‹ Dégénérescence (volume 2)Chapitre 35 sur 60 · Paul Verlaine, op. cit., p · texte numérisé non relu

Paul Verlaine, op. cit., p

LE MYSTICISME

Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,

C’est pour Elle que j’ai voué ce sacrifice,

Et la douceur de cœur et le zèle au service.

Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j’étais faible et bien méchant encore,

Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,

Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,

Et m’enseigna les mots par lesquels on adore.

Les cordes touchées ici sont bien connues de la clinique psychiatrique. Il faut rapprocher de ces épanchements la description que fait Legrain d’un de ses malades : « C’est toujours Dieu, la Vierge, sa cousine, qui reviennent dans ses discours ». (Il s’agit d’une manie héréditaire chez un conducteur d’omnibus). « Des idées mystiques viennent compléter la scène ; il parle de Dieu, du ciel, fait des signes de croix, des génuflexions, il dit qu’il suit la loi du Christ ». (L’objet de l’observation est un journalier). « Le diable veut me tenter, mais je vois Dieu qui me protège ; il faut que vous priiez pour moi, j’ai demandé à Dieu que tout le monde soit béni, etc. 1 ».

La perpétuelle alternance de dispositions opposées chez Verlaine, ce régulier passage subit du rut bestial à la dévotion extatique et du péché au repentir, ont frappé même des observateurs qui ne connaissent pas la signification de ce phénomène. « Il est », dit M. Anatole France, « tour à tour croyant et athée, orthodoxe et impie 2 ». Oui, Verlaine est tout cela, mais pourquoi?

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