Paul Verlaine, op. cit., p. 72, 31o
LE MYSTICISME
lité d’âme que met un homme sain à accomplir des actions indifférentes ou vertueuses; après leur perpétration, il est absolument satisfait de lui, tandis que l’impulsif conserve la pleine conscience de l’abjection de son acte, lutte désespérément contre son instinct, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister, et éprouve, après l’acte, le plus terrible désespoir et un grand repentir. Un « impulsif » seul parle de lui-même sur un ton plein de reproches, comme du « seul Pervers » (P. 71), ou trouve les notes contrites des premiers sonnets de Sagesse :
Hommes durs! Vie atroce et laide d’ici-bas!
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,
Quelque chose du cœur enfantin et subtil,
Bonté, respect! car qu’est-ce qui nous accompagne,
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il?...
Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ :
Une tentation des pires. Puis l’infàme...
Si la vieille folie était encore en route?
Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
Un assaut furieux, le suprême, sans doute!
O va prier contre l’orage, va prier!...
C’est vers le Moyen-Age énorme et délicat Qu’il faudrait que mon cœur en panne naviguât,
Loin de nos jours d’esprit charnel et de chair triste...
Et là que j’eusse part
à la chose vitale,
Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,
Haute théologie et solide morale,
Guidé par la folie unique de la Croix Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!
Comme le montrent ces exemples, la compagne ordinaire de l’érotisme maladif, la ferveur religieuse, n’est pas
LES SYMBOLISTES
dod plus absente des œuvres de Verlaine. Cette ferveur revêt du reste, dans maintes autres poésies, une expression beaucoup plus nette. Je veux seulement citer des strophes caractéristiques empruntées à deux autres pièces de Sagesse '.
O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour,
Et la blessure est encore vibrante,
O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour.
O mon Dieu, votre crainte m’a frappé,
Et la brûlure est encore là qui tonne,
(Qu’on observe ces expressions et ces répétitions constantes). O mon Dieu, votre crainte m’a frappé.
O mon Dieu, j’ai connu que tout est vil,
Et votre gloire en moi s’est installée,
O mon Dieu, j’ai connu que tout est vil.
Noyez mon âme aux flots de votre vin,
Fondez ma vie au pain de votre table,
Noyez mon âme aux flots de votre vin.
Voici mon sang que je n’ai pas versé,
Voici ma chair indignée de souffrance,
Voici mon sang que je n’ai pas versé.
Suit l'enumération extatique de toutes les parties du corps qu’il offre à Dieu en sacrifice; puis le poème se termine ainsi :
Vous connaissez tout cela, tout cela,
Et que je suis plus pauvre que personne,
Vous connaissez tout cela, tout cela.
Mais ce que j’ai, mon Dieu, je vous le donne.
A la Sainte Vierge, le poète s’adresse en ces termes:
Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement,