‹ Degas (volume 4)Chapitre 11 sur 26 · LE BALLET · texte numérisé non relu

LE BALLET

de tulle jaune, enlacées, dressées sur leurs pointes, tandis que d’autres danseuses se devinent au second plan ; une Danseuse penchée en avant, une troisième Danseuse vue de dos, et une quatrième Danseuse rattachant son soulier.

A la vente Henri Rouart — nous n’en avons pas fini avec les merveilles du maître qu’elle a vu disperser — se trouvait un Exercice de danse très proche de celui dont il vient d’être question ; trois ballerines à contre-jour, dans une pièce éclairée par une haute fenêtre laissant apercevoir les maisons d’en face ; la première danseuse fait des pointes, la seconde rattache son soulier, la troisième, de dos, arrange sa jupe.

A côté de ce tableau, plaçons la Danseuse chez le photographe, où, dans un atelier froid et nu, éclairé également par une fenêtre laissant voir les bâtisses d’en face, une longue danseuse se pose, dans le mouvement du pas auquel elle doit son succès. Cette toile a fait partie de la collection du comte Doria.

Degas envoie au Salon des Impressionnistes de 1877, un pastel, Danseuse sur la scène , tenant à la main un bouquet qui vient de lui être jeté, elle s’avance vers la rampe, les bras étendus, jaillissant des gazes et des mousselines, au milieu des ondes lumineuses, accompagnée par les harmonies de l’orchestre, tandis qu’à gauche, au fond, d’autres danseuses évoluent devant les flots du troisième acte de Y Africaine. Provenant du legs J. de Camondo, ce dernier est aujourd’hui au Louvre.

C’est à la même exposition de 1877, croyons-nous, que figurèrent les deux Danseuses à la barre , s’exerçant dans une salle nue, meublée seulement, à gauche, d’un arrosoir à terre ; l’une des deux danseuses, de profil, tend la jambe droite en arrière, sur la barre, l’autre, de dos, maintient sur cette barre également, sa jambe droite levée. C’est ce tableau qui, à la vente Henri Rouart, fut l’objet d’enchères inusitées par la peinture moderne, puisqu’il atteignit le prix de 435.000 francs, ce qui, avec le 10 0/0 de rigueur, arrive au chiffre de 478.500 francs.

Des Danseuses àla barre, il existe une répétition, avec quelques variantes, dans la galerie Havemeyer, de New-York. Un dessin de l’une d’elles a paru dans le premier numéro de V Impressionnisme.

A l’exposition des Indépendants de 1880, ouverte rue des Pyramides, Degas montra un Examen de danse où figurent deux danseuses en jupe de gaze, une autre en tenue de ville, et la mère de l’une d’elles, incontestable concierge, en bonnet et en châle à ramages ; un Exercice de danse dans une

grande pièce où diverses danseuses s’exercent au son d’un violon, tandis que d’autres, assises, les regardent.

Enfin, une peinture à l’huile, J eune femme assise au balcon ; un pastel : une Jeune femme penchée au bord d une loge, vers la scène.

« Voici, écrit J. de Goncourt dans son Journal, le Foyer de la Danse où sur le jour d’une fenêtre se silhouettent fantastiquement des jambes de danseuses descendant un petit escalier avec l’éclatante tache rouge d’un tartan, au milieu de tous ces nuages blancs ballonnants, avec le repoussoir canaille d’un maître de ballet ridicule. Et l’on a devant soi, surpris sur nature, le gracieux tortillage des mouvements et des gestes de ces petites fillessinges. »

Des Répétitions et Examens de danse où, comme l’a dit Ch. de Boigne dans les Petits mémoires de l'Opéra, chaque danseuse abdique toute coquetterie, tout rouge, tout blanc, tout empire, où le maître de ballet n’est pas un homme, rapprochons un autre tableau où figurent, dans une vaste salle aux fenêtres descendant jusqu’au plancher, les exercices de Trois danseuses éclairées à contre-iour, on pourrait dire de quatre danseuses, car l’on aperçoit, à droite, en l’air, la jambe d’une quatrième, tandis qu’à gauche, coupé par le cadre, à la hauteur du buste, un vieux violoniste, assis, voûté, blasé, désabusé, leur marque la mesure sur son instrument. Ce tableau a fait partie de la collection Henri Rouart.

Voici un autre Exercice de danse, dans cette même salle dont il vient d’être question, au plancher sillonné de huit et d’entrelacs, tracés par l’arrosage, où les ballerines évoluent presque à une extrémité de la vaste pièce. Le premier plan du tableau est vide ; au second plan, à gauche, assis sur une chaise de paille, un violoniste à longs cheveux bruns, dont on ne voit que le dos, accompagne les danseuses dont les jambes se lèvent et s abaissent, les têtes s’inclinent ou se redressent en cadence. Autre Exercice où de nombreuses ballerines s’exercent, celles du fond de la pièce, près des fenêtres, à la barre ; d’autres, moins loin, rajustent leurs chaussures, assises sur des banquettes ; une autre, le pied appuyé sur une contrebasse, posée sur le plancher, renoue les cordons de son soulier.

Arrêtons-nous maintenant à ces quatre Danseuses devant un portant de verdure à gauche, en avant d’un fond de paysage, donnant le dernier coup d’œil à leur toilette.

Nouvelle Danseuse seule, probablement une débutante ; au second plan, la main gauche sur la barre, elle lève une jambe selon la mesure que marque

Page 1