qu'il éprouve le plus la tentation de commettre, précisément
(1) De La Seiglicre, ub sup.
<{t) Ch. Lucas, ib., t. III. 464.
en Texposant au danger de faillir ! ... De bonne foi , peut-on soii^ tenir sérieusement que le seul système pénitentiaire à suivre , est celui qui induit le coupable en tentation , et que le seul à éviter est celui qui empêche que le coupable n'y succombe? »
Au surplus^ les rapports déjà parvenus au ministère de l'intérieur sur les premiers résultats obtenus du système cellulaire qui est pratiqué dans les deux prisons nouvelles de Tours et de Bordeaux, ne laissent aucun doute sur les heureux effets que ce système est appelé à exercer et exerce déjà sur les détenus. Ici , plus de théorie; ce sont les faits qui parlent. Interrogeons-les.
Prison cellulaire de Bordeaux (i).
Extrait du Rapport de la Commission de surveillance, — « Les conversations nombreuses des membres de la Commission avec les détenus leur ont démontré que ceux chez qui toute lueur morale n'est pas éteinte préfèrent la réclusion individuelle a l'emprisonnement eoUectif ; tandis que ceux qui ont déjà fréquenté les prisons, regrettent, dans leur cellule, les distractions des préaux et des dortoirs communs. *
« Malgré le court séjour qu'ils ont pu faire dans le pénitencier , on ne trouve guère de récidivistes parmi ceux qui l'ont habité. Les vagabonds qui revenaient, chaque hiver, chercher autour du poêle et sous les couvertures de la prison, un abri contre les intempéries de la saison, n'oiit pas reparu cet hiver.
« En outre des visites faites journellement par l'aumônier, le Directeur, les chefs d'atelier, les gardiens, les commissaires de semaine, etc., douze personnes honorables visitent journellement les détenus dans un but religieux. Chacune d'elles est chargée d'un certain nombre de cellules, dont elle doit voir les prisonniers deux fois par semaine. Les détenus les accueillent avec bonheur, et les écoutent avec docilité i ils paraissent heureux de l'intérêt qu'on leur témoigne. Un bon nombre s'est déterminé à demander les secours spirituels de l'aumônier.
« L'expérience a prouvé que la parole d'un laïque agit avec force
(1) CeUc prison a été ouverte le 14 août 1843. Elle conlieut 174 cellules.
for les priaonniers las plus corrompus, qui ne voient malheureusement, dans un aumônier qu'un employé de la maison faisant son métier.
u Les Sœurs nous ont affirmé que rien n'est plus fréquent que de voir les femmes donner dans leur cellules des signes d'un vif repentir.
« En résumé, tout ce que la Commission de surveillance a pu observer, depuis l'ouverture du pénitencier, est favorable au système de la réclusion individuelle, adoucie par le travail, les lectures, la promenade, et les rapports aussi multipliés que possible avec les personnes honnêtes , capables de les moraliser.
« Plusieurs membres de notre Commission, la totalité des membres de la Société des visiteurs y donnaient la préférence à priori au système d'Aubum. Aujourd'hui, après expérience^ il n'est pas un d'eux qui ne soit revenu de cette erreur, et qui ne reconnaisse hautement la supériorité, en tous points, du système de l'isolement- de nuit et de jour sur tous les systèmes proprosés.
Bordeaux , ce 14 février 1844.
Signé Lucien Faure, baron Sarget, Casteja, Ladorantus, J.-B. Dopucn, A. Fate, Gauthier aîné, docteur Artaud, rapporteur.
Extrait du Rapport du Préfet de la Gironde. — « Tontes les préventions se dissipent, k Bordeaux, contre le régime cellulaire, à mesure que les hommes qui les avaient conçues sont mis à m^me de comparer l'état actuel des choses avec celai qui a précédé.
« Il y a, dans la Commission de surveillance, un homme éminemment distingué par sa piété et par sa philanthropie. Il voit beaucoup les détenus dans leurs cellules ; je l'avais engagé à consigner dans un Rapport spécial les conversations qu'il a eues avec un grand nombre d'entre eux; il n'a pas eu le temps de le faire; mais il a conclu, de tout ce qu'il a entendu, que le régime cellulaire était antipathique aux récidivistes, et que tout détenu, non endurci dans la crapule ou dans le crime , était amené à de sérieuses réflexions et au désir de^mieux faire.
« Quant aux autres, le régime cellulaire leur paraît dur, et c'est encore un bienfait que la crainte qu'ils ont d'y être soumis.
« C'est donc avec la plus entière confiance que le Gouverne*ment peut entrer dans le nouveau système d'amélioration des prisons, etc. (1). > Signé Sers.
Bordeaux , ce 27 février 1844.
(1) V. d'autres extraits de ce Rapport ci-dessus, p. 74^ et ci-après, Objection rclativa à la Folie.
. Prison cellulaire de Tours (1).
Extrait du Rapport de la Commission. — « Quand nous faisons nos visites^ les prisonniers se plaisent à nous montrer leur travail, et recherchent notre approbation, ce qui démontre jusqu'à l'évidence 4}u'ils ne s'occupent pas avec insouciance, et qu'au lieu de briguer, comme naguère, de leurs compagnons de misère, cette approbation pour de mauvaises actions, ils aspirent à un encouragement pour ce qu'ib font de bien et d'utile. Et de ce fait, on peut, sans crainte de trop errer, induire que leurs cœurs peuvent s'ouvrir à l'influence des bons conseils qui leur prépareraient un meilleur avenir.
« Utile enseignement qui démontre qu'après peu de jours d'isolement, et dégagé qu'il est de mauvaises influences et de pernicieux conseils^ le détenu reprend son caractère ou le modifie à ce point que, dans la prison en commun, où il était (souvent par bravade et toujours par entraînement) paresseux et débauché > il devient promptement, et même sans qu'il soit nécessaire d'adoucir la transition, laborieux et attentif ; et que si, dans la prison en commun^ il se riait, en présence de ses hideux compagnons, et des bons conseils et des exhortations que lui apportaient et la charité et l'amour du prochain; aujourd'hui, loin de les repousser, il les appelle, les attend avec impatience, eC les reçoit avec bonheur.
£t, à l'appui de cette amélioration, nous devoQS signaler un fait remarquable, c'est que maintenant nous ne visitons jamais un détenu dans sa cellule, sans qu'il ne nous en témoigne sa gratitude, et sans que le contentement ne se peigne sur son visage } tandis qu'autrefois, et dans les prisons eu commun, nos visites étaient reçues, non-seulement avec indifférence, mais encore avec dédain » — pour quelques uns , par suite de leur abrutissement ; pour quelques autres, pour ne point paraître meilleurs que les plus mauvais.
Parmi les récidivistes, il en est aujourd'hui quelques uns dans notre péaiiencier qui, actuellement habitués au travail, confessent de bonne foi que, s'ils sont retombés dans le crime, la cause en est tout entière dans les mauvais conseils dont ils ont été saturés pendant leurs séjours dans les prisons en commun, ou par suite de promesses à eux arrachées de venir retrouver les compagnons qu'ils quittaient, et avec lesquels ils étaient mariés, oomme ils disent, ou enfin par suite d'incouiCAvables paris, dont l'enjeu était quelquefois leur tête. Ils reconnaissent
(1) CeUe prison a élé ouverte le 14 novembre 1843. Elle contient 112 cellules.
aussi, ces récidivistes de bonne foi^ qu'il n'en eût pas été de même s'ils eussent été isolés; ils promettent, du reste, de se mieux conduire k l'avenir, et leur franchise actuelle est déjà un commencement de garantie.
« Et comme preuve de l'influence morale qu'exercent sur les détenus isolés et les bons conseils qu'ils reçoivent sans cesse et les pieuses exhortations qui leur sont faites, c'est que^ le 14 janvier dernier^ sur dix détenus qui devaient monter dans la voiture cellulaire pour être conduits dans la maison centrale de Fontevrault^ neuf témoignèrent le regret de quitter le pénitencier ; que, parmi eux, le nommé C, condamné à deux ans^ demandait instamment à rester, et qu'une femme, condamnée à hmt ans, croyait pouvoir continuer d'y résider^ en offîrant de faire, comme elle le disait^ un an de plus.
« Un seul prisonnier a exprimé le désir de quitter le pénitencier pour aller subir sa peine dans une prison en commun. Mais cet homme avait déjà subi plusieurs condamnations. C'est une nature totalement pervertie (1).»
Tours, ce 4 février 1844.
Signé Walwein, maire; Carré, président du tribunal; Defranck, Viot Prudhomme , Bourdon.
Extrait du Rapport de V Aumônier. — « Dans l'emprisonnement en commun , les railleries des méchants et la crainte qu'ils inspirent aux moins pervers empêchent ceux-ci^ quand ils se sentent quelque retour vers le bien^ de le manifester et de s'y livrer. Aussi tous les prisonniers tournent en ridicule ce que dit l'aumônier, et s'en moquent stupidement entre eux quand il s'est éloigné. Cette confédération du crime et du mal est l'obstacle insurmontable contre lequel viennent se briser les efforts et le zèle du prêtre dans les prisons communes.
« Mais il n'en est plus ainsi dans le péniteiicier de Tours ; et^ maintenant que les prisonniers sont renfermés chacun dans une cellule, qu'ils sont séparés les uns des autres, privés de toute communication entre eux , l'obstacle est levé : Paumônier est devenu l'ami du prisonnier, son visiteur, son consolateur de tous les jours. Aussi tous me reçoivent-ils avec un vrai contentement. Je puis en juger par l'expression de leurs visages à mon arrivée dans leurs cellules. Je puis dire que quelques uns de ceux qui sont soumis au système cellu-
(1) V. autre extrait de ce Rapport ci-après, Objection relative au travail, aux puDÏtioDs y à la folie.
laire, depuis la mise en activité du pëoiteDcier, paraissent éprouver la bienfaisante influence de la religion.
(c J'ajouterai que les prisonniers qui sont condamnés pour la première fois, et que ceux même qui Pont été deux ou trois fois , mais pour de légers délits, qu'enfin tous ceux qui ont encore au fond du cœur un peu de moralité^ — catégorie^ je suis heureux de le dire^ qui comprend la majorité de la population, — préfèrent l'emprisonnement individuel à la vie commune des prisons ordinaires. Il n'y a que les crdnes^ les routeurs y les incorrigibles, qui, ayant fait un pacte avec le mal^ préfèrent la vie commune. On en conçoit la raison. Aussi sont-ils dans un état continuel d'irritation, souvent très-prononcée, et ce n'est qu'avec peine qu'on parvient à les calmer.
« En somme, je pense que non-seulement les condamnés soumis à l'emprisonnement individuel ne sortiront pas pires de leurs cellules^ mais qu'ils en sortiront meilleurs. Cette conviction est le résultat d'une continuelle et journalière observation sur chacun des prisonniers au milieu desquels je passe ma vie.
« Cependant, il est une vérité que je dois dire^ c'est que tous les prisonniers, à de rares exceptions près , même ceux qui sont les meilleurs, tout en reconnaissant les avantages qui résultent pour eux de ce mode d'emprisonnement , se plaignent incessamment d'être seuls. Je suis seul! voilà la plainte qu'ils me font toujours. Puis, jetant un regard autour de leur cellule : « Ah! monsieur l'aumônier, me disent-ils, on a bien fait de nommer cette prison un pénitencier ; car on y fait une rude pétiitence , et j'espère bien me conduire de manière à n'y plus revenir. »
« Toutefois, il est des condamnés que les conseils, les exhortations et tous les moyens qu'emploient la charité et la religion, trouvent insensibles. A l'égard de ceux-là même, l'isolement complet est le mode d'emprisonnement le meilleur ; car^ du moins, ils ne propageront pas leurs inclinations perverses. Ils pourront se rire de l'aumônier et de son ministère^ se moquer de ses instructions, de ses conseils (il est des natures que rien ne ramène) ; mais il y aura toujours cet immense avantage qu'ils ne pourront pas communiquer leurs mauvaises dispositions, ni paralyser les bons sentiments des autres. D'où je crois pouvoir tirer cette conclusion : Autant il résulte de mal de la cohabitation des détenus, autant il naîtra de bien de leur complète séparation...» (1)
Tours , ce 4 février 1844.
Signé de Sorbiers, aumônier.
(1) V. d'aulres extraits de ce Rapport ci-après, Objection relative au culte.
— 1Ô4 — 8* olijeettoii*
IMPOSSIBILITÉ, INUTILITÉ, MITIGATION DBS YISITES AUX DÉTENUS EN CELLULES. — GOMITISSIONS DE SURVEILLANCE.
Le projet du Gouvernemeat admet les visites aux détenus cellules, parce que, aiosi que je Tai déjà dit^ il importe que l'administration ne séquestre les détenus de la société perverse de leurs compagnons de crimes ou de débauche , que pour les initier à des habitudes sociales nouvelles , en les mettant souvent en rapport avec des gens honnêtes avec lesquels ils puissent causer, et dont Texemple et les conseils puissent leur apprendre ce qu'il faut faire pour vivre heureux dans le monde , et pour n'user de la liberté que Dieu leur a donnée sur la terre, que pour accomplir les fins de cette loi fondamentale de toute société humaine : ne jamais faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fut fait à nous-mêmes.
Et qu'on ne croie pas que ces communications avec les détenus soient difficiles à organiser^ surtout si le maximum de la population de nos plus grandes prisons pour peines n'excède pas le chiffre de 500. D'abord, les gardiens qui seront chargés de ladi^ tribution des vivres aux détenus entreront, à cet effet, deux ou trois fois par jour dans chaque cellule, et rien n'empêchera alors qu'ils n'échangent quelques paroles de consolation ou de conseil , surtout si les gardiens sont des frères de St-Joseph ou de quelque autre ordre religieux^ ainsi que cela se pratique déjà dans la maison centrale de Nismes. Voici donc , déjà , deux ou trois visites officielles faites, chaque jour, à chaque détenu. Puis viennent les communications industrielles qui auront lieu , aussi plusieurs fois par jour et dans chaque cellule , entre chaque détenu et celui ou ceux qui seront chargés de leur apprendre un métier, ou de leur apporter, ou de leur tailler^ ou de leur reprendre de l'ouvrage. Dans ces rapports journaliers que nécessitera l'obligation des travaux dans la prison, rienn'empêchera encore les communications verbales des détenus avec les agents ou
contre-maftres, relativement à ces travaux mêmes. C'est donc une ou deux visites par jour à ajouter, pour chacun d*eux, aux deux ou trois dont nous venons de parler. Ensuite viendront les TÎsites de l'instituteur et de ses préposés chargés dedonnerrinstruction scolaire aux détenus. Ce seront donc encore là des visites quotidiennes à joindre aux autres. Puis viendront les visites de Taumônier et de l'aumônieradjoint; puis celles du médecin et du chirurgien ; puis celles du directeur, du sousnlirecteur et de l'inspecteur ; puis celles des Commissions de surveillance et autres^ et des parents ou amis des détenus qui auront obtenu la permission de les visiter.... De bonne foi, peut-on dire qu'un tel état soit la solitude^ et que le détenu, dans sa cellule, mourra d'inaction et d'ennui I
Non y dit M. de Larochefoucault-Liancourt ! Mais alors vous foites de votre emprisonnement individuel « un régime de prison si doux, si doux, qu'il n'y a plus de prison (1) , » et M. Lucas , qui trouve cet objection « pleine.de sens et d'esprit^ » s'en empare et nous l'oppose à son tour (2).
A cela je n'ai qu'un mot à répondre, .c'est que, quelque adoucissement que doivent apporter à la peine du détenu cellule les relations que le projet autorise , cette peine n'en sera pas moins sévère, et plus sévère, par elle-même, que l'emprisonnement commun ; les visiteurs qu'il recevra, de temps en temps^ même journellement, un à un, au parloir ou dans sa cellule, ne pouvant jamais, même dans toute une année, équivaloir en nombre aux codétenus qu'il volt dans une heure, et au milieu desquels il se trouve en réunion de 6 à 12 cents, au réfectoire, aux ateliers, aux préaux, aux dortoirs des prisons communes. Quelque fréquentes et nombreuses que puissent être les visites journalières que recevra le détenu cellule, elles ne le serout jamais
(1) Eœawien du système pénitentiaire, p. 133.
(2) Des moyens (Tune réforme pénitentiaire, p. 90. — Quelques lignes avant cette objection, M. de LarochefoucauU en fait une autre contre le syslème de M. Lucas (l'atmosphère de la réunion et faction de la collection) , el dit que « ce système est reconnu, sous tous les rapports^ absurde et ridicule.» M. Lucas doit trouver cela moins spirituel.
assez pour faire perdre à risoleoient son caractère, et à la peine son degré légal d'intensité (1). Ce qui se passe à Tours et à Bordeaux en est la preuve.
Mais , dit à son tour M. Faucher, il ne faut pas connaître la nature humaine pour supposer que la morale officielle que prêcheront tous ces visiteurs puisse faire de nombreuses et de sincères conversions (2).
Tel est aussi Tavis de U. Yerdeil de Lausanne, avis que le docteur Vaudois appuie d'une théorie si curieuse sur la sociabilité sympathique des voleurs que je crois devoir la faire connaître. La voici :
« Les conversatioos des employés et des visiteurs avec les « détenus n'ont lieu que sur des sujets qui. ne les touchent mal- « heureusement que fort peu, — Pour bien des détenus, l'employé « ne peut être un confident, un ami, un consolateur. L'employé « fidèle à son devoir est un tyran.
« Entre ces deux hommes , dont l'un est libre et maftre, et « l'autre captif et esclave , peut-il y avoir cette confiance sym- « pathique dont l'âme honnête , tout comme l'âme corrompue et « dépravée est si avide. Pour que la sympathie existe, ne faut-il « pas l'égalité; égalité sociale, égalité de vertus, et même égalité « de vices? On a rarement vu le pauvre sympathiser réellement, a intimement avec le riche , et avoir confiance en lui ; on a rare- « ment vu. l'esclave sympathiser avec l'homme libre , Theureux « avec le malheureux , le vicieux avec le vertueux. Le détenu « ne pourra donc avoir de la confiance^ du laisser-aller^ de Taban- « don pour son geôlier. Le gardien, quelque humain qu'il soit, ne « pourra jamais remplacer l'ami... Aussi, dans bien des cas et
(1) M. de Larochefoucault me fait dire , h co sujet ( p. 133 et 141 , ub sup. ) , des choses que je n'ai jamais dites , et des absurdités qui ne peuvent m'apparteuir. Dans une autre occasion, il a cité de moi un ouvrage qui n'est pas de moi. Cette fois, il me fait demander 800 visites pour 187 détenus , et il cite mon nom sans désignation d'ouvrage, avec la seule indication de la p. 102. Or , à aucune p. 102 d'aucuns des volumes que j'ai publiés , ne se trouve quoi que ce soit qui ait un rapport, même indirect, à la fausse assertion qu'il me prête. Que dirait-il de moi, je le lui demande, si j'usais, à son égard, d'un procédé pareil?
(2) Du projet de loi sur les prisons , p. 53.
< chez UQ grand nombre de détenus , les conversations avec le « Directeur ne peuvent pas remplacer les conversations qu'ils « auraient avec cCautres cafitifs. Ces conversations peuvent exer- « cer les muscles du larynx, mais elles ne peuvent établir entre « le riche, le supérieur^ aucune confiance sympathique^ etc. (1). n
Ce qui veut dire que, pour opérer l'amendenient des condamnés, il faut éloigner d'eux, par cela seul qu'ils sont dépravés, les conversations morales qui, par elles-mêmes, roulent sur des sujets qui ne les touchent que fort peu, et remplacer ces conversations morales par le laisser-aller desconversations entre captifs^ attendu que la sympathie entre criminels ne peut exister qu'autant qu'il y a égalité de crimes; que le vicieux ne peut jamais sympathiser avec le vertueux; et que ce qu'il faut à l'âme corrompue du condamné c'est la confiance sympathique dont elle est si az'ifi^e d'une âme corrompue également, car t égalité de vice est nécessaire pour que la sympathie existe. Que parle-t-on du Directeur et des gardiens? Quelque humains quils soient, ce sont des tyrans avec qui il ne peut y avoir d* abandon , de laisseraller. L'esclave ne sympathise pas avec son maître ! Ce qu'il faut au condamné , c'est un ami , c'est l'ami avec lequel il puisse exercer autre chose que les muscles de son larynx...
Voilà certes une théorie de l'attraction passionnelle qui fait pâlir celle de Fourier !
M. Lucas, qui a bien dit aussi quelque chose de l'atmosphère des attractions (2), s'attache spécialement à démontrer, non l'inefficacité des visites officielles^ mais l'impossibilité, d'une part, et l'inconvenance, de l'autre, de créer des Commissions de surveillance auprès des prisons centrales.
« Les maisons centrales, dit-il, n'étant pas situées au cheflieu de département ou d'arrondissement, et plusieurs étant isolées au milieu des terres, ou seulement à la proximité d'un petit village, comment trouvera-t-on des Commissions de surveillance
(1) De la réclusion dans le canton de Vaud. Lausanne, 1842, p. 142, 143 , 144. (2j Y. ci-dessus, p. 118, note 1.
pour les visiler (1) ?» Le moyen est bien simple, et c*est M. Lacas lui-même qui nous l'indique : « L'organisation du système pénitentiaire en France nécessite infailliblement , comme première condition du choix du lieu propre à rétablissement des pénitenciers, la proximité d* une grande 2;i//e, siège de cour royale, qui puisse offrir une réunion d'hommes et de magistrats éclairés dont le concours est si indispensable au succès de pareilles institutions (2). »
Ce passage , que M. Lucas avait sans doute oublié , et ou il prouve que le concours des Commissions de surveillance est indispensable au succès des maisons centrales nouvelles, vient heureusement à mon secours pour répondre à cette autre objection de l^honorable académicien : que « l'extension aux maisons centrales de Faction des Commissions de surveillance est une innovation qu'il faut rejeter, attendu qu'elle compromettrait, dans le régime de ces établissements, les conditions de la discipline et les garanties de la responsabilité (5). »
Quant à la difficulté de trouver des personnes zélées pour composer ces Commissions, cette difficulté qui existe aujourd'hui par cette seule raison qu'il n'y a rien à faire dans l'état actuel de nos prisons communes , disparaîtra aussitôt que les Commissions seront appelées à exercer leur intervention et leur surveillance dans les prisons cellulaires, attendu qu'elles auront alors la conscience et la certitude de l'utilité de leur mission. Ce qui se passe à Tours , à Bordeaux, à Paris , partout où le système cellulaire est organisé , nous en donne la garantie. Là, les comités de causeurs^ dont se moque si agréablement M. Lucas (4) , ne manquent pas plus que les comités charitables dont il se moque pareillement (5) , et nulle part l'administration de l'établissement n'est entravée par leurs envahissements ou leurs prétentions ; — au contraire.
(1) Observations sur les changemenU au projet de loi, p. 37. (3) Pétition aux Chambres, p. Ixxix.
(3) Observations t etc. , p. 16 et 40.
(4) Des moyens d'uue réforme pénitentiaire , p. 90, 91 , 93.
(5) Observations sur ies changements, etc., p. 42.
Il en faut dire autant des agents des travaux industriels» lesquels , admis près des détenus cellules , offrent une distraction utile et permanente aux détenus , sans nuire en rien à la discipline . lorsque ces agents sont choisis et surveillés comme ils doivent Tétre. Témoin ce qui se passe dans le pénitencier de La Roquette à Paris. C'est bien mieux dans le pénitencier de Philadelphie» où ce sont les gardiens eux-mêmes qui dirigent les travaux industriels des détenus. Ce serait bien mieux encore en France » si jamais l'abbé Rey parvenait , comme je Tespère , à introduire dans nos prisons cellulaires ses frères de St- Joseph, ces frères étant tous ouvriers et contre-maîtres.
M. Lucas prétend qu'en instituant des Commissions de sur- \eillance près des maisons centrales, le Gouvernement adopte «les vices patents et avoués du système américain...» (1). Comme s'il y avait la moindre analogie entre les Commissions administratives et, par cela seul, désorganisatrices, des prisons des Etats-Unis et de la Suisse, où ce même mal se fait sentir, et les Commissions de surveillance établies près de nos prisons ! C'est, dites-vous» en (/é/!ance du personnel des concierges que des Commissions ont été établies près des prisons de département, et il serait injuste et injurieux pour les Directeurs d'en constituer de pareilles» au même titre, près des maisons centrales. Avec un tel principe tous les contrôleurs, tous les Inspecteurs seraient supprimés, et vous savez mieux que personne que si quelque bien s'est accompli, dans les maisons centrales, depuis 14 ans» c*est en majeure partie à vous et à vos collègues qu'il est dû. Le contrôle des Commissions de surveillance viendra puissamment en aide à celui de l'Inspection générale, et une foule d'abus que celui-'ci n'atteint pas seront inévitablement détruits par l'autre. Je connais tel Directeur qui a tout à craindre du contrôle inattendu des Commissions de surveillance. Je
(1) Observations sur les changements , etc., p. 39. — Voyez si la responsabilité, si Tautorité, si la dignité personnelle du Directeur est compromise , ou seulement amoindrie, dans la maison centrale des jeunes détenus de la Roquette , par la Commission de surveillance que le Préfet de- police a instituée près de cette prison!
connais tel autre qui n aura jamais qu'à s'en applaudir. II ea sera des visites des magistrats commissaires comme des visites des Inspecteurs généraux : — terreur des mauvais employés , elles seront la sauvegarde des bons.
4" olijeetloii*
LE SYSTÈME DE PHILADELPHIE EST INHUMAIN ET EXIGE l'emploi DE CHATIMENTS BARBARES.
M. Faucher a écrit en 1858 : « Nous croyons avec MM. de Beaumont et de Tocqueville qu'on a fort exagéré la prétendue inhumanité de la réclusion solitaire. Nous ne reprocherons pas au système de Cherry-Hill de briser la santé ou la raison des condamnés. Dans nos maisons centrales tout condamné à dix ans de détention est condamné à mort. 11 ne voit pas le terme de sa peine. Dans le pénitencier de Philadelphie, la durée de la vie moyenne est plus longue que dans la société. Et pomment
douter de l'influence bienfaisante qu'exerce la solitude sur lame des condamnés, lorsqu'on lit dans l'ouvrage de MM. de Beaumont et de Tocqueville ces paroles touchantes d'un détenu : « C'est avec joie que j'aperçois la figure des surveillants qui visitent ma cellule. Cet été, un grillon est entré dans ma cour; il me semblait avoir trouvé en lui un compagnon. Lorsqu'un papillon ou tout autre animal entre dans ma cellule, je ne lui fais jamais de mal (1), » etc., etc.
Gomment se fait-il donc qu'aujourd'hui M. Faucher exagère plus qu'aucun autre ne l'avait fait avant lui, cette prétendue inhumanité de la règle de Philadelphie, et dise^ contrairement aux rapports officiels publiés sur le pénitencier depuis quatorze ans, et aux comptes-rendus de tous les commissaires-enquêteurs français et étrangers, « que les chaînes et les châtiments corporels lui paraissent les auxiliaires obligés du système Pennsylvanien (2)? » Le voici :
1° M. Faucher a lu dans le 18® rapport de la société de
(1) De la réforme des prisons, p. 68.
(2) Du projet de loi sur les prisons, p. S8.
Boston que « M. Charles Dickens , qui a visité le pénitencier de|Philadelphie» non pas en romancier, mais en observaleur^ et avec une sûreté Je coup d*œil que n*ont pas montré bien des philanthropes de profession, a remarqué que lu plupart des détenus avaient contracté, dans la prison, un tremblement nerveux et que d'autres étaient devenus presque sourds après plusieurs années de déiention, » etc., etc. (1) ; » — ce qui prouve le barbare régime auquel ils sont soumis.
2^ M. Faucher a lu dans le même rapport de la société de Boston, que « pendant assez longtemps on a fait usage, dans le pénitencier de Philadelphie, d'un affreux et homicide instrument connu sous le nom de iron gag (bâillon de fer), dont e$t mort un nommé Maccumsey, et dont un membre de la Législature pennsylvanienne, M. M'Ëlwee, a donné lui-même la description, par suite d*une enquête législative, etc.. (2) n
3° M. Faucher a lu dans le Times, qu'a Glasgow, où l'on suit la règle pennsylvanicnne, les punitions sont fréquentes; qu'on y fait usage de fers {handciiffs); et que, quelquefois même, on a recours, pour dompter les enfants, aux châtiments corporels, ou à un bain froid dans lequel on les plonge. (3) »
Pour ce qui est de M. Dickens, je ne m'arrêterai point (j'ai dit pourquoi, p. 102) à contredire les impressions de voyage dont le pénitencier de Philadelphie a été l'objet sous la plume du célèbre auteur de Nicholas Nickleby; ces impressions, je le répète, sont tout à fait à leur place dans le Magasin pittoresque^ qui les a recueillies, et d'où elles n'auraient point dû sortir (4-).
(l) Dtt'yjrojpf de loi sur len prisons, p. 20
(â) Ibid. , p. âa.
(4j II QC faut pas croire pourtant que tout «oit contraire ^a système dans le récit du romancier. On peut même dire que la forme seule y est attaquée et que le fond y est reconnu bon. C*est ainsi que nous lui devons la connaissance de plusieurs cas de détentions très-longues, qui n'ont eu d'autre effet fâcheux que nelui que lui attribue Timagination du poète. Il en a vu , par exemple , qui étaient \h depuis deux ans, depuis quatre ans, depuis six ans, depuis plus de onze ans, tous travaillant et plusieurs faisant des choses extraordinaires, sous le rapport du goût et de l'adresse. Il n'a vu aucun aliéné. Il constate que , depuis rouvcrlure du pénitencier,
Cependant, commo le hasard a conduit a Philadelphie, depuis ia visite qu'y a faite Charles Dickens, un philanthrope de profession en qui j'ai toute confiance, je profiterai de cette circon^ stance pour donner la véritable mesure de la sûreté de coup d'œil du romancier observateur. Voici donc ce que M. le professeur Lieber écrivait de Colombie au docteur Julius, sous la date du 8 octobre 1843 :
« Vous vous rappelez, sans doute, la tirade sentimentale de M. Dickens sur le solitary confinement de Philadelphie, et dont une certaïue jeune fille^ mulâtresse, lui donna Toccasion. Lorsque je fis dernièrement une nouvelle visite au pénitencier, ce débordement de sentiment du romancier me revint en mémoire, et je me fis conduire à la cellule de cette jeune détenue. Je causai, à dessein, seul avec elle, et voici ce que j*en ai appris : Elle est maintenant âgée d'à peu près vingt-un ans. Il y a quatre ans qu'elle est en cellule ; elle a encore trois ans à faire. Trois ans avant son incarcération, elle avait treize ou quatorze ans alors, elle commençait déjà à se mal conduire ; elle abandonna sa mère et entra dans une maison de prostitution. Là, elle se livra à la boisson, au vol et à toutes sortes de souillures. Elle fut souvent malade, etc. Depuis qu'elle est au pénitencier, elle n'a reçu que de bons traitements. C'est là qu'elle a appris à lire^ à écrire et à prier Dieu. Le premier usage qu'elle fit de l'écriture fut d^envoyer une lettre à sa mère. Dans cette lettre, elle lui demandait pardon de ses égarements. Sa mère lui a pardonné, et lui a promis de la recevoir à l'expiration de sa peine, si elle sait mettre à profit^ pour se perfec' tionner encore davantage, le reste du temps de sa captivité. Il y a huit ans que la coupable n'a vu sa mère. Elle désire beaucoup être libre ; mais elle dit que si elle était assez malheureuse pour retomber dans le vice, c'est dans cette maison qu'elle voudrait revenir pour y passer le reste de ses jours. Dans les commencements, elle trouvait l'isolement et la captivité bien amers ; mais elle n'a jamais beaucoup pleuré. Elle n'a surtout jamais eu de rêves pleins d*angoisses, et jamais elle ne s'est sentie de fièvres ; maintenant elle est habituée
il y a eu peu ou point de suicides. Malgré cela, il s*élève rorlemerit contre le systcmis el la raison qu'il en donne, la voici : « Â en juger, d'après moi, d'après ce que j'ai lu écrit sur les visages, d'après ce que, de science certaine, je puis affirmer qu'ils éprouvent au dedans, je crois qu*il y a , dans ce système , un abîme de douleurs que ceux-là qui l'endurent peuvent seuls sonder. • V. Magasin "pittoresque, u* 3 de janvier i84i, p. 17.
à sa solitude. La seule peine qu'elle éprouve, c'est de sentir le mal qa'elle a fait* On est toujours malheureux quand on est vicieux. Peuton trouver un cas qui parle plus ëloquemment en faveur du système de Philadelphie ? Et les efRisions sentimentales n*auraient-eUes pas pu aussi bien couler de cette vérité simple et nue? etc. (1). — jib uno disce onmes* »
Pour ce qui est de Ttron gag^ ce qu'il y a de certain c'est que, le 6 décembre 1834, un Gomilé de dix membres, dont cinq pris dans le sein du Sénat, et cinq dans le sein de la Chambre des représentants, fut nommé par la Législature, à l'effet de s'enquérir de différents faits abusifs dont on lui avait signalé l'existence dans le pénitencier de l'Est, à Philadelphie. L'enquête eut lieu, et, par suite, un Rapport du comité. On lit dans ce Rapport que « le système de l'emprisonnement solitaire avec travail a immortalisé la Pennsylvanie, en la plaçant, au milieu des autres États, au degré le plus élevé de réclielle de l'humanité et de la sagesse. » Voici sa conclusion : « En résumé, le Comité ne peut s'empêcher d'exprimer sa liante admiration pour l'institution dont l'économie et la discipline ont fait l'objet de son examen. Il ne peut pareillement s'empêcher d'exprimer cette ferme croyance, que le système qui y est pratiqué est calculé, à un degré éminent et bien au-dessus de tout autre établissement de cette nature , pour atteindre le double but de toute peine pénitentiaire, savoir : — l'empêchement des crimes et l'amendement des criminels. »
Ce qu'il faut remarquer ici, c'est que, sur les dix membres qui composaient le comité, neuf, dont einq du Sénat et quatre de là dhambre, ont concouru à ce Rapport, et l'ont signé.
Un seul membre était refusant. Et quel est ce membre? C'est le même M. MTlwee que nous oppose M. Faucher^ et, après lui, M. Lucas, comme formant à lui seul le Comité législatif. Or, ce M. M'Elwee, non-seulement a fait bande à part, mais encore a publié à part un Rapport privé , dans lequel se trouve
(1) y . Jahrbiicher der Gesnngniftunéey elc, jantier 1844, p, 191.
la description de ïiron gag^ et de différents autres instruments disciplinaires soi-disant en usage dans les pénitenciers de Philadelphie et de Piltsburg, etc.
11 ne faut pas perdre de vue que M. M'Elwee, tout en considérant comme prouvé l'usage, dans le pénitencier de Philadelphie, de ces instruments de discipline, approuve la discipline elle-même du pénitencier, et se déclare hautement partisan de Temprisonnement solitaire avec travail qu'on y suit: The excellence ofsolitary confinement, dit-il, over every olher mode of punishment is undeniable (1).
