‹ DegasChapitre 25 sur 43 · DANSEUSES SUR LA SCÈNE · texte numérisé non relu

DANSEUSES SUR LA SCÈNE

Collection de M. Olivier Sainsère.

j'aurais loué une medson à plusieurs étages. Au rez-de-chaussée j aurais installé le modèle vivant, autour duquel se seraient groupés les commençants ; au premier — mais sans modèle, comme aux étages supérieurs, — les élèves déjà un peu dégrossis ; au second, d'autres plus experts, plus habiles, et ainsi de suite, en montant. »

Tous seraient descendus, selon le besoin qu'ils en auraient éprouvé, revoir et consulter le modèle du rez-de-chaussée, bien entendu, les élèves des étages supérieurs, les plus haut logés, le moins souvent, le moins longtemps.

A peu de chose près, c'est le procédé de Lecoq de Boisbaudran, « le plus intelligent et le plus persécuté des professeurs d'art de notre époque », a écrit Ph. Burty, de l'atelier duquel sortirent Alph. Legros, Bonvin, Fantin- Latour, G. Regamey, Ribot, Cazin, etc. C'était déjà l'opinion de Poussin, qui a dit ; « C'est en observant les choses que le peintre devient habile, plutôt qu'en se fatiguant à les copier ».

Degas était, on le peut dire, l'adversaire des Salons officiels, qu il ne fréquenta que pendant sa jeunesse, comprenant vite leur danger. « Songer à exposer et mendier ainsi le succès, disait-il, c'est faire comme le chasseur qui quitterait la libre vie de la campagne pour aller dans un tir, tirer sur des œufs au bout d'un jet d eau ».

Toujours, Degas fut l'adversaire de la théorie de l'art cissocié à l'idée d'utilité qu'il considérait, à juste raison, comme une utopie nocive. L'art ne s'adresse qu'au sens esthétique, et au sens esthétique seul. « Quelle absurdité, disait-il un jour, en regardant une devanture de magasin de cordonnerie, d'exposer des chaussures, comme s'il s'agissait de diadèmes de diamants et de colliers de perles! »

C'était, selon Degas, du faux et du plus exaspérant esthétisme que de vouloir mener vers la beauté les objets utilitaires ; impossible, d'autre part, de revenir aux méthodes de jadis, qui se sont si merveilleusement manifestées jusqu'à la fin de l'ancien régime, par la discipline.

Notre époque est devenue non seulement trop pratique, trop industrielle, mais encore et surtout trop individualiste. Elle a, en plus, bien d'autres préoccupations. Degas n'entrevoyait point le moment rêvé par M. Arsène Alexandre, où tout un personnel de manufacture se mettrait en grève, parce que le patron voudrait lui faire fabriquer des objets mal dessinés.

Et puis, à quoi bon s'inquiéter? D'abord, il n'y a pas de remède, car

le remède préconisé, la culture du dessin par 1 ouvrier, est pire que le mal. L'œuvre nouvelle produite par lui serait mesqume, fausse et prétentieuse, surtout prétentieuse. Les ingénieurs, les architectes, les industriels, les fabricants, incapables de concevoir une belle chose, de la combiner, élèvent des monuments, créent des objets qui, sous un certain aspect, ont cependant leur caractère, et, quel que soit ce caractère, le véritable artiste en saura toujours tirer parti.

L'art pour l'art, la beauté pour la beauté, ce rêve à la mode poursuivi par tant de théoriciens bien intentionnés, à notre époque utilitaire avant tout, semblait à Degas, entièrement chimérique. Ecarter de nos yeux les objets vulgaires comme portant atteinte à notre beauté vitale, tenir tout ce qui ne mène pas vers cette beauté pour une flétrissure et un amoindrissement de notre être, bref, chercher la beauté coutumière, ce sont là des considérations étrangères à l'art de Degas.

Collection de M"' Chai

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