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Ainsi, en dégageant l'élément pennsylvanien, d abord des éléments hétérogènes auxquels il e&t resté constamment étran* gers , ensuite des éléments hétérogènes auxquels il s*est trouvé momentanément mâé, on arrive à ce résultat :
l^Que sur les 1,480 condamnés entrés dans le pénitencier de Philadelphie dans le cours de 12 ans et demi, 1,021 n'avaient subi aucune condamnation antérieure, et 459 avaient déjà été condamnés une ou plusieurs fois.
2^ Que sur les 459 condamnés en récidive, 520 étaient d'an^ ciens convicts, ayant subi une ou plusieurs condamnations anté*rieures dans les prisons communes, et n*ayant jantaM séjourné dsms le pénitencier.
5^ Que sur le même nombre de 459 récidifs, 71 avaient mbi qn emprisonnement antérieur dans le pénitencier, mais avaient, antérieuremeut à ce tnême emprisonnement, subi vue ou plusieurs condamnations dans une ou plusieurs autres prisons.
4^ Enfin que, sur ce même nombre de 459 récidifs entrés^ 68 seulement avaient séjourné dans le pénitencier sans avoir jamais, ni antérieurement, ni postérieurement, subi aucune condamnation dans aucune autre prison.
D'où ces trois conséquences :
l^Que je régime de la vie en commun envoie au pénitencier 320récidifs sur l,480çondamnés, c est-à-dire 21/621 pour 100.
2° Que le régime de la vie en commun, lorsquil s'est épuré par un emprisonnement postérieur en cellule, ne renvoie plus au pénitencier que 71 récidifs sur 1,480 condamnés, c*est-àdir« 4/797 pour 400.
3^ Enfin, que Temprisonnement céllnlaire subi sans séjour aniérieùr dans les prisons communes, ne renvoie au pénitencier que 68 récidifs sur 1,480 condamnés, c'est-à-dire 4/594 pour 100.
C'est donc, en définitive, à moins de 5 pour 100 que s'élève, à Philadelphie, la proportion de^ récrtcftve^e/u p^nifender. Voudrait-on faire supporter au pénitencier les 71 récidivistes qu'il n'a pu. guérir une première fois, parce qu*iis lui étalent arrivés
— âà8 —
une première fois incurables par suite de la corruption antérieurement contractée par eux dans ta promiscuité des prisons communes! Dans ee cas-là même la moyenne totale n'excéderait pas 7 1/2 pour 100. (!!ar, si nous faisions cette concession, on ne pourrait pas fie pas nous faire celie«ci, que les prisonniers noirs ientrait pour kai dans ie jcfailfre total 4es entrées iy4ÊQy on ne peut imputer à la discipline pennsylvanienne les rechutes beaucoup plus nombreuses qui arrivent chez une race pour qui la 4îdlule n'est jamais qu'un empêchement temporaire, et qui recommence dès que Tobstacie est levé.
Lors donc que M, Demecz annonçait, à son retour des États- Unis d'Amérique, que le chiffre des récidives était de 5 1/2 peur 100 dans le pénitencier de Cherry-Hill (1), M. Lucas avait deux fois tort de dire que « ce chiffre était un mensonge, un grossier mensonge (3), — un mensonge qui ne pouvait en imposer qu'aux niais {5). »
M. I^ucas prétend que* si le système pénitentiaire obteh^iit let^hifFre de 6 sur 100, en matière de récidives, comme chiffre normal, ce ne serait pas une réforme qu'il aurait opérée, mais un miracle (4) . »
Peut-être; mais enfin, miracle ou réforme, le fait existe en ce moment à Philadelphie^^ et il semble que, par sa gravité même, il mériterait autre chose^ de la part des hoQomes de science, que des dénégations aveugles, et des démepUs dé*^ mentis.
Quanta r influence du système de Pbila4elpU« wr^ cvimU x^ït^i .^n gépé^a) , \e» JlB^épteiH*» çoiiÂtJiliÇiit ^^e ««(«i^tise ;^tftélWi^lioa, à,(iet lég^r^, ds^^çije^ JWjeurs d^ pays i(ô).; et Jwr {^api^ri li| a^ l^énqt le 8 Qiars 1^4^» éia^lit ^qu il y 9, ^ao itiei^.^
{A) Bofp. Mfr lêÊ péniiimiiers ^Amérique, p. 81.
(3j /M., LUI,p. :>75.
(4) Ibid.
(5) V. Vradtwlioii àcf^ cloctinenls of|ciei8,p. 10, 24, A^, 46 , 58, liO, etc.
présèKK, <^6«il l^&is pl*fetôànïers de »ioînrs dfttrs fe pénîtëlicMf' qtf'à la même pétiùde de Vûuûét 1840 (t). v ' PôUP ce qoî es* d» ôhiH^ev eifcére atfsei élevé, du riideivbttleH t* aiïtfrael de$ enlisées et' deâ serties dà périiré^éter, \e\ tta'il o^tf établi cî-éessîis, p. 176, MUè ferons observer ()ire TëFé^iatRkf de ce elliffre tient uïikitreitiént iHi^ fait$ éhOfiëé^ â^tt^ té passtrgé sttivÀiit dû df]f iétfne Rappen du Goerven^eiir' :
« Le grand nombre de prisonniers qui ont vécu et se sonir corrompus efi réunion , pendant plusieurs années , dans les prisons de fValrkut et ^Arch^iteet (pri^onâ supprimées et que \e péiliteûciél* dd fîherry- Hill a remplacées), doit nous &ire compter sui'ilA âOCI*ôisse>meiM gt^aduél ' JHflqu'à ce que ilious ayons atteint l« chiffre d'enyin^on 450* Ncms rte p^»* vons espérer de diminution qu'autant que le nombre des anciens hpbi-! . tués de ces prisons aura diminué matériellement par mortouparminration. Nous ne pouvons pareillement compter sur Tentière réalisation des effets de âotré système qu'autant que lés détenus que nous plaçons dans nos <iéllu)eà auprès jtrg'eirhent , aufof^ été soumis vH même régiitre celhiliEtiréi dans Itfs prisons de GoMtéy ^i^onif îeUr jtigétifiént (2). >»
JVe soyons donc pas surpris que,» da'tts ïé onzième Rapport, les Inspecteurs, atlarmës» du nombre des condamnés en réci^ dives qui viennent en grande partie de ce^ ptisoùs, et surtout de Taccroissement anmief du nombre des condài^nés de couleur (tfeatly inereaêe of ihe cùlouted convlcis)^ demandent à la Légis^ lature Une foi- qùî* impose {ttùù pas à chatpie fédidive du péni'tehciet^ comme le traduit, à tort, M. Lucas), mais à chaque condamné en récidive eïÉ\oyé dart^ cette prison {on evéry persan teconvieted io thh prison), tm surcroît de étffée d'em|^JSi6tlnement. Daihs les autres États, et sous; la règle d'unr autre système pénitentiaire, disent les Inspecteurs, de» pfetîveà de cetCeaàtùre sont klHigées aux cfiétinels endurcis; nuss^i les récidives, y sont-eile» ftiôftfs nom^breoses (5). » '
M. Faucher revient sur son vieux thème des récidives de-i
(1) V. Ibid. p. ilO, et Foitrteenlh annuai report^ etc^ p. 5..
(2) Tenth afhiUAl tépéft, p. 8.
(3) EicveritlV annoâl téfùn, p^ 5.
Gîla^sow. —* A Glaigow^ dil-il , où reropriaonoemeitt séparé est pratiqué, ce mode d'eiQprisonnainent exerce si peu d*iftfluçoce sur les détenus» qu'il y eu a qui y sonl rentrés jusqu'à ¥ingt, soixante, et même jusqu'à quatre-vingts fois. Qu'est-ce que cela prouve? Une seule et unique chose, c'est que la durée des séjours au bridewel de Glasgow n'excède pas deux mois en moyenne, et qu'il est une infinité de condamnations qui sont de quelques semaines seulement. Il en résulte que les détenus finissent par s'accoutumer et prendre , pour ainsi dire , plaisir à ce va-et-vient de prison. C'est un mal que l'Inspecteur général des prisons de l'Ecosse, M. Frédéric Bill, et le Gouyerneur dn bridewel^ M; Brebner, ne cessent designaler au Gouvernement dans leurs Rapports.
Hais il ressort des tables tenues à Glasgow sur le mouvement des détenus, une considération importante que j'ai déjà fait valoir dans mon Rapport sur les prisons de l'Ecosse (i), et qu'il importe de rappeler ici, c'est que les libellés sont d'autant moins tentés de récidiver^ que leur premier emprisonnement a été plus long, et ce que j'ai noté à cet égard, en 1857, se trouve confirmé en 1844(2).
A Lausanne, nous sommes plus embarrassés.
D'un côté, ce sont MM. Faucher et Lucas qui viennent, armés de M. Gosse, nous opposer le dilemme que voici : Tandis que les récidives ne sont que de 18 pour 100 chez les hommes, et de 15 pour 100 chez les femmes, dans le régime du travail en commun^ eUes sont de SO pour lOQ cliez les iiommes, et de 66 pour 100 chez les femmes, dans le régime du travail en cellule. Donc^ etc.
D'un autre côté, c'est M. le marquis de LarochefoMcault qui vient, armé de M. YerdeiU nous opposer les moyennes et les proportions suivantes :
V^ époque. Dortoirs, travail en commun, point de silence :
(I) V. Rapp. au min. de rintérieur sur les pris, de rÉcosse, p. 67. (?) V. Observations and suggestions, Glasgow, 16 janvier 184i, p. 5.
H (KMir iWd» côeîdives. — 2*^ époque. GfUnle» de nutt, irtutil f&a cooiihiiBy ail^ooe : iy pour 100 de récidives. — 3^ époque. âyslè«e séœi^iuisylvaiiteD, etc.: 21 pour 100 de récidives. — (Me, elQ.
Je. ne m'aaMtserai point à discuter des chifYres qui ne reposent sur aucuns relevés officiels , et qui d'ailleurs sont' en cQjQlradiciioo flagrante entre eux ; je iâcherai seulement d*en expliquer la donnée principale par les simples observations que voici :
D^abordy l'emprisonnement cellulaire ne s*appliquant , à Lausanne, quà un petit nombre de condamnés déjà récidivktjBSf et aux plus mauvais sujets de la maison, il est logique que la récidive se recrute le plus abondamment dans cette classe.
En second lieu, si, dans la 3^ période de la di&cipline du pénitencier, il y a eu 21 récidives sur 100, tandis que, dans la l''^et la 2®, il n*y en a eu que 14 et l&, cette augmentation provient naturellement de ce que, dans la troisième période, on a eu un beaucoup plus grand nombre de condamnés a des détentiom plus courles par suite de la loi de 1829 sur le vol. Plus les détentions ont été courtes, plus le nombre des rentrées a dû être considérable. Avant la loi de 1829, les récidivistes condamnés à de longues peines ne pouvaient pas revenir dans la prison aussi souvent que les individus, jugés d*après cette loi, peuvent le faire aujourd'hui. M. Verdeil a la bonne foi de le reconnaître lui-même (1).
En troisième lieu, il est constant, dans le canton de Yaud, que les nouveaux délits, pour lesquels les repris de justice sont copdamnéSf ont généralement peu de gravité. Ce qui prouve, dit rinspecteur M. Denis, que, dans leur première captivité, s'ils ne se sont pas amendés, ils ne sont pas, du moins, devenus plus criminels (2). »
Et à qui ferait-on croire, au surplus, que des libérés, qui ne se
(i) De la réclusion dans le canton de Vaud» p. 424.
(2) Rapp. adressé a la Commbsion en avril 1842 et cilépar M. Verdeil, p. 122..
sMi4w^ va^, s^Pl! i^s e^fiosés aux r«diul^s qiie dés iîl qui' se coiimais&dnt; et que te réfime qâi faciUCe lat moins la cormpimi raulueUé des détenus eni.priaoft e$lt<cétiii^ai faeiiite le plus les occasions de faillir de nouveau à la sortie de prisoo?^ Je eofliprends qa'on sealienne que le système de reinprisoBûemeiit celiulaire ne moralise pas; mais qu'il corrompe davantage! voilà ce qui ne s'était pas encore dit. Les adversaires du prejel devraient biea s'arrêter au moins devant Tabsurde.
Au surplus, nous avons, chez nous, des points de comparaison qui ne permettent plus de rester incertains 9ttr les effets des deux systèHies, quant aux récidives.
En 4855, la maison d'éducation correctionnelle des jeunes détenus de Paris était encore soumise as régime de la vie eu commun. A cette époque, le nombre des récidives y était de 70 sur 100 (1). Trois ans après, la séparation morale du stlence et de la drsei^dine s'étant peu à peu introduite et consolidée, le nombre des récidives était deseenda à 19 sur 100(2) ; puis à 16 et 17 pour 100 (5). Arrivé le régime d^ la sépat?ation ceVlutaire de jenr et de nuit ; dès lors« le chiffre de» récidives lombe à 11 pour 100. Il est de 9 pDur lOfr sevlemeâl aujour^ d'hui(4)!
£t, eaâdisque cette décisive expérîeitce se fait à LaRo^Jfefte, nos bagnes, nos maisons centi^ales ei iH)s prisoos de dépdi^tement encreiiennenc et nourrissent , daiïs Fa eomag^ioii^ de ta vie coromime, le chiffre toujours grossissant de teurs récîdîves.
Les comptes de la justice criminelle étabHsseUt que, de 18S9 à lfô2, la proportion des récidives éonstatées à été de 58 peiur 100 dans les bagnes; êè 59 pour 100 dans les maison^ centrales, et de 46 pour 100 dans les prisons éépatleinfe#^ talès;
(1) Compte-reodu de la Société de palronagc, 12 juin ISSS.
(2) Con^tc-rendu du 9 juillet 1837.
(5) Id. des 22 juillet 1838 et S9 juillet 1840.
(4) Comm. de M. Bérenger à l'Académ-des sciences raor. et pol., février 1S44,
ttepiiis, oetle/ proffoiWonl a> Ai ffëMSjUtfr^ifié»t ftti|^ttréilter; pahcfoie de 7,344v eUStee dto iWâ, }69 réâidHves se éôtlt ëFevéerâ à I&,«i6, chiffre de iiSii!
Au surphnv toas les Directeni^ des ttiâiséits' eenti^lés et fé^ laspecteurs des plaisons afttesteni quel le 6hiflA*é d^â rééfdiVes rMles e^t bien plus ^evé qwcfettti des récidftes cortÉtatiei.' Us ies'porlent aux deux tiers^ou à«60 ptdur 100 du iiorhbfé total dés eoudamoés^
M. Faucher dir»-t»il eneotev arprès ceki, « (|a*on aurait beau eoùfipuiser dos annales criaiâielleâ, et qu*on n^y d'éc ouvrirait pas de plus trisCes résultats qe'à PhrliîKld^^pbie !»
CULTE. — GATHOLIGISHË. — IIVSTRUCTION SCOLAIRE^
^e Tai dit dans une solennité publique (1) i « Noiis ne sommes , nous, dans le chaiftp pénkentiaire, que des labou^ returs* traçant notre sillon et sentant notre gjrajhi^ Que produi-* raie&t nos efforts et nos siiews sans ia roséti é*en baat qui les féeonde et qui aecomplit^ auseiilde 1» terrey leviffttère' de la germination ! »
La peligîea- est doflfe le fondement ^ comme elle esi ieeou^ ronnettenide Tcanvre (pesious édifioa&w (Hezla religion de lar réforme» il n'y a plu» de péfornae; 6tez du sysHèitie l'office' dîtin^ il nyapkis de âyalèrae. Or» remprisonnement inditi^ due) Hoits semble;tpp>elé, plusque tout autre , à formuler d'une manière^nette , précise et efficace , l'influence et le degré d*in^ terventtoB de la religion et de ses ministres dans le régime de nos prisons peur peines.
