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CHEVAUX DANS LA PRAIRIE

Pbolo Durnnd-Ruel.

l’hippodrome, des jockeys tombés sur la pelouse, plus ou moins blessés ; d’autres compositions assez différentes, montrant des gentlemen, des amazones, des garçonnets, des fillettes, en promenade sur de fringantes montures, aux formes impeccables. Ce sont des pastels et des dessins des mêmes motifs, avec leurs bêtes toujours élégantes et fines, aux mouvements quasi paradoxaux à force d’exactitude.

Dans ces divers ouvrages, d’une spontanéité qu’envierait la photographie, Degas a saisi, avec une étrange acuité, les mouvements des pursang aux jambes nerveuses, à la fine encolure.

Degas exprime., avec une justesse inconnue jusqu’à lui, ces mouvements capricieux, désordonnés, parfois incompréhensibles, que, depuis, le cinéma a rendus perceptibles à tous les yeux.

Il représente inlassablement les nobles bêtes, impatientes de s’élancer dans un galop effréné, prêtes à s’exaspérer, n’obéissant plus qu’avec peine à leurs cavaliers qui les maintiennent avec difficulté, caracolant, s’alignant, dansant, se cabrant, bondissant sur de larges pelouses vertes semblables à de soyeux tapis. Il reproduit avec une vérité infaillible les gestes et les allures des jockeys au visage glabre de gamin ou de vieillard, aux toques et aux casaques bouffantes, bleues, violettes, roses, jaunes, aux manches et aux culottes diversifiées, dont la solidité est à l’épreuve de toute ruade, qui suivent, arc-boutés aux flancs de leur monture, leurs violentes et subtiles contorsions. Alors qu’ils rassemblent leurs bêtes pour le proche galop, les muscles des élégants chevaux se tendent, leurs nerfs se contractent; on dirait qu’ils s’élancent déjà. De ces pur-sang Degas fait chanter les croupes superbes, au poil lustré, bai brun, bai clair, bai châtain, bai doré, alezan, cerise, noir, aux flancs palpitants, contre les colorations lumineuses des cavaliers, lesquels se détachent sur la délicatesse des fonds et du gazon, fauché ras, des premiers plans.

Combien belle, chez ces cracks, la ligne des croupes toujours amoureusement traitées dans le sens des formes! Avec quelle justesse est interprété leur besoin de mouvement, leur fougue involontaire, l’impatience de leurs jarrets qu’indique la saillie des muscles, l’ondulation des flancs, leur aspect nerveux, leur alerte anatomie!

Degas a merveilleusement compris la relation de l’animal avec le paysage ambiant. Il a su associer d’incomparable sorte la forme mobile et vivante du cheval à la forme immobile des lieux et du voisinage.

Quel charme, au surplus, dans ces coins de nature mi-citadine, mi-

agreste des environs de Paris, aux vastes pelouses bordées de coteaux verdoyants piqués d’élégantes villas, dominées par des ciels joyeux et légers, dont le peintre exalte à plaisir le poudroiement.

Dans ces diverses compositions, le harnachement des animaux, la carrosserie des équipages, l’allure des cochers, des valets de pied; sont rendus impeccablement.

Le public de ces hippodromes, outre les lads, les jockeys et les chevaux, consiste en gentlemen parieurs, grandes dames, et autres, mais toujours en un monde nettement défini ; Degas, avec son observation sagace, le situe avec une précision absolue. Ce ne peut être que celui des courses, et non un autre. II faut de toute nécessité, quoique le cheval n’apparaisse pas, faire rentrer dans cette série un important pastel représentant trois jeunes femmes à mi-corps, en toilette d’hippodrome, causant sur un balcon de tribunes.

Notons, du maître, une dernière toile de chevaux, dans un genre différent — il ne s’agit plus des élégances du turf — dont le dessin reste aussi infaillible : Chevaux de labour, appartenant à M. Durand-Ruel.

Ce qu’il faut également admirer sans réserve, ce sont les fantastiques dessins crayonnés à l’intention de ces mêmes tableaux de chevaux ; plusieurs ont été reproduits dans l’album publié par Manzi et Joyant.

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