IRRESPONSABILITÉ MORALE ET EXPERTISE MÉDICALE 5À
aux monomanies et aux altérations de la volonté ; peu à peu on l’appliqua aux vésanies sans délire : monomanie raisonnante (Pinel), folie morale (Prithard), folie d'action (Brierre de Boismont), folie lucide (Trélat ‘), manies instinctives, aux folies avec ‘onscience. Lorsqu'on en est venu à ce point, il est nécessaire de se demander si l’on ne confond pas la maladie et le vice. Dans le doute, on invente la-responsabilité partielle, une responsabilité proportionnelle à l’état mental du sujet (Legrand du Saulle) ?.
Je ferai remarquer en passant que cette innovation sortait des attributions du médecin, qui peut être expert en pathologie et en clinique, mais qui n’a point de compétence spéciale pour décider sur la question du libre arbitre, question de métaphysique pure et dont la solution ne pourrait servir de base äaucune déduction pratique. Quant au discernement du bien et du mal, c’est à tort qu’on l’a confondu *, ainsi que la conscience de l'acte, avec le libre arbitre. Le discernement est en rapport avec le développement intellectuel, et la conscience est aussi en connexion avec certaines conditions physiques encore mal déterminées; mais on peut provisoirement
1. Trélat, la Folie lucide étudiée au point de vue de la famille et de la société, in-8°, 1861.
* 2. Brierre de Boismont admet une forme particulière de ‘esponsabilité partielle sur laquelle dans les asiles on se base « pour punir les aliénés qui injurient, menacent, frappent, e livrent à des désordres, font des dégâts, sont nuisibles et langereux » (De la responsabilité. légale des aliénés, br. in-8°, 863, p. 5 et 74).
.3. Pénard, De la mesure de discernement en matière crimiielle, 1880.
caractère morbide déterminé : on a vu des émotio
admettre avec M. Herzen! que l'intensité de la -con science, perception immédiate de l’état actuel à moi, est en rapport inverse avec la facilité et L rapidité de la perception centrale.
Morel et Falret ont évité l’écueil. Reconnaissan! qu'il n’existe pas, à proprement parler, de troubles partiels de l'intelligence, qui ne peut être que saine ou malade, ils admettent que l’aliénation entraine nécessairement l’irresponsabilité, mais ils ne répon dent qu’à la question médicale : le sujet est fou où ne l’est pas; à la justice à faire application de l’avis. Griesinger fit de même.
Maisils’en faut de beaucoup que cette pratique soi généralement adoptée. Il semble qu’un certain no bre de médecins aient pris à tâche non plus seul ment d'éviter la peine à des malades avérés, mai encore d’arracher à la justice des criminels sa
passionnelles ?, « des impulsions éthiques » consi dérées comme des demi-folies entraînant des demi responsabilités. Des opinions aussi étranges ont je