‹ Degas (volume 5)Chapitre 26 sur 37 · SALLE D'EXERCICES DE DANSE · texte numérisé non relu

SALLE D'EXERCICES DE DANSE

subjugué par eux, il les étudie, avec une attention soutenue et sagace, avec son goût et son instinct délicats, leur empruntant leur fermeté, leur sobriété d'exécution, leur impeccabilité de dessin. Il s'enthousiasme particulièrement du naïf archaïsme et du dilettantisme raffiné de Mantegna. Il brosse aussi quelques figures italiennes, plusieurs portraits d'amis et camarades, crayonne de plus nombreux dessins, qui sont des merveilles — hélas! beaucoup d'entre eux ont disparu — , grave même plusieurs eaux-fortes. De retour à Pans, Degas vit d'abord sur la rive gauche, rue Madame,

puis revient sur la rive droite, dans le quartier Montmartre, qu il ne quitte plus. Il habite tour à tour, lui qui détestait le changement, la rue Blanche, la rue de Laval, la rue Lepic, la rue Notre-Dame-de-Lorette, la rue Fontaine, la rue Ballu, précédemment, rue de Boulogne, où il occupe le logement que venait d'abandonner le ménage Zola, la rue Victor-Massé, ancienne rue de Laval — en face du bal Tabarin — où, pour la première fois, il eut son appartement et son atelier dans la même maison. Il y resta plus de vingt ans, et n'en partit que chassé par la pioche des démolisseurs, pour aller se réfugier à un cinquième étage du boulevard de Clichy, à deux pas de la place Pigalle.

En 1870, lors du siège de Paris, Degas fait partie d'une batterie d'artillerie, et c'est là qu'il retrouve son condisciple de Louis-le-Grand, 1 ingénieur Henri Rouart, qui, en qualité d'ancien polytechnicien, y servait comme capitaine. Leur ancienne camaraderie se transforma dès lors en une profonde amitié, qui ne se démentit pas un instant.

En 1873, Degas s'embarque pour l'Amérique ; il va visiter sa famille maternelle à la Nouvelle-Orléans, et y reste plusieurs mois. Il en rapporte son célèbre tableau du Bureau de cotons et plusieurs autres toiles de moindre importance.

Voyager n'était pas dans les habitudes de Degas, mais il connaissait à merveille l'Italie et allait de temps en temps à Naples, où résidait une partie de sa fairille paternelle et où il possédait même, sur le Pausilippe, avec ses frères et sœurs, une villa qui leur venait d'un oncle. Il fit différents séjours en Angleterre, parcourut la Belgique, la Hollande, passa deux mois en Espagne, poussa jusqu'à Tanger, avec Boldini ; il est vrai qu'au retour à Paris, ils se quittèrent à la gare d'Austerlitz, puis, oncques ne se revirent. Il alla plusieurs années de suite en Auvergne, au Mont-Dore, dans les Pyrénées, à Cauterets, plutôt pour changer d'air et se reposer, que pour prendre les eaux.

Degas ne se trouvait bien qu'à Paris, dont, comme Montaigne, il aimait ]usqu aux verrues. Il était passionné des longues courses à pied, des randonnées sur les impériales d'omnibus, les plates-formes de tramways. Certains jours même, il montait dans un train de banlieue, mais s'arrêtait bien vite et revenait au bout de quelques heures. Ses infidélités à Paris, c'était, de temps en temps, en été, les journées qu'il allait passer chez son ami Henri Rouart, à la Queue-en-Brie, où ce dernier possédait une résidence d'été et où il parvenait à l'attirer et à le retenir.

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