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L’ESSAI DU CHAPEAU

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Modistes.

Il ne faut point négliger d’autres sujets chers à Degas, des plus importants dans son œuvre, par exemple les magasins de modes. En ce genre, il a laissé des productions de tout premier ordre, d’une personnalité dont rien ne peut donner une idée, d’une distinction d’harmonie, d’un raffinement de coloration non moins rares ; ajoutons, d’un style superbe.

Les premiers tableaux de modistes parurent vers 1876. Ils troublèrent et désorientèrent le public, qui resta effaré, ne sachant s’il devait se moquer ou admirer.

Cet étonnement, cet effarement, ne s’expliquent guère si l’on raisonne et réfléchit quelque peu, car en quoi ces intérieurs de magasins de modes seraient-ils moins dignes de l’attention de l’artiste que d’autres sujets, analogues ou différents? L’intérêt et la dignité de l’œuvre d’art ne dépendent pas de la noblesse du motif interprété. En quoi les modes et modistes ontelles démérité? En ces interprétations qui sont toujours des tranches de vie, Degas reste, comme dans toute son œuvre, un peintre d’histoire et des plus grands.

Nous ne décrirons point par le menu ces divers intérieurs de modistes, peints à l’huile ou crayonnés au pastel, aux environs des mêmes années, quoique à des intervalles plus ou moins rapprochés. Ce sont, ainsi que tous les ouvrages sortis du pinceau ou du crayon de Degas, des productions d’une observation sagace, subtile, d’une exécution puissante, large, au dessin d’une maîtrise incomparable, à la couleur d’une richesse intense. Magasins de modes, chapeaux juchés sur de hauts champignons, de jeunes ouvrières évoluant au milieu des plumes, des rubans et des peluches, présentant aux clientes, avec de curieux mouvements de doigts, des toquets ou les capotes légères et coloriées.

Une première toile de modistes, qui figura à l’exposition des Impressionnistes de 1888, montre deux ouvrières, aux doigts déliés et agiles, aux visages communs, de profil, mettant la dernière main à l’ornementation de chapeaux garnis de rubans et d’aigrettes ; l’une à gauche, l’autre à droite, séparées par une forme accrochée à un champignon posé sur une table, devant elles.

Une seconde toile représente deux jeunes modistes près de leurs clientes : l’une assise, de profil, essaie un chapeau avec de curieux gestes de bras ; l’autre, presque encore une enfant, la regarde, appuyée sur un en-cas au long manche. En avant, sur une table, se trouvent d’autres chapeaux, de forme et d’ornementation variées.

Un troisième tableau représente une ouvrière au minois presque canaille penchée vers la droite, le coude et le buste reposant sur la table de travail ; elle contemple le chapeau, monté sur un champignon, qu’elle est en train de garnir. A sa droite, on aperçoit une pauvre poupée de carton.

Quatrième composition, une femme debout, essayant un chapeau devant une psyché ; cinquième, deux femmes assises sur un canapé : l’une pose un chapeau sur la tête de l’autre ; sixième, une élégante, debout devant la glace, essayant un chapeau, tandis qu’une demoiselle de magasin saisit, pour la lui présenter, une capote placée au milieu d’autres, sur un champignon dans la peluche des vitrines ; septième, autre jeune femme essayant encore un chapeau. Notons cette jeune femme debout devant une glace, vue de dos, essayant un chapeau blanc ; une modiste assise, une seconde debout, en arrière, à droite, que l'on distingue à peine, — la première devant un établi sur lequel se dresse un champignon couronné d un chapeau ; — puis deux autres, assises, le tablier noué autour de la taille, d autres ouvrières encore, etc, etc.

Est-ce aussi dans la série des modistes — peut-être — qu’il conviendrait de faire entrer un important pastel, donné par un amateur au musée moderne de Berlin : la Conversation où, dans un magasin de modes probablement, quoiqu’on n’y aperçoive pas le moindre chapeau, au premier plan, deux jeunes femmes en costume de ville, coupées à mi-corps par le cadre, penchées sur une large table., appuyées sur les coudes, sont en tram de causer, la tête tournée chacune d’un côté différent, tandis que, plus loin, une autre jeune femme, près de la devanture ou de la fenêtre, leur tourne le dos ?

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