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Degas

Notre époque, quoi qu'on en ait dit, peut, au point de vue des arts, être mise en parallèle avec les plus brillantes, les plus favorisées ; elle a produit des maîtres aussi grands que ceux des siècles passés. Ingres, Delacroix, Corot, Millet, Puvis de Chavannes, Manet n'auraient-ils pas honoré tous les temps, n'auraient-ils pas brillé au premier rang à côté de leurs pairs d'Italie, d'Espagne, des Pays-Bas : Titien, Velazquez, Rembrandt, Rubens, etc.? Différents de tels devanciers, ils ne leur sont point inférieurs. D autres artistes contemporains seraient à placer à côté de ceux que nous venons de nommer, un peu après eux peut-être, sauf un, qui est au moins leur égal : Edgar Degas. Celui-là est sans équivalent dans n'importe quelle école, en n'importe quel siècle. Il est lui, c est-àdire un maître qui, au premier abord, étonne, trouble, mais bientôt après éblouit d'un éclat sans pareil. C'est un de ces phares destinés à éclairer le monde des arts, à indiquer des voies nouvelles, un de ces hommes qui ont reçu un don particulier les distinguant de leurs semblables.

« L'humanité, quoi qu'elle fasse et qu'elle veuille » , écrit G. Planche, « marche », plus ou moins vite, aurait-il dû ajouter, « à la suite de quelques horrunes quand ils découvrent un pays nouveau, une vérité nouvelle, une face nouvelle de la vérité... »

Degas est un de ces hommes. Longtemps il fut méconnu, conspué même; mais l'impopularité n'est-elle pas le lot des esprits supérieurs?

L'originalité est toujours honnie pour commencer. L'ignorance et la vulgarité se plaisent dans les redites où, sans effort, elles se retrouvent. Une manière nouvelle d'exprimer les choses produit une sorte de scandale. Devant une œuvre où les méthodes, procédés ou errements antérieurs sont abandonnés ou délaissés, qui ne se rattache pas, remarque Remy de Gourmont, à quelque chose de connu et déjà compris, les gardiens de l'art se sentent menacés. Et non seulement les gardiens de l'art, mais aussi la généralité des esprits.

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