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LA COMTESSE GOWER ET SA FILLE

Copie d’après Lawrence.

boto Durand-Ruel.

après un sérieux raisonnement, à la suite d’une volonté bien arrêtée et réfléchie. Ces coupes ont en effet leur raison d’être profonde ; de la vie, peut-on rien apporter d’un peu complet, smon des tranches donnant la sensation que cette vie se poursuit au delà du cadre?

C’est pour la même raison qu’il ne choisit pas, ou ne semble pas choisir son point de vue, lequel peut se trouver n’importe où.

L’œuvre d’art, quoi qu’on en ait dit, n’est jamais spontanée, ni ne naît tout d’un coup. Elle procède de cristallisations successives, de plans en gestation depuis longtemps. C’est ainsi qu’une impression ressentie sert à Degas de point de départ pour une série d’œuvres absolument nouvelles et personnelles.

Dans les compositions de Degas dont nous venons de nous occuper, comme dans toutes ses autres œuvres, l’exécution est impeccable. Mais il se garde bien de la faire admirer pour elle-même. Les morceaux accessoires n’appellent point l’attention hors de propos. L’accord entre les diverses parties du tableau demeure entier ; en un mot, la réalité expressive n’est jamais sacrifiée aux formules abstraites

Portraits.

Degas est un merveilleux portraitiste. Personne avec autant de force et de pénétration que lui, dans notre temps, n’a saisi le caractère des modèles qui ont posé devant son œil inquisiteur, n’en a mieux interprété les expressions plastiques et intellectuelles.

Il a vu et rendu l’être humain avec le sens aiguisé de clarté et de netteté qui est le fond de sa nature ; aussi tous les portraits sortis de sa main sont-ils d’inappréciables documents pour 1 histoire de son époque. Leur souvenir reste ineffaçable ; il demeure mêlé à notre existence. Ces personnages vivent près de nous, nous les interrogeons, ils causent avec nous, ils nous répondent.

Dans chacun de ses portraits, Degas a joint à la ressemblance littérale, qui est secondaire, la ressemblance expressive, de beaucoup la principale. Tous témoignent d’un sentiment profond de la réalité, sont solidement construits, largement exécutés. Il est à remarquer que ce sont, d’ordmaire, des effigies de connaissances, d’amis qu’il a pu observer à sa guise, étudier à son gré dans l’ambiance et l’aspect qui leur sont ordinaires. N’oublions pas le mot d’Ingres : dans un portrait, ne saisir l’expression qu’à peu près, c’est la manquer. Degas la saisit tout à fait, et cependant il n y met que 1 indispensable.

A l’instar des primitifs, Degas se garde bien de chercher un éclairage spécial, d’évoquer un aspect particulier. Il se contente simplement — însistons-y — d’étudier le modèle qui pose devant lui, spécialement la structure de son visage, les plans de sa tête, de pénétrer son caractère, de poursuivre son individualité , d’accumuler les observations, de l’analyser à fond, avec sa pénétration si aiguë.

Il le situe sous l’angle décisif, en dégage l’expression personnelle, en

surprend le geste révélateur, dans son milieu habituel, avec son attitude intime, quotidienne, familière, car il attache une grande importance aux fonds, ennemi déclaré des fonds lie-de-vin ou en chocolat de Bayonne. Un homme n’est pas seulement reconnaissable aux traits de son visage, mais aussi à son allure, à son port.

Dans chacun des portraits peints par Degas, il y a quelque chose de lui-même, certes, mais n’en est-il pas toujours ainsi avec les grands artistes? Rembrandt fait surgir les siens d’une ombre dorée, impalpable ; Rubens leur donne un aspect brillant et lumineux ; Van Dyck, celui d’une aristocratie hautaine.

Il est à remarquer que, dans un portrait de Degas, le modèle est toujours un personnage de composition, c’est-à-dire l’élément d’un ensemble, faisant partie d’une sorte de synthèse générale. Ces effigies sont des images d individus, en même temps que de castes, de milieux, brossées avec un sentiment incisif, parfois ironique.

Dans les portraits de femmes, jamais l’artiste ne cherche l’occasion d une transposition de la grâce et de la beauté, pas davantage une arabesque un arrangement rythmique et fastueux. Il reste convaincu que, dans toute effigie, aussi bien de femme que d’homme, l’expression psychologique doit toujours tenir la première place, en dehors de toute autre combinaison. Compris différemment, un portrait n’est plus un portrait, mais une fantaisie décorative plus eu moins agréable, plus ou moins réussie.

Degas n’a jamais exécuté un portrait officiel d’apparat.

Les plus anciens portraits peints par lui sont déjà souverainement personnels et typiques. Parmi ceux-ci, signalons, au crayon (il dessinait spécialement alors), deux portraits en buste, coupés à la hauteur des épaules, de son jeune frère René , l’un de profil, l’autre presque de face, lesquels semblent tirés d’une fresque de Ghirlandaio ou de Massacio.

Dès 1854, Degas égratigne quelques portraits sur cuivre. De ceux-ci et d autres, qu’il grava à différentes époques, nous parlerons tout à l’heure.

En 1857, à Rome, il fait le portrait du peintre aquarelliste Tourny (presque de profil perdu, les traits accentués et maigres), portrait qu’il laisse inachevé ; il brosse celui du peintre Gustave Moreau, aujourd’hui dans le musée de la rue de la Tour-d Auvergne, puis le sien propre, à l’âge de vingt-deux ans, vêtu de noir, la tête de trois quarts, debout, les mains appuyées sur une table, la droite tenant un crayon. Ces trois portraits sont d un genre minutieux, d’un sentiment d’observation intense, de respect de

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