Schiff, Rech. sur l'échauffement des centres nerveux à la
tions périphériques, même portant sur un seul côté du corps, déterminent un échauffement dans les deux hémisphères cérébraux, échauffement qui doit être rapproché de l’augmentation du volume observée directement par M. Mosso.
Les irritations portant sur les différents sens peuvent chez certains individus amener des états d’excitation générale équivalents : on peut s’expliquer ainsi comment ces individus ont une sensation double à propos d’une irritation portant sur un seul sens, ont une sensation colorée par exemple à propos d'irritations de l’ouïe, du goût, de l’odorat !.
IIT. — L'absence d’excitation au contraire atténue les phénomènes vitaux en général : la force muscu-. laire diminue en même temps que la sensibilité, et cette atténuation fonctionnelle correspond à une diminution de la quantité de sang dans les membres. Beaucoup d'animaux dorment quand on les place dans l’obscurité et le silence : certains individus peu cultivés, manquant de représentations mentales,s’endorment aussi dès qu’ils sont au repos. Le sommeil peut d’ailleurs être produit expérimentalement par la suppression des excitations : Strümpell rapporte l’histoire d'une jeune fille de dix ans, affectée d’une anesthésie générale de la peau et des muqueuses, du sens musculaire, de l’odorat, du goût, et qui n'avait de communication avec le monde extérieur suite des excit. sensitives et sensorielles (Arch. de phys. norm. et path., 1810, t. JT, p. 333).
1. Ch. Féré, la Vision colorée et l’équivalence des excitations sensorielles (Bull. Soc. Biologie, 1881, p. 191).
que par l’œil droit et l’oreille gauche; si l’on bouchait ces deux organes, elle s’endormait ‘. L'histoire de l’hypnotisme contient un grand nombre de faits du même genre. |
Ces phénomènes d’excitation et d’affaiblissement des fonctions en rapport avec la présence ou l’absence d’excitants se montrent surtout chez certains sujets et en particulier chez les hystériques : on les voit souvent au réveil éprouver une sensation pénible de fatigue, quelquefois une tendance aux lipothymies ; alors aussi leurs mouvements sont difficiles et lents; plusieurs ont remarqué que leurs pieds et leurs mains ont diminué de volume et que leurs bagues tombent de leurs doigts. Chez quelques-uns de ces sujets, la pression dynamométrique est à peu près nulle dans l'obscurité ?.
On pourrait peut-être rapprocher de ces faits d'inactivité par défaut d’excitation les cas singuliers des paralysies se produisant par accès nocturnes (night palsy) et signalés, depuis le travail de M. Ormerod ?, par plusieurs auteurs (Saundby, Steavenson, Weir Mitchel, Sinkler, etc.).
Nous avons déjà signalé que les excitations excessives, douloureuses, déterminent des effets dynamiques et circulatoires dépressifs. La clinique peut
4. M. Duval, art. Somseic du Dict. de méd. et de chir. pratiques.
2. Binet et Féré, Rech. expérim. sur la physiologie des mouvements chez les hystériques (Arch. de phys. norm. et path., octobre 1887). |
3. Ormerod, On a peculiar numbness and paresis of the hand (St. Bartholomew's hospital reports, 1883, t. XIX, p. 17).
apporter des faits à l’appui de nos résultats expérimentaux. Alibert, Schedel, Cazenave, Biett, Rayer, etc., ont cité des exemples d’affections cutanées en conséquence d'un choc moral; mais une observation de M. Leloir se rapporte mieux à notre sujet et est plus précise : cet auteur a vu un cas de syncope locale des doigts qui se produisait chez une femme nerveuse sous l'influence de scarifications cutanées, et durait environ un quart d’heure après l’opération f.
Nous aurons à revenir bientôt sur les changements des muscles qui se produisent dans les mêmes circonstances que les modifications fonctionnelles que nous venons de rappeler.
IV. — Nous n’insisterons pas de nouveau sur l’intensité variable des réactions qu’un même sujet peut présenter aux excitations d’un même sens suivant la quantité de l’excitant ; nous rappellerons seulement que les effets des excitations lumineuses et sonores en particulier paraissent se prêter à l'édification d’une théorie générale.
Quelques-uns des effets des excitations périphériques que nous avons étudiés avaient déjà été signalés plus ou moins clairement; on a même vu que des excitations qui paraissent ne devoir affecter que les sens spéciaux peuvent déterminer des réactions sur des organismes dépourvus de système
1. Lévêque, Contribution à l'étude des dermatoses d'origine nerveuse, th. de Lille, 1887, p. 27.
nerveux; c’est ainsi par exemple qu'Auerbach a observé que la lumière du jour provoque des contractions du protoplasme de l'œuf de la grenouille, que sir John Lubbock a vu les fourmis montrer une préférence marquée pour le rouge, etc, Nos observations se distinguent pourtant en ce qu'elles ont
Fig. à, Courbes respiratoires chez B, : à, les yeux oùverts; — b, les veux fermés. [La ligne ascendante de gauche à droite correspond à l'inspiration ; il en est de même sur les Lracés suivants). |
été faites sur l’homme, sans vivisection, dans des conditions telles que l’on peut distinguer les excilations douloureuses de celles qui ne le sont pas; enfin l'étude des mouvements volontaires à l’aide du dynamomètre et du dynamographe nous a permis de peser en quelque sorte les effets physiologiques d'agents réputés impondérables,
Mais, outre les phénomènes que nous venons
Fig. 3. — Courbes respiratoires chez L. Ë 4, avec l'éclairage jaune; — b, avec l'éclairage vert; — © 8VEC l'éclairage rouge.