H y a, pour moi , là-dessous, une énigme. Il faudrait être Anglais ou Américain pour la comprendre. Nous n'entendons rien, nous autres Français, à la philosophie des Wippings^des Handcuffs et des Iron gags.
Voici tout ce que j*ai pu apprendre, dans toute la bonne foi de mes recherches, sur ce point si contestable de la discipline pcnnsylvanicnne.
Une Revue Américaine (2) ayant reproché au système de Philadelphie l'emploi de châtiments barbares , et cité , en preuve, les faits révélés par M. M'Elwee, une brochure, sans nom d'auteur, mais émanée d'une main vigoureuse et experte, fut publiée, en réponse, à Philadelphie (S). On lit dans cette brochure les passages suivants; je traduis mot h mot :
« Nous ne disons pas qu'il soit impossible au Directeur du pénitencier de l'Est d'entrer dans la cellule d'un convict et de le tuer ; de même, nous ne disons pas que chaque convict du pénitencier d'Aubum et de Sing-^ing reçoive un certain nombre de coups de fouet périodiquement et régulièrement, comme il reçoit sa nourriture; mais nous disons, sans qualification, qu'une discipline dure et sévèie est plus nécessaire pour tenir en respect quatre ou cinq cents convicts quand ils sont agglomérés dans un préau ou dans un atelier commun, que quand
(1) J*ai emprunté les détails qui précèdent h la brochure américaine que j*ai déjà citée: A vendicalion of the separate System^ etc.; Philadelphie, p. Il et 31.
(2) North American Review; (July, 1859.
(3) A vendieation of the separate System from the misreprescntaiions of tke North American Hevieie; 1839, p. 31 et suiv.
chaque prisonnieT est sdremeiit confiué dans une célkiJe iacUvidaelIe.
« Vous prétendez que les châtiments disciplinaires infligés dans le pénitencier de Philadelphie ont été tels, à une époque, qu'ils ont provoqué « une enquête législative» » Pourquoi donc ne nous donnezvous pas le résultat de cette enquête ? Vous dites qu'on peut citer le cas d'un convict qui est mort sous l'infliction du gag. Pourquoi donc ne nous dites-vous pas que l'enquête législative a démontré que 1h mort du convict en question n'a pas été causée par l'emploi du gng^ mais bien par une maladie chronique i^ Vous dites qu'un autre convict a été sérieusement affecté d'une douche à l'eau froide versée sur lui pendant l'hiver. Pourquoi donc ne nous dites-vous pas que l'enquête législative a prouvé qu'aucune conséquence fôcheuse ne s'en est suivie? Vous dites que d'autres cas existent d'usage immodéré de camisoles de force, etc. Pourquoi donc ne nous dites-vous pas que l'enquête législative a prouvé qu'aucun usage hors de propos n'a été fait de la camisole dé l'orce> etc. Pourquoi cette dissimulation? Pourquoi celte palpable et continue perversion de la vérité et des faits?
« On nous parle encore d'une boîte mystérieuse dans le pénitencier de l'Ouest, boîte que, suivant l'enquête, on n'a jamais vue ; puis de trois autres cas spécifiés de châtiments cruels, dans le pénitencier de l'Est, châtiments qui, d'après l'enquête , n'ont jamais été infligés i fVere found ne\>er to hâve occurred.
« Mais nous avons, nous, à produire un document certain, positif, sur les cruautés exercées en réalité dans les pénitenciers auburniensf c'est le Rapport du Comité nommé par la Législature de New-York pour visiter la prison de Sing-Sing dans Phiver de 1839.
ff II résulte de l'enquête, dit le Rapport, que de cruels et déraisonnables châtiments ont été souvent infligés dans la prison de Sing- Sing. Pour de légères infractions^ 80 ou 100 coups ont été donnés sur les épaules nues et sur les jambes, des détenus, au moyeu d'un instrument qui multiplie chaque coup par six, châtiments qu'on a infligés à des convicts manifestement aliénés , manîfestly insane* Une seule femme a reçu mille coups de fouet dans une semaine. Des convicts,. roués de coups, ont été se faire traiter à l'hôpital.., — ' Des prévenus ont été dépouillés de leurs vêtements et fouettés par des sous-gardiens, pour insultes à eux faites. — Des convicts libérés ont été saisis et forcés de retourner au travail par' la volonté des employés, etc. »
Yraiment M. Faucher a grande raisan de dire que ces traitements barbares sont dignes du moyen âge, et font rougir notre civilisation.
Maintenant, et pour en revenir à Y'tron garj, il est constant
— ItW —
que si cet ioslramenl de soppUce a existé pendant un temps à Philadelphie, il »'y a jamais fonctionné disciplinairement, et, qu'en tout cas ^ il n'en existe pas trace , dans le pénitencier, depuis dix ans. Je crois donc que MM. Lucas et Fan* cher ne peuvent pas plus faire de Viron gag un instrument d'opposition contre le système du projet de loi, que je ne pourrais en foire un contre le système de M. Lucas ou celui de H* Faucher, soit de Vinslrument de silence de la prison de Manchester ( Y. p. 50, n. 1 ) , soit des coups de carde qai ont été distribués, à ce qu'on dit, pendant un certain temps, et en bon nombre , dans la maison centrale de Footevrault , celle de nos grandes prisons réformées que j'ai signalée comme Tune des mieux tenues que je connaisse, et dont la discipline et le Directeur ont reçu le plus d'éclat, le plus de sympathies et le plus d'éloges, dans les écrits de H. Lucas.
Pour ce qui est des handcuffs et des douches de Glasgow , le Times a fort mal renseigné M. Faucher sur ce point, comme sur tous les autres. Moins que tout autre M. Faucher devrait donner crédit à des feuilles publiques, qu'il est plus à même que personne d'apprécier à leur juste science. Le Times est-il donc une autorité pénitentiaire? Elt M. Faucher ignore-t-il que cet organe du torisme anglais est l'ennemi juré de la réforme des prisons, par cela seul qu'il est l'ennemi juré de toute réforme? 11 cite des faits, dit-on. Et si ces faits sont faux! Lisez le Man^ ckesler Guardian du 17 février, et, dans le même journal, le compte-rendu des lectures sur lesprisons de M* Adshead, et vous me direz ensuite ce que vous pensez de la véracité du Times. Du reste» M. Faucher ne lui a pas emprunté un seul fait sur Milbankf sur Pentonville (1), sur Glasgow, que je ne sois en mesure de démentir, pièces en main.
(i) Depuis Touverlure de P^nloaville jusqu'au 21 janvier 1844, il n'y a eu que 193 punitions fur 526 détenus. Pas une pour révolte ou insubordinalina ; toutes pour infractions légères, négligence dans le travail, etc. Du 1*' juin 1843 au & janvier 1844, il y a eu 45 punitions, sur 145, pour infraetions ou tentatives d'infractions à la loi du silence. Les punitions ont été : privation de travail, de chapelle et cellule ténébreuse.
En foit, les cfwlliiîients corporels de louïos sortes et de loiis degrés, sont proliîbés dans toutes les prisons de rÉco>se. L'histoire du bain froid est donc « sans fondement et sans l'ombre de \ériié(f ). » On ne connaît dans le bridewel que les bains de santé ou de propreté, — froids en été, chauds en hiver.
Quant auK liandcuffs^ il n'y en a pas dans la prison, en ce sens qu'on ne se sert pas de fers, irons, mais seulement de camisoles de force, straitjacliets.
' Quant à la fréquence des punitions, elle est assez grande; mais elle n'est pas disproportionnée eu égard à la turbulence de la population et à la courte durée des séjours. Les punitions de toutes sortes ont été de 816 en 1845, sur une population de 2,906 détenus. Les punitions sont : la privation de travailla réduction de nourriture, la cellule ténébreuse, la camisole de force.
Ici encore, du reste, nous pouvons nous étayer des premiers el remarquables résultats obtenus dans nos prisons départementales cellulaires.
Voici ce qiii se passe dans celle de Tours :
« Incarcérés dans leurfli cellules, et séparés les uns des autres, tous, sans exception, montrent une résignation à laquelle nous nous attendions peu. Ce qui est digne de remarque , c'est que, soit lors de la translation, soit depuis, il ne fut proféré ni injures, ni imprécations: c'est que nulle part nous ne remarquons ni colère , ni emportement. »
a Lors de son installation, le pénitencier a reçu soixante-sept détenus. Depuis, il en est arrivé cent cinquante-huit, et sorti cent soixaute- 9eize* Maintenant, il est peuplé de quarante-neuf habitants. Eh bien! sur ce nombre de cent soixante^seize, qui ont séjourné dans le pénî^ t€ncier, pas une plainte n'a été faite par les détenus depuis qu'ils ont du travail, et la Commission n'a eu à ^^i>tV ^contre aucun, même pour le plus petit détail de propreté intérieure.
(c Nous devons dire , dès h présent , qu'il résulte, des rapports fréquents de l'aumônier avec les détenus , un bien notable, puisque, depuis trois mois, leur conduite n'a pas donné lieu à la moindre plainte,
« Depuis l'ouverture de la nouvelle prison, un seul homme s'est porté à un violent accès décolère, parce que le gardien-chef, croyant qu'il était fou et voulait se suicider, lui avait retiré ses outils. Les
(1) Lellrv de M. Brcbner, Gouverneur, du 2 mari» !S4i.
craintes du gardien n'ëtapt pas fondées , les outils furent remis h ce détenu, qui, assuré d'avoir du travail, redevint calme, et est depuis resté constamment tranquille , sans jamais donner lieu à aucune plainte.
« Âussij et jusqu'à ce jour, la conduite des détenus a été irréprochable, et il ne leur a été infligé aucune punition (1)^
On rend le même témoignage de la conduite des détenus, dans les rapports sur la prison cellulaire de Bordeaux; et si nous jugeons des traitements barbares qui sont, dit-on, l'accessoire obligé du système pennsylvanien, par ce qui se passe dans cette prison, nous pouvons affirmer que, depuis qu'elle est ouverte, le traitement qu'y subissent les détenus est de telle nature que tous éprouvent le bienfait de sa sévérité tempérée, sans se révolter contre sa discipline.
La même chose a lieu dans la prison cellulaire de Rhetel (2). Maintenant parlons du pénitencier des jeunes détenus de La Roquette.
« Les actes de violence et de résistance qui étaient si fréquent» chez les jeunes détenus dans le régime en commun, ne se reproduisent plus depub qu'ils sont en cellules. Les exhortations suffisent presque toujours à prévenir on à réprimer les mauvaises dispositions» Les caractères, même les plus violents, se soumettent aux voies de persuasion et de douceur, ct^ sous ce rapport, une amélioration profonde s'est fait remarquer chez beaucoup de jeunes enfants. Il y a là tous les indices tous les signes certains de l'efficacité morale du système. Aussi les punitions sont-elles peu nombreuses. Elles peuvent être évaluées, tout au plus, a trois par jour, et ne sont, le plus souveut> motivées que par de légères infractions (3)» »
Ne nous parlez donc plus de handcuffsy et de iron gag et de douches glacées! Ces mêyens-Ià ne sont point français, et nous «aurons prouver aux deux mondes que la sévérité n'est pas la
(1) Rappori de kl Ceoiinssion de jTours, 4 féTrier 1844.
(2) Ciaq condumiés à plu» d'un, an ont demandé et obteiiu, eii raison de leur houne cooduite, raulorisatioo do subir leur^peioe» à jeur «frais, dans les cellules de celle prison. Lettre du préfet des Ardeunes» du 28 décembre 184^.
(5) Rapport de M; le préfet de police au Ministre de Tintérieur, $ février
barbarie, et que la discipline de nos cellales expiatoires peut se maintenir , dans ses observations les plus rigoureuses , sans remploi de moyens cruels qui répugnent à notre caractère national autant qu'à Thumanité.
5* Oltfectlon.