Dans le régime de la vie en commun, l'aumônier ne renconcre
(1) Inauguration de la prison cellulaire de Bordeaux, 17 août 1S43.
— lit* —
qtt'bypocràie , raHierie ou dédain (1 ). fitos ce régime , les plu9 pervers font assaut de perversité et s-enorgueiUissent, haute^ ment ou en secret» de la supériorité qu'ils ont acquise dans les voies du crime. Là le plus scélérat est le plus craint , le i^us respecté; c'est lui qui fait la loi à tous les autres. Là en rougit d'ôtre bon» de se montrer repentant, et, surtout» de paraître religieux. On met son amour^propre à afficher '^im«^ piété» l'incrédulité» le cynisme. On tient» par dessus tout, à faire l'esprit fort. Et ce qui se passe» à ce sujet, dans les prisons» se passe aussi, mon Dieu ! dans bien d'autres éu« blissements qui ne sont pas des prisons. Ceci tient au vice du système sociétaire et à la contagion du mal qui, dans toute ag{^omération d'hommes, l'emporte, hélas! sur la contagion du bien. Isolez, au contraire, toutes ces moralités au lieu de les grouper, au lieu de les classer, — car, ainsi que je l'ai déjàfait observer, ces diverses moralités ne sont que des immoralités diverses, — et la face des choses va changer ; et ce prisonnier, naguère si fort et si persistant dans le mal au milieu de ses pareils • va devenir faible et trébuchant dans son obstination première , une fois qu'il se sentira séparé des siens et réduit à son individualité propre ; et maintenant que le respect bumain n'est plus là pour paralyser et étouffer, dans leur germe, les velléités de retour au bien que sa conscience lui suscitait, souvent, en dépit des mauvais conseils et des mauvais exemples de ses compagnons de débauche et de prison; maintenant qu'il est seul , face à face avec sa conscience et Dieu ; maintenant , le prêtre peut venir, car sa venue sera un bienfait pour le prisonnier ; car sa vue sera pour lui le rayon de soleil qui le viendra réchauffer dans son ombre; car sa voix trouvera sûrement le chemin de son cœur. Sa voix , autrefois, était méconnue, inécoutée ou tournée en ridicule par lés prisonniers réunis; aujourd'hui elle sera harmonieuse à l'oreille et à l'âme du prisonnier solitaire.
(I) T. ci dessus, p. lââ,cxtr. du rapp. de l'auin^nier de U prison cellulaire de Tours.
- as8 -
La eélluie, o^us Tavons dit atUeurs, relèvera le cbhfes^ioniial du GathoUcbme. Là où le confessionnal règne, le Catholicisme réigne. La religion catholique deviendra donc toiite-puissante dans nos prisons, du moment ou chaque cellule deviendra, pour chaque pécheur, le confessionnal où il pourra, seul à seul avec 'le prêtre et par sa seule intercession , obtenh* de Dieu la rémission de ses crimes, aussi bien que le pardon de ses fautes. Puisse le clergé français comprendre la portée de cette observation, et l'accueillir avec le même esprit qu'elle lui est faite, et le triomphe de la réforme pénitentiaire est assuré.
Le clergé, dit-on, est opposé au système de l'emprisonnement individuel. Cela n'est pas vrai ; on, si cela est, comme on ledit, chez quelques prélats italiens, ce ne peut être que par la oraintequ'on leur asuggérée que chaque détenu cellule ne puisse remplir ses devoirs religieux, ou parce que l'auteur de la doctrine matérialiste dehprobiié légale leuradit qu'on n'enseignerait que la probité vertueuse dans les prisons cellulaires (i).
Mais toute crainte à cet égard n'est plus permise, n'est plus possible^ aujourd'hui. Nous venons de voir, en effet, qu'en son point le plus important, la religion trouve, dans la mise en œuvre du système de l'emprisonnement individuel, tel que nous l'entendons , non-seulement la possibilité d'agir efficacement sur le moral des condamnés, mais encore la certitude
(i) Tout le monde sait que l'un des axiomes fondamentaux de la doctrine pénitentiaire de M. Lucas est que la probité légale est le seul but de ramcndemcnl des condamnes. La piobité vertueuse en est même exclue, (V. Théorie, 1. 1, p. 276 et suiv , et ci-dessus, p. 6). Or, un disciple de cette doctrine ayant écrilque «le but du système pénitentiaire n'est pas de former des hommes religieux, nriuis des hommes qui , à la fin de leur captivité, puissent prendre place dans les rangs de la société qu'ils ont offensée, •> (Fregier, des classes dangereuses^ t. U ), M. Lucas a dénoncé celte maxime au Pape, en disant à Sa Sainteté : « Pour nous , qui ne voulons pas seulement faire des hommmes laborietix, mais des hommes religieux, nous venons rassurer le catholicisme, etc. (V. des moyens, p. IS). Soit ^ mais n'attribuez pa» au système de l'emprisonnement individuel une pensée qui est la vétre, et si cette pensée n'est plus lavétre, dites-le à M. Fuucher, pour qu'il ne vous l'oppose plus comme matérialiste, (De la réf. des prisons, p. 55 ).
d'^xei^cer €eue influeoco sur cliacua d'eux cl* uae nidafèi^e plus directe et plus efficace qu'en aucun aiftre s^^èva^ çiorinM*
, D*uD autre côté,, et ceci n'est pas un point moinf iiotabie, l'architecture a trouvé le moyen de faire assister tous les détenus ensemble^ et chacun d'eux en particulier « à l'ofâce divin ^ sans, qu'il soit besoin de sortir des cellules y et sqq& que les prisonniers se volent entre eux (1).
Le plan circulaire de M. Harron-Romain a» surtout, cet avantage. Trois rangs de cellules superposées au-dessus les unes des autres au nonobre de 500,. comme les alvéoles d'une ruche d'abeilles , entourent circulairement une tour centrsyie d'inspection au haut de laquelle l'autel est placé. L'autel est éclairé par l'immense coupole vitrée qui couvre et éckûre l'io^ térieur de la prison, c'est-à-dire Tespace qui sépare les cellules circulaires de la tour centrale. Lorsque le prêtre est à l'autel, tous les détenus à la fols, et cliacun d'eux dans sa cellule, le voient sans voir leurs codétenus, et le voient dans l'atlihude de la prière, en jetant les regards vers le ciel (2)!
Le plan rayonnant de M. Blouet permet également et d'une manière non moins ingénieuse , à tous les détenus de voir le prêtre (5).
Ainsi, non-seulement le système de l'emprisonnement individuel, formulé comme nous venons de le dire, échappe au reproche de réforme du culte que lui adresse, à tort, un ancien préfet (4); mais encore il répond, d'une manière plus complète
(F) V. les pland âù MM. Êlouret, ITarrou- Romain et Horeau, architectes h Paris» que le ministre âe TintéHear a publiés en tSii, à la suite de rinstruclion et du programme pour la construction des m tisons d'arrêt et de justice cellulaires.
(2) M. Harrou-Romain a publié hi plans de son projet (chez Marc-Aurel, libr. à t^aris » rue Richelieu, i02)^aprè8 avoir fait faire un plan en relief qui existe an ministère de l'intérieur.
(3) M. Blouet a publi'é chez Didot* les plans de son péuitencidr , tels qu^s ont Uguré à I^éxposition du Louvre , avec des considérations préliminaires sur Te système de Temptisonnemént individuel donf il est un des plus habiles et des ptus expérimentés partisans. — îfous avons ÏAÎl de ce pénitencier une élude approfondie, et nous en avons reproduit deux planches dans la deuxième livraison dîe la Revue péniteMiairê, p. 292 et 325.
(4) M. Achille Begé, Lettre à MM. Tes députée sur lé projet de loi des prisons, p. 18.
qu*àticun de nos temples catholiques, au premier des commandements de l'Église, tous les dimanches la messe ouïras; — car la vueâupvétve, qui n'est pas d'obligation dans ces commandements, sera permise à tous dans nos pénitenciers cellulaires; tandis qu'elle ne Test, ni dans nos cathédrales, dont les piliers et fes bas-cétés empêchent les fidèles, non-seulement devoir, mais même encore souvent d'entendre le prêtre à f autel, ni dans nos églises de village, dont la majeure partie des habitants assiste à la messe dans le cimetière ou sur la place en dehors des portes du temple.
