INTRODUCTION
Certains aspects de l’avant-bras et de la main, certaines déformations du poignet, évoquent immédiatement l’idée de fracture ou de luxation. Vite on recherche le traumatisme causal, le trait de fracture, le siège de la douleur, la situation respective des apophyses styloïdes, l'intégrité de mouvements, etc., etc. Et l’on est tout surpris au premier abord de ne trouver aucun de ces signes.
Alors on examine plus attentivement et ce que l’on croyait simple apparaît complexe. D'un côté, face dorsale, l’avant-bras se termine brusquement et domine la main surtout du côté cubital ; de l’autre côté, face palmaire, le talon de la main est situé plus bas que la face palmaire de l’avant-bras. Des muscles font saillie sous la peau. Une bonne pression sur les saillies dorsale et palmaire provoque un peu de douleur. Les mouvements sont en grande partie conservés.
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Et tout cela s’est installé presque sans bruit. Puis peu à peu les saillies ont augmenté, les douleurs sont devenues plus intenses, non en quelques semaines mais en plusieurs années.
Quelle est donc cette déformation? Quelle est sa cause déterminante ? Voilà ce que nous nous proposons de rechercher. On trouvera ci-contre une planche. Elle reproduit exactement les déformations des poignets de nos deux malades, et peut servir de type pour la description générale.
Nous désirons appeler l'attention sur une affection caractérisée par la déformation du poignet suivante :
Le bras étendu, horizontalement, la main en pronation, les doigts allongés, voici ce qui frappe :
Face porsaue. — 4° La main n'est pas dans le prolongement direct de l’avant-bras. — D'abord : elle occupe un plan différent : en effet, une attelle en bois appuyée sur la face dorsale de l’avant-bras passe à À centimètre audessus du dos de la main; les deux plans formés ne sont pas tout à fait parallèles. Ensuite : la main est légèrement déviée du côté cubital, car la ligne médiane prolongée de l’avant-bras n’aboutit plus au médius, mais coupe l’index à son articulation métacarpo-phalangienne.
2 L’extrémité inférieure du cubitus fait une saillie énorme. — Normal jusqu’au 1/3 inférieur, l’avant-bras va en s’élargissant jusqu'au niveau de son articulation avec le carpe et se termine à pic du eôté cubital en surplombant la main d’un bon travers de doigt, tandis que du côté radial la transition est moins brusque et se fait en pente douce.
3° Le radius est recourbé en crosse et augmenté de volume dans son 1/3 inférieur. — Les apophyses styloïdes des deux os ont conscrvé leurs rapports normaux. La main est rac-
courcie et comme rentrée sous l'extrémité inférieure de l’avant-bras.
FACE PALMAIRE. — 4° La base du carpe, le talon de la main, fait une saillie très accentuée. — Elle forme avec la face palmaire de
l’avant-bras un angle assez grand pour loger un doigt en travers.
L'élargissement du 1/3 inférieur de l’avantbras est ici encore très appréciable.
Dans la flexion forcée : les tendons des muscles fléchisseurs se dessinent nettement : le cubital antérieur principalement et le grand palmaire et le fléchisseur superficiel. Les saïllies, dorsale du cubitus, palmaire du carpe, s’accentuent. Les mouvements de flexion ont toute leur étendue mais à l’extrême ils sont douloureux.
Dans l’extension forcée la déformation disparait un peu, mais pas complètement. Les mouvements d'extension sont limités et douloureux. Ceux de latéralité normaux. La supination provoque un peu de souffrance et s’exécute lentement et assez difficilement.
Aux insertions supérieure et inférieure du cubital antérieur (épitrochlée et pisiforme) une pression moyenne provoque le retrait du bras, de même à la partie proéminente du cubitus en bas.
Le déplacement articulaire entre le cubitus et le pyramidal est manifeste, la surface articu-
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laire du cubitus est libre et perceptible au doigt. Le ligament triangulaire se trouve sinon rompu, du moins relâché. En est-il de même entre le radius et les scaphoïde et semi-lunaire ? Non, le contact existe toujours, et les os du carpe ont suivi le radius dans sa courbe. Les deux rangées osseuses du carpe se placent l’une sur l’autre.
Les muscles sont sains, non atrophiés. La sensibilité cutanée peut être diminuée, comme dans notre cas, à l’index et au médius.
La peau est rouge et chaude aux saillies du cubitus et du pisiforme. Pas de gonflement des gaines tendineuses environnantes. Pas de crépitation. Pas d’épanchement.
Le début de cette affection est quelquefois brusque, violent, oblige le malade à garder un repos absolu et fait suite à un mouvement de supination rapide, forcé, comme dans une observation de M. le professeur Duplay (action de tourner un loquet de porte ou action de tendre la face palmaire de la main pour recevoir des pièces de monnaie) comme dans notre cas. Plus souvent le début est lent. La douleur s'établit peu à peu, simule une simple fatigue et permet au malade de continuer ses travaux.
La déformation n'apparait généralement que six mois à plusieurs années après les premières douleurs ou le traumatisme. Aussi en Allemagne avalt-on cru à une névralgic articulaire.