‹ Dégénerescence (volume 3)Chapitre 33 sur 57 · Lombroso, L'Homme criminel, p · texte numérisé non relu

Lombroso, L'Homme criminel, p

probablement par méchanceté de camarades, qu'il se rajeunit considérablement), a produit en tout trois très minces recueils de vers, de cent à cent vingt pages au plus chacun, qui portent ces titres : Les Syrtes, Les Cantilènes et le Pêlerin passionné. Évidemment, l'étendue du volume ne fait rien à l'affaire, si celui-ci est exceptionnellement remarquable. Mais quand un homme caquette des années entières, dans d’interminables séances de café, sur le renouvellement de la poésie et la révélation d'un art de l'avenir, et que finalement il présente, comme ré-

sultat de ses efforts destinés à émouvoir le monde, trois | plaquettes de vers enfantins, l’insignifiance matérielle de la production devient aussi, en ce cas, un trait de ridicule. |

Moréas est un de ceux qui ont trouvé le mot « symbolisme ». Pendant quelques années il a été le grand-prêtre de cette doctrine secrète, et il a desservi son culte avec le sérieux requis. Puis, un beau jour, il abjura soudainement la religion fondée par lui-même, déclara que le « symbolisme » n'avait jamais été qu'une plaisanterie destinée à mener les nigauds par le nez, et que le véritable salut de la poésie se trouvait dans le « romanisme ». Sous ce mot il prétend entendre le retour au langage, à la forme de vers et à la manière de sentir des poètes français à l’issue du moyen âge et à l’époque de la Renaissance; mais on fera bien de suivre avec prudence ses explications, car il se peut que dans deux ou trois ans il dévoile aussi son « romanisme » comme une farce de brasserie, ainsi qu'il l’a fait avec le « symbolisme ».

L'apparition du Pélerin passionné, en 1891, fut célé-

brée par les symbolistes comme un événement à dater duquel commençait une ère nouvelle pour la poésie. Ils organisèrent en l'honneur de Moréas un banquet où, au: dessert, on l’adora comme le libérateur qui brisait les vieilles formes et les vieilles idées, comme le Sauveur qui amenait le royaume de Dieu de la vraie poésie. Et les mêmes littérateurs qui s'étaient assis à table avec lui, qui lui avaient adressé des allocutions exaltées ou avaient applaudi à celles-ci, le couvrirent, peu de semaines après, de railleries et de mépris. « Et Jean Moréas? Symboliste? » s’écrie Charles Vignier. « L’est-il par ses idées? Mais écoutez-le rire! Ses idées! Elles ne pèsent pas lourd, les idées de Jean Moréas ». — « Moréas! » demande Adrien Remacle; « nous en avons ri, tous, toujours; c'est ce qui l’a monté à la gloire! ». René Ghil nomme son Pélerin passionné « des vers de mirliton écrits par un grammairien », et Gustave Kahn prononce ce jugement : « Moréas n’a pas de talent... Iln'a jamais rien fait de bon; il a son jargon à lui ‘ ». Ces jugements laissent reconnaître tout ce qu’il y a de creux et de mensonger, au fond, dans le mouvement symbolique que, hors de la France, des imbéciles et des spéculateurs en sensation s’entêtent à présenter comme un mouvement sérieux, tandis que ses inventeurs français s’égosillent jusqu’à extinction de voix à persuader au monde qu'ils ont tout simplement voulu mystifier les philistins et se faire en même temps à eux-mêmes de la réclame.

Après ces jugements de ses frères du Parnasse symbo-

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