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PORTRAIT DE MADEMOISELLE SALLE

air. Quoique la remarque en puisse sembler étrange — nous ne saurions assez le répéter — il s apparente beaucoup plus aux anciens qu'aux contemporams. Si les sujets qu'il traite sont modernes, ultra-modernes, son procédé reste purement classique, ce qui ne signifie pas académique, et froid. Beaucoup de gens ne séparent pas l'idée de classique de l'idée de froideur. Il est vrai que certams peintres se figurent qu'ils sont classiques parce qu'ils sont froids.

Au point de vue des colorations, des valeurs, Degas émettait parfois

• Collection I. de Ca:

LA DANSEUSE AU BOUQUET (Pastel)

Musée du Louvre. - Colleclion I. de Camondo. Photo Druet.

FEMME DANS UNE BAIGNOIRE (Pasiel)

de curieux et instructifs aphorismes. Citons-en un ou deux des plus caractéristiques :

« Le relief doit être plat. »

« A peu d'exceptions près, on peut établir comme règle que l'orangé colore, le vert neutralise, le violet ombre. »

Nous venons de parler du procédé de Degas. Peu d'artistes eurent plus que lui le souci de la technique du métier, ont poussé plus loin les recherches de ce genre.

Rappelons en passant, que, fervent du contre-jour, qu'il pratiqua beaucoup plus qu'on ne l'avait fait avant lui, il en tira un merveilleux parti, en obtenant des effets pour ainsi dire inconnus et des plus heureux.

Comme Turner, Gustave Moreau, Ricard, Whistler, il s'est épris de l'alchimie des couleurs . A diverses reprises, il a tenté des recherches à ce sujet. C'était un curieux, un savant même. Son ami, le peintre italien Chialiva, très documenté sur ces questions de couleurs, sur leur solidité ou leurs altérations, sur le grain et la texture des toiles, sur leur préparation à l'huile ou à l'encaustique, avait sur ces sujets de longs et fréquents entretiens avec lui. Il se déliait, à juste raison, des couleurs à l'huile modernes. Il en savait les inconvénients. Il craignait leur instabilité. Sa palette était

des plus simples. Il essaya de la peinture à la détrempe, à 1 œuf, se souvenant des tableaux des primitifs flamands et italiens, restés aussi frais — témoin ceux de Fra Angelico — que s'ils avaient été exécutés hier.

Le fixage des pastels, qui avait tant préoccupé La Tour, inquiéta aussi Degas, mais, pas plus que le maître de Samt-Quentin, il n est parvenu

Musée du Louvre. — Collection I. de Camondo.

APRES LE BAIN (Pastel)

à résoudre la question d'une manière satisfaisante. Jusqu'à présent, tous les procédés employés n'ont eu pour résultat que d'enlever au pastel sa fraîcheur et son velouté. Le pastel, entre les mains de Degas, devint un souple et merveilleux instrument, tantôt aux éclatantes vibrations de lumière, tantôt aux teintes atténuées et assourdies. Impossible de faire dire davantage à ce crayon menu et friable. Ici, il en sabre son carton de hachures puissantes et volontaires, là, il l'étalé tendre et moelleux.

On peut, comme pastelliste, mettre Degas presque sur le même rang que La Tour dont il a la science, la largeur d'exécution, la puissance de rendu. Son observation pénétrante trouve dans le pastel un superbe moyen de rendre rapidement et franchement sa pensée dans toute sa fraîcheur et sa spontanéité. Qui a dit de lui, avec une vérité très relative, il est vrai, qu il est un La Tour canaille?

Degas n'a jamais essayé de substituer le pastel à la peinture à l'huile, ce qui eût été une grave erreur. Il savait trop bien que les deux procédés ne peuvent être employés indifféremment. Chez lui, les modes d'expression restent toujours subordonnés à ce qu'il veut rendre.

Tout est ainsi raisonné dans l'art de Degas. Dans ses dessins au crayon Conté, à la mine de plomb, au crayon noir, rehaussés ou non de touches de blanc, de pastel, de gouache, parfois même relevés à l'huile, il n'emploie pas indifféremment n'importe quel papier ; force, grain, teinte, sont choisis avec intention. Le clinquant des bordures dorées aux divers motifs, tour à tour à la mode, le rebutait. Il ne se le laissait pas imposer, mais recherchait des cadres à moulures particulières, vermicellées, en spirales, diversement appropriés, dans des ors, des blancs, des gris, des verts, des bleus tendres et variés.

On a dit que Degas n'avait pas le goût d'être un chef d'école ; c'est possible. Cela dépend de la façon dont on entend la chose. Il n'en reste pas moins vrai qu'il en est un, le seul de la fin du XIX® siècle, celui sur lequel s appuie la peinture contemporaine. Tout l'art de ces cinquante dernières années, qu on le reconnaisse ou non, a été à l'école de Degas, il lui doit sa nouvelle orientation, sa manière plus franche et plus sincère de scruter la nature.

Qui aurait cru cela, alors que Ph. Burty, Duranty, Duret, Castagnary, Rivière, Huysmans, Félix Fénéon, bataillaient pour lui, alors que les plus basses railleries faisaient rage contre ses œuvres, qu'A. W. exerçait à son

- ColIeclion'I. de Camondo.

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