CHAPITRE 1X
On a souvent tenté de tracer des frontières entre a raison et la folie; mais ce sont de singulières frontières à la vérité que celles où il n'y a point de bornes, où l’on discute, où l’on combat toujours. Ces frontières d’ailleurs ne peuvent pas être fixées d’après des troubles psychiques tellement variables et complexes qu’on n'est pas encore arrivé à en donner une classification naturelle, mais d'après des conditions physiques dont l'étude est à peine commencée. Si les médecins ne peuvent pas s’entendre sur les limites à assigner à la raison et à la blie, ils ne sont pas plus en mesure de tracer une ligne de démarcatien précise entre la folie et le crime. D'autre part, les anthropologistes qui se sont attachés à la description des monstruosités lu criminel, ne sont arrivés qu'à établir des probabilités ; ils n’ont pas réussi à séparer d’une façon ndiscutable non seulement le criminel de l'aliéné, u dégénéré, mais pas même de l'homme réputé FÉRÉ, — Dégén. (]
sain. Enfin l'étude des dégénérescences peut jel un certain jour sur l’origine de la criminalité; ma elle ne fait que mettre plus en évidence les anal gies qui existent entre les différentes catégories dé décadents, et elle est incapable de servir à établf des distinctions. Dans l’état actuel, l'étude généalo gique, anatomique et physiologique d’un individé est insuffisante pour décider s'il a été, est ou seraun criminel; elle ne peut donc servir de base à un mesure préventive ou coercitive quelconque.
serait une faute que de paraître admettre que question de la criminalité est résolue par les étude . médicales ou anthropologiques ; médecins et anthropologistes n’ont, comme le public, qu’un seul € même critérium du criminel : c’est la preuve maté rielle du crime.
Quant à décider si, sous prétexte de trouble mer tal, un individu dûment reconnu l’auteur d’un crim doit être considéré devant la justice comme différer d’un criminel, on n’a pas de bonnes raisons de k faire. Pour soutenir que certains individus doive bénéficier de l'irresponsabilité matérielle, ne soi pas imputables, parce qu'ils ne jouissent pas de le responsabilité morale, il faudrait qu’il fût établi qui existe un état physiologique, caractérisé par des phé nomènes objectifs, auquel doit correspondre un ét normal de responsabilité morale. Les études physit logiques ont eu beau démontrer que la liberté morale dont l’homme sain est supposé jouir, n’est qu'ui fiction, et que la volonté n'est en somme qu'ui résultante, une réacticu individuelle, conséquent
nécessaire d'excitations multiples, contradictoires ou concordantes, que toutes les déterminations humaines sont soumises à toutes sortes d'influences matérielles, dont les effets varient suivant le ton de l'individu, mais ne peuvent être modifiées par aucune force immatérielle; les esprits les plus éclairés continuent à raisonner en matière de responsabilité comme si le libre arbitre était démontré par des preuves objectives au-dessus de toute contestation. On est surpris de voir que lorsqu’aucun biologiste n'apporte aucun fait en faveur de l'existence du libre arbitre, on puisse avoir la prétention de distinguer au nom de la science des individus qui ne jouissent que d'un libre arbitre atténué, avec le bénéfice d’une responsabilité partielle, et d’autres qui en soient complètement privés, avec le bénéfice d’une irresponsabilité absolue.
Spinoza a remarqué, et à juste raison, que l’homme ivre ou l’homme en délire se croient très libres de leurs actes au moment où ils le sont moins ‘. De sorte que si l’on admettait la théorie de M. Fouillée, à savoir que l’idée-force de liberté constitue la liberté, 2eux qui devraient être considérés comme jouissant au plus haut degré de leur libre arbitre, de leur resbonsabilité morale, sont en réalité les plus impulsifs, es plus instinctifs, les plus inconscients.
La science ne fournit actuellement aucun fait >bjectif en dehors du crime, en dehors de l'acte iuisible, qui puisse distinguer le criminel, elle ne