L’ANOMALIE MORALE DU CRIMINEL
« Le crime, d’après M. Garofalo *, consiste dans une action nuisible qui viole le sentiment moyen de pitié et de probité; et le criminel est un homme chez qui il y a absence, éclipse ou faiblesse de l’un ou de l’autre de ces sentiments. » Qui n’admettra que ces définitions s’appliquent aussi bien à la plupart des actes de folie et à la plupart des fous”?
À ces arguments subtils destinés à établir la distinction du fou et du criminel correspond dans la construction de M. Garofalo une déduction non moins subtile : « Cette différence importe beaucoup au point de vue de la science pénale; elle fournit la possibilité de justifier la peine de mort, qui aurait l’air d’une cruauté inutile si l’on considérait les criminels comme des êtres souffrants et par là même ayant droit à notre pitié, à notre sympathie même, parce que le crime n’est chez eux qu’un accident de leur infirmité, non l'effet de leur caractère ou de leur tempérament. » Que le crime soit la conséquence accidentelle d’une infirmité ou d’un tempérament ou d'un caractère, son auteur n’en est pas moins dans un cas que dans l’autre un simple réactif que rien ne peut modifier.
En somme, M. Garofalo n’a fourni aucun document capable d'établir la distinction entre l’anomalie psychologique du criminel et l’anomalie de l’aliéné. Quant à la limite entre l’anomalie du criminel et l’état normal, elle ne paraît pas l’avoir préoccupé. La prétendue anomalie psychologique du criminel