‹ Dégénérescence et criminalitéChapitre 19 sur 82 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quand il parut établi qu’un certain nombre à crininels étaient des aliénés, il devenait natureld rechercher si tous ces aliénés ne présentaient p es signes d'aliénation mentale, et si le crime n’éta point en somme une maladie. On remarque bienti ue les criminels et les délinquants sont des ano aux aussi bien au point de vue psychique qu point de vue physique. Les troubles mentaux s0 extrèmement fréquents chez les condamnés : | inti-sociaux (Maudsley ‘) sont souvent voués à folie; un grand nombre de criminels sont moraleme imbéciles (Tamburini et Seppili*), atteints d’idioti morale (Forbes Winslow *); beaucoup sont sujets des explosions de violence, à des terreurs nocturnes

|, Maudsley, Pathologie de lesprit (trad. franç.), 185

Ni: 112, | 3. Tamburini et Seppili, Sfudio di psicopatologia crim nule, etc. Reggio Emilia, 1883.

Forbes Winslow, Obscure Diseases of the Brain a

Mind, 3e éd., 1863, p. 129.

à des perversions de l’idéation, etc. (Nicholson th: Quelques-uns sont ou deviennent épileptiques, d’autres aliénés(Coindet*?, Casauvielh *, Ferrus*, Lélut *, Bruce Thompson ‘, etc.). Il est bien certain que les causes de la folie dite pénitentiaire, qui se développe chez les délinquants pendant qu’ils subissent leur peine ?, sont inhérentes au prisonnier et non à la prison .

On a d’ailleurs souvent essayé sans succès de distinguer la criminalité de la folie (Michéa ?, Solbrig ‘°, etc.). Les différentes formes de folie morale, et les divers troubles mentaux fréquents chez les

1. Nicholson, The morbid psychology of criminais (The jJourn. of mental science, 1813, 1874, 1875).

2. Coindet , Observation sur l'hygiène des condamnés délenus dans la prison pénitentiaire de Genève (Ann. d'hygiène, 1838, t. XIX, p. 273).

3. 3. -B. Cazauvielb, Du suicide, de l’aliénation mentale et des crimes contre les personnes comparés dans leurs rapports réciproques, etc., 1842.

4. Ferrus, Des prisonniers, de l’emprisonnement et des prisons, 1849.

5. Lélut, De l'influence de l'emprisonnement cellulaire (Ann. méd.-psych., t. HIT, p. 392).

6. J.-B. Thomson, On heredilary nature of crime (The jJourn. of mental science, 1870).

7. Sauze, Recherches sur la folie pénitentiaire (Ann. méd.psych., 3e série, t. III, 1857, p. 28). — Hurel, Quelques obs. pour servir à l’histoire de la folie pénitentiaire (Ann. méd.psych., 1875, 4e série, t. XIII, p. 161, 374).

8. « La statistique nous donne 5 épileptiques pour 100 détenus et 5 épileptiques pour 1000 individus honnêtes. En Italie, les mêmes régions qui fournissent le plus grand nombre d’épileptiques donnent aussi le plus grand contingent de criminels. » (Lombroso, Congrès de Rome, 1885.)

9. Michéa, Caractères qui permettent de distinguer la perversion maladive de la perversité morale (Ann.-méd. psych, 4852, p. 444.)

10, Solbrig, Verbrechern und Vahnsinn. Munich, 1869.

criminels, et que nous venons seulement de citer, font comprendre déjà la difficulté de cette séparation. « Entre le crime et l’insanité, dit Maudsley !, il existe une zone neutre : sur un des bords on n’observe qu'un peu de folie et beaucoup de perversité; à la limite opposée, la perversité est moindre et la folie domine. » Ce n’est pas sur un caractère aussi vague que l’on peut établir une frontière entre la criminalité et la folie. M. Despine *, après avoir traité de la inaladie morale qui produit le crime, dit que le criminel n'est point un malade, qu’il ne faut point l’assimiler à un aliéné : il a conservé son.intelligence. sa place n’est point dans un asile; mais, en fin de compte, il en.arrive à conclure qu’il faut le traiter dans un établissement pénitentiaire *. « L’intelligence, dit-il, quelque grande qu’elle soit, n'atténue point l’atteinte portée à la raison ét à la liberté chez le criminel par l’insensibilité morale; elle ne détourne point cet homme du mal, bien loin de là. » Que faut-il de plus pour caractériser un sujet atteint d’insanité morale? Dans l’état actuel de la Science, il est tout aussi impossible de marquer une limite entre le crime et la folie que de donner une preuve objective de l'existence du libre arbitre. « Tout homme a en lui la virlualité de tous les actes vicieux, passionnés, criminels et même insensés qu’un individu puisse

1. Maudsley, le Crime et la folie. Paris, 4e éd., 1880, p. 32. .

2. Despine, Etude sur l'élat psychologique des criminels! (Ann.-méd. psych., 1812, 5e série, t. VIII, p. 321). 3. Howard, The somalic etiology of crime (The amer. Journ. of neurol. and psych., 1883, t. 11, p. 235, 358). |

CRIME ET FOLIE 61 commettre. » (Maudsley ‘.) A vrai dire, il n’est pas plus facile de donner une caractéristique indiscutable de la santé psychique, qui ne se distingue guère que.par exclusion.

C’est surtout peut-être chez les enfants que les rapports du crime et de la folie se montrent avec évidence *.

Il résulte en somme de l'observation de leurs associations dans l'individu et dans les familles que le vice, le crime et la folie ne sont séparés que par les préjugés sociaux; ils se tiennent indissolublement

par leur caractère commun de fatalité originelle; on

ne peut guère les étudier séparément.

M. Dally * a montré avec beaucoup de raison que les actes nuisibles des aliénés criminels et des criminels soi-disant sains d'esprit ne diffèrent pas foncièrement par leurs caractères. Ferrus ‘ avait indiqué antérieurement que l’absence de remords attribuée spécialement aux aliénés est fréquent chez les criminels.

Les grandes commotions sociales, en | fournissant une occasion aux instincts criminels, peuvent dans une certaine mesure mettre en lumière des mons-

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