D'ailleurs, il est une autre combinaison architecturale, que nous ne conseillons pas, mais qu'on pourrait suivre, à la rigueur, pour mieux voir encore le prêtre, c'est celle qu'ont adoptée les Anglais dans le pénitencier cellulaire de Penlonville à Londres^ où se trouve une chapelle également cellulaire, laquelle est disposée de telle sorte que les détenus peuvent s'y rendre et y demeurer pendant l'oflice divin sans se voir entre eux, bien que tous voient l'autel.
Mais la prédication ! Les plans des architectes s'y prélent également. Et d'ailleqrs» alors même que le système laissât p désirer quelque chose sous ce r^pport^ si la chaire du catboli-r cisme n'est plus appelée à ren;lu^r les masses dans nos prisonj^ cellulaires, le confessional, je le répète, ne se relèvera*-t-il pa^ lout'puissant pour y remuer l'individu! Or, c'est à rindivjjdu qu'il faut surtout s'attacher dans une prison pour peines (i).
Monseigneur Morichini traite d'aati-catholique le systèmfi. pennsylvunien. Si le pieux prélat entend parler du systèfne Pennsylvanie^ tel qu'il a été introduit par les quakers 4e Pean* sylvanie, et tel qu'il est formulé dans le pénitencier de Cherry- Hill, à Philadelphie, sans chapelle, sans autel, sans culte,,, je I^
(1} C'est même Topinion d*un évéque dp ].i religion ao^licane, pu le proche est d*ins(ilu(ion fondamenlalc ; et celte opinion s'applique non-seulement aux détenus mais à toute la basse classe. Mère sermons from the pulpit, with référence to ike hiver classes, will seldom effeclually inculcafe any religions duiy if ih^ c^giwmn dues noi foHow up his instruction by private conversations. (L'Evéq.de Londres.)
conçois. Ihis s*U entend parler du syslèine français de t'emprisonnement individuel, tel que le Gouvernement du Roi Très- Cbrétien le définit dans son projet de loi, et dont les pians de MM. Blouet et Haron Romain sont la plus satisfaisante formule, je ne le conçois plus.
Sans doute, et quoi qa*on fasse, le prisonnier dans sa.ceiiiile sera qfioins libre de se livrer aux différents e&ercicet de son culte, qu'il ne Tétait dehors. Mais, est-ce que la captivité, cetlulceou non, est un état de liberté? Est-^oe que la captivité n'est pas par elle-même exclusive de toute liberté? Du moment où le prisonnier est dépouillé de sa liberté individuelle^ il est dépouillé de toutes les autres, qui toutes se rattachent à celle-là, et en dépendent. La liberté du culte est du nombre, et doit, comme toutes celles dont le prisonnier est privé, telles que la liberté de locomotion, la liberté de procréation, etc., être soumise aux restrictions qui sont inhérentes à Tétat de captivité. Est-ce que le marin, est-ce que le soldat sous les drapeaux, jouissent de la liberté de leur culte? Il y a des^ nécessités devant lesquelles toute liberté doit fléchir.
Que parlez-vous de prière en commun, de culte en commun, de communion de frères en Jésus-Christ ! Vous oubliez que ces fidèles sont des infidèles, et que ces ouailles ontdéserté le troupeau. Vous oubliez que Tarrét qui les frappe les a excommuniés de la société des honnêtes gens, dont ils ont violé les lois. Vous oubliez que ce sont des coupables exclus à sacris par leur crimes, et qui ne peuvent plus se racheter aux yeux de Dieu que par l'expiation du repentir.
Le Christianisme, qui a su faire du système du repentir un ujsage bien autrement moral, bien autrement curatif que la philanthropie carcérienne , a voulu que la pénitence fût une punition aussi bien qu'un remède du péché (1) ; et c'est en rappelant les œuvres satisfactoires exigées par les Canons pénitentiaux pour le rachat des fautes commises, que le Concile de
(1) Concile de Trente, sess. 14, cli. 8.
Trente appelle, d'après tous les Pères de l'Église, le sacrenieitt de pénitence un baptême pénible et laborieux (i). Tout est douleur dans ce baptême, et le signe sensible qui constitue l'expiation de la foute, et le repentir qui en obtient l'absolution. Ce repentir s'appelle contrition, c'est-à-dire ùrigement^ parce que la contrition, pour être efficace, doit être une douleur à briser l'âme (2), douleur souveraine, dit saint Ambroise, c'est-à-dire plus grande qu'aucune autre douleur que Dons poissions jamais ressentir (3). C'est à ces conditions seulement que la contrition est parfaite^ et (fue la rémission du pécbê peut être obtenue.
Commentdonc la satisfaction individuelle, l'expiation de chacun pour tous, dont la mort du Christ est le symbole, fera-t-elle naître, du repentir, la rémission de la foute, si le repentir est nécessairement empoché par la communauté dépravée, impie, au milieu de laquelle le pénitent est placé?
Je ne sache pas que le Catholicisme ait jamais proposé, comme guérison du péché, la contagion même du péché, et qu'il ait jamais imposé, comme pénitence, à un impudique, de vivre avec des impudiques, à un voleur de vivre avec un voleur, à un meurtrier de vivre avec des meurtriers. La communion catholique est une communion de saints, et non une communion de bandits et de forçats.
Que faisait le Catholicisme à l'époque où sa discipline n'était, pour ainsi dire, qu'un système pénitentiaire universel? H séquestrait du monde corrupteur tous ceux qui s'y étaient corrompus,, afin qu'ils pussent se laver de leurs souillures. Et où les plaçait-il, à cette fin? Dans un couvent, c'est-à-dire dans un monde nouveau de pénitents et de saints. Le couvent était, au milieu du monde, la cellule que nous érigeons au milieu de la prison. Le couvent ne séquestrait le pécheur que de la société
(-1) Concilie de Trente, ses9. 6i ch li.-^ Sess. 14, ehap. S.
(9) Ibid,, sets. 14, cb. 4.
(5) S. Ambr., liv. de la Pénitence, ch. 1 (.
(le péckMPft QWiiniâ Mi 4e môme la eeHute péniMitÎMPe iie séqueslfle le<coiidamQé que de la société 4t ses jmreils.
J)we que rcmprisonaeiBent individuel est antipathique au Clatliolicisniey c'est oiëconiuiltre à la fois' et les principes du GaihoUcîsfne Qi les principes de reniprisonnemeat individuel. Si la promtscuiié ées prîsons comoiuoes pouvait être la règle péaitentjkiire du Catholicisme, je demanderais alors, en toiiiie humilité, à monseigneur Morichmit ce qae veulent dire ces pa^ rôles de vnos livres et de nos hymnes saints: — Et aà hœdh me sequesira. — Corrumpunl bonos mores collQquia mala. — Ei sermo eorum ut cancer serpit, — Et ne nos inducas in Unlationem, — Nescitis quia modicum fermentun totam massam eor^ rumpit ? etc., etc.
C'est, du reste, ce que coa^M*eiuient parfaitement, en France^ ceux de nos prélats (1) et de nos prêtres (2) qui ont été à même d'étudier pratiquement la question- Aussi trouvons^ nous, dans les sympathies raisonnées qu'ils accordent au système du projet de loi, la force qiii lui manquait auparavant» et qui lui permet mainte^nant d'accomplir toutes le$ fins de sqn œuvre.
Voici en quels termes le jefme et digne aumônier de I^ prison cellulaire de Tours ex^plique comment le culte e;st pratiqué dans cette prison :
(( M^ Ip Préfet m'aya^t grâcieuseizieat dit qu'il nCaPandom^t le ffit^anche, voici ce que je fais de ce saint joui: au pénitencier :
« Pei sonne ne devant travailler ce jour-lk, le grand soin de l'aumô-
(1) Notamment Monseigneur Donoet, archnv(^que de Bordeaux, et Mgr Morlot, arcticv. de Tours. V les discours» pronorioés pur ces deux ^ilieots prélats (ors de la bépcdictio^i 4jes deux prisons cellulaires érjgîiécs .récffpimnt 4fiQS leiir^ <;|i9cè3^s> Revue pénitentiaire, i" aonée, p. 160 et 509.
(2) Notamment M. Tabbé Laroque, missionnaire apostolique, auteur des ConsidéraiioQs sur r^ntlaoncede la religion d^ns les maisons centru^es yl)raQbure in-S*i publiée en 1853; M. l'abbé Gourai, aumônier et directeur de la Solitude deiVazareth , à Montpellier; M. Fabbé Promis , aumônier de la prison cellulaire de Bordeaux; M. l'abbé de Sorbiers, aumônier de la prison celluiairv.de Tours ; M. l'abbé Vidal, aumônier de la maison centrale d'Eysses; M. raumônier de lanuiaon d'éducs* tion correctionnelle des jeunes détenus de Paris, etc., «te.
nier doit être de sauver le prisonaier ée l'ennui > car Pennoi produit l'irritation et la plainte, et le dimanche est qiaudit au lieu d'être sanctifié. Yoici donc de quelle manière j'ai paré à cet inconvénient.
« A neuf heures , la grand' messe est chantée : — à une heure de l'après midi, vêpres : — à trois heures une instruction. Au moyen de cette variété d'exercices religieux, le prisonnier, même celui qui ne sait pas lire , ne s'ennuie plus et il ne peut qu'en profiter beaucoup. Aussi tous me témoignent leur contentement. Tous attendent maintenant le dimanche et l'espèrent. Ils le redoutaient auparavant.
« Il faut vivre au milieu d'eux pour se faire une juste idée delà vive et saisissante impression que produit sur le prisonnier seul, dans sa cellule , une grande messe ^ le chant grave et si poétique de TEglise qui retentit majestueusement dans les vastes galeries du pénitencier, les hymnes, les psaumes et la parole du prêtre qui leur arrive du haut de cet autel si heureusement placé, au centre de l'établissement , et autour duquel rayonnent toutes les cellules comme vers une aspiration de religieuses pensées. Tous entendent parfaitement l'instruction évangélique, celui qui occupe la cellule la plus éloignée , comme celui qui se trouve dans la plus rapprochée. Tous paraissent heureux de ces dispositions. Il y a quelques semaines qu'un de ces infortunées fut tellement saisi que je le trouvai tout en larmes. »
L'^aumônier explique ensuite les moyens qu'il emploie pour instruire les prisonniers.
<t Une bibliothèque de livres , bons, moraux, amusants, quï traitent de l'Histoire, de la Géographie et de quelques éléments des Sciences, me parait être d'une absolue nécessité dans l'emprisonnement cellulaire. Je crois qu'une des plus grandes peines qu'on puisse infliger au prisonnier qui sait lire , après celle de la privation du travail , la plus grande de toutes ce serait de le priver de livres. Les livres sont nécessaires coiitme moyen de moralisation , d'instruction et de distraction. Il serait à désirer qu'on pût apprendre à lire et à écrire à ceux qui ne le savent pas. La lecture que fait le prisonnir dans sa cellule , alors que tout le porte à la réflexion, est bien plus profitable, et se grave bien plus profondément dans son esprit et dans son cœur, que celle qu'il ferait dans l'état de liberté. Je distribue moi-même les livres que j*ai été autorisé à acheter pour les prisonniers, me basant^ dans cette opération, sur l'intelligence, la moralité et la croyance de chacun. Ainsi , je n'aurais garde de donner un livre de pensées ou de méditatations religieuses à qui m'est connu pour ne pas croire à la religion. Je commence par lui choisir ce qui peut le plus lui être utile. J'ai re-
1«& éclairait ttt cf»|tribwii piiûisa«af»eAt à ks raii^ener aux sentimeat» de rhonuiètebfMNimc eo mèm& tQHip» qu'aux peo&ée» religieuses : pliAsÎQura fail5 de changements salutaires suxvenus dans la conduite de plusieurs détenue cooJ&rmenl mon asseaHion. »
Quantan^ mofil^ d*emcignement s/cotaire^ ce; qui aie passe dans, le péatteocierdes jeanes déteaus de La R:cM}ikôUe est UD admirable précédent qtif fésodt le problème si d»fiiiieile dc»^ l-iiistctto* tioB dorraëe à chaccm et à tous, sans^mre au principe fondsi-^ mental' de Femprisonnenient individuel La méebode inventée et suivie par M. Poutignac de Viihirs, îilors qu'il était instituteur de cette maison, est destinée à devenir le manuel de renseignemem. cellulaire. Cette méthode repose sur des procédés aussi simples que da facile e)sécu.ticM:u Uauteiir, ea b livramt à rivnpressîan^ » refidu un vrai service à latseieiMie pénitentîaîpe (i),
TkArAÏL. — I>ÊP£FîSCS. — OlPINItNV DES PKATl£IfiI<lS. CbM-
MONICATIONS. — PerSONT«EL. — MODITICATIOlNS AIT CoDE pÉNAL.
— Libères.-— D£poRT!ArK)if. — UwiFOftMirÉ be la peinz', etc.
Les. développemeots que X*ai été obligé diC donner aux g;iraves (^estians q»i psé^^denjt, mi';^yan( eutratné bie» aa-dalà des tinile» q«a Je m'étais tracées, je suis* foreé, pour ne pssdon^ ner à cet écrit ïes proportions d*ttn livre, de bornera ipielques notes^ sauf à y^ revenîr plus tard^ ce qfx*îi me reste à dire des quelques autres objectioas que rencontre le projet de loi,
TravmL — Tous ceux qui. ont visité les divers pénitenciers èes, £ta^s4Jni3 d* Amérique om. pu. voir^ par leurs yeux, avec quelle fisM^ilit^ , eà avee quels a^ntag^s^, le systèioe cdliilaîfs en pémtencter^ de Cherry4iiil se prête- au travail individuel des condamnés.
Cependant, ou objecte que le pénitencierd^Auburn,^ où le tra-
(1) ÇUe ««trouve à Paris, chez Bou(][uijrard, éditeur, rue Saint-Martio, n* SS6» •tau Bureau de la Revue pénitentiaire.
Tutl est cHTgafiMéeir aicfKefs, rappone^nlMBûé^^ aBooel à l'État de New-* York, taudis que le péniiencier de Philadelphie, oà le travail est cellulaire, entraîne une perte annuelle pouf TÉtat de Pennsylvanie.
Ce fait est vrai en 1 ni^même. Mais , " — d'une part , les béné* fiées. d'Auburn s'expliquent par cette considération que tout dans cette prison est sacrifié au^produit des ateliers, même la moralité, inéoie la santé des détenus (1); — d'autre part, les pertes de Gherry-Uill s'expliquent par cette autre considération que tout, dans cette prison, est subordonné aux résultats morau^ du système, même le produit du travail des condamnés (3), et que d'ailleurs, si le travail a momentanément cessé d'y être productif (3) , c'est moins par défaut d'activité et d'intelligence, — l'activité et rinielligence doublent au coo« traire dans la cellule (4), — que par le manque d'un capital suffisant (5) pour alimenter constamment de matières premières et d'ouvrages, les magasins de la maison et les bras des détenus (6).
Ce qui te prouve, c'est que, au dire même de la Société de Boston, dont le témoignage, en cela, n'est pas suspccl , le
(1) l/eiiquéle faite, en i838-S9, dans Ui péiuténeier de Siog-Siiig, par un Gomilé àe la^égisloture de New-York, <!on»lale que les convicts soumis h ce syslème manquent d'une nourriture suffisaute en qualité et en quantité ; que des détenus, réprimandés pour n'avoir pas Cul leur lAche, ont répondu, les larmes aux yeux, qu'ils ne recevafcn* pas de quoi manger; que souvent on eu avait vu se précipiter sm' des débris, sur des lavures de vaisselle pour apaiser les douleurs de la faim. « fc^l, pendant ce temps-là, dit un écrivain, le grand État de New- York encaisse i 7,000 dolars par an, prélevés sur les sueurs et sur Tappétit de ces malheureux. Oui; et pour balancer les coups de fouet qu*oo leur donne en sus, le chapelain leur accorde la compe/isalion de ses prières,'^ etc.» V. A t;ef7d{cr//fon.. Philadelphie , lS39,p. 54.
(3) V, ma traduction àe& Documents officiels, p. % 36.
(3) 11 a souvent couvert les dcpensc&. V. Ibid., p. 123.
(4) Ibid. ST. Ch. Dickens lui-même en cite des exemples remarquables.
(5) Ce manque de capital a sa cause dans les embarras financiers bien connue de la République de Pennsylvanie.
(6) Documents officiels ; traduction, p. 125.
pénitencier de Trenton , dans le New-Jersey , soumis , comme on sait, à la règle de Philadelphie, fait aujourd'hui plus que balancer ses dépenses par le produit de ses travaux (1).
Ce qui le prouve encore, c'est que la prison de Glasgow , en Ecosse, où le même système est pratiqué, est la seule prison du Royaume-Uni .dont les recettes couvrent , à peu de chose près, les dépenses , et cela bien que les détentions y soient trèscourtes et qu'on nre puisse, dès lors, faire faire aux détenus sans état un long apprentissage (2), tant la séparation rend le besoin du travail urgent ! tant. l'urgence de ce besoin donne d'aptitude à le satisfaire.
11 en est de même, déjà, dans le pénitencier cellulaire de Pentonville, à Londres, ouvert depuis le mois de novembre 1842 , et où les métiers de cordonniers , de tailleurs, de menuisiers, de tapissiers, de tisserands, etc., sont en pleine activité et seront bientôt en plein rapport.
II. en est de même, enfin, dans le pénitencier des jeunes détenus de La Roquette , à Paris, où le travail a doublé en perfection et en production depuis qu'il a lieu en cellule (S) . Résultat admirable, et que chacun de nous peut constater quand il le voudra !....
Et dans les prisons mêmes où le travail en commun n'avait pu s'organiser, malgré tous les efforts des Commissions de surveillance , le travail cellulaire s'organise comme de luimême et devient une source d'émulation , de moralité et de produit (4).
(1) y. le sixième Rapport des Inspecteurs du pénitencier de Trenton , et le dixhuitième Rapport de la Société de Boston, 1843, p. 502.
(2) y. mon Rapport sur les prisons de FAngleterre et de TÉcosse p. 65.
(3) V. le Rapport de M. le préfet de police, du 6 février 1843.
(4) V. le Rapport de la Commission de surveillance de Tours, du 4 février 1844. — On lit dans ce Rapport : c Etrange changement, qui a bien son importance ! des prisonniers qui, dans le système en commun, n'auraient pas voulu toucher à un outil, et qui ne se plaisaient que dans la paresse et la fainéantise, viennent aujourd'hui» après quelques semaines d'isolement, demander à grands cris ce travail qu'ils fuyaient avec tant d'opiniâtreté, et auquel maintenant ils se livrent avec une assiduité remarquable. »
Ce qui juslifie ce mot de M. GuîHot père, entrepreneur depuis vingt-cinq ans des travaux industriels des détenus dans les principales maisons centrales de France, — lequel, consulté, il y quelques années, par M. le préfet de TEure, sur la ques-* tion de savoir s'il voudrait se charger de procurer constamment de Touvrage à tous les détenus de la maison d*arrét d'Evreux : « Oui^ répondit Thabile entrepreneur, si les détenus travaillent séparément; non, s'ils travaillent en communauté. »
Et ce mot, qui a rencontré, dans le temps, tant d'incrédules, non-seulement M. Guillot le répète et le maintient aujourd'hui, mais encore il le formule en proposition directe au Gouvernement , en offrant de se charger de la nourriture et de l'entretien des deux mille premiers prisonniers, forçats ou réclusionnaires , qut seront cellules , sans rien exiger autre chose de l'Etat que l'exploitation^ à son profit, du travail de ces condamnés , moyennant quoi il offre au Gouvernement un boni de dix centimes par journée de travail et par tête de détenu. C'est assurément là le fait le plus considérable qui se soit encore produit en France, en faveur du système de l'emprisonnement individuel (i).
Dépenses. — Ce fait résout, à lui seul, le problème financier des prisons cellulaires. Toutefois, comme ce problème se rattache à ua autre que j'ai moi-même entrepris de résoudre et qui consiste dans la reconstruction générale, en dix ans , sans qu'il en coûte rien de plus au trésor, de toutes les prisons et maisons centrales de France, d'après le système de l'emprisonnement individuel, je crois devoir renvoyer ici à l'article voies et moyens que j'ai publié à ce sujet dans la Revue pénitent tiairey et qui a provoqué la lettre de M. Guillot (2).
Modifications au Code pénal, — Le projet, objecte-t-on , bouleverse les principes et l'échelle pénale du Code , ce qui ne peut se faire par une loi incidente, etc. Cette objection n'est
(1) V. ci-après la leltrc de M. Guillot, n» 2 de V Appendice.
(2) V. YAppendice,n?i.
pa<> réfléchie. Le projet ne touche qu'à Téchelle, et niilleftient aux principes du Code. Or, l'échelle pénale est mobile de sa nature, devaûl nécessairement varier suivant les exigences de Tutilité sociale qui en est la base. Elevez, baissez cette échelle d'un cran, la base restera toujours la même. CTest ce qui arrive pour le projet de loi sur les prisons. Ce projet, du reste, modifie moins Péchelle du Code qu'il ne la complète, car c'est plus une lacune qu'il vient remplir qu'un abus qu'il vient détruire. La peine d'emprisonnement n'est point définie dans le Code. C'est celte définition que le projeta principalement pour but de donner, en tenant compte , nécessairertient, du fait de l'emprisonnement commun, devenu par prescription , de droit commun en France.
Uniformité de la peine. — J'ai déjà répondu à celte objection, p. 145; j'ajouterai, ou plutôt je répéterai, qu'il ne faut pas confondre la peine avec ce qui n'en est que rinsirument. L'instrument fait partie de la peine; mais n'est pas la peine même. L'instrument peut être le même dans sa forme pour plusieurs peines différentes, sans que ces peines cessent, pOar cela, d'élrc distinctes, la différence, pour l'instrument, consistant, non dans sa forme, mais dans son mode d'fnfliction. C'est ainsi que )aé;^//u/« est l'iastrument uniforme. des trois peines distinctes appelées emprisonnement , réclnsiou, travaux forcés. Mais h cellule peut être plus ou moins douce, plus bu moins sévère, selon les degrés d'intensité ou de durée de la peine qu'on doit y subir. La cellule même peut être exclusive de toute poiitôt tellement qu'on l'applique aussi bien aux prévenus qu'aux con*damnés. Ce que le projet de loi peut ne fxis déterminer compté^ tement à cet égard, le régiement d'administratiom publique le précisera. Le projet, au surplus,, suffit pour établir, d'une manière tranchée, les difl-érences légales qui existent entre l'une et l'autre des trois peines ci-dessus. Ces différences sont : 1^ la durée ; 2^ les travaux plus ou moins pénibles ; 5^ l'infamie ; 4^ l'exposition; 5^ la surveillance de la police. Différences auxquelles le règlement d'administration potïiTa ajouter celles
résnhinit du costinne fémU <le& visiies, de la corrtsfioafliMce, de k répm'titioR du suLiire, des aliments qu'on pCMUi^a «o (>rocurcr (M non en sus des vivres «k la priseoL, olc.^ «te»
Communications, — Pour prouver <jue le système de l'oniprisonnement individuel n'atteint pas son principal but^ qui est de prévenir les communications entre prisonniers, les adversaires du projet citent |)ltisieurs faits desquels il résulterait qu'à Pcnionville les détenus peuvent se voir, malgré leurs masques., en allant à la chapelle, etc. (nous sommes du même avis), et qu'à Philadelphie même, ils sont parvenus à communiquer efitre eux par les conduits des calorifères ( ce qui est très-possible). Qu'est-ce que cela prouve contre le système? absolument rien. Cela prouve, tout au plus, qu'à Pentonville et à Cherry-^Hill , le système est mal formulé. C'est l'opinion du Gouvernement sur ce point comme sur beaucoup d'autres, et c'est pour cela précisément que la formule qu'il a adoptée diffère aussi notablement de celle de ces deux pénitenciers. Au surplus, quant àCherry-Hill , il y a longtemps que l'abus dont on parle a cessé (I) , et l'expérience est là pour prouver que les détenus qui sortent de ce pénitencier ne se connaissent pas (2). Leslnspe«ieurs elle Gouverneur en citent des exemples.incontestables(3).
Libérés. — Le projet dît-on ne s*occupe pas des libérés. Non; el c^'esl avec grande raison; car le système à appliquer aux libérés dépend essentiellement de celui qu*on appliquera aux condamnés; il faut donc commencer par formuler le mode d*cmprîsonnement avant deformulev le mode de sorveillance ou de patronage.
OéportÊiUin. ^^ Plusieurs mettibres de la Commûttiioa auraient désiré <ï«e le projet purWt de te déportation. Tôt &ê %md
< 1) V. À i*endiCûii9n </ tht tepavaic w^ttems f« 6 et ««iv. «-*> Trad. des Rap. iÂHc.y p. 69.
(2) Ibid, El A d^enseqf the 9§slcm of solitarij confinemeni. Philud., 185'>.
(3) V. Uiul. des Happons olfic-iH?, p. 6, 7, 10, 22, 40, 102.
il faudra s'occuper de cette question; t6t ou tard il faudra un lieu de déportation. C'est mon opinion, du moins; et, pour ma part, je ne comprends pas que la Commission, ayant fixé à douze ans le maximum de la durée de Temprisonnement en cellule, n'ait pas dit qu'après ce temps, le condamné à vingt ans ou à perpétuité, qui n'aurait pas obtenu sa grâce, serait envoyé dans un lieu de déportation, plutôt que d'être placé sous le régime de l'emprisonnement commun, que le projet a pour but d'abolir comme anti-pénal et anti-moral.
Personnel. — Le projet, dit-on encore, ne s'occupe pas du point le plus important de tout système pénitentiaire, à savoir, le personnel des employés des prisons. C'est une erreur quç réfute lart. 4. D'ailleurs, je partage toutes les idées exprimées par M. Lucas sur la nécessité de confier la direction et la surveillance des maisons pénitentiaires à des agents moraux, dévoués et capables. Mais je me permettrai d'adresser, à ce sujet, à mon collègue, cette simple question : Si tous les Inspecteurs généraux des prisons, qui sont les premiers agents du Gouvernement pour la mise à exécution de ces plans de réforme, écrivaient dans les journaux que ses plans sont absurdes, et que l'Administration n'entend rien à ce qu'elle fait, la réforme serait-elle possible! Et si les Directeurs suivaient le même exemple, n'en serait-ce pas fait de la loi, avant même qu'elle fût votée?
Opinion des Praticiens^ etc. — Parmi les quelques autres objections de détail qu'a soulevées le système de l'emprisonnement individuel et que je crois, vu leur peu de valeur, devoir passer sous silence , il en est une pourtant que je ne veux pas laisser sans réponse , c'est celle qui consiste à dire , de la part de M. Lucas , que le système du Gouvernement a contre lui tous les praticiens , tandis que le sien, à lui M. Lucas, lésa tous en sa faveur.
Que le système de l'emprisonnement individuel eût contre
lui tous les praticieas, cela serait dans les choses possibles, car les praticiens , qui ne sont que praticiens , peuvent ne pas comprendre toujours ce qui est praticable en dehors de leur pratique. Mais que le système de M. Lucas ait les praticiens pour lui y voilà ce qui est de toute impossibilité , car il est tout à fait impossible que le praticien, par cela seul qu'il est praticien, adopte comme réalisable une théorie qui n'est que théorie, et qu'il plie ses idées pratiques à des idées exclusives de toute pratique. Or tous ceux qui ont lu les trois. volumes publiés par l'auteur de la Théorie de l'emprisonnement , s'accordent à reconnaître qu'il en est du système pénitentiaire de M. Lucas, comme du système politique de l'abbé Sieyès. c'est-à-dire que la Théorie de l'un est» comme la Constitution de l'autre, réalisable seulement sur le papier.
Cependant M. Lucas fait dire de lui , en Italie : Un faito notabilissimo è che gli avversari del signor Lucas sono in generale uomini di lettere, ed al contrario i suoi partigianisono in générale uomini di prattica (1).
Nous avons vu (2) à quel genre d*hommes de lettres appartiennent les partisans du système du projet du Gouvernement. Voyons donc à quel genre d* hommes de pratique appartiennent les partisans du système de M. Lucas.
Ce sont, d'après la liste que M. Lucas en a dressé lui-même, MM. Bérenger, Léon Faucher, de Laville, Diey, et Marqnet Yasselot; en tout cinq (5). La liste est peu longue, comme on voit, et cependant elle est infiniment plus longue qu'elle ne devrait être, attendu qu'il en faut retrancher tous les noms qui y sont inscrits.
(1) Foglio settimanile diScienze, Lettere ed Àrti. Mapoli, 1859. Des Moyens, etc., p. 2.
(2) y. ci-dessus, p. 15, 16, 17, 18, 25, 26, 126, 129. — Le nom de M. Âlauzet est échappe du composteur , p. 18, n° 5, mais non de mon souvenir; c'est un des partisans les plus sages et les plus éclairés du système de l'emprisonnement individuel.
(3) y. Discours prononcé devant la Société de la morale chrétienne, p. 2i. De^ Moyens, etc., p. 16. Observations , p. 55.
D*abord, M. Bërenfi^ert ^lacë en léte de la lisle, est une de» plas illustres conquêtes dont ait à s>norgueîilîr la cause de l'emprisonnement individuel* La conversion est notoire, et M. Bërenger Ta» de nouveau, pvbliqQeinefft odofirinée, à l'eaeontre même de M. Lacas, dam 'rtme des dieraières séancesde 4'Aeadémie des acienees morales et politiques (1).
En second lieu, M. Faucher, qui doit se tf^uver quelque pea au<*pris d'élre placé par M. Lucas sur sa liste des praticitn$^ doit se trouver encore plus étomié de iigaref ptirmi ses parti-» sans; car, ainsi que nous Ta vous vu p. 7, M. Fa4ic})ef nejette le système des elassilicaUons par moralités comme ami-moral, et la dectrine de la probité légale comme matérialiste»
En troisième lieu^ M % de Lavîllede Mirement, le doyen des Iwpectcurs généraux des prisons du royaume, n'a écrit qu'une brdtAmte sur les prisons, et cette brochure a précisément pour objet de combattre tùuîes les idées de M. Laças, mêmeàrendroîldes cellules de nuit (^2). Il est bien vrai que M. de Laville est loin d'être partisan du système de Temprisonnement individuel, mais cela ne l'empêche pas de dire aujouid*huî, parce que, en effet, il.n^ya pas un praticien de prison qui puisse dire autre chose, qu'en dehors de Torganisation et de la discipline actuelle de nos maisons centrales, ce système est le seul qui ait une signification et qui soit proposable. — Du reste , depuis que ce système est devenu celui du Gouvernement, je ne pense pas qu*il puisse entrer dans la pensée d*aucun Inspecteur général , autre que M. Lucas, de s'en poser publiquement l'adversaire.
En quatrième lieu, M. Dîey, dont M. Lucas s^obstine à invoquer V expérience en sa faveur, n'a pareillement écrit qu^une
(1) « Pour moi, Haiis c«Ue grande question de Ir réforme dp» prisons, fincKnais d'aboni pour le systèmo d'Auburn ; mais Yexpérience que j'ai «cquise dans iwbs fencUont, 9oit <te prësûieiit de k Sociélé de patronage, soit de membre de ta Commission de surveillance do Ij\ Roqui^tlc, m'a donné ia coHuiction prt/onde de l'instifnsnnre de ce sysièmc pour Mleiudre le butqije nous nous proposons tous. *• Séance du 24 février IS44; Complc-rendu, p. 157.
(â) Y. Observatiom tnr les maisons centrales de déttnîhn. Paris, 1855r p. 10 et suivantes."
— 2Sî —
brochure sur les ppîsons, et celte broc>»«ire, enlièpcrnent écrite dans les idées de M.deLnville deMiPêmoni, et particulièrement; contre le système cellulaire de nuit et des cla«siHcaiions par moralités de M. Lucas, contient la pîira^e textuelle siilTante : « Veut-on empêcher, par des moyens matériels, la corruption des condamnés? lînV a qxinn seul système qtii puisse y parvetiir; c'est celui de Philadelphie; l'isolement de jour et de nuit. Il faut arriver à ce que les détenus ne se voient jamais, ne puissent pas se connaître. Tons les aiUres systèmes n'empêcheront pas que les détenus ne se commttniqrient leurs pensées (i). >
EnHn, M. Marquet Vasselot, qui a écrit trois gros volumes oîî il démolit pièce à pièce tonte la machine pénitentiaire de M. Lucas (2), et, de plus, une brochure spéciale contre son système cellulaire de nuit (5), a clos ses nombreuses publications par un dernier ouvrage dont le résumé est en faveur da système pennsylvanien (4).
II est vrai qu'à ces cinq partisans de son système, M. Lucas en ajoute deux autres, dont un du même genre (3), et un autre incontesté (6). Ceux-ci, il les prend exclusivement dans le Conseil des Inspecteurs généraux, ses confrères, et parmi les Directeurs des maisons centrales. Mais, comme le nombre est matériellement contre lui parmi ces praticiens, \l a recours, pour y suppléer, à un procédé de mesurage qui, s'il n'était pa» aussi vain, serait aussi blessant qu'il est fiaux. et Les habiles, dit M. Lucas, n'étant malheureusement pas en majorité, il faut
(1) Système pénffentiaire. Mahep re^îtale ât Ûemdteu, p. 3-
fS) V. Examen critique des dfver,it$ thiotka pénifenliai^es ; 5 vol. in-»», Utlo, 1835.
{o) Du sysième cellulaire de nuit pour la réforme de no.% prisons. Paris, J857.
(4) V. J^ihnographie des prisons. Paris, I8il ; in Jinc.
(5) M. Mariin-Dcslandes, iuspectcur générai, lequel pen^e absolument comme MM. de Laulle et Diey. C'esl M. Martin Deslandcs qui a fait le rapport sur le projet de pénitencier cellidaire do M. Harou-Roroain. Ce rapport est la inewire dw zèle et de L-i bonne foi que l'^dministrAlion e»! endroit d'allendro de kit. roonme de tout agent en qui l'esprit de personnaWlé n'a pas éteint l'cFprit de tkn'oir.
(6) M. Hello, Directeur de FontevrauU, «lisciple el ami de M. T.ucas.
peser leurs opinions, non les compter (1). » Là-dessus, M. Lucas se met à se peser lui-même, et , lui seul , dès lors , pèse incomparablement p»us que tous (2).
Mais cette estimation que M. Lucas fait de lui-même n'empêche pas, — fatto notabilissimo ! — qu'il n'en soit des praticiens qui adoptent sa théorie comme du blocus continental qui frappe d'interdit le système, du Gouvernement, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'une seule chose vraie en tout ceci, c'est que la désertion des opinions amies^ qui menaçait dès 1828 d'étendre jusqu'à M. Lucas le système de l'isolement absolu (5)> a fait de tels progrès, depuis cette époque, qu'on peut dire, à l'heure qu'il eSkt, que M. Lucis est, à proprement parler, confiné seul dans son système comme l'est dans sa cellule solitaire le convict de Cherry-Hill. C'est peut-être à cause de cela que M. Lucas en veut tant au solitary confinement de Philadelphie.
€onela0ioii«
Ici se termine ma tâche. Je ne sais si le but que je me suis proposé sera atteint; çn tout cas, je croirai avoir assez fait, si je suis parvenu seulement à bien déterminer le champ de la discussion. — Emprisonnement individuel, règle générale; Emprisonnement commun, exception. — Une question bien posée est plus qu'à moitié résolue.
Que si, pour repousser les attaques des adversaires do projet, il m'est arrivé, par fois, de me servir d'arguments ad hominem; — que ceux qui auraient à s'en plaindre me le pardonnent! lis savent^ par expérience, qu'on n'a pas le temps toujours de songer à émousser la pointe de ses armes dans la mêlée du
(1) ObxervalioNs sur les changementê, etc, p. 56.
(â) Les poids sont faits pour qu'on les pèse, et non pour qu'ils sg pèsent. S'il en était autremeni, chaque dccagramme se ferait kilo.
(5) V Théorie de l'emprisonnement , t. IIl, p. 455 et -456.
combat, ou celle de ses paroles dans rentraloement de T improvisation! Or, cet écrit n'est qu'une improvisation sortie de dessous presse aussi vite que de ma plume, et ne m'apparte* nant plus dès qu'un feuillet est achevé.
Au fond, ce qui me donne confiance et force dansle débat, c'est que je n'ai rien qui m'y soit personnel à défendre, et que si j'ai des opinions qui me soient propres à soutenir, je n'ai point de système qui me soit propre à faire prévaloir; tellement que, si, par malheur, le projet était repoussé, je le suivrais, dans sa chute, de tous les regrets de ma conviction, sans que sa chute m'arrachât un seul regret d'amour propre. J'ai toujours préféré, à la gloire d'avoir tort tout seul, la satisfaction d*avoir raison avec tout le monde. Partant de là, et .ayant trouvé un système tout prêt à pousser dans tous les esprits, j'ai fait choix de ce système, et n'ai eu d'autre ambition que d'aider à le développer dans son germe, et à le faire venir à fruit.
Et je me suis voué à sa cause avec d'autant plus de zèle qu'attaché pendant trois ans à l'inspection générale des prisons de la Seine, et, depuis sept ans, à l'inspection générale des prisons du royaume, j*ai constamment eu le bonheur, — et c'en est un grand pour un fonctionnaire qui a des idées à lui, — de voir mes idées à cet égard en parfaite concordance avec celles de l'Administration et de pouvoir, dès lors et toujours, joindre pour elle au concours obligatoire de ma fonction celui non obligé de ma conviction , plus heureux d'avoir à lui offrir celui-ci sans le lui devoir, que de lui donner l'autre que je lui dois.
C'est quelque chose , dans ce temps d'opinions diverses , d'avoir des convictions arrêtées sur un point. Si je suis aussi absolu» aussi ardent, aussi intolérant même, à soutenir la supériorité exclusive du système de l'emprisonnement individuel , c'est que cette supériorité est passée dans mon esprit de l'état d'opinion à l'état de conviction. Et je puis mettre en avant cette conviction, j'espère, car je ne l'ai point adoptée à priori^ comme un thème à variations, mais bien à posteriori^ comme une vérité mathématique. Je ne me suis point emparé d'elle dans l'inex-
pérvence de lajeimeBse et alors que la présoiaptioii tient lieu de l'examen ; c'e&t elle au contraire qui s*est emparée de moi dans toute 'l'expérience de l'âge mûr, et alors que le foit vient eo aide à l'idée, et que l'idée elle-même n^est plus que le flambeau du fait.
Avant quarante ans ye n'avais pas écrit une seule ligne sur les prisons. Depuis, j'ai eu la prétention de m'y connaître autant qu'un autre, et de plus, j'ai fait de la question de l'emprisonnement iadividuel une étude spéciale, si laborieuse, si consciencieuse » si raisonnée, si constante, qu'en publiant aujourd'hui eelte théorie-^pratiqae de la question cellulaire, je crois être en droite autant que quiconque^ de dire aux Législateurs de mon pays :
Cuiftée in suâ arte eredendum c$i.
MOREAU-CHRISXOPHE,
Impectûur général des prisons du royaume.
Parts, Villa Frochot, t»' avirlia44.