de passer en revue, il s’en produit encore d’autres qui concordent avec les premiers et viennent confirmer leur réalité. Moleschott a vu que la proportion d’acide carbonique exhalé s'accroît sous l’influence de la lumière; et on a mieux vu depuis que les combustions organiques diminuent très considérablement pendant le sommeil (Pettenkofer, Voit, etc.). Mais ce ne sont pas seulement les phénomènes chimiques de la respiration qui sont modifiés par les excitations périphériques ou par les représentations mentales, par les émotions; ce sont aussi ses actes mécaniques. On peut voir sur les figures, reproduisant deux courbes respiratoires prises sur le même sujet, sans que l'instrument soit déplacé, l'une à l’état normal et l’autre dans l’obscurité, que l'absence d’excitation lumineuse détermine un abaissement considérable de la courbe respiratoire (fig. 2). La comparaison des deux courbes totales montre que dans l’obscurité la respiration plus superficielle est plus fréquente dans la proportion de 16 p. 100. Sur un autre sujet de la même catégorie, nous voyons que, sous l'influence des excitations colorées, la hauteur des ondulations respiratoires et leur fréquence offrent des différences remarquables (fig. 3) : avec le jaune 19 respirations par minute, avec le vert 17, avec le rouge seulement 15, et la hauteur des inspirations croit à mesure que leur nombre diminue. Sur un autre sujet (fig. 4), nous voyons les respirations varier de 18 à 17, à 19 par minute sous l'influence de la lumière solaire (temps brumeux), de la lumière rouge et de la lumière bleue,
Fe de C.:a, à l’ Fig. # — Courbes de la respiralion chez . ; état normal; — 6. à l'éclairage rouge; — ce, à l'éclairage bleu.
et les inspirations présenter des hauteurs variables et concordantes. Ces différences sont en concordance parfaite avec les tracés dynamographiques et pléthismographiques que nous avons PERLES antérleurement.
Ces résultats expérimentaux, relatifs à l'influence de la lumière et de l’obscurité sur les phénomènes respiratoires, méritent d’être rapprochés des obser vations cliniques sur les dyspnées et en particule sur l'asthme spasmodique,dont les accès apparaissent en général la nuit et sont quelquefois soulagés pa l’action de la lumière vive : Laënnec ‘ avait déj signalé un fait de ce genre dans lequel les accès d'asthme étaient atténués lorsqu'on rallumait les lampes.
Ces observations, nie à celles que nous avons faites précédemment sur les réactions dynamiques et pléthismographiques, corroborent en les précisant les remarques de Ponza, qui a signalé les effets divers des divers rayons colorés sur les phénomènes psychiques.
Les excitations de tous les autres sens déterminent des effets analogues, mais variables suivant leur intensité, Les sensations agréables s’accompagnent d’une grande liberté des mouvements respiratoires qui sont plus amples; aux sensations désagréable: au contraire correspond une contraction de la poitrine avec serrement à la gorge. La physiologie expé: rimentale a observé d’ailleurs ces effets divers à la
. Traité de l'auscultation médiate, Asthme spasmodique.
suite d’excilations directes à l’écorce du cerveau : Bochefontaine et M. Lépine ont noté l’accélération respiratoire, tandis que MM. Danilewsky et Ch. Richet ont vu le ralentissement quelquefois suivi d’arrêt. Les expériences de M. François Franck sont surtout intéressantes à cet égard, car il a distingué que, chez le chien, les excitations de la circonvolution marginale antérieure sont accélératrices, suivant qu’elles sont modérées ou plus fortes ‘ .
Fig. 5. — Courbe de la respiration chez C., sous l'influence de l'éclairage rouge. La ligne de descente représentant l'expiration est légèrement tremblée.
Lorsque l'excitation est très forte sans être douloureuse et qu’il en résulte une émotion qui se trahit sur le visage par une expression de satisfaction, l’expiration devient trémulante (fig. 3 et 5), ébauchant le type expiratoire qui caractérise le rire (fig. 6).
1. François Franck , Leçons sur les fonclions motrices du cerveau. 1887, p. 140.
V.— Jusqu'à présent nous avons été moins heureux avec l’étude du pouls et des battements du cœur, les sujets qui présentaient les actions dynamiques les plus nettes étant des femmes à impulsion cardiaque
Fig. 6. — Mouvements d'expansion el de rétraction du thorax pendant le rire. .
faible et chargées de graisse, sur lesquelles les appareils à transmission ne donnent que des résultats peu nets; cependant nous avons obtenu quelques tracés qui, si mauvais qu’ils soient, sont assez significatifs : on voit par exemple (fig. 7) très clairement sur un de nos tracés l'influence d’une excitation
ouge sur le pouls qui augmente d'ampleur et iminue de fréquence; tandis que, sous l'influence e l'obscurité, il s’affaiblit à tel point que le tracé e montre plus aucune oscillation (fig. 8). Cet affai-
Fig. 8. — Modification du pouls huméral sous l'influence de l'obscurité (a-b).
Fig. 7. — Modification du pouls huméral (a-b), sous l'influence d'une excitation par la lumière rouge
blissement du pouls se retrouve en conséquence de certaines excitations pénibles de la vue, de l’ouïe, de l’odorat. Le sphygmographe, comme le pléthismo-
graphe, nous montre les irritations excitantes abot tissant en fin de compte à des émotions agréable qui se traduisent physiologiquement par un ét d’érection de l’organisme, tandis que les irritatior excessives ou le défaut d'excitation qui correspor dent à des émotions pénibles se traduisent par u état de flaccidité; l’érection et la flaccidité sont d’ai leurs en rapport avec des modifications dynam ques que nous avons passées en revue précéderm ment.
L'examen du cœur sous l'influence des irritatior périphériques concorde avec l’examen du pouls. Le résultats fournis par le cardiographe sont en pa faite harmonie avec ceux que donne le sphygm graphe; nous voyons l'impulsion cardiaque augmel ter ou diminuer comme l'impulsion artérielle.
Les changements vasculaires qui accompagner les émotions se traduisent non seulement par de variations de volume des membres, mais encor par des modifications importantes, et appréciables simple vue, de la circulation de l'orbite : dans le émotions agréables ou sthéniques on observe un projection du globe de l'œil, tandis qu’il se produi au contraire une rétraction dans les émotions péni bles. Cette condition physiologique est particuliè rement intéressante, car la projection et la rétractio de l’œil résultent de modifications de la circulatio de l'artère ophtalmique, dont l’origine commun avec les plus importantes artères du cerveau € située dans le crâne, de sorte qu’elle peut servir d témoin de l’état de la circulation encéphalique.
. On sait d’autre part que les émotions agréables accompagnent d’une exagération de la sécrétion salivaire, tandis que la sécheresse de la bouche >’observe dans les émotions pénibles. Or les expé-
riences de Bochefontaine et d’Albertoni ont montré
que, sous l'influence des excitations modérées de l'écorce cérébrale, il se fait une hypersécrétion salivaire.
-Les émotions agréables coïncident encore avec une augmentation de la sécrétion du suc gastrique gt une augmentation corrélative des fonctions de nutrition. Les émotions pénibles au contraire altèrent en sens inverse la sécrétion gastrique. On sait que les états mélancoliques prolongés s’accompagnent de troubles digestifs marqués. La vésanie connue sous le nom de folie à double forme, ou circulaire, constituée par des périodes alternantes d’excitation et de dépression, s’accompagne de troubles corrélatifs de la nutrition. Les émotions, comme le travail intellectuel, augmentent aussi la sécrétion sudorale et la sécrétion urinaire.
Dans certaines conditions de sécheresse de la peau, il se produit, sous l'influence d’excitations périphériques ou d'émotions, des modifications de tension électrique qui mériteront de fixer l’attention, car elles seront peut-être capables de donner la clef des phénomènes d’électivité, de transfert, d’action à distance, dont on se rend difficilement compte aujourd’hui *.
1. Ch. Féré, Note sur des modifications de la tension électrique dans le corps humain (Bull. Soc. Biol., 1888, p. 28).
PE
On pourrait croire que c’est le cœur qui dans to ces phénomènes domine la situation, en modifian lafflux sanguin à la périphérie et par suite la sensi ‘ bilité, la motilité et les sécrétions. Cependant quelques faits semblent indiquer que l'organe central de la circulation n’est pas le seul à jouer un rôle da ces modifications dynamiques. Nous avons vu 4 effet. ! que les excitations unilatérales ont une action initiale et prédominante sur les phénomènes v laires ét dynamiques du même côté. Il est donc présumer que l'innervation du cœur n’est pas: seule qui entre en jeu, mais que le sympathique & les vaso-moteurs ont leur part dans ce complex phénoménal. Nous rappellerons à ce propos q chez les animaux, la section du sympathique prod des effets que l’on peut rapprocher de ceux que nous avons déterminés chez l’homme par des excitationÿ périphériques. C1. Bernard a vu qu’à la suite dek section du sympathique au cou, l’oreille devient plus chaude, plus sensible; les réactions, soit réflexes, soit volontaires, produites par le pincement, sont plus marquées de ce côté; et M. Brown-Séquard a vu que dans cette circonstance la température du cerveau augmente en même temps que celle des parties périphériques ?; et, fait qui n'est pas sans intérêt, le même auteur a observé que, chez le lapin, la suspension la tête en bas, c’est-àdire la congestion mécanique et artificielle, produit