DANSEUSE AUX BAS ROUGES
Collection de M"* Chausson.
DANSEUSES EN SCÈNE (Monotype)
Pholo Harry Ellii.
Lui, l'ironiste désabusé, a été conquis par la beauté, la grandeur de ce spectacle, et s'il a interprété la ballerine dans ses petitesses, les misères, les navrants côtés de sa carrière, il nous l'a aussi montrée dans les joies et les allégresses de ses beaux soirs triomphants, alors qu elle tient tout un monde à ses pieds.
Le ballet de Robert le Diable est un des premiers — sinon le premier tableau de danseuses sur la scène — qu'ait peints Degas ; de ce tableau, il existe une variante moins connue, que nous reproduisons.
Rien de saisissant et d étrange, au premier abord, comme cette toile, où, dans le décor d'un cloître, évoluent sous une lumière aveuglante, de claires et vaporeuses figures de nonnes, qui viennent de sortir de leurs tombeaux, tandis qu'en avant s'étend une triple rangée de têtes chevelues, ou de crânes plus ou moins dénudés, de musiciens avec leurs instruments — surtout des flûtes — et d'abonnés ou de spectateurs rangés sur leurs fauteuils. Parmi ces silhouettes, de dos, de profil perdu, se reconnaissent l'amateur Helch et le vicomte Napoléon Lepic.
La même année 1872, Degas peignit un sujet presque analogue à celui du ballet de Robert le Diable, Les musiciens de l'orchestre, nous montrant sur la scène, dans un décor de forêt, des danseuses en jupes blanches, éclairées, cela va sans dire, de bas en haut, dont l'une, un sujet, s'avance jusqu'à la rampe, en partie cachée par trois têtes de musiciens penchés sur leur partition, jouant de la contrebasse et du basson, coupés, un peu au-dessus des épaules.
Degas, à maintes reprises, a interprété des sujets du même genre, à l'huile et au pastel; mais les deux que nous venons de décrire peuvent servir de prototypes.
Voici, datée de 1872 (année de production s'il en fut pour l'artiste), non plus la scène de l'Opéra vue des places des spectateurs, mais en plein jour, dans le foyer de l'ancien théâtre de la rue Le Peletier, immense salle ayant fait partie de l'hôtel de Choiseul, aux boiseries autrefois blanches et dorées, à l'énorme glace descendant du plafond au plancher, une Répétition de Danse, que conduit le maître de ballet Moraine, aidé d'un violoniste donnant la mesure et dirigeant les pas d'une étoile, tandis que d'autres danseuses la regardent, se reposent, s'exercent au fond, à la barre de bois, recouverte de vieux velours rouge, qui entoure la pièce, cette barre que l'on retrouvera dans tant d'ouvrages de l'artiste.
La toile, après avoir appartenu successivement à MM. Durand-Ruel,
Manzi, Vever, J. de Ccimondo, se trouve aujourd'hui au Louvre
Voici maintenant une Répétition de ballet sur la scène. Peinte en 1874, en grisaille, dans le demi-jour de la scène, dont elle laisse à peine discerner les portants, le pourtour de la rampe et un coin des loges de gauche, le tableau figure d'un côté — le côté cour — les danseuses en exercice, le directeur de l'Opéra derrière elles, assis à califourchon sur une chaise, le chapeau sur la tête ; de l'autre — le côté jardin — des danseuses debout, qui s'étirent, bâillent ou rattachent leurs souliers. Un double de ce tableau a été vu à l'exposition centennale de 1900. Il appartient à Mme Cobden-Sickert.
Notons-en aussi une variante au pastel, datée de 1874, mais très différente. L'on n'y voit plus le pourtour du plateau, mais encore le directeur à califourchon sur sa chaise ; il a à côté de lui un autre personnage nonchalamment étendu sur une autre chaise ; le chef de ballet, affairé au milieu de ses élèves, les bras en avant, indiquant un mouvement, et, à gauche, l'extrémité du manche d'une contrebasse surgissant au tout premier plan.
De la même année que la Répétition de ballet sur la scène, date la Classe de danse. Dans le foyer de l'ancien théâtre de la rue Le Peletier, sous la direction du maître de ballet, le père Pluque, qui les regarde, les mains appuyées sur un énorme gourdin, ses élèves sont éparpillées autour de lui, les unes s'exerçant, les autres, au fond, à droite, assises sur des gradins, deux autres, à gauche, au premier plan, l'une debout, un éventail à la main, l'autre juchée sur un piano, le museau en avant. Cette dernière a été ajoutée postérieurement .
Comme les précédentes, cette toile se trouve au Louvre, grâce au legs de J. de Camondo. Elle avait appartenu à un amateur anglais et à Manzi. Il en existe une variante, datant probablement de 1875, dans la collection Payne, à New- York, ayant fait partie auparavant de la collection Faure. La Répétition de ballet sur la scène, en grisaille, et la Classe de danse, figurèrent à la première exposition des Impressionnistes, ouverte en avril 1874, boulevard des Capucines. Elles soulevèrent un haro presque général. Pour ainsi dire seul parmi les critiques, Ph. Burty osa prendre leur défense dans la République Française : « Personne, en réalité, écrit-il, n'a encore fait connaître comme lui — Degas — le portrait de la danseuse ".
Ne manquons pas de signaler une autre petite Classe de danse, un Intérieur des coulisses et un dessin au bistre, des plus remarquables, d'une Répétition sur la scène.
En 1876, Degas expose aux Impressionnistes Trois danseuses en jupes