‹ Dégénérescence (volume 2)Chapitre 39 sur 60 · Le Pèlerin passionné. Paris, 1891, p · texte numérisé non relu

Le Pèlerin passionné. Paris, 1891, p

LE MYSTICISME

rêve du discours, et l’intercalation de mots qui n’ont aucun rapport avec le sujet.

Citons encore deux courtes chansons 1 :

Les courlis dans les roseaux !

(Faut-il que je vous en parle,

Des courlis dans les roseaux?)

O vous joli’ Fée des eaux.

Le porcher et les pourceaux !

(Faut-il que je vous en parle,

Du porcher et des pourceaux?)

O vous joli’ Fée des eaux.

Mon cœur pris en vos réseaux!

(Faut-il que je vous en parle,

De mon cœur en vos réseaux?)

O vous joli’ Fée des eaux.

On a marché sur les fleurs au bord de la route,

Et le vent d’automne les secoue si fort, en outre.

La malle-poste a renversé la vieille croix au bord de la Elle était vraiment si pourrie, en outre. [route;

L’idiot (tu sais) est mort au bord de la route,

Et personne ne le pleurera, en outre.

Le truc rusé à l’aide duquel Moréas veut engendrer ici, par l’évocation des trois tableaux associés de fleurs foulées aux pieds et houspillées par le vent, d’une croix renversée et vermoulue et d’un idiot dont personne ne déplore la mort, une disposition d’âme désolée, fait de cette pièce un modèle de poésie à intentions profondes, à l’usage des Petites-Maisons.

Là où l’auteur du Pèlerin passionné n’est pas ramolli,

i. Le Pèlerin passionné , p. 21 et 23.

LES SYMBOLISTES

il étale une enflure oratoire qui rappelle les plus inférieures productions de notre Hofmann de Hofmannswaldau. Un seul exemple de ce genre *, et nous en aurons fini avec Jean Moréas.

J’ai tellement soif, ô mon amour, de ta bouche,

Que j’y boirais en baisers le cours détourné Du Strymon, l’Araxe et le Tanaïs farouche ;

Et les cent méandres qui arrosent Pitané,

Et l’Hermus qui prend sa source où le soleil se couche,

Et toutes les claires fontaines dont abonde Gaza,

Sans que ma soif s’en apaisât.

Derrière les chefs Verlaine, Mallarmé et Moréas, se presse la tourbe des petits symbolistes, dont chacun, il est vrai, se tient pour le seul grand poète de la bande, mais auxquels leur manie des grandeurs n’a pas encore donné de droits suffisants à ce qu’on s’occupe spécialement d’eux. On leur rendra toute la justice qui leur est due, en caractérisant leur nature d’esprit par la citation de quelques-uns de leurs vers. Jules Laforgue, qui « est comme l’unique, non point dans cette génération, mais dans la littérature », s’écrie :

Ah ! que la vie est quotidienne !

et dans son poème Pan et la Syrinx, nous rencontrons des « vers » comme les suivants :

O Syrinx! Voyez et comprenez la Terre et la merveille de cette

[matinée et la circulation de la vie.

Oh, vous là 1 et moi, ici I Oh, vous ! Oh, moi ! Tout est dans Tout!

Gustave Kahn, un des théoriciens et philosophes du symbolisme, chante ainsi dans sa Nuit sur la Lande